Le col détaché

L’origine du col détaché, stiff collar en anglais (pour col dur en réalité, par opposition au col souple, l’actuel) est tout à fait anodine et trouve sa source dans un simple problème domestique. Mme Montague, épouse d’Orlando Montague, un bottier sur Third Street à Troy dans l’état de New York, eut l’idée dans les années 1820 de découdre les cols de son mari pour les laver séparément des chemises qui restaient propres. L’idée fut si bonne qu’à partir de 1827, ils se mirent à vendre des cols, appelés à l’époque ‘String collars’ et vendue 25 cents la pièces. Mme Montague et sa fille se chargeaient de coudre ensemble les deux pièces de coton et de les amidonner.

Un certain révérend Ebenezer Brown propulsa alors le produit à un niveau national en les vendant à New York City si bien qu’en 1834, Orlando Montague et Austin Granger, son nouvel associé en affaire, créèrent la Montague & Granger Factory. Ils développèrent le nombre de modèles, notamment le bishop collar, et de produits, particulièrement les poignets détachés. Ils résolurent également le problème de la fixation en ayant recours à des boutons pour maintenir le col en place.

Mais si la vente de col se déroulait bien, leur grand nombre posait le problème du lavage de masse. Une entreprise de cols concurrente (Troy Laundry) créa en 1835 la première blanchisserie industrielle, employant des femmes, amenant également par ce biais à la création du premier syndicat féministe.

On estime qu’aux Etats-Unis, 15 000 personnes travaillèrent dans l’industrie du col et que 90% des cols américains provenait de la ville de Troy. Un des célèbres modèles fut notamment le City Collar (un turndown collar, sorte de semi-italien).

Col détaché et chemise col tunique
Col détaché et chemise col tunique

En 1901, l’état de New York comptait 27 fabricant de col et 38 blanchisseries. Le port du col détaché créa également une nouvelle classe sociale appelée ‘col blanc’ par opposition au ‘col bleu’ des usines. La dernière fabrique de col détaché à Troy ferma ses portes à la fin des années 90 et s’appelait Marvin Neitzel Corporation, connu notamment pour ses produits à destinations des infirmières hospitalières.

L’origine américaine des cols étonne au premier abord, à tel point la culture britannique l’a incorporé à ses habitudes vestimentaires. Ceci dit, il n’y avait qu’eux pour penser ‘pratique’.

Aujourd’hui, il est relativement difficile de trouver des cols détachés. Si internet permet d’en trouver, ce n’est pas toujours aisé au niveau des tailles ou des types de col. A Paris, Hackett en vend toujours. Pour 18€, vous pourrez obtenir un col cassé (wing collar) ou un col semi-italien (turndown collar) dit cut-away. Mais pour la chemise à col tunique, c’est plus compliqué, et la mesure, chez Courtot ou Lucca semble la bonne solution.

A porter quotidiennement, c’est évidemment compliqué. Mais certaines occasions et tenues s’y prêtent, notamment le smoking ou le frack dont le nœud papillon (noir ou blanc) complètera de tenir le col, ou encore la jaquette (morning suit) avec laquelle vous pourrez porter une chemise bleue avec un col blanc, complétée par une cravate.

2 réflexions sur “Le col détaché

  1. Bowles, Charles-Philippe 24 février 2015 / 14:59

    Bonjour,

    Je suis un anglais qui s’est installé à Paris depuis quelques années. Je porte souvent des stiff collars détachés et je me demandais si vous connaissez un pressing ou un blanchisserie à Paris qui sait comment les laver? C’est quasiment impossible de les amidonner soi même et il reste très peu qui ont toujours le savoir faire même au Royaume-Uni. Saviez-vous si ça se trouve toujours à Paris?

    Par ailleurs, ça fait depuis un moment que je lis votre site excellent. C’est super d’avoir une perspective « french touch » sur ce style intemporel.

    Cordialement,

    CP Bowles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s