La cravate ‘ancient madder’

Choisir une cravate est pour un élégant un moment privilégié, un instant de goût et de tact. Que ce soit à l’achat, ou le matin pour la choisir. Il s’agit de bien doser l’idée, l’humeur de la journée, du moment, que l’on veut transmettre par ce petit signe ostentatoire (de richesse). Car oui, une belle cravate, ça coute plus cher que 8€ dans le métro. A moins que vous soyez amateur de belles cravates anciennes et peu onéreuses, dénichées sur eBay.

Il est possible de choisir une belle soie unie et épaisse, très italienne, ou au contraire une cravate club, aux multiples coloris tranchés très américaine. Peut-être vous laisserez-vous séduire par un modèle en laine imprimée, parfaitement chaude pour l’hiver, ou au contraire par un natté de soie, très aérien et à l’effet changeant…

Peut-être enfin que vous tomberez amoureux – car oui le terme est juste en ce qui concerne ces modèles – par une cravate réalisée dans une soie dite ‘ancient madder’. Que qu’est-ce donc au juste ?

Il n’y a en effet pas une cravate plus reconnaissable que celle-ci ! Elle est l’esprit anglais incarné et le plus bel héritage textile qui soit.

La cravate ‘madder’ se distingue des autres modèles par l’utilisation d’une soie teintée par la Madder aussi appelée Rubia tinctoria, en français Garance des Teinturiers (avec laquelle on obtenait les fameux pantalons rouge Garance de l’Armée Française.)

Cette petite plante coutait cher et les progrès de la chimie ont permis en 1869 à l’alizarine qu’elle contient de devenir le premier pigment naturel à être reproduit synthétiquement, par BASF en Allemagne. La soie surfine teintée avec ce pigment devient mat, avec une surface presque peau de pêche, suédée ou poudrée. Les spécialistes parlent en anglais de ‘main crayeuse’ (chalk hand). La colorisation est fanée, presque éteinte. Les couleurs sont riches : jaune moutarde, rouge rubis, vert de jade, indigo, chocolat etc…

Le mot ‘ancient’ vient d’on ne sait où. ‘Madder’ est amusant en français, car il rappelle la madérisation, qui pour le vin signifie une altération de la couleur et du goût. Un peu comme les couleurs issues de la teinture, qui sont cramoisies.

La cravate ‘ancient madder’, grâce à cette texture et à ses couleurs si particulières est devenue idéale pour habiller le cou des gentlemen anglais. Dès les années 30, elle devint à la mode en association avec du tweed, en particulier sur les campus anglais ou américains. Ses couleurs flétries mais malgré tout vivantes grâce aux motifs, résonnent comme un écho aux couleurs des feuilles mortes qui tombent des arbres.

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La cravate ‘ancient madder’ est le plus souvent imprimée de petits motifs géométriques ou paisley. Le fond peut être éteint ou de couleur vive, les motifs agissant alors comme un contrepoids, rééquilibrant chromatiquement l’ensemble. Ils sont souvent détourés d’un fin trait noir, qui à l’instar des bandes dessinées en Ligne Claire séparent les différentes couleurs qui sont apposées par sérigraphie. Cette technique ancienne demande beaucoup plus de travail que la fabrication de soie tissée, c’est pourquoi elle était synonyme de luxe, surtout chez les étudiants. Ceci dit, l’impression numérique moderne, très facile, rend le procédé ancien plus difficile à exploiter commercialement.

Trouver une belle cravate ‘ancient madder’ est comme chercher un trésor pour les amateurs. Il faut que l’équilibre des nuances soit modéré, la couleur surannée mais pas trop. Bref, une vraie prospection ! Peu de spécialistes existent et il faut bien souvent scruter les collections pour en voir des exemplaires apparaitre. Ralph Lauren bien sûr ou Drake’s semblent toujours en proposer. J’essaye aussi d’en avoir toujours trois ou quatre en boutique, mais elles se vendent en général dans la semaine !

Et si elle est la mieux placée pour accompagner du tweed, nous pouvons noter que la cravate ‘ancient madder’ peut aussi très bien accompagner un costume de ville, suivant ses couleurs !

Soirée Stiff Collar

Messieurs et mesdames,

comme évoqué récemment, j’ai l’honneur de vous inviter le Mercredi 15 Octobre,

entre 18h30 et 21h30,

à la boutique, Scavini, 50 bd. de La Tour-Maubourg, Paris 7ème,

Métro 8 LA TOUR-MAUBOURG.

A4 Portrait _ Master Layout

J’ai un gros stock du livre ModeMen et le signerai volontiers !

N’hésitez pas à répondre en commentaire si vous venez !

ModeMen, le livre de Stiff Collar !!

Cher(e)s ami(e)s, enfin ! Après deux ans à écrire et à dessiner, mon pavé est enfin sorti ! Il s’intitule ModeMen, aux éditions Marabou.

Je suis très heureux du résultat. Légèrement inspiré des ouvrages de Bernhard Roetzel, j’ai reconditionné des articles publiés ici, mais largement revus et corrigés ainsi que des nouveaux. Ils sont organisés par chapitre : la chemise, les pulls, les vestes, les accessoires etc.

Le fil conducteur du livre est Antoine, jeune homme fraichement diplômé qui débarque en entreprise, et se rend vite compte que le jean basket, ça le fait pas !

MODEMEN

Évidemment, le propos est entièrement illustré ! Pas de photos, seulement des dessins.

Je vous laisse le découvrir, sur Amazon ou La Fnac, au prix de 16€90. J’en aurais aussi des exemplaires en vente à la boutique, que je pourrais évidemment signer !

Inspiration et éducation

L’une des principales difficultés lorsque l’on se rend chez le tailleur, en particulier la première fois, et d’appréhender le choix du tissu. Et oui, choisir le tissu de son costume sur un petit coupon de quelques centimètres n’est pas simple. Le choix se révèle un peu plus facile lorsque des costumes d’autres clients sont là, à côtés en train d’attendre leurs livraisons.

Le choix peut s’avérer aussi très difficile pour les novices en ce qui concerne par exemple la forme et la position des poches. Tous les détails représentent alors une difficulté.

L’inspiration ! Être inspiré ! La question du désir se cache dessous. De l’envie. Comment faire naître cette envie ? Par la connaissance. Le savoir permet de palier aux difficultés des premières commandes. Des blogs comme Parisian Gentleman, Milanese Selection, ou le mien aident. Les magazines le peuvent aussi, The Rake, GQ ou Monsieur. Surtout les publicités d’ailleurs. Je propose également aux novices peu sûr d’eux d’aller taper des mots clefs dans Google Image. Le défilement des propositions permet de se faire une idée plus précise.

Seulement, il faut prendre une décision. Une décision financière d’abord, qui à cause du coût peut parfois rebuter. Une décision de style ensuite. Et c’est peut-être là qu’est la plus grande difficulté. Car pour beaucoup, jeunes et moins jeunes, il est aisé que le choix vienne d’ailleurs. Je prends l’exemple des poches à rabat par exemple. Plusieurs fois, des clients n’en ont pas voulu, sous le même prétexte énoncé par l’un d’eux en particulier : « je ne suis pas sûr de les assumer ».

Je me suis longuement interrogé sur cette formule tranchante. Elle m’a laissé pantois mais n’a cessé de me travailler. Assumer ! A – ssu – mer ! Pourquoi ? Ces rabats ne sont pourtant que l’entrée d’un temple du classicisme. Tout l’inverse d’une invention délirante ! Est-ce l’expression d’une frilosité ?

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Et puis je me suis dit, mais non. Ce n’est pas la faute du client qui n’arrive pas à choisir. C’est la mienne. Faute de n’être qu’un tailleur. C’est à dire un professionnel qui écoute et non dicte. Qui laisse le choix ! Erreur de ma part. Choix et libre pensée sont-ils tout à fait de ce monde ? Ou le monde est-il celui du préconçu voire du tout cuit, un monde vestimentaire où c’est le styliste- star fait l’œuvre.

Quand Paul Smith ou Agnes B inventent des dispositifs, des coutures spéciales, des formes bizarres, le questionnement change. Car s’ils le font, c’est bien. Mais attention ! La fantaisie se doit de rester discrète !

La boutonnière de revers colorée (voire deux boutonnières) sur une veste noire fade plutôt qu’une veste pimpante en tweed à carreaux colorés ?

Alors certes, chaque client n’est pas un styliste-star en herbe. Chaque client n’est pas obligé de se sentir créateur pour se faire confectionner une veste. Alors comment faire ? Précisément en revenant aux classiques, en les apprenant puis en les ré-interprétants. Bref, en s’éduquant.

S’éduquer à un sujet, c’est s’éloigner des stéréotypes, des poncifs, de la platitude, bref du vulgus, au sens latin : s’éloigner de l’Ordinaire. L’ordinaire, tout le contraire d’une visite au tailleur !

Bonne rentrée. Julien Scavini.