Les vacances sont là!

Derniers jours du mois de Juillet, dernier jour de cet été à Paris; demain Biarritz. Il est temps pour moi de prendre congé de la capitale et de retrouver le calme de l’arrière pays Basque. Mais rassurez vous, je reste fidèle au poste!

Certains lecteurs m’ont récemment demandé quels étaient mes projets pour la suite. Je suis plutôt réservé sur le sujet, mais disons que j’aimerai assez vite m’installer. Les demandes sonnantes et trébuchantes d’amis me forcent à considérer cette voie avec intérêt. Évidemment, pas pour faire de la grande mesure dans l’immédiat, bien que j’en garde à l’esprit le souhait. En revanche une belle petite-mesure pour commencer, entièrement finie à la main par mes soins me comblerait entièrement. Reste à trouver, outre des fonds, un industriel me permettant de mener à bien ce projet. J’aurais aimé faire confectionner en France, hélas, trois fois hélas, connaissez vous des fabricants produisant de l’entoilé traditionnel ici? Je lance l’appel d’ailleurs…

Après trouverez-vous peut-être que je me lance tôt? Peut-être, mais nous ne débutons jamais assez tôt! Et comme me disait M. Guilson en m’encourageant « vous raterez peut-être une veste, mais on est tous passé par là, lancez vous, vous verrez bien ». Qui ne tente rien n’a rien! Qui plus est, j’ai les idées assez arrêtées, même trop parfois, cela me joue des tours avec mes patrons. Alors comme disait M. le Roy, nous verrons!

D’ailleurs, en parlant de jeunes qui se lancent, je tiens à signaler – mais d’autres blogs sérieux l’ont déjà fait – le site commercial Mes Chaussettes Rouges.com, importateur français et en ligne des chaussettes Gammarelli. L’un des associés, qui entretient aussi le site Mes élégances, est sorti d’HEC l’année dernière et a eu ce courage, cela fonctionne bien! Il m’avait proposé une rencontre, qui fut un rare moment d’élégance et de bon ton. Je le salue!

Il me reste maintenant à vous souhaiter de bonnes vacances, pour ceux qui partent et à rassurer les autres qui travaillent – j’ai connu cela en agence d’architecture, le travail devant l’ordinateur en plein mois d’août trop chaud : je vais continuer mes articles. Car vraiment, se mettre derrière sa palette à dessin et son blog note le lundi soir revêt maintenant pour moi quelque chose de sacré. Un rare moment de détente et de plaisir! Je vous souhaite donc une bonne semaine, avec ce dessin inspiré de Gatsby Le Magnifique: une élégante jaune, un élégant rose! Tout ce que j’aime et poursuis, notamment professionnellement: une élégance intemporelle.

Julien Scavini

Le smoking blanc

Grande question ce soir, qui avait été soulevée par un lecteur – plutôt rude d’ailleurs – à la suite du long article sur le smoking. Cette tenue du soir est rarement bien portée et constitue pour beaucoup de puristes une hérésie. Pourtant, il est possible de réussir correctement cette mise, qui peut être, l’été, extrêmement adéquate. Non pas que le blanc repousse la chaleur – le soir, il n’y a plus de soleil – mais il correspond bien à l’esprit de certains lieux de villégiature anciennement fréquentés par nos amis d’outre manche comme la côte d’azur ou encore la perse. Mais il peut aussi être de bon ton pour un simple diner dans le jardin, ou plutôt apéritif au milieu du rotin.

Bref, le smoking blanc est d’abord et avant tout un dépareillé. N’est blanche que la veste! Et je tiens beaucoup à ce détail. Le pantalon, le nœud papillon, le cummerbund ou le gilet sont noirs. En fait, il s’agit du smoking normal, en grain de poudre noir, dont vous interchangez la veste. Après, il est possible que cette veste blanche soit droite ou croisée, mais ses revers seront en satin de soie blanc aussi. Enfin crème, car la laine blanche, ça n’existe pas. Yves Saint Laurent avait fait un smoking pour femme noir avec les revers blancs; c’était exquis, mais juste pour les femmes. Ici nous défendons une tradition britannique.

Nos amis d’outre atlantique ont une préférence visiblement pour le col châle, qui a connu un pique d’utilisation au cours des années 60/70. J’aurais tendance à dire que cette version est peut-être plus américaine qu’anglaise, très Miami ou New York estival. Il me semble aussi que dans le film ‘Attrape moi si tu peux‘ est donnée une fête de mariage dans un jardin sudiste, où tous les convives sont en smoking blancs. Cela donne une esthétique très ‘brooks brothers’, très policée.


Enfin, une erreur à ne pas commettre (pourtant c’est chic) est le port du spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. Je regardais récemment l’adaptation des nouvelles de PG Wodehouse, Jeeves et Wooster dans laquelle le jeune maitre décidait d’arborer un spencer blanc acheté à Deauville lors de l’été 1930. A force de persuasions et surtout de félonies, Jeeves son valet finira par le lui faire retirer!

Julien Scavini

Galerie de chapeaux estivaux

Un court billet, tout en illustration ce jour, pour présenter quelques chapeaux d’été. Commençons par le modèle habillé, le chapeau des siciliens. Puis la casquette à protège cou (que l’on peut voir dans certains Tintin, c’est un vieux modèle); le canotier haut à bande noire; le canotier bas à bande en paille, sur le modèle de celui que dessina Dior dans les années 30; la casquette de yachtman; le panama original à rouler; et la casquette à quilles en paille.

Quel costume l’été?

Pour faire suite au précedent article qui avait fait couler beaucoup d’encre sur le port du polo manche courte et du bermuda, nous allons ce soir nous intéresser aux costumes estivaux. Car évidemment, quand il fait, la tentation est grande de faire tomber la veste, mais ce n’est pas recommandé par la rédaction. Et surtout, au delà du costume, la coupe étant une question de goût, quelle matière?

La problématique de la couleur peut aussi être posée. Pour un costume de travail, difficile de se passer des gris et des bleus. Ils peuvent simplement être sélectionnés dans des coloris plus clairs. Également, il est possible de revêtir aussi des tons beiges, mais jamais marron en ville. La veste sport ou les blazers légers peuvent également être combinés avec des pantalons de flanelles légères ou de laines vierges, ou de coton blanc.

Par ailleurs, notons que le nec plus ultra des coloris estivaux est le blanc, plutôt le blanc cassé, complété par de nombreuses variantes allant du crème au caramel. En trois pièces, cela peut-être exquis. Les anglais, avec ces couleurs, ne jouent jamais le total ‘look’, ne s’habillent pas de la tête aux pieds en blanc, préférant les dépareillés. De la bouche d’un anglais, ce ‘style’ est italien!

Enfin et surtout, la matière. D’abord, je vais détruire beaucoup d’idéaux largement répandus dans l’opinion: non au coton et au lin. Oui à la laine. Et oui, techniquement, rien n’est plus fin que la laine, rien n’est plus léger (en dehors des polyester et de la soie). Le coton a un défaut (à part le tissage seersucker): il est tissé serré et n’est donc pas aéré, très peu utile pour les jours de chaleur. Le lin quant à lui, froisse, vous le savez bien. Et par ailleurs, ce qui est peu connu, le lin se gorge d’eau en milieu humide (je pense aux régions de bords de mers) et dès lors ne respire plus. Par ailleurs, les cotons et les lins sont lourds (300gr bien souvent). Aussi, un tailleur refuse de travailler ces tissus, qui sont terribles sous l’aiguille et et le fer.

Il ne reste que la laine, dont les fibres peuvent allier deux qualités: finesse et légèreté. En dehors des laines vierges et des tissages légers, il existe deux catégories de laines spécifiques pour l’été: les laines fresco et les mohair.

Les fresco d’abord désignent une catégorie de tissages techniques. Les fils de laine, avant leur tissage ensemble, sont sur-tordus, sont enroulés sur eux-même. Une fois tissé, le plus souvent sur une armure toile (très aérée), le drap a un comportement étonnant, avec beaucoup de nervosité. On dit que ses fibres frisent, ce qui est une image pour signifier la réaction du fil retors.

Ensuite les mohairs sont des laines de chèvres. De ce point de vue et comme beaucoup d’amis, vous devez trouver cela bizarre. Mais le poil de chèvre a un avantage de plus par rapport au lainage de mouton: il a du ressort et est très rigide. Le tissage en toile de kid mohair est d’une grande légereté (220gr) et est trés aéré. C’est une merveille, que je recommande véritablement, même si elle est un peu chère! Si il est possible de trouver des costumes en fresco dans le commerce (notamment chez Arthur et Fox à Paris), ceux en mohair sont plus difficile à dénicher. Mais allez-y les yeux fermés, en plus, ça ne froisse quasiment pas!

Julien Scavini

Qu’il fait chaud!

Que diable, quelle chaleur à l’atelier ces temps-ci, entre l’énervement des machines à coudre et l’échauffement des fers! Mais alors, que mettre? Si l’obligation de service au client impose, évidemment, le port du costume (nous y reviendrons dans un futur article), la vie d’atelier est plus décontractée. Hélas, les tenues pour être chic et court sont rares.

Notons, en partant du bas le non port de chaussettes. Monsieur de ce mois-ci propose une astucieuse idée pour porter les mocassins nu-pied, sans avoir peur de se bruler les talons sur le cuir, à savoir un petit bas discret, acheté au rayon féminin de la marque (chez Falke). Quant aux souliers, les habituels mocassins, ici dans une version bicolore, ou les derbys type ‘buck’ en veau velours à semelle crêpe sont de sortie. MàJ: D’aucun me souffle également le port des espadrilles, une corde de choix!

Puis, le bermuda. Cette pièce essentielle de la garde robe varie beaucoup dans sa forme. Quelle soit très courte dans un genre short de boyscout ou plus longue, elle apporte un gain en terme de fraicheur non-négligeable. Pour ma part, une longueur autour du genoux protège ma pudeur. La matière est souvent le coton, en version chino ou pourquoi pas en madras. Pensez aussi à vos vieux pantalons de flanelle. Une rapide coupe à mi-mollet permet de confectionner un bermuda à revers. Avec 5cm de revers c’est parfait!

D’ailleurs ce bermuda à revers possède une petite esthétique très années 60 que je ne renie pas. Avec une paire de Persol, c’est tout à fait adéquat. J’ai revu récemment le très bon film de Steven Spielberg ‘Attrape moi si tu peux‘ qui m’a remémoré cette époque où les américains faisaient encore mine de goût. Avec ce bermuda en flanelle, pourquoi ne pas tenter la chemisette…?

Là, je vois les puristes fuirent. Non à la chemisette toute colorée avec une cravate dans l’environnement de travail. Non pratiquement tout le temps à la chemisette. Mais dans ce cas de figure, avec le pli de repassage bien marqué, dans un colori simple, je crois, je pense que c’est une bonne option. La seule autre occasion de porter admirablement la chemisette serait lors d’un quelconque voyage en asie mineure, avec une saharienne. Les militaires anglais en poste sur le sous-continent indien ne s’y trompaient pas.

Sinon, l’habituel polo à manche courte, dont l’origine remonte aux premiers temps du rugby, est toujours d’actualité. Hélas, les vraies mailles de jersey ne se trouvent plus beaucoup. Elles sont pourtant plus aérées que les piqués de chez Ralph Lauren et consort. J’en ai vu récemment chez Charvet, mais à plus de 500€ la chemise-polo, elles sont d’un luxe rare.

Julien Scavini

Frac contre smoking dans les 60’s.

Cet article est extrait du très célèbre magazine masculin ADAM n°262, décembre/janvier 1960/61, aux éditions Condé Nast. J’ai tout à fait apprécié le ton du journaliste (non crédité) à propos d’une soirée parisienne. Il fait suite à la série d’articles sur le frac et le smoking. L’occasion de vous le retranscrire, et de l’illustrer:

« Faut-il le déplorer? L’habit perd pied dans les soirées parisiennes. Le gala de la première représentation de l’International Ballet du marquis de Cuevas justifiait pourtant le port du frac dans le magnifique théâtre des Champs Elysées. Mais les smokings y étaient représentés dans une proportion de 99%. Le marquis lui même était en smoking, alors ses invités se sentaient parfaitement dans le ton. Où est-il, le temps où les habitués de la Salle Garnier ne pouvaient se rendre à l’Opéra autrement qu’en cravate blanche, manteau noir et haut de forme mat? On ne les compterait même pas sur les cinq doigts d’une main lors des soirs habillés actuels. Il faut la présence du chef de l’État pour un gala donné en l’honneur d’un hôte illustre, de passage, pour que réapparaissent les habits – sur lesquels les brochettes de décorations jettent leur éclat coloré. Mais alors combien on s’attristera, lors de l’entrée du théâtre, en voyant nos contemporains gravir les marches de l’escalier d’honneur sur lesquelles les gardes républicains – eux, en grande tenue – saluent de l’éclair de leur sabre les hautes personnalités, vêtues de manteaux de pluie, trench-coats, pardessus beiges en poil de chameau, contrastant si pauvrement avec les visons, les brocarts, les soies des riches manteaux féminins. que de va-nu-tête! Que de gants maculés (bien sûr, le chevreau ne s’accorde guère au contact  du volant). On ne voudrait pas être, ici, censeur impitoyable et grogner une fois encore sur l’évanouissement des traditions d’élégance. Pourtant, que diable! un manteau noir n’est pas un luxe! Il peut être en vigogne, en cachemire, mais aussi en drap d’honnête qualité ; il devient alors à la portée de toutes les bourses.« 

Julien Scavini

Une (grosse) production d’une année de cours à l’AFT

Ce soir, nous allons faire un petit tour en photos de ma production de vestes et autres devants. Car au cours d’une année à l’Assocation de Formation Tailleurs, l’art des poches -nombreuses- nous est enseigné, mais pas seulement. Lorsque nous commençons à maitriser certains détails, la suite logique est de les assembler, sous forme de devants gauche simple (demi-veste en somme) et encore plus avant, sous forme de veste. Évidemment, la formation d’apiéceur en dix mois ne recouvre pas le montage de manches ou du col. Mais, une professeur admirable et un peu d’obstination m’ont permis d’arriver à cette fin. J’ai d’ors et déjà fini trois vestes, ce qui n’est pas si mal, sachant que je suis parti de zéro: sans savoir coudre!

Commençons par les devants, simplement:

  • le premier des meilleurs est ce devant de veste trois boutons, en lainage motif glencheck plaid. 400gr environs. Doublure bemberg rabattue à la soie. Petite erreur de positionnement de la poche intérieure haute, mais ce n’est pas bien grave. Le patron est le mien, sur une coupe à mon idée.
  • le second, ce devant de smoking croisé en lainage bleu nuit, 260gr, avec garniture de satin lourd. Bel essai, mais la garniture est piquée machine, et non rabattue à la main comme c’est l’usage en grande mesure:
  • le troisième enfin, non doublé, sur un lainage fin à rayures 220gr. Revers en pointe très marqué et très haut. Vous découvrez donc l’intérieur de la veste, comme illustré sur les croquis de toiles tailleurs.
  • les vestes maintenant, avec cette première ébauche, dans un joli pied de poule multicolore, en fini cachemire, 320gr. Toujours sur une coupe personnelle, à ma taille. Poches en biais, poche à ticket, revers à cran aigu haut, veste trois boutons et une fente milieu dos très profonde (j’avais l’idée de pouvoir l’utiliser au cheval). Le couvre-col n’est pas posé et les manches non finies, mais je reste content du raccord de la poche poitrine:
  • je me suis ensuite attaqué à une veste qui me tenait à cœur, pour la chasse. Dans un drap moyen (350gr) à chevrons fenêtrés, peut-être Harrisons, elle arbore deux grandes poches à soufflets à rabats et deux poches ventrales passepoilées. Je dispose toujours le cran de col assez haut, peut-être trop? Le dos possède une martingale (le plus sympathique détail pour une veste) et une fente milieu. Les bas de manches sont à quatre boutons, dont un dissimulé (à la Saint Laurent). La doublure intérieure est une moire d’acétate, très résistante et imperméable:
  • ensuite, petit travail pour ma sœur qui devenait jalouse 🙂 Une petite veste en serge de laine (qui ressemble à du jean), dans une coupe près du corps avec un revers rond années 30. Surpiqure évidemment main en blanc pour rehausser et doublure demi-dos:
  • j’ai ensuite essayé un petit gilet dans un tartan de chez Harrisons. Je devais avoir le pantalon, mais le culottier l’a raté, ce qui arrive, dans une école:
  • d’ailleurs en parlant de ratage, voyons cette veste en prince de galles en lin/laine, que je n’arrive pas à finir, à cause des manches, de leur raccord et de leur embu principalement! J’avais essayé un revers extra-large, pour tester, et imiter les dernières collections polo RL:
  • puis, j’ai enchainé sur mon stroller, vous savez, je vous en ai déjà parlé ici. J’ai réalisé la veste deux boutons à cran aigu et le gilet croisé à cran aigu dans une toile anthracite (350gr). Le résultat porté n’est pas si mal, même si les manches grignent un peu par endroit. Quant au pantalon à deux plis, il m’a couté 105€ en mesure chez Gambler, ce qui reste le meilleur rapport qualité/prix de Paris! Et fabriqué en France qui plus est. La boutonnière de revers à la milanaise est toujours faite maison:
  • enfin, la dernière veste en date, ma préférée et ma plus réussie (même si le col une fois porté tombe un peu bas). Dans un beau tissu Wain Shield en 300gr, j’ai réalisé ce petit blazer à poches plaquées (bordées en haut), semi-doublé. Le bords sont entourés d’un biais de coton bleu et les fonds de poches réalisés en coton de chemise blanc rayé bleu.  Les boutons sont recouverts et mes initiales en feutre cousues sous le col. Toutes les coutures y sont couchées ( et non ouvertes) y compris pinces et épaules:

Voilà pour ce long tour à travers une année de création, quasiment une année pour ce blog aussi. Il n’est évidemment pas conseillé de réaliser autant de travaux en si peu de temps. Je n’ai en tout cas jamais vécu d’année si brève et n’ai pas arreté une seconde de travailler, pour produire toujours et encore. Que voulez-vous, quand on aime, on ne compte vraiment pas. Mais je suis assez heureux du résultat et de l’expérience accumulée, ce qui sera fort utile pour la suite! Julien Scavini