Autrefois sous-vêtement ample et carré au patronage sans grand intérêt, la chemise n’avait droit de cité que par ses extrémités : les poignets et surtout le col, ce dernier étant, au siècle précédent, détachable et dur. Un sujet auquel j’avais d’ailleurs consacré le premier article de ce blog, je crois.
Le col de chemise, par sa forme, exprime beaucoup de choses. Il encadre le visage, dialogue avec la cravate, répond aux revers de la veste. Bref, il est tout sauf un détail.
Les formes : une question d’ouverture
Il est logique de classer les cols selon leur degré d’ouverture.
On trouve d’abord les cols fermés, avec différents niveaux : fermés dans les années 1920, trop fermés dans les années 1980 genre Les Affranchis, et aujourd’hui légèrement vaguement plus ouverts. (Comme on peut voir sur Harry et William)
Vient ensuite ce que l’on appelle en France le col italien, plus largement ouvert. Il s’est démocratisé dans les années 1960, notamment avec des marques comme Armorial. Il est amusant d’ailleurs de noter que les Italiens le nomment… col français.
Lorsque l’ouverture devient encore plus franche, on parle volontiers de col à l’anglaise, ou, dans le monde anglo-saxon, de cutaway (comme on peut voir sur le Prince Charles) voire de full spread. Ce sont ces cols très ouverts que l’on voit le plus outre-Manche et outre-Atlantique.
À côté de ces grandes familles existent des variantes : le col à pointes boutonnées, plus sport ; les cols à pointes rondes inspirés du début du XXᵉ siècle ; les cols à patte ou à barrette ; sans parler des fantaisies contemporaines.
Mais au-delà des formes, il y a un sujet autrement plus décisif : les dimensions. D’elles dépend l’allure et le pedigree de la chemise.
Les dimensions : le véritable enjeu esthétique
Pour être précis, je parlerai ici de :
- la hauteur du pied de col devant (Hdevant),
- la hauteur du pied de col arrière (Harrière),
- la longueur de pointe (L).
En France, nous baignons traditionnellement dans une mer de petits cols. Un standard courant tourne autour de 25 mm devant, 31 mm derrière, avec des pointes de 60 à 65 mm. Ce n’est déjà pas beaucoup. Et pourtant, nombre de marques font encore plus chiche : 20 mm devant, 25 mm derrière, pour des pointes autour de 50 mm.
Disons-le franchement : c’est mochard ! Voyez ci-dessous. Ces petits cols sont allés de pair avec les revers étroits des costumes slim et les cravates étriquées ; voire l’absence de cravate. Admettons que ce soit là une tradition française.
À l’inverse, regardons du côté britannique. Le roi Charles, par exemple, porte des cols relativement modestes en hauteur (25 mm devant, 31 mm derrière), mais avec des pointes plus longues, autour de 75 mm, et surtout un passage de col assez bas, pour ne pas contraindre le cou.
Les Italiens, eux, ont depuis quelques années remis à l’honneur des proportions plus généreuses : 30 mm devant, 36 mm derrière, avec des pointes atteignant 80 mm. Le col reprend alors sa place — il devient visible, structurant, presque opulent.
Plus loin encore, les années 1970 ont exploré des dimensions franchement ambitieuses : 35 à 40 mm devant, jusqu’à 45 mm derrière, et des pointes flirtant avec les 95 mm comme on peut le voir ci-dessous avec ce col légèrement classique. Le col enserre alors pleinement le cou et offre un déploiement spectaculaire.
Attention toutefois : toutes les formes ne supportent pas de telles dimensions. Un col fermé classique, par exemple, perdrait toute justesse dans ces proportions.
Une affaire de proportion… et de coupe
Car dès que les dimensions augmentent, la difficulté technique s’accroît. La retombée du col devient cruciale. On ne passe pas facilement d’un petit col à un grand : le dessin doit être repensé et ajusté.
Surtout, il faut éviter les incohérences : de petites pointes sur un pied de col haut (ou l’inverse) créent un déséquilibre immédiat. Un col réussi est avant tout une question d’harmonie.
Un regard en arrière
Au XIXᵉ siècle, à l’époque des cols durs et détachables, les hauteurs pouvaient être spectaculaires : jusqu’à 5 cm, parfois davantage, au point de frôler les lobes des oreilles. C’est d’ailleurs pourquoi je garde un faible pour les cols cassés bien proportionnés et généreux en hauteur d’avant. Mais les beaux exemples sont aujourd’hui d’une rareté désolante.
Un col se juge en millimètres. Et ces millimètres font toute la différence !
Bonne semaine, Julien Scavini




Très intéressant comme toujours.J’ajouterai qu’il y a une question de proportion; entre la longueur des pointes d’un col peu ouvert par exemple et la taille de la personne. Moi qui suis petit et mince, cette longueur ne doit pas excéder 50mm dans l’idéal. En revanche, cette longueur paraitrait bien trop petite sur un gaillard de 1,80m et costaud. L’ouverture du col plus ou moins prononcée est plus ou moins esthétique suivant la forme du visage aussi. Ou les traits de celui-ci. Par exemple, les pointes avec un léger arrondi « adoucissent » les traits de mon visage qui paraît très légèrement plus pincé ou sévère avec des pointes classiques.L’univers de la mode masculine est affaire de détails, parfois infimes. Mais ce sont ces détails qui font toute la différence.
J’ai oublié de préciser que je trouve absurde les hauteurs devant et derrière tellement faibles qu’elles empêchent tout port de cravate.
Certes, ces cols sont prévus pour être portés sans cravate, mais même dans ce cas, la taille est ridiculement petite et donc inesthétique comme le présente bien la photo choisie.