Boutonner ou non sa veste, telle est la question.

Un jeune client m’a récemment posé cette question au détour d’un rendez-vous pour un costume de mariage :

« La veste que vous me réalisez peut elle se fermer ? Je dois dire que j’ai été interloqué quelques instants, ne comprenant par le sens de cette demande.

Euh, oui répondis-je balbutiant, le regard interrogatif.

ah? car celles que j’achète dans le commerce ne peuvent pas se boutonner habituellement« . J’ai continué à creuser le sujet et ai fini par découvrir avec stupeur que ce jeune homme prenait systématiquement des vestes une taille plus petite que la sienne, pour le style me dit-il. Mais quel style? Celui près du corps. Oui, vous avez bien compris : le style étriqué, un peu raz de fesse. Tout de même, je ne sais pas quelle mode ou bien même qui a pu mettre une telle idée dans l’esprit des jeunes, qu’une veste se porte trop petite, à telle point que le bouton ne peut se fermer ?

L’occasion était trop belle de lui rappeler quelques évidences. A l’extérieur, la règle est simple : il faut boutonner sa veste. En intérieur, la règle est sujette à interprétation. Le plus logique est de porter la veste ouverte, mais si l’on a envie, fermée est aussi bien. Par contre, en intérieur toujours, pour une occasion particulière, par exemple devant un supérieur hiérarchique, ou lorsque l’on prend la parole devant un auditoire, il FAUT fermer sa veste.

Ce genre de petits détails peut paraitre anodin en France. Seulement si vous voyagez ou faites des affaires, cela aura une grande importance. De ce petit détail, vous passerez pour quelqu’un de civilisé ou pour un sauvage. Si les anglais font cela naturellement, les américains très à cheval sur ces petits principes de vie vous le feront vite sentir si vous fautez. Je ne parle même pas des japonais qui vous tourneront le dos.

Je me souviens aussi de cet autre client, un jour que nous nous promenions vers Madeleine, qui me fit remarquer le nombre de gens déambulant dans la rue veste ouverte. Il me dit 80%, je fus surpris d’en voir au moins 95% avec la veste ouverte. Cela aussi vient peut-être de cette manie de vouloir toujours tout cintrer. Je coupe mes costumes avec de l’aisance à la taille et suis régulièrement amené à réduire celle-ci. Cela doit être inconfortable au final.

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Récemment, lors d’une journée particulièrement chargée, je remarquais vers 8h du matin que mon costume était plutôt ample, 8 à 10cm d’aisance lorsque je tirais sur le bouton. Et je fus étonné lorsque vers minuit, toujours dans le même costume, l’aisance était nulle, voire serrée. Les heures et la fatigue ont tendance à faire gonfler le corps. Par exemple, il ne faut pas acheter de souliers le matin ou en toute fin de journée, quand vos pieds sont froids ou gonflés.

Je pense prêcher dans le désert quand je dis qu’une veste c’est plutôt ample à la taille. Le cintrage ne doit être qu’un effet, une triche relative entre la taille du bassin et de la taille. Si la veste a un bassin très resserré, pour obtenir l’effet de cintrage, il faudra aussi beaucoup resserrer la taille, d’où l’étroitesse. Au contraire, si le bassin a un peu d’ampleur et la poitrine un peu de drapé, l’effet de cintrage sera facile à obtenir, par pincement. C’est ici que réside l’allure des vestes de tailleur, en opposition aux vestes de prêt à porter et demi-mesure. Bref, une idée : un effet de pincement plus que d’étroitesse. Mais difficile d’aller contre les modes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Le cran pointu

Aujourd’hui, étudions le cran pointu, parfois appelé col tailleur. Vous le savez, sur une veste, l’encolure et l’ouverture sur le devant sont bordées par le revers et le col. Cette partie est assez difficile à réaliser, tant du point de vue technique que du point de vue stylistique. En effet, c’est de la forme du col que dépend en grande partie l’allure et le style d’une veste.

Le revers en lui-même est constitué par la garniture de la veste (c’est à dire la partie intérieure en tissu, le long du devant), qui se retourne vers l’extérieur. Cette partie peut être plus moins large suivant le goût et la morphologie. Par exemple, un revers d’une largeur de 8cm est classique ; certains modèles ‘slim’ présentent 4 ou 5cm de largeur et certains modèles à l’italienne une dizaine de centimètres, voire plus.

Le haut du revers forme à la jonction avec le col, un cran plus ou moins caractéristique. Le cran est dessiné par l’association des lignes d’anglaise et de contre-anglaise. L’anglaise, c’est la ligne du haut du revers, la contre anglaise, c’est la ligne du bas du col (vert et orange sur le schéma A). Ces deux lignes s’épousent puis se séparent : c’est le cran de revers.

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Le cran le plus classique est appelé ‘notch’ lapel par les anglais (A). Difficile de lui trouver une traduction directe (revers à encoche?) en français, les termes les plus courants sont cran ‘sport’ ou cran ouvert. Il est caractérisé par sa forme très nette. C’est le plus répandu, notamment sur les vestes droites (non-croisées).

Un autre cran très répandu est le ‘peak’ lapel ou cran pointu (B). Sa forme caractéristique est tout de suite reconnaissable : une pointe monte vers le ciel. Il n’y a pas de séparation visuelle entre le col et le revers, les deux sont bord à bord. Le dessin de ce col est particulièrement ardu à bien faire. Il est tout en équilibre et en proportions. 5mm de trop ici ou là et l’esthétique paraitra déséquilibrée (C et D).

Ce col en pointe est presque exclusif de la veste croisée. Sur cette dernière, le cran ouvert est une hérésie du pire goût, souvent appréciée des stylistes du reste. Il peut aussi être employé sur une veste droite, notamment pour un smoking. Sur une veste droite de ville, le cran pointu apporte une touche de formaliste. Il rend la veste plus ‘importante’. Il est possible de réaliser avec ce cran des vestes un, deux voire trois boutons suivant l’envie.

crans pointus

Le cran pointu sur des vestes droites peut donner un effet ‘dandy’ ou du moins rendre plus ‘précieuse’ une mise, par opposition au cran ouvert, plus classique, plus décontracté aussi. Il a ses amateurs et ses détracteurs. Ceci dit, il a de l’allure, y compris et surtout quand il est bien large et assez haut. 9 à 10cm de large est classique pour le cran pointu. Regardez donc Hercule Poirot dans la série du même nom pour vous en convaincre.

Notons enfin que le cran pointu a un seul défaut, il vieillit mal quand il est réalisé dans des tissus fins. Car alors, ses pointes vont finir par tomber avec le temps. C’est un trait typique des vieux smoking souvent utilisés. Cela peut faire son charme aussi.

A vous de choisir, si à l’occasion de la commande d’un costume, vous n’optez pas pour celui-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Au pays de Morse, Barnaby et Dowton Abbey …

Au pays des inspecteurs Morse, Barnaby et Poirot ou des Lords de Downton Abbey et Upstairs/Downstairs, il pleut (un peu), le majordome attend (souvent) et la Bentley roule (toujours). L’occasion cette semaine d’un beau dessin d’inspiration au lieu d’histoires de vêtements …

GRAND DESSIN 2 copie

Ainsi qu’une bande sonore issue d’Hercules Poirot et joliment intitulée A Country Retreat.

Bonne semaine, Julien Scavini

La bonne chemise II

Après les matières et les mesures, étudions cette semaine la façon. Une bonne chemise est cousue avec des coutures anglaises, c’est à dire que le bord du tissu, à vif et moche, est dissimulé à l’intérieur de la couture qui est retournée sur elle-même et repiquée une deuxième fois. Cela permet une finition parfaite et sans doublure. Chez les grands chemisiers artisanaux, cette couture est extrêmement fine (environ 3mm), alors qu’en industrie, 5mm à 1cm est toléré. Parfois même, chez les plus délicats artisans, cette couture est repiquée – on dit alors rabattue – à la main avec de petits points de côté. Très esthétique et très souple, mais fragile si vous n’avez pas encore un grosse garde robe et que vous lavez souvent vos chemises.

Question technique également, le col et les poignets peuvent être entoilés. Pour rigidifier ces parties, il faut placer à l’intérieur des tissus une toile plus épaisse. La technique courante consiste à coller cette toile contre l’un des tissus. Ce n’est pas un mal, et rares sont les chemises à manifester des signes d’usure à cause de cela. Les chemises contemporaines s’usent plus à cause des tissus fins que du thermocollant qui cloque. Ceci dit, les belles chemises peuvent être entoilées sans colle. Le principal inconvenant alors est le repassage qui n’est pas simple. Je fus même confrontés à des clients connaisseurs qui découvraient cette difficulté. Il s’agit notamment de bien repasser le col en le tendant pour qu’aucun pli ne subsiste sur les bords.

Passons aux détails maintenant : le col peut avoir plusieurs formes (étroit ou large) et différentes hauteurs suivant les cous. Il se ferme par un seul bouton placé sur le pied de col (et non deux ou trois boutons). Les baleines (ces petites languettes de plastiques) peuvent être amovibles ou intégrées: amovibles, c’est plus chic ; intégrées, c’est plus pratique, choisissez.

chemise détails 1

Les boutons – prioritairement en nacre – sont placés le long de l’ouverture devant. Cette ouverture peut être sans gorge (C), avec gorge surpiquée (D) ou alors avec gorge cachée (E), comme quelques chemises du soir. Le plus simple – sans gorge  – a depuis toujours ma préférence. Une poche (B) peut être placée sur la poitrine sur les chemises d’été à manches courtes (A), mais jamais sur une chemise habillée.

Vos initiales peuvent être également brodées. Classiquement, elles se placent sur le pan gauche, au troisième ou quatrième bouton (sans compter le bouton du col), donc en dessous de la poitrine ou au dessus de la ceinture du pantalon (F). Restez discret à ce sujet. L’idée de les placer sur le poignets, très visibles, est saugrenue.

chemise détails 2Le bas de la chemise peut être arrondie sur les côtés, comme les liquettes anciennes (L et M) ou droit (K), avec une fente à droite et à gauche. La chemise doit être assez longue pour arriver presque en dessous du popotin. Quand la chemise est arrondie en liquette, à la jointure du pan arrière et avant, en bas de la couture verticale, une hirondelle de renfort peut être placée (M). Elle n’est obligatoire que si l’angle est aigu. Sinon il s’agit d’un simple détail de style.

En haut du dos, sous le pan de tissu horizontal, des pinces peuvent être placées, une à droite et une à gauche sur les chemises classiques de ville (H) ou les deux rassemblées au milieu sur les chemises de week-end (G). Ces pinces peuvent être supprimés à deux conditions : que la carrure soit un peu élargie (et donc l’aisance générale) ou que le client veuille une chemise très près du corps. Si vous souhaitez une chemise particulièrement près du corps ou si votre postérieur est rebondi avec le bas du dos très creux, il pourra être intéressant d’effectuer deux pinces (I), pour répartir le cintrage efficacement.

Ce morceau de tissu horizontal peut être coupé d’une seule pièce ou en deux avec une couture au milieu (J). Bernhard Roetzel rapporte qu’un pan coupé en deux permet de prendre en compte l’épaule droite et gauche. C’est faux, car il est aussi possible de couper asymétriquement le pan unique. Le mystère demeure donc à ce sujet, sauf si l’on considère la petite économie qui consiste à couper ce pan en deux et non d’une seule pièce, ou le plaisir du chemisier à raccorder les rayures au centre.

chemise détails 3Question raccord, ce pan horizontal doit raccorder le motif de la manche (rayure ou carreau). C’est un must-have. En descendant le long de la manche, vous tombez sur la fente de manche. Celle ci reçoit en son milieu un petit bouton appelé capucin (N). Sur les très belles chemises, ce capucin est absent. Vous voyez un peu la peau… et alors ? A côté de cette fente et mourant dans le poignet, vous trouverez des plis. Deux plis parait un minimum et mon expérience me pousse à en faire systématiquement trois maintenant, des clients ayant été serrés à l’avant bras (la mode du slim ne va pas à tout le monde).

Le poignet enfin peut arborer un seul ou deux boutons (pour l’ajustage latéral -O), ou encore deux boutons en ligne verticale, à l’italienne (P). Sans boutons, il s’agira alors de poignets à boutons (de manchette) ou de poignets mousquetaires.

Avec toutes ces informations, vous serez de fins connaisseurs  et pourrez apprécier l’importante quantité de modèles vendus dans le commerce.

Bonne semaine, Julien Scavini

PS : pas de billet la semaine prochaine, je serais trop occupé par un projet qui sera visible en Septembre 2014…

La bonne chemise

J’avais il y a quelques mois écrit un article sur les caractéristiques d’une bonne chemise. Cet article, figure parmi les références du blog. Seulement il contient plusieurs approximations et contre-vérités. Essayons de (re)passer en revue ce qui fait une bonne chemise.

D’abord et avant tout, le tissu compte pour une très grande part de la qualité globale d’une chemise. Il faut éviter absolument le polyester, même en quantité moyenne. Seul le coton (et dans une moindre mesure le lin ou la soie) doit être utilisé. Quand on pense que même Yves Dorsay propose des 100% coton à 16€, ce serait vraiment exagérer pour une marque de ne pas faire de même. La qualité du coton importe aussi, mais joue un peu moins, le niveau général en boutique étant plutôt bon. Seules une ou deux de mes vieilles chemises se sont mis très vite à boulocher, ce qui est absolument désagréable sur la peau, mais elles venaient de chez E. Leclerc (des tartans pour le week-end).

Un tissu de chemise fait généralement un poids de 110 à 120grs. Plus fin, il sera été, mais aussi plus transparent, comme les voiles suisses. Vers 140 et 160grs, nous trouverons de grosses cotonnades, comme les oxfords et les tattersalls anglais. Les tissus pour chemises se caractérisent aussi par leur titrage. Le titrage est analogue au terme super 120’s des costumes.

Disons que les belles qualités commencent avec les doubles retors (deux fils torsadés ensembles, donnant plus de solidité), 80 à 2, puis l’échelonnent jusqu’à 120, 140 à 2 etc. Il existe des chemises en 300 à 2, mais cela frise le ridicule et est plutôt un argument purement commercial. Une bonne chemise, c’est un tissu classique et une bonne coupe ; pas un tissu de compétition sur un façon moyenne.

ILLUS36Certains tissus de chemise sont proposés ‘easy to iron’ ou ‘non-iron’. Plusieurs techniques existent pour arriver à ces textiles surprenants et pratiques. Une première technique consiste à merceriser le coton – du nom de monsieur Mercer – sous l’effet d’acides ou de bases, à l’instar de la technique utilisée pour faire le fil d’écosse de nos chaussettes. D’autres techniques plus mécaniques s’intéressent à la torsade des fils, comme la chiralité en chimie organique. Cela permet d’obtenir des propriété d’aération ou de non froissage.

En ce qui concerne les mesures et la coupe générale, la chemiserie encore plus que le tailleur est délicate tant les modes et les goûts des clients sont variés. La première des mesures est le tour de poitrine, par exemple 100cm pour un client standard. De cette mesure, il est possible de déduire trois chemises : la coupe classique avec mesure finale du tour de poitrine de 122cm (aisance 20 à 24cm en plus), la coupe ajustée, avec une mesure finale de 112cm, et la coupe très ajustée, avec une mesure finale autour des 106cm. Ce n’est qu’une question de goût et de ressenti. Pour avoir testé les deux premières, je peux affirmer que je préfère la plus large et je me fous du plis qui se présente ça et là. D’autres penseront tout l’inverse. Il en va de même pour l’aisance à la ceinture ou l’aisance du biceps.

Au niveau de la manche, il est impératif que le chemisier prenne une mesure de votre tour de poignet pour faire des manchettes ajustées et non des trucs gigantesques qui flottent. Je dois confesser qu’à mes débuts j’ai voulu trop bien faire en ajustant un peu trop (environ 1cm de marge) les poignets. Maintenant et suivant les clients, j’ajoute plutôt 2 à 3cm, et plus si il y a une montre.

Mesures toujours, dans le dos, si le client est très cambré ou s’il veut une chemise très près du corps, deux pinces peuvent être exécutée. Elles sont tout à fait courantes maintenant et ne constituent pas une hérésie comme j’ai pu le lire ici ou là.

Cette première partie sur la bonne chemise est terminée. La semaine prochaine, nous étudierons les détails.

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise bleu

Ce soir, je souhaiterais mettre en avant une chemise chemise qui a tendance à être oublié dans nos penderies : la chemise bleu. Un client récemment venait pour faire une chemise et s’arrêta sur un carreau de vert et de bleu, très Arnys. Soit. Nous nous interrogeâmes longtemps sur l’utilité de cette dernière par rapport à une chemise bleu ciel, si simple, mais dont l’envie était moins forte. D’autres clients, je m’en souviens, exprimèrent la même interrogation.

Ce fut aussi l’occasion de me dire que moi même, je n’en avais qu’une seule, et encore, je l’ai trouvée par hasard dans les restes du fonds de commerce que j’ai acheté. Et quel dommage de n’en avoir qu’une seule ! J’ai bien des blanches, et j’ai surtout un nombre incalculable de chemises à rayures, surtout bleues. Cette catégorie, que les anglais appellent ‘bengal shirt’ représente maintenant une écrasante majorité des chemises vendues, pour son côté très business et en même temps plus fantaisie que l’uni. Les rayures larges, appelées ‘bâtons’ sont en revanche très sports, trop à mon goût. Les américains et les anglais très moyens en raffolent, surtout lorsqu’il y a plusieurs coloris dedans. En association avec une cravate club huit couleurs dont un peu de fluo, c’est le summum du goût ‘troggie’ dirait James Darween.

Bref, la bonne vieille chemise bleu uni a dû mal à se faire une place dans le placard. Elle peut être réalisée dans une simple popeline, un fils à fils chiné de blanc ou encore en oxford fin. Par rapport à la chemise blanche, elle se salit moins vite au col. Et par rapport à la chemise à rayures, elle peut aller avec toutes les vestes anglaises à carreaux possibles. Un immense avantage, tant l’accord des motifs est crucial. Avec un costume gris ou bleu, elle fait encore merveille. D’un coloris plus doux que le blanc, la chemise bleu ciel permet un accord en pastel, où les couleurs se répondent, dialoguent, sans tension extrême, dans une douce harmonie que la cravate seule va rehausser. C’est pourquoi je ne saurais que trop vous conseiller de lui faire une place de choix !

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Bonne semaine, Julien Scavini

Le premier rendez-vous chez le tailleur

Dans les mails professionnels que je reçois, beaucoup de jeunes me questionnent sur la procédure à suivre pour venir chez le tailleur. La réponse que je leur donne vaut pour une visite dans mon atelier mais aussi très certainement pour mes confrères.

Habituellement, si vous souhaitez faire un costume ou n’importe qu’elle autre pièce sur-mesure, il faut compter trois rendez-vous. Le premier est consacré à la discussion autour de projet : pour quel moment de la journée, pour l’hiver ou pour l’été, habillé ou décontracté etc. Ces propos liminaires permettent de cerner l’idée et d’aider aussi le client à se faire lui-même une idée plus précise de ce qu’il veut. Différents tissus sont proposés, différentes liasses posées devant lui au fur et à mesure. Faire un premier tri d’une dizaine de coupons est habituel.

Dans un second temps de ce premier rendez-vous, les tissus sont éliminés pour n’en garder que deux ou trois… Là est le plus difficile : choisir. Les liasses sont plutôt petites et il existe toujours une difficulté à prévoir le résultat, sauf pour le tailleur qui saura et vous guidera. Une chose est sûre, tous les tissus sont beaux ! Si vous cherchez une étoffe grise pour un costume de ville, il n’y aura pas d’erreur. Par contre si avec le même projet, vous vous arrêtez sur des princes de galles très voyants ou des rayures bariolées, le tailleur devra vous ré-aiguiller, ou seulement souligner ce fait.

Une fois le choix du tissu et du style (forme des poches, du revers ect.) effectué, la prise de mesure commence. D’abord sur la chemise à même le corps (poitrine, taille, bassin), puis un veston fini vous est passé ; c’est devenu assez commun, y compris en Grande Mesure chez Camps De Luca. Ce veston, au delà des simples mesures, permettra d’apprécier l’attitude du client (épaules hautes ou basses, omoplates saillantes, différence entre gauche et droite etc.). En demi-mesure, exigez un essayage sur veston fini. Car sans cela, la veste pourrait arriver avec des défauts non retouchables. Cela vous donne un bon aperçu du résultat final aussi.

A ce sujet, apportez toujours un de vos pantalons ou de vestons préférés. Même si la pièce a des défauts (que vous évoquerez et que le tailleur verra), cela permettra au professionnel de se faire une idée plus précise de la façon dont vous portez les choses et dont vous aimez les porter. Nous sommes à une époque charnière où jeunes et moins jeunes portent vestes et pantalons de manière radicalement différentes, et où certains jeunes veulent l’aisance des anciens quand des seniors veulent passer pour des jeunes… Le tailleur y perd son latin. Donc voir et apprécier les dimensions (notamment les longueurs de veste) est utile. Bien sûr il est toujours possible de se fier à l’œil du tailleur, mais il ne faudra pas râler si la veste est considérée comme trop longue… ou trop courte. Rassurez-vous, cela se joue à un ou deux centimètres.

En trois temps donc, le premier rendez-vous se déroule. Quelques semaines après, l’essayage a lieu. Celui-ci permet d’apprécier le résultat final, et de procéder à divers ajustements : cintrage, longueurs manches ou pantalon, aisance bassin etc. En Grande-Mesure, ce premier essayage est réalisé sur une veste à l’état primitif. Plusieurs semaines après, un essayage plus complet est réalisé.

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Enfin, dernière entrevue, la livraison. A ce moment là, le costume ou la veste est complètement terminé et une nouvelle pièce, neuve et encore un peu raide prend place dans votre penderie. Il faudra quelques ports pour apprécier complètement le tombé. Un petit temps est nécessaire pour la mise en place des épaulettes sur vous ou pour que la ceinture du pantalon se détende un peu.

Dernier conseil dont il faut avoir conscience : la première pièce réalisée chez un tailleur (que ce soit en demi-mesure ou en Grande-Mesure) n’est jamais à 100% parfaite. Du point de vue technique, quelques imperfections subsisteront tout naturellement, qui seront corrigées lors de prochaines commandes (léger aplomb des manches ou du dos par exemple). Du point de vue du client, certains détails auront échappés également (hauteur des poches ou dimension du revers par exemple). C’est inhérent à toute collaboration : le tailleur a son idée, le client aussi et ces idées ne s’expriment pas à 100% des deux côtés. Les personnes doivent apprendre à se connaître et à s’apprécier – et donc contourner – les défauts de caractères de chacun. Ainsi on bâtit une relation de confiance à long terme. Ce qu’un simple vendeur n’apporte évidemment pas.

Enfin, dernier petit conseil aux plus jeunes : lors de ‘votre première fois’, ne gâchez pas l’expérience en allant dans un supermarché de la mesure comme Gambler. Certes le produit y est bon, mais le service que diable ! Car un bon service et un moment agréable, c’est au moins aussi important que le produit ; tout du moins, cela laisse plus de satisfaction sur le long terme…

Bonne année ! & le look de l’année !

Chers lecteurs et amis, permettez moi de vous présenter mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année qui débute !

Je vous souhaite santé, bonheur et prospérité, dans un ordre que je laisse à votre appréciation.

Voici pour bien débuter l’année un ‘petit’ travail que j’ai mené à bien durant les vacances. Dessin que l’on pourrait intituler ‘Hamptons chics‘.

voeux 2014

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Le Look de l’Année !

Durant mes vacances de fin d’année, je me suis promené dans les rues de Bayonne et de Cherbourg. La flânerie étant souvent la mère de l’observation, je me suis amusé à regarder les provinciaux – dont je suis à l’origine et peut-être toujours. Si je ne commenterais pas les messieurs  – tant il n’y a rien à commenter – je m’attarderais volontiers sur le look des adolescents, aussi à la ‘page’ à Paris qu’en régions. Un petit tour chez les fournisseurs attitrés, par exemple H&M, Célio, Kaporal, etc. m’a permis de cerner mieux le ‘style’ type du moment.

Les éléments récurrents sont simples :

  1. un cardigan ou pull (sur un t-shirt, voire deux)
  2. un chino beige ou camarel
  3. des baskets type Converse mais montantes, en cuir ou veaux-velours ces temps-ci, cela doit être considéré comme plus chic

Finalement, cela m’a beaucoup amusé… Diable, tout cela est d’un grand classicisme ! Surtout à voir les rééditions de sweater col-châle aux motifs Fair-Island qui emplissent nombre d’échoppes low-cost.

look de l'année

Alors vous me direz bien, oui mais pourquoi ici, sur Stiff Collar ? Parcequ’il n’est jamais complètement idiot de rester éveillé face aux nouvelles modes. Premièrement on pourrait y trouver de l’intérêt – sait-on jamais – et secondo, quand les jeunes s’habillent dans les coloris des vieux, les vieux passent pour des jeunes ! Et ça, c’est amusant 😉 Enfin ce serait presque amusant si les coupes n’étaient pas complètement avachies ou trop courtes.

Bonne semaine et bonne année, Julien Scavini

La photo de l’année

J’ai déniché hier soir la photo de l’année ! J’étais chez un ami qui travaille dans le luxe et en partant, il me donne le catalogue Hermès Automne-Hiver 2013 pour occuper mon trajet de métro. J’ai donc feuilleté ce joli magazine et suis tombé sur l’image au détour d’un article sur le plaid Avalon. Il s’agit des chardons que l’on utilise pour faire feutrer – peigner – la surface de la laine, en particulier du cachemire. Cette mise en place de chardons naturels dans un cadre est effectuée chez Johnston of Elgins, vieille vieille maison écossaise qui réalise certains des plus beaux cachemires du monde, dont certains exclusifs pour Hermès. Ces chardons proviennent d’Espagne et le cachemire de Mongolie. Cette technique ancestrale n’est plus beaucoup utilisée de nos jours. Les chardons naturels ont été remplacés depuis longtemps par des modèles métalliques. Dans mes liasses de tissus, seuls mes cachemires Doeskin Blazers de Holland & Sherry sont peignés de la sorte…

chardons Hermes Johnston of Elgin