Ce jour, nous allons étudier les différentes possibilités qui s’offrent à l’homme élégant pour le jour de son mariage. Une chose est sûre dans tous les cas, le port du costume de ville (ou dans son appellation contemporaine, costume de travail) n’est pas autorisé pour des noces. Le côté formel de l’habit devra être primordial. Votre femme fera un effort souvent démesuré, digne des plus grands chantiers navals, pour construite sa tenue, ne vous contentez pas du minimum légal.
Également, je ne vais certainement pas vous présenter les horreurs du style Canotier et consort, qui font passer les veste trop longues pour des redingotes d’un nouvel âge. Nous resterons dans une ligne classique, sobre, car il convient de ne pas faire d’ombre non plus à la robe de la mariée. C’est elle que l’on doit admirer. Exit donc les gilets rouge et or. (Par ailleurs, la rédaction de SC s’excuse pour les lamentables robes de mariée, mais SC n’a aucun goût en ce qui concerne le vestiaire féminin)
Premier exemple, le plus canonique: la jaquette:
La jaquette est cette grande redingote à queue de pie, à un bouton. Une jaquette en gris moyen sera indiquée, avec un pantalon plus clair, de flanelle ou à rayures. Le gilet bleu est croisé. La chemise à poignets mousquetaires est bleue à col blanc (pourquoi pas détachable?), et la cravate lavande. L’homme sera ganté. Je n’opte pas pour la lavallière, mais pourquoi pas… Les tons sont donc dans les bleus clairs, tenue idéale pour un mariage dit ‘bourgeois’.
Deuxième exemple, plus sobre, plus urbain aussi, peut-être plus abordable, le costume un bouton à cran aigü:C’est en costume en flanelle anthracite, à un bouton (de type smoking), avec un gilet moutarde, une chemise bleue à col blanc, et une cravate en fin lainage bleu éteint. Il s’agit là d’un compromis pratique, qui permet de remettre le costume pour des occasions plus particulières, ou même en milieu profesionnel sans le gilet.
Le dernier exemple est le plus formel, le white tie ou habit:Cette tenue que les anglais appellent pour l’occasion ‘full formal’ est extrêmement rigoureuse et très très formelle. L’habit est constitué d’une queue de pie, d’un pantalon à double galon, d’un gilet en nid d’abeille, d’une chemise à col cassé et d’un nœud papillon en nid d’abeille également. Le port des gants s’impose. Stiff Collar lui donne sa préférence: l’habit peut se réutiliser; il permet aussi de rester sobre et élégant.
Enfin, détail sartorial unique au mariage, il convient d’arborer à la boutonnière un oeillet blanc, pris au bouquet de votre épouse. J’espère dès lors que vous éviterez le costume trois boutons en laine-polyestère beige…
Nous entendons parler de plus en plus souvent pour décrire les costumes de l’épaisseur de leur lainage, appelée super quelque chose… Mais que signifie exactement ce terme?
La laine, après avoir été tondue sur le dos des moutons, est envoyée au lavage pour en retirer les saletés puis dans des sortes de rouleaux pour être cardée, c’est-à-dire être transformée en fibres longues de laine. Après cette opération, elle est relavée, apprêtée, et enroulée par plusieurs brins. Ensuite, si les fibres sont trop courtes, on s’arrêtera là, ce qui donne la laine cardée (le tweed par exemple), et si les fibres sont de bonnes qualités, on les peignera. Le fil primaire s’appelle le retor. Il peut de nouveau être enroulé pour former un fil double retor.
La finesse de fil ainsi obtenu se distingue sur les normalisations oko tex suivant les termes super 60, super 70, super 100, super 180, super 200 etc. Il s’agit en fait du nombre de fil que l’on peut disposer les uns à cotés des autres sur une longueur d’un pouce. Cela donne donc une indication sur la finesse du fil utilisé pour tisser le lainage.
Car vous pouvez très bien obtenir un tissus lâche et estival avec un super 110’s, il suffira de tisser les fibres de manière aérée. Il n’y aura pas 110 fils sur un pouce mais il aura été tissé avec un fil super 110… Cela ne préfigure donc en rien la qualité finale du tissus.
Blazer en lainage armure chevron super 90s, et chino en sergé de coton.
Deux grands types de tissage sont utilisés en mode masculine, l’armure toile et l’armure sergé, dont est dérivé le chevron. La flanelle par exemple est une armure toile en laine cardée, qui peut se présenter en super 110’s ou super 180’s. Le lainage grain de poudre (vu dans l’article sur les smoking) est à l’inverse une armure toile en laine peignée, qui peut se présenter.. idem.
Alors attention, cette mode actuelle pour la finesse du tissus ne veut rien dire en revanche. Se prévaloir d’un costume en super 150’s ne veut pas dire grand chose. Les lainages fins (super 130, 140, 170 etc…) ont été développé grâce au perfectionnement des outils de production, dans le même temps que l’industrialisation du prêt à porter. Un maître tailleur ne se risquera que rarement sur des lainages supérieurs à super 130’s. Les tissages d’une finesse supérieure sont plutôt destinés à être travaillé par des robots automatisés. Ils demandent une extrême précision dans leur mise en œuvre, car ils frisent vite (effet de vague aux coutures) et demandent des fils extrêmement fins ne se tordant pas (donc plutôt en 100% polyester). Ils sont donc d’une grande difficulté à travailler, et ne sont pas appropriés au travail à la main. De plus, les industriels vantant ces produits en super 160’s ont souvent recours aux toiles thermocollantes pour les plastrons, thermocollants qui marquent assez vite sur ces fins lainages…
La norme acceptable pour un tailleur se situe aux alentours du super 110’s, voire maximum super 130’s. Au delà, des techniques industrielles (notamment le picotage des revers au fil de nylon sur une machine à aiguille courbe) s’imposent plus ouvertement.
France 2 diffusait vendredi soir le quatrième opus de la série télévisée adaptée des romans de Jean-François Parot et consacrée aux enquêtes secretes de Nicolas Le Floch pour le compte du bon roy Louis XV.
Si l’épisode de ce vendredi intitulé ‘L’affaire Nicolas le Floch’ était quelque peu décevant du point de vu de la dramatisation, et surtout à cause du rendez-vous manqué avec l’androgine chevalier d’Eon, il faut bien admettre que cette série brille par son esthétique. Que ce soit les décors ou les costumes, tout est résolument parfait! Tellement parfait que nous avons passé la soirée à détailler les habits au lieu de suivre l’intrigue.
Ces vêtements amples, souvent gansés (ou surtachés suivant le terme consacré), fait de belles étoffes sont incroyable. Largement inspiré du vestiaire chasse français, ils définissent un beau répertoire de couleurs et de formes, largement tombé en désuétude par l’apprentissage des codes Beau Brumel. Par peur de nous redire, nous éviterons de faire un paragraphe sur l’interêt de la Maison Arnys à ce sujet, mais cela a donné des idées de tenues à Stiff Collar:
L’un des traits notables des tenues du Grand Siècle est leur non-appropriation de l’emmanchure. Il nous semble souvent voir des habits présentant soit pas de manches, soit des manches bouffantes, plus proches du flou que de la culture tailleur. Cela nous a donné l’idée d’un ensemble gilet + pantalon quelque peu différent des habitudes: gilet long en cachemire anthracite à poches cavaliers, petit revers, l’ensemble gansé de soie verte; pantalon de la même étoffe très serré (17cm en bas), avec poches postiers et bas à boutonnières. Le manteau allant avec est en fait une réédition des parures mousquetaires, d’une seule pièce couvrante. La chemise à col et poignets blancs est crème à rayures couleur lavande. Le noeud papillon complète l’ensemble.
Juste un court billet pour présenter cette vidéo d’une usine en Turquie fabricant des costumes en PàP. L’équipement est réellement impressionnant. Je suis stupéfait par le nombre de machine et leur spécialisation…
L’une des plus grandes figures françaises de l’élégance masculine est quelqu’un de tout à fait discret vivant aux abords de la cité des Anglais et prénommé Albert (illustration).
Fils de Jean Goldberg qui fonda la maison Façonnable rue de Paradis à Nice en 1950, il sut la développer avec un brio non discutable, la positionnant par alliance avec le distributeur américain Nordström à une échelle internationale. Très réputé dans les années 80 pour ses looks très colorés, il sut ravir les goldenboy new yorkais et ceux d’ailleurs, faisant de Façonnable l’une des marques françaises pour homme les plus connues à travers le monde, rivalisant bien souvent avec Ralph Lauren. Depuis Façonnable fut rachetée par son distributeur, qui fit faillite, et récemment par les libanais du groupe M1 Fashion. Alberto Lavia, ancien pdg de Kenzo a pris la direction et Eric Wright la direction artistique, pour re-conduire Façonnable sur le bon chemin.
Entre temps, Albert Goldberg qui s’était retiré des affaires par contrat revint avec une nouvelle enseigne à Nice: Albert Arts. Cette nouvelle ligne présentée comme dans une galerie d’art, est très inspirée de sports mécanique et maritime. Les collections sont intitulés ‘le Fils du Tailleur’, référence au père d’Albert, juif-polonais qui était tailleur artisanal. Les modèles font la part belle aux plus fines flanelles et cachemires. Les tons sont doux, plutôt dans les bleus, et les finitions exceptionnelles. Une chemise Albert Art est inénarrable. Hélas, le prix aussi… Les petits blazers sports sont par ailleurs si fins que vous n’avez par l’impression de les toucher.
Sur cette lancée couronnée de succès (encore une fois), Albert Goldberg et son fils (le petit fils du tailleur donc) s’associent au sein de la holding Tercade pour racheter au groupe Richemond le grand magasin Old England du boulevard des Capucines à Paris. Cette adresse prestigieuse dont les façades en bois de palmier sont classées monument historique, vivotait depuis quelques années déjà, tout en proposant d’extraordinaires produits importés. Si le déménagement du groupe Hackett pour un autre site du boulevard laissera de la place libre au rez-de-chaussée du magasin, le premier étage consacré aà la femme vient quant à lui de subir un important lifting. Fini les gros Chesterfield, bienvenu au design épuré, à tendance suédoise mais d’inspiration niçoise. Couleurs claires et espace ouvert permettent de redécouvrir cet important rayon. Même si l’on est jamais pour le changement à Stiff Collar, le fait est que le bouleversement fut inspiré. Il faut bien avouer que les femmes sont plus réceptives à la modernité, bien plus que nous autres. Et donc heureusement, les salons du sous-sol consacrés à la chaussure et aux costumes mesures n’ont pas bougé d’un iota. Pour autant, nous nous interrogeons sur la qualité des produits, douteuse, d’autant plus que le jeune ‘tailleur’ sort de l’école ESMOD… process industriel peut-être?
Souhaitons en tout cas bonne fortune au magasin Old England, une adresse prestigieuse!, et réussite à Albert Goldberg et à son fils dans leurs nouvelles aventures. Et ps: si vous cherchez des stagiaires monsieur Goldberg… ^^
Les parties de chasse étaient jusque dans les années 60 des rendez-vous privilégiés pour le monde, permettant de s’évader pour un court instant de la ville. Les chasses du président Coty à Fontainebleau ou Rambouillet étaient célèbres pour rassembler les ambassadeurs, épaulés de gens d’armes, les bien nommés.
Durant rarement plus qu’un week end, ces rencontres plutôt aristocratiques étaient l’occasion d’un déménagement important de personnel et de matériel, créant un lien entre économie de la ville et économie de la campagne. Le très intéressant livre de Mark Girouar intitulé La vie dans les châteaux français, du Moyen Age à nos jours relate avec force détails ces allées et venues.
De même, l’une des grandes figures cinématographiques qu’est Robert Altman signa à ce sujet l’excellent film Gosford Park, (2002) qui relate avec brio les mécanismes à l’œuvre pour aller tirer le pigeon (ou le tetra).
Ainsi, les grandes résidences de campagnes possédaient un personnel nombreux et hiérarchisé. Étudions la sociologie d’une maison habitée par un couple et leur fille, et conviant trois autres couples, soit neuf convives. Il fallait:
Un majordome (qui est attaché à la gestion du personnel, butler en anglais)
Une femme de charge appelée parfois gouvernante (qui est attachée à la gestion de la maison)
Le valet de Monsieur
La femme de chambre de Madame
La première femme de chambre (attachée aux autres chambres), attachée à la fille
Une femme de chambre, faisant le ménage, les chambres etc…
Deux valets de pied (footmen en anglais), pour le service et l’assistance au majordome
Une blanchisseuse
Une cuisinière
Quatre filles de cuisine
Un armurier pour la gestion du râtelier
Un garde chasse pour gérer le domaine
Huit rabatteurs, embauchés parmi les habitants du village pour servir de gens d’armes
Deux chauffeurs
Cinq garçons de maison, aidant aux tâches lourdes (transport du charbon, ménage etc…) sous les ordres du majordome
Cinq filles de maison pour aider dans toutes les tâches ménagères, sous les ordres de la femme de charge
A ce personnel de la maison s’ajoute le personnel des trois couples conviés:
Trois chauffeurs
Trois valet de Monsieur
Trois femmes de chambre de Madame
Nous arrivons ainsi au chiffre vertigineux d’une cinquantaine de personnes servant neufs convives invités à chasser, ce qui faisait de ces maisons de véritables hôtelleries de campagne. Le film de La Règle du Jeu de Jean Renoir permet de comprendre les systèmes sociaux à l’œuvre. Le soir dans tous les cas, et même si le tweed est de rigueur dans l’après midi, c’est white tie!
L’achat de ces livres s’avère en revanche assez onéreux (comme pour tous les beaux livres). Rendez vous sur Amazon ou alors à la Hune, célébre librairie d’art de St Germain des Près!
Loin de trancher entre grande mesure tailleur et prêt à porter de qualité, Stiff Collar a pour but de faire vivre un imaginaire, celui d’hommes bien vêtus. Dans ce monde de la réalité immédiate et de l’information continue et confuse, nous cherchons un état de pensée idéalisé dans lequel vivre, se sentir vivre.
Dès lors, l’art du vêtement apparait comme l’un des derniers remparts que l’on puisse ériger entre nous et la société. La confection est l’une des dernières grandes spécialité à savoir créer, matérialiser un rêve, que ce soit d’une époque ancienne, fictive ou future. Se faire tailler une veste de cavalier et des bottes chez John Loob permet de goûter à un luxe passé et désuet; se faire confectionner un costume au cran innovant permet de se sentir avant-gardiste. Chacun peut y trouver son compte, dans le respect de traditions qui savent évoluer et se reconstruire.
A l’image du sympathique Marc Guyot, cela flaire bon la bonne humeur et les atmosphères bon enfant. Se délecter des costumes d’Oss 117 ou du Petit Nicolas replonge dans un univers qui donne envie, fait sourir peut-être aussi. Car après tout, nous évoluons dans ce milieu de l’élégance, par soucis de sérieux d’abord et de plaisir ensuite, ce qui compte au dessus des querelles.
Merci aux quelques deux cents lecteurs qui passent ici chaque jour! Puissent-ils trouver l’état idéal, pour comme disait Saint Laurent, vivre en beauté!
MàJ: Comme un fait exprès, citation d’une interview de Jean Pierre Jeunet réalisée par le figaro du 28 Octobre 2009, à propos de sn dernier film:
Vous n’en avez pas marre d’être nostalgique ?
Non. Une idée court actuellement en France, selon laquelle être nostalgique, c’est être rétrograde, réactionnaire, voire fasciste. C’est l’un des a priori les plus cons de ces dix dernières années, véhiculé par des handicapés de l’émotion. La nostalgie, ce n’est pas vivre dans le passé.
Commençons cet article par une affirmation que l’on a tous souvent entendu. Cette semaine encore donc, un ami m’a dit qu’il s’était fait faire un costume sur mesure chez un tailleur pour 350€.
Deux problèmes dans cette proposition: la notion de ‘sur mesure’ et l’appellation ‘tailleur’. Car il va de soi à qui s’y connait un peu qu’à moins de 2500€, il n’est point fait référence au tailleur traditionnel.
La loi de juin 1947 et son décret d’application de janvier 1955 relatifs à l’appellation ‘tailleur’ stipulent en article 1 que:
Est interdit et considéré comme une tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise au sens de la loi du 1er août 1905, l’emploi de toute indication, de tout signe, de tout mode de présentation, en particulier par usage du mot « tailleur » ou de toute autre dénomination comprenant ce mot, susceptible de faire croire à un acheteur qu’un vêtement masculin a été exécuté suivant les procédés techniques conformes aux usages loyaux et constants de la profession de tailleur, qui comportent la coupe individuelle aux mesures exactes du client, lorsque ledit vêtement n’a pas été exécuté dans ces conditions.
Mais bien évidemment, personne ne connait cette définition, même certaines maisons de confection, qui pèchent par naïveté. La loi stipule donc:
– vêtement tailleur: tout vêtement masculin de dessus dont le client a choisi le tissu et le modèle, et pour l’exécution duquel les opérations de coupe, d’essayage et éventuellement de retouches, sont faites par une main d’œuvre spécialisée, d’après les mesures personnelles du client prises préalablement à l’unité.
– vêtement sur mesures mode industriel: le client a choisi le tissu et le modèle, et dont l’exécution déterminée d’après les mesures personnelles du client implique des opérations d’essayage et de retouches, ledit vêtement étant d’autre part fabriqué selon la technique industrielle du vêtement de confection.
– petite mesure façon confection: tout vêtement masculin de dessus, coupé à l’unité, exécuté selon les procédés de la fabrication en série à la convenance et aux conformations particulières du client qui a choisi, au préalable, son tissu.
Voici donc pour l’état des lieux. Alors, la fédération française des maîtres tailleurs s’est proposée de réécrire la loi, partant d’une idée simple, faire respecter ce décret et le mettre à jour, notamment pour éviter cet encart très long de vêtement sur mesures mode industriel. L »idée, introduite par Mickaël Ohnona, est bonne, mais manque certainement d’étoffe, de lobbyistes et de députés…
Voulons nous l'idéal?
Mais repartons des faits. Il est devenu certain que l’imaginaire collectif entretient avec le nom de tailleur une relation ambigüe qu’un loi seule ne peut plus, ou pas régir. Malgré le fait que je sois dans la partie, plutôt côté Tailleur (au sens de la loi donc), je ne peux pas passer mon temps à reprendre systématiquement amis et connaissances… Et doit bien avouer que je me range aisément du côté du plus grand nombre, n’en déplaise aux puristes, je m’explique…
Nous venons de constater qu’aux pays des grandes traditions, je veux parler de l’Angleterre, le débat est aussi ouvert. Le terme bespoke, qui signifie pour tout puriste le summum de l’élégance à l’unité, vient d’être ouvert par une décision de justice, faisant suite à la plainte de la Savile Row Assoication contre un confectionneur industriel (qui a donc gagné l’usage du mot).
En dehors du Larousse qui fait référence à l’Artisan Tailleur, toutes les autres définitions se résument ainsi: Personne qui taille des costumes sur mesure pour homme. D’ailleurs, c’est une définition par extension de la définition de tailleur: Celui qui taille des vêtements, des pierres, etc… Cela impose le constat…
Un exemple pris au hasard, la maison de confection Pernac, se targue de faire du traditionnel en sur mesure, deux termes donc, qui sont hors la loi. Si l’on excepte le terme traditionnel qui n’est qu’un usage de communication, et qui d’ailleurs n’a que peu de sens, la notion de sur mesure questionne! Elle questionne l’un des grands champs philosophiques qui est celui de la place et de l’évolution des techniques dans nos sociétés. Car l’enjeu véritable de ce débat se joue de l’avis de Stiff Collar sur ce terrain de la technique. La révolution informatique interroge nos sociétés au plus profond. Je l’ai très bien vu en architecture, qui ne sait plus ce qu’elle est face à l’intégration computationnelle. Le très érudit article de Bernard Cache et Patrick Beaucé intitulé Vers un mode de production non standard (in Objectile Fast-Wood, A brouillon Project, éditions Lavoisier, 2005) rappelle à quel point les artefacts humains ont toujours été marqués par la poursuite de la précision. Cette précision des mesures et des modèles homothétiques informatiques permet de nos jours de s’approcher au plus près, malgré tout, de la notion de sur mesure.
Dès lors, si un progressisme éclairé admet cette notion comme possible, le terme de tailleur en tant qu’artisan vole en éclat, de manière tout à fait rationnelle et sans prise à parti. Une révolution se prépare dans cette société post-industrielle (idiote ndlr) qu’on le veuille ou non.
ou l'ennuyeuse réalité?
Que faire alors? Il ne s’agit pas d’éluder la question. De grandes tables rondes entre industriels, marchands de prêt à porter, tailleurs artisanaux pourraient permettent, sans mauvaise foie, de constituer une réponse claire et équilibrée, entre défense d’un patrimoine intellectuel et technique, et intérêt commercial. Mais c’est un travail certainement trop compliqué à mettre en place, demandant trop d’énergie, à des industriels soucieux de rentabilité et d’image, et à des artisans, trop esseulés. Hélas.
Alors les dénominations sont le plus souvent requalifiées, en dehors de tout cadre législatif suivant les formules suivantes:
Prêt-à-porter : d’après des mesures standard donc sans essayage, mais avec retouche possible,
Demi Mesure et petite mesure : d’ après les mesures du client avec essayage d’un modèle de base puis 1 ou 2 essayages,
Grande Mesure : d’après les mesures du client avec trois essayages minimum.
Mais si seul l’artisan qui exécute de la Grande mesure peut s’appeler Tailleur, comment s’appelle la personne qui est dans une boutique, au milieu de liasses de tissus, et en relation avec une terminal informatique? Un habilleur? pourquoi pas, le terme n’est pas si laid…
Une chose est sûre, le débat reste ouvert sur le droit d’usage de mot tailleur. Stiff Collar, qui a toujours pour but de défendre les fameuses traditions, dans un cadre idéalisé, à tendance Chap’ ne peut que s’insurger contre le mensonge et les faux semblants. Mais une chose est sûre également, c’est en refusant d’ouvrir les yeux que l’on meurt… hélas.