Editorial du catalogue Arnys AH09

Cette petite retranscription pour les amateurs que nous sommes… enjoy:

Quand j’étais un jeune garçon, rue de Sèvres, la piscine Lutécia et le tailleur Arnys se faisaient face. Tandis que, désireux de barboter, le fiston se dévêtait côté impair, son papa composait avec délectation sa garde-robe côté pair. J’associe ces deux noms car la fonction d’une piscine et celle d’un tailleur pour hommes sont analogues. Ici et là, nous apprenons à respecter notre corps, à veiller à notre silhouette, à résister à la tentation de l’avachissement.

Un collégien débraillé peut avoir son charme, mais non un homme d’âge mûr qui se néglige. Dans les années 70 et 80 du siècle dernier, l’allure cradingue, la doudoune bisexuelle, la bedaine mal comprimée dans un jean trop étroit, le rejet systématique de la cravate (je veux dire: même en des circonstances et des lieux où elle s’impose) firent florès. C’était le triomphe de la laideur flasque.

Aujourd’hui les hommes sont las de ressembler à des sacs, ils ont la nostalgie des vêtements bien coupés, ils redécouvrent le plaisir d’être – avec nonchalance et désinvolture – tiré à quatre épingles.

Le contraire de l’avachissement n’est pas le guinderie, c’est l’élégance. Et l’élégance n’est jamais guindée, ostentatoire. Le dandy, mixte d’épicurien et de stoïcien, a horreur de l’épate et n’aime rien tant que passer inaperçu.

L’élégance a son prix, et un esthète fauché ne peut certes pas rendre chaque semaine visite à son tailleur, mais une garde-robe masculine n’a pas besoin d’être surabondante : quelques vêtements de qualité (et donc inusables) suffisent. A thing of beauty is a joy for ever, et c’est pourquoi nous aimons, de temps à autre, casser notre tirelire et pousser la porte de notre tailleur pour nous offrir le gilet, ou l’imperméable, ou le costume, de nos rêves.

Gabriel Matzneff


5 réflexions sur “Editorial du catalogue Arnys AH09

  1. js.paris.france 19 novembre 2009 / 15:36

    Le texte de Matzneff est bien médiocre. Par exemple, écrire : « Le dandy, mixte d’épicurien et de stoïcien, a horreur de l’épate et n’aime rien tant que passer inaperçu. », c’est ruiné le terme de dandy, le terme de stoicien et le terme d’épicurien. Si on se plonge deux minutes en histoire des idées et en littérature, on voit que le dandy fait du vêtement un cri se voulant contempteur de la médiocrité – le talon rouge se remarque et cherche à se faire remarquer -; le stoicien fait mourrir tout désir et ainsi tout crainte intérieur, le dandy conserve le désir d’être un défi, une oeuvre d’art; l’épicurien cherche à goûter aux plaisirs et à éviter le déplaisir, mais dans la modération, alors que le dandy cherche la grande existence, les passions violentes, et la débauche renversant l’ordre petit-bourgeois… bref le texte de Matzneff est de l’esbroufe pour ajouter un supplément d’âme à du tissus: il faut d’ailleurs remarquer qu’il parle à peine du style arnys… Le texte de Moati il y a quelques années était bien meilleur: moins cuistre, moins pédant, moins facile, en somme plus élégant.
    Sinon, votre blog est un ravissement perpétuel, merci encore.

    • ducerf 19 novembre 2009 / 19:15

      Je vous entends absolument sur cette définition hasardeuse qu’il donne du dandy… C’est plutôt le gentleman qui cherche a se faire oublier dans l’humeur petit-bourgeois…
      Mais, j’aimais bien certains aspects de ce texte un peu suranné…

    • Le Chouan 20 novembre 2009 / 18:31

      Le texte de Matzneff sent la commande et il est certes critiquable. Cela dit, quoi qu’en pense j.s, dandysme et stoïcisme ne sont pas antinomiques. Relisons Baudelaire : « Souffrant, (le dandy) souffrira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard » et «  »par de certains côtés, le dandysme confine au (…) stoïcisme. »

  2. js.paris.france 20 novembre 2009 / 20:37

    Face à Baudelaire, je ne peux plus que me taire…

  3. Nicolas18 26 novembre 2009 / 14:15

    L’analyse de JS sur le terme Dandy me parait tout a fait exacte, néanmoins hormis cette erreur, l’idée que developpe Matzneff reste à mon sens très juste, et en tout cas en parfaite cohérence avec son oeuvre, aussi je ne pense pas que l’on puisse parler de « commande ».

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