Le smoking blanc

Grande question ce soir, qui avait été soulevée par un lecteur – plutôt rude d’ailleurs – à la suite du long article sur le smoking. Cette tenue du soir est rarement bien portée et constitue pour beaucoup de puristes une hérésie. Pourtant, il est possible de réussir correctement cette mise, qui peut être, l’été, extrêmement adéquate. Non pas que le blanc repousse la chaleur – le soir, il n’y a plus de soleil – mais il correspond bien à l’esprit de certains lieux de villégiature anciennement fréquentés par nos amis d’outre manche comme la côte d’azur ou encore la perse. Mais il peut aussi être de bon ton pour un simple diner dans le jardin, ou plutôt apéritif au milieu du rotin.

Bref, le smoking blanc est d’abord et avant tout un dépareillé. N’est blanche que la veste! Et je tiens beaucoup à ce détail. Le pantalon, le nœud papillon, le cummerbund ou le gilet sont noirs. En fait, il s’agit du smoking normal, en grain de poudre noir, dont vous interchangez la veste. Après, il est possible que cette veste blanche soit droite ou croisée, mais ses revers seront en satin de soie blanc aussi. Enfin crème, car la laine blanche, ça n’existe pas. Yves Saint Laurent avait fait un smoking pour femme noir avec les revers blancs; c’était exquis, mais juste pour les femmes. Ici nous défendons une tradition britannique.

Nos amis d’outre atlantique ont une préférence visiblement pour le col châle, qui a connu un pique d’utilisation au cours des années 60/70. J’aurais tendance à dire que cette version est peut-être plus américaine qu’anglaise, très Miami ou New York estival. Il me semble aussi que dans le film ‘Attrape moi si tu peux‘ est donnée une fête de mariage dans un jardin sudiste, où tous les convives sont en smoking blancs. Cela donne une esthétique très ‘brooks brothers’, très policée.


Enfin, une erreur à ne pas commettre (pourtant c’est chic) est le port du spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. Je regardais récemment l’adaptation des nouvelles de PG Wodehouse, Jeeves et Wooster dans laquelle le jeune maitre décidait d’arborer un spencer blanc acheté à Deauville lors de l’été 1930. A force de persuasions et surtout de félonies, Jeeves son valet finira par le lui faire retirer!

Julien Scavini

12 réflexions sur “Le smoking blanc

  1. L'Amateur professionnel 19 juillet 2010 / 21:36

    Effectivement, j’ai tendance à penser que la dinner jacket blanche n’a sa place – et encore – que sous les Tropiques. De fait, c’est une tenue plus américaine que britannique. Les États-Uniens ont d’ailleurs coutume de la porter avec un nœud (et un cummerbund assorti !) de couleur rouge sombre, qu’ils nomment « maroon »… (Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font !) Bref, le « smoking » blanc n’est à envisager qu’avec une extrême circonspection. Voire à ne pas envisager du tout à mon avis ! Mais si vous insistez, préférez-le de coupe droite. Car je rappelle que la veste croisée, lorsqu’elle n’est pas accompagnée de gilet (ce qui est le cas depuis quelque 70 ans), doit se porter fermée. Constamment fermée. Même à table. Ce qui, par temps de canicule, rend la chose passablement inconfortable, vous en conviendrez. En revanche, la veste de coupe droite est complétée traditionnellement par un gilet. (Je reste assez peu favorable au cummerbund, dont la version moderne est par trop éloignée de la version originelle, et pittoresque.) En principe, le gilet doit être noir, taillé dans le même tissu de laine que le pantalon. Mais on peut trouver une parade plus confortable : on peut opter pour un gilet en piqué blanc (marcela), lui aussi largement échancré et à revers, fermé par trois boutons (tous doivent être fermés d’ailleurs). Du coton en lieu et place d’une épaisseur de laine supplémentaire donc. Le revers de la médaille, si j’ose dire, c’est que le port de ce gilet (emprunté à l’habit de soirée) ne se conçoit qu’avec celui du col cassé. Du VRAI col cassé (haut, rigide et relié au pied de col de la chemise au moyen de deux boutons). En même temps, aujourd’hui, c’est cela ou alors le short et la chemisette. 😉

    • Julien Scavini 21 juillet 2010 / 11:55

      Un gilet en marcela avec un smoking? c’est un peu curieux non?

      Pour le gilet, je suis tout à fait d’accord, que c’est bien plus chic. Je garde même à l’idée un smoking d’un grand tailleur parisien (vu dans un Adam des années 60), peut-être Vauclair, dont le pantalon était cousu avec le gilet, formant une sorte de salopette… je trouvais le système assez intuitif finalement…

      Et pour le cummerbund, j’ai un peu de mal avec ces modèles à fronces… J’aime mieux une large bande de soie, lisse et sans plis simplement nouée sur la taille, c’est plus sobre à mon goût…

      Et pour le col cassé, je lui préfère le turn down avec le smoking. Ceci dit, ça peut aussi être un detachable collar, auquel cas c’est chic aussi… Il faudra que je fasse un article complémentaire sur la chemise, qui est particulière aussi…

      Et pour le bermuda smoking, je n’y avais pas pensé quoiqu’à mon avis, certains créateurs l’aient fait. Jeremy Hackett raconte du reste dans Mr Classic, avoir vu un américain porter des tongs noires avec son smoking, un soir de chaleur en sardaigne… c’est pas mal non?

  2. franck 20 juillet 2010 / 21:59

    La Perse? j’aime beaucoup les références aux années 30 en matière d’élégance, mais tout de même je crois qu’aujourd’hui, et ce depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ça s’appelle l’Iran, et quant à s’y rendre en villégiature vétu d’un smoking blanc, aie aie aie cela ma semble quelque peu compliqué voir courageux ou inconscient, c’est selon, mais pourquoi pas?

    franck

    • Julien Scavini 21 juillet 2010 / 11:57

      Oui, ou l’irak? Bagdad en smoking blanc, c’est chic? bon je sais, c’est une blague, mes codes sont très datés, mais c’est aussi leurs charmes… Après, il faut adapter, avec goût, suivant le moment…

  3. setadt 26 juillet 2010 / 23:05

    je me permets simplement une précision sur le smoking blanc. Cette tenue est née sur le bassin méditerranéen, dans les années 10 – 20. Elle était entre autre une tenue pour les colonialistes et née des matières qui étaient alors portées sur place (Egypte, Levant, Perse, Mésopotamie ou Irak, Moyen Orient, cf la carte des anciennes colonies britanniques) . Elle s’est ensuite répandue, avec ses deux versions de col adapté selon les anglo -saxon, ou les continentaux… Elle est encore de rigueur dans les réceptions mondaines dans ce coin du monde, festival de cannes, pour voir ceux qui vont sur les yacht après les projections, des autres, ou lors des grands prix de monaco, c’est ainsi que S.A.S. le Prince souverain de Monaco, porte plus facilement, même en Scandinavie cette tenue, passé le mois de Juin. Les couleurs sombrent sont à nouveau portées en fin septembre où l’on reprend le vieux code datant de Catherine de Médicis, sur les tenues de soirée, codification, elle même inspirée des lois de 1350 après la Grande peste…

  4. L'Amateur professionnel 28 juillet 2010 / 15:58

    Non non, le gilet en marcella convient tout à fait au smoking. Noir de préférence. (Mais en existe-t-il vraiment un autre ? 🙂 ) Bref, à sa version la plus formelle : avec une veste droite à revers en pointe. En fait, on a beaucoup porté le gilet blanc avec la dinner jacket dans les années vingt. En témoignent encore certains films et photographies (certaines étant visibles, notamment, sur l’excellent site web « The Black Tie Guide »).

    J’ai même le souvenir de David Niven incarnant le Colonel Race, dans « Mort sur le Nil », portant le gilet de piqué blanc avec son smoking. C’était d’ailleurs très bien vu : le colonel, anglais, et par conséquent conservateur, porte, pour l’époque (les années trente) une tenue de soirée légèrement en retard d’une mode. Il était donc on ne peut plus élégant, en regard d’un Hercule Poirot excessivement (au vrai sens de cet adverbe) chic.

    Des tongs noires avec un smoking ? Portées par un Américain ? (Précision évidemment pléonastique.) La bride en gros grain passant délicatement entre les orteils ? J’imagine qu’il a été difficile de réanimer le pauvre Jeremy Hackett…

    • Julien Scavini 28 juillet 2010 / 17:13

      Oui, j’ai récemment vu un épisode d’Hercules Poirot où quelqu’un portait smoking avec gilet en marcella. Je m’incline donc. Mais à tout choisir, je resterai sur le gilet noir.
      D’ailleurs se pose un problème: comment fait on avec les studs de la chemise si l’on ne porte pas de gilet? Car normalement, il n’y en a que 3, sauf que là du coup, il faut aller jusqu’au ceinturon..?

  5. L'Amateur professionnel 29 juillet 2010 / 17:13

    Le gilet blanc s’accompagne obligatoirement du (vrai) col cassé. Comme vous préférez le col classique turn down, le gilet noir, dans ce cas, est parfait.

    Et si l’on ne souhaite pas porter de gilet, il faut porter une veste de smoking croisée. Qu’on veillera à porter fermée en permanence, même à table. Il n’y a pas d’autre solution.

  6. Chamborant 27 novembre 2010 / 23:19

    Monsieur, je lis sous votre plume, qui a du déraper quelques instants : « spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. »
    Boileau disait « Le bel esprit affaiblit ce qu’il croit orner ».
    Je vous recommande donc de relire cette phrase, il est inutile de la commenter.
    Par ailleurs, le satin de soie pour les revers de smoking n’a rien d’une évidence ; il y a des familles où l’on ne porterait rien d’autre que de la soie mate.

    • Julien Scavini 29 novembre 2010 / 21:00

      Certes certes. Ce ne sont que des conseilles de base. Les élégants peuvent les outrepasser.
      Pour les revers de smoking, je vais me corriger. Il ne s’agit pas de disposer du satin, de soie ou d’autre chose, mais de la ‘faille’ de soie, en effet, plutôt mate.

  7. Coupe? 26 juin 2012 / 18:13

    Quelle serait le type de coupe d’un gilet noir accompagnant une dinner jacket? Le même que celui du gilet en marcella porté avec l’habit ou bien une coupe de gilet « normal »?

    • Julien Scavini 2 juillet 2012 / 16:30

      oui, un petit gilet à trois petits boutons en bas. Même modèle que pour l’habit.

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