Il est souvent dit que l’on reconnait les personnes de goût aux chaussures qu’elles portent. Si aucune généralité ne peut devenir une règle, il est tout de même vrai qu’une belle paire de souliers aux pieds d’un homme peut-être du plus bel effet, loin des horreurs en simili-cuir que l’on voit hélas souvent, parfois même chez les méga-brand, je n’en citerai pas.
Mais une paire de souliers représente évidemment un investissement fort conséquent hélas. A moins de 300€, n’espérez pas posséder un bel objet de qualité. Et encore, cela dépendra des marques. Le montage complexe d’une chaussure explique ce prix, autant que la qualité du cuir servant à la confectionner. Car il est évident que le cuir traité au chrome d’une vache de réforme chinoise ne produira pas une bonne matière…
Il existe trois principaux types de montages que nous détaillerons dans une futur article, notamment le très connu montage Goodyear. Pour rester plus simple, je rappellerai simplement les catégories de chaussure grâce à ces dessins, de gauche à droite, le Richelieu (ou Oxford en anglais), le Derby et le Mocassin. Citons également la bottine ou chukka et les bottes, et peut-être les sympathiques espadrilles ou chaussures de corde.

- Différents modèles : richelieus patinés aquarelle ; derbys en cuir grainé châtaigne ; mocassins en cuir chocolat
La différence entre le richelieu et le derby est le positionnement des œillets de lacets. Sur les richelieus, les œillets sont réalisés sur l’empeigne (partie avant de la tige de chaussure) et sur les derbys une partie annexe portant les œillets est rapportée sur l’empeigne. Quelque fois, se sont les quartiers arrières qui portent les œillets, comme ramenés vers l’avant par la pièce de cuir. On dit alors que le quartier est cousu sur la claque ou l’empeigne. Le mocassin est quand à lui beaucoup plus simple puisque sans lacets. Sa partie horizontale est appelée plateau.
Historiquement, le richelieu est une chaussure de ville et le derby une chaussure de campagne, sa technique étant simplifiée. Cette histoire influe sur la couleur du cuir:
– le richelieu peut se parer de noir ou de marron, en cuir lisse ou veaux-velours. Avec un costume, ils seront noirs sauf si vous décidez de porter du bleu marine qui s’accorde mieux au marron, influence italienne oblige. Avec un jean ou un blazer, impossible de porter du noir en revanche.
– le derby arbore exclusivement le marron, c’est une peut-être plus une chaussure de campagne. Le derby noir représenterait-il une hérésie? Je n’en porterai pas avec un costume, sauf à porter du tweed au milieu des champs. Mais je sais que Corthay signe de très beaux derbys à deux œillets, qui accompagnent bien le complet…
– le mocassin est une chaussure décontractée qu’il est impossible d’acheter en noir, les marrons, les bordeaux, les bleus etc lui conviennent. Ne le portez jamais avec un costume. Si d’aventure vous aimez vraiment le noir, préférez alors un marron patiné très foncé, du meilleur effet. Remarquons que le modèle à pampille est couramment porté aux Etats-Unis avec le costume, et comme ce mocassin vient de chez eux, alors nous pouvons peut-êtreles suivre sur cette règle…

Faisons maintenant un petit tour d’horizon des maisons dignes de figurer à l’index de Stiff Collar. Toutes les autres marques qui ne sont pas mentionnées le sont à raisons. Le monde de la chaussure de qualité est si petit qu’il est facile d’en faire le tour. Mais si jamais vous vous interrogez sur telle ou telle maison, faîtes une recherche sur internet, allez sur le forum de souliers.net ou de pieds en cap par exemple…
Commençons par les gammes raisonnables montées avec la méthode traditionnelle:
- Bexley, le minimum légal monté en goodyear sur des modèles classiques à 129€
- Loding, le meilleur rapport qualité/prix à ce jour, 150€
- Finsbury les jours de soldes uniquement, aux alentours de 140€.
Puis la gamme moyenne:
- Emling, à 300€, cette marque française signe de beaux modèles
- Bowen, pour le même prix qu’Emling (le créateur de Bowen a créé Emling aussi) dans une tradition de fabrication britannique
- Altan, je ne connais pas, mais plusieurs personnes sur de pieds en cap recommandent…
- Weston les jours de soldes uniquement, aux alentours de 350€
- Shipton & heneage, un grand de la chaussure britannique, pour 450€, peut-être moins en solde.
Et enfin le haut du panier si votre plaisir et votre porte-feuille vous y portent:
- Crockett & Jones, le must have de la chaussure britannique, conçu pour durer 10 ans au minimum. Compter 500€ au moins soit 4€ par mois sur la période.
- Pierre Corthay à Paris est un artisan bottier qui fabrique les modèles d’Arnys, autant dire, une griffe d’exception, au minimum 1000€
- John Lobb est une filiale du groupe Hermès et historiquement l’un des plus réputés bottier britannique, aux alentours de 1000€ également
- Berluti aussi n’est-ce pas, Aubercy, Edward Green, Alden, Altan en grande mesure et pour 1000€, je crois que la liste est ouverte!
Ce petit tour d’horizon est pour l’instant fini, avant de revenir avec un dossier plus technique sur la fabrication des souliers qui nous chaussent si bien. Quoi qu’il en soit, sachez bien qu’une paire de chaussure s’entretient : pommade pour nourrir le cuir d’abord puis cirage de qualité comme Grison par exemple (jeter vos Kiwi et autres Barranes, ils contiennent des silicones qui sapent vos cuirs irrémédiablement, sauf si vous posséder des lattes en simili made-in-shangaï). Et embauchoir évidemment pour éviter d’avoir des pompes de clown, cela va sans dire.
Enfin, si vous rêver de posséder des souliers d’une incroyable personnalité, voilà un bon tuyau : achetez une paire de loding à 150€ et prennez les dans le cuir marron le plus clair possible. Ensuite, rendez-vous chez Paulus Bolsen, patineur artistique de soulier qui pour environ 80€ vous fera un travail de rêve, voyez donc cette page ICI. Mon affection se porte particulièrement sur les patines bois/aquarelle, parfaites!
