Le pantalon de flanelle

Suite logique de l’article de la semaine précédente, évoquons aujourd’hui le pantalon de flanelle, un classique entre les classiques. Pour ceux qui ne connaitraient pas, la flanelle est un tissu de laine très feutrée, moelleux. Mais elle ne doit pas être confondue avec le feutre. Le feutre de laine (qui sert par exemple à faire les dessous de cols) est une matière non-tissée. Il s’agit juste de fibres agglomérées entres elles par un procédé de foulage. On parle alors de textile non-tissé. La flanelle bien au contraire est une matière tissée.

La véritable flanelle (au sens technique) est une toile. Relisez l’article de la semaine dernière pour un aperçu rapide de ce terme. C’est une toile de fils plutôt épais et surtout c’est une toile tissée lâche. C’est à dire qu’il a y de l’air qui passe entre les mailles. La surface du tissu est ensuite foulée, c’est à dire grattée, pour que les fibres ‘feutrent’. Ainsi le côté duveteux apparaît et cache ainsi les fils. Il s’agit donc à la base d’un tissu plutôt aéré, c’est pourquoi on l’utilisait pour les costumes d’été et pantalons de sport au début du siècle dernier. Mais évidemment c’est un tissu très épais que l’on aurait plus idée de porter sur la plage… cela s’est fait !

La vraie flanelle est donc un tissu plutôt lourd, une toile au dessus de 400gr. La laine utilisée est une laine de fibres cardées, c’est à dire assez peu raffinées. Ainsi elles feutrent facilement. Cela pourrait s’apparenter à une laine vierge. Si la fibre de laine est travaillée, on parle de laine peignée (à ne pas confondre avec le terme ‘peigné’ qui désigne une laine que l’on a fait feutrer en surface). Cette laine peignée a donnée naissance aux appellations super 110’s etc. Car pour mesurer le diamètre des fibres et donner l’appellation super XXX, il faut raffiner les fibres.

pantalon de flanelleBref, de nos jours, la plupart des flanelles portent l’appellation ‘flanelle super 120’s’ par exemple. Ce n’est pas véritablement une flanelle, puisque elle incorpore des fibres peignées.

Pour avoir ce côté feutré typique de la flanelle, le tissu une fois sorti du métier à tisser est déroulé sous une machine équipée de chardons métalliques (autrefois de vrais chardons) qui grattent la surface des mailles. Cette opération fait ‘venir’ la fibre, la fait feutrer en surface.

Pour beaucoup, le principal souci des flanelles est l’épaisseur. Car pour avoir de la tenue – le tissu étant lâche – il faut de l’épaisseur. Sinon un effet d’affaissement apparaît. On dit que le pantalon ‘poche’ sous les genoux, sous les fesses, en le détendant à ces endroits. Une toile feutrée fine se déliterait très vite. Les grands drapiers ont donc maintenant recours le plus possible à des bases de serge. Après tissage, le tissu suit le même procédé de feutrage / foulage pour faire apparaître le moelleux de la flanelle. Techniquement, il s’agit de serge foulée, serge peignée ou serge grattée, mais elles sont appelées commercialement flanelles. L’avantage ? 350, 300 voire 280gr, soit un gain très important !

Ainsi, ces flanelles de 300gr seront presque aussi solides que celles de 500gr. Le tombé sera un peu moins impeccable, mais le confort sera le même ; un confort moelleux, chaud, idéal pour l’automne et l’hiver, en complément de beaucoup de vestes, tweed campagnards ou urbains.

Si toutefois vous n’aimiez pas la flanelle qui gratte (c’est de moins en moins vrai tout de même), vous pourriez vous laisser convaincre par ce que les anglais appellent ‘pick & pick’, un tissu sec, fils à fils, très chiné.

Bel hiver ! Julien Scavini

5 réflexions sur “Le pantalon de flanelle

  1. Hebe 6 novembre 2013 / 02:43

    Ah! la flanelle… Mon premier costume, avec pantalon! J’avais onze ans. Avant, c’étaient plutôt les culottes courtes et la petite veste pied de poule,, la tenue de sortie… Le reste tenues dépareillées, anoraks, pantalons en velours, chemises à carreaux, bref, tout juste bons pour aller à l’école. Superbe, était mon costume. Un vrai truc d’; homme. Un beau gris, assez sombre, très confortable et chaud -c’était l’hiver-, et avec la chemise blanche et la cravate tricot bordeaux, j’avais, je pense, fière allure.
    Hélas… Ça n’a pas duré. Le costume n’est pas parfaitement adapté à la course, au saut, au ballon, aux échasses… Et très vite l’intérêt des culottes courtes devint évident: les genoux se réparent tout seuls, en cas de blessure. Pas la flenelle…

    • Julien Scavini 6 novembre 2013 / 11:28

      🙂
      Depuis vous avez grandi !

  2. Le Chiffre 20 novembre 2013 / 21:34

    Bonsoir, merci pour cet article . Comment considérez-vous un costume en flanelle, vous, en tant que tailleur ?
    Trouvez-vous que c’est un tissu « sport » ou non ?
    Un croisé marine en flanelle rayée craie, trouvez-vous cela plus ou moins habillé qu’un même croisé, disons, en serge marine ?

    Merci d’avance 🙂

    • Julien Scavini 26 décembre 2014 / 17:45

      Non, c’est assez habillé dans tous les cas !

  3. Le Chiffre 28 novembre 2013 / 00:12

    Bon, j’imagine que je ne saurais jamais… :/

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