Attention ! Chef d’œuvre manquĂ©

C’Ă©tait en octobre je crois bien. Dans le dernier numĂ©ro de Monsieur Magazine Ă©tait annoncĂ©e la sortie d’un nouvel opus des aventures de Blake & Mortimer. Oh me dis-je! IntĂ©ressant! J’avais dĂ©crochĂ© depuis un moment, Ă  vrai dire depuis L’Étrange Rendez-vous du grand duo Ted Benoit et Jean Van Hamme. Trop de numĂ©ros, tous les ans, c’est beaucoup. Lorsque le corpus nouveau commence Ă  dĂ©passer le corpus originel, on peut s’interroger. Et puis toutes ces histoires de soviets, c’est lassant. Chez E. P. Jacobs, il n’y a pas de soviets. LĂ  toutefois, Ă  la couverture reproduite en miniature, mon esprit s’Ă©veilla. Comme un vieil ordinateur solitaire sur une Ă®le dĂ©serte, mais qui en rĂ©ponse Ă  un faible signal distant devient tout Ă  coup effervescent. Ce trait, entre mille, je le reconnaitrais. Moi qui dĂ©vorais jeune chez mes parents Blitz ou A la recherche de Sir Malcolm. Moi qui achète monographies et petits livrets du bel illustrateur dandy.

Mais oui, cela Ă©tait bien vrai. Les personnages de Blake & Mortimer, les voilĂ  confiĂ©s aux bons soins du grand Floc’h ! Oh me dis-je encore. Oh… A la librairie Tome 7 juste Ă  cĂ´tĂ© de ma boutique, je le vis bientĂ´t apparaitre en tĂŞte de gondole. Mais chut, interdiction d’y toucher. Non, juste caresser la couverture, sous-peser l’ouvrage. Je le commandais au Père NoĂ«l pour le trouver sous le sapin. VoilĂ  qui promettait un matin du 25 dĂ©cembre mĂ©morable !

Rendez-vous compte ! En 1993, lorsque Dargaud rachète les Ă©ditions Blake & Mortimer, est mis en chantier un nouvel opus. Non pas basĂ© sur un crayonnĂ© de E. P. Jacobs comme le tome 2 des Trois Formules du Professeur SatĂ´. Mais une histoire nouvelle, originale, basĂ©e sur des trames faibles laissĂ©es par l’auteur. Jean Van Hamme est très vite pressenti pour ses scĂ©narios au ton classique. CĂ´tĂ© dessin, il faut trouver la juste ligne claire. La Nouvelle ligne claire. Ted Benoit et Floc’h en sont – avec d’autres – les maĂ®tres, apparus dans les annĂ©es 80. Les deux se rencontrent, se parlent, s’amusent avec Francis et Philip. Floc’h est partant. Et puis non, finalement, non. Ted Benoit poursuit la route seul, ce sera dur pour lui. Quatre annĂ©es de dessin sur le fameux L’Affaire Francis Blake. Quatre ans encore pour L’Étrange Rendez-vous. Il abandonnera ensuite. Point trop lui en fallait, je suis d’accord.

Mais diantre, cela aurait pu ĂŞtre dĂ©licieux, le trait mou et indolent, mi-gras de Floc’h, irait si bien Ă  nos deux chics anglais. Quoi de mieux qu’un dandy chic pour cela? A la faveur d’un album hors-sĂ©rie, ils sont finalement « prĂŞtĂ©s » Ă  Floc’h en 2022. Alors qu’attendons nous! Plongeons ce matin du 25 dĂ©cembre 2023 dans Un autre regard sur Blake et Mortimer par Floc’h.

Je feuillète les pages. J’aime le papier. J’aime les grosses cases. J’aime le trait gras de ce « cloisonnĂ© » si caractĂ©ristique. Mais je tique. La mise en couleur est curieuse. Bizarre. Froide. Je me dis qu’il ne faut pas s’arrĂŞter lĂ , et lire.

Retour au dĂ©but. Curieux ces ciels rose saumon quand mĂŞme. C’est joli oui, mais cette mise en couleur, diable… Non. Je me dis qu’il ne faut pas s’arrĂŞter lĂ , et lire mieux. Alors j’avance. Assez vite. Mais assez vite, je m’ennuie… Je laisse de cĂ´tĂ© l’album et me rĂ©gale d’un apĂ©ritif en famille. Puis j’y reviens et j’avance. Le soir mĂŞme, l’ouvrage est terminĂ©. Tout ça, pour ça…? Diantre, je suis passĂ© Ă  cĂ´tĂ© non?

Je me dis que c’est de ma faute. Impossible de ne pas aimer Blake & Mortimer. Impossible de ne pas aimer Floc’h. Je survole internet. Je ne trouve que des Ă©loges dans la presse officielle. Alors c’est ma faute. C’est moi l’âne. Je relis. Oui, les traits sont sublimes. Oui, Francis et Philip se ressemblent plus que jamais. Ils sont mĂŞme plus Francis et Philip que chez E. P. Jacobs. Oui, les costumes sont beaux. Oui, c’est un dĂ©roulĂ© exquis de l’Ă©lĂ©gance vestimentaire vue chez Hitchcock ou dans n’importe quel film amĂ©ricain des annĂ©es 1950. Ces voitures et ces avions sont merveilleux qui plus est.

Et oui, le trait de Floc’h est beau. Et oui, il a le droit de prendre la libertĂ© de virer le texte et de dessiner des cases gigantesques. Si ça lui chante. Lorsque Blake & Mortimer ont Ă©tĂ© prĂŞtĂ©s Ă  François Schuiten pour son Le Dernier Pharaon, on accepte. Ou on passe son chemin. Au fond, ce sont deux hors-sĂ©rie appelĂ©s « Un autre regard ». L’idĂ©e est sĂ©duisante. Voir comment un illustrateur se saisit d’un sujet connu et le manipule. D’ailleurs, Le Dernier Pharaon Ă©tait captivant. Une fois passĂ© le choc graphique, l’histoire est si Ă©clatante et si passionnante qu’on se laisse aller. Le merveilleux de Blake & Mortimer y Ă©tait, dans cette histoire de science-fiction dĂ©lirante. De science-fiction, je dis bien. D’un sujet scientifique dont on se demande s’il est vrai, et qui pousse Ă  ouvrir WikipĂ©dia pour en apprendre plus. Quant Ă  ce palais de justice, quelle merveille pharaonique ! L’histoire de François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux Ă©tait Ă  dormir debout. Mais elle poussait Ă  la lecture. Quelle passionnante aventure. Quel suspens. On n’en sortait pas indemne.

Or, du regard de Floc’h, on sort totalement indemne. Comme dirait Jacques Chirac, cela m’en a touchĂ© une sans faire bouger l’autre.

Finalement, je me suis dit. On se moque de moi. Il n’y a pas d’histoire lĂ . Et c’est quoi ce dĂ©nouement en une case … d’une aile volante qui Ă©vite l’ONU et deux cases plus loin se pose Ă  La Guardia, et fin de l’histoire? C’est quoi l’histoire? Je voulais comprendre. Était-ce moi le problème? Alors j’enquĂŞtais sur les avis de la Fnac et d’Amazon. Et lĂ  je compris. Je n’Ă©tais pas seul. Qu’on soit d’accord ou pas d’accord avec le parti-pris stylistique de Floc’h n’est pas la question. Mais qu’un Ă©diteur ait laissĂ© passer une trame si inepte est honteux. Je voulu en savoir plus.

En lisant des interviews du grand et gĂ©nial illustrateur vivant Ă  Biarritz, j’ai trouvĂ© des informations. Floc’h avait posĂ© des conditions. Est-ce Ă©tonnant de sa part?

  • Il voulait un huis-clos. Soit.
  • Il ne voulait pas que les bulles encombrent ses cases et gĂŞnent les personnages. D’accord.
  • Il voulait une mise en abĂ®me de l’histoire. Il fait toujours ça. Alors ok…
  • Il voulait Ă©gratigner les autres dessinateurs, qui « avait avaient tout Ă©dulcorĂ© ». Oh.
  • Il ne voulait pas de scène de bagarre. Bon.
  • Il ne voulait pas de suspens trop scandĂ©. Diantre.
  • Il ne voulait pas de science-fiction. Ah.

Cela fait beaucoup trouvais-je. Pauvres scĂ©naristes (Jean-Luc Fromental, JosĂ©-louis Bocquet). Il en rĂ©sulte non pas une bande-dessinĂ©e – Floc’h n’aime pas le terme – mais un roman graphique très plat, trop plat. Et qui passe Ă  cĂ´tĂ©. Avec Schuiten on voulait en apprendre plus sur la magnĂ©tisme terrestre. Avec Floc’h, on n’a mĂŞme pas envie d’en savoir plus sur L’Art de la Guerre.

Le trait est sublime. Mais il ne rattrape pas une histoire inepte. Bien au contraire. Il peut mĂŞme l’enfoncer. Comme disait un commentateur sur la Fnac, « on ne peut pas musarder dans les coins de l’image ». On ne peut pas revenir et se laisser aller Ă  regarder les cases sans but. Car si belles soient-elles, elles sont au final fades. Comme une succession de belles affiches. Mais des affiches ne font pas une histoire. Chaque case est Ă©clatante de vĂ©ritĂ© graphique. Oui, plus que jamais oui. Mais cela n’est pas tout.

Cette scène fort longue dans le delicatessen est lassante et donne froid. Cette scène dans l’aĂ©rodrome abandonnĂ©e est graphiquement magnifique. Mais donne froid et n’intĂ©resse pas. Et cette femme, le bis d’Olrik tout droit sortie de Vertigo… est belle, mais inintĂ©ressante et froide.

Finalement, l’objet littĂ©raire est froid. Inerte.

Floc’h a oubliĂ© une chose, et l’Ă©diteur a honteusement laissĂ© faire. Il a oubliĂ© de faire plaisir au lecteur. Ah, pour sĂ»r, Floc’h s’est fait plaisir. Il y a mis toutes ses marottes. La bande-dessinĂ©e vue comme une scène de théâtre. La bande-dessinĂ©e bourrĂ©e de rĂ©fĂ©rences, comme ces boites de soupes… La bande-dessinĂ©e comme un almanach d’architecture moderne. La bande-dessinĂ©e, comme un monde totalement lĂ©chĂ©. La bande-dessinĂ©e oĂą les couleurs sont sĂ©lectionnĂ©es sur une palette très rĂ©duite pour faire beau. Pour faire trop beau. Pour n’ĂŞtre que beau. Pour n’ĂŞtre qu’un bel objet. Je le comprends au fond. La vie est si belle enfermĂ©e dans un monde beau. Lui qui a tant dessinĂ© Une vie de rĂŞve. Ou Ma Vie 1. Ou Ma Vie 2. OĂą est le travail de l’Ă©diteur d’exiger non pas seulement du beau. Mais du bon?

J’ai tant de regret finalement. Floc’h, c’Ă©tait la promesse d’intĂ©rieurs sublimes. Anglais. D’extĂ©rieurs sublimes. Anglais. Lui, prĂ©tend que son Angleterre n’existe plus. Dommage, j’aimerais tant avoir sur ma table de chevet un bon album de Blake & Mortimer par Floc’h. Pour musarder entre les cases. Pour m’Ă©vader de ma vie. La seule chose qui me fait rĂŞver dans cet opus, c’est la robe de chambre en flanelle rouge d’Olrik aux revers matelassĂ©s. Une autre marotte de Floc’h les robes de chambre depuis ses dĂ©buts.

Oh comme je regrette cette occasion manquĂ©e, entre mes deux hĂ©ros et mon illustrateur prĂ©fĂ©rĂ©. Moi qui porte des nĹ“uds papillons car en dernière page de Blake & Mortimer, il y avait une photo de E. P. Jacobs en papillon. Si chic. Mais Floc’h ne voulait pas de cette quatrième de couverture. Encore une exigence. Il aurait pu portraiturer Jacobs.

Cher Floc’h, ne cherchez mĂŞme pas Ă  faire une histoire avec Blake & Mortimer. Dessinez les visitant une galerie d’Art, dessinez les sortant Ă  l’OpĂ©ra, dessinez les au Grand Restaurant, dessinez les Ă  la gare, dessinez les dans la lande galloise, dessinez les chez le chocolatier ou le boucher, et oh surtout dessinez les chez le tailleur. Cher Floc’h, vous savez si bien les dessiner. Dessinez les beaux. Mettez les sous une cloche de naphtaline si vous voulez. Je serais le premier acheteur. Mais non, ne les dessinez pas en train de vivre une aventure, ce n’est pas bon. Et je le regrette drĂ´lement !

Belle semaine, Julien Scavini

Cours d’histoire de la mode masculine

Chers amis, chers lecteurs,

je voulais vous prĂ©senter ce soir non pas mon dernier livre – c’est si long Ă  faire – mais ma dernière vidĂ©o pour Artesane, LA plateforme de l’apprentissage de la couture en ligne. Pour Artesane, je me suis prĂŞtĂ© au jeu de synthĂ©tiser mon savoir sur l’histoire de la mode masculine.

Le rĂ©sultat est un cours fleuve de 6h11, enregistrĂ© d’une traite! Ce cours est dĂ©coupĂ© en trois partie :

  • De l’Ancien RĂ©gime Ă  1900 environ.
  • De 1900 aux annĂ©es 50.
  • Des annĂ©es 50 Ă  aujourd’hui.

Ces trois pĂ©riodes permettent de prĂ©senter successivement : les vĂŞtements Ă  taille (frac, redingote et jaquette), puis la veste courte associĂ©e au costume, puis l’apparition de la mode sportwear.

Voici le lien

https://www.artesane.com/arts-du-fil/produit/histoire-de-la-mode-masculine

Manteau Ă  double fentes

Un manteau Ă  double fentes. VoilĂ  une curiositĂ© n’est-ce pas? J’ai toujours eu Ă  l’esprit cette figure de style tailleur grâce Ă  une illustration de Laurence Fellows extraite d’Apparel Arts que voici :

J’ai collectionnĂ© ces fichiers numĂ©riques lorsque j’Ă©tais Ă  l’Ă©cole des tailleurs, en 2009-2010 environ. Et cette image m’avait marquĂ©. Mais je manquais Ă  l’Ă©poque de finesse pour remarquer que ce manteau bleu, superbe au demeurant, n’Ă©tait pas pourvu de deux fentes, mais de deux soufflets sur les cĂ´tĂ©s. Une curiositĂ©. Deux plis creux marquĂ©s d’une imposante mouche triangulaire Ă  leurs naissances. Cela tout de mĂŞme m’interrogeait. CuriositĂ©.

Et puis rĂ©cemment, mon regard a Ă©tĂ© attirĂ© sur les manteaux de Brunello Cucinelli. Comme ce modèle en cachemire Ă  6900ÂŁ. Un client le portait rĂ©cemment et mon Ĺ“il s’est posĂ© sur ce dĂ©tail lorsqu’il quittait ma boutique. Quelques jours plus tard, l’accompagnateur d’un client portait aussi un manteau – vintage sans marque cette fois – avec deux fentes. DĂ©cidĂ©ment me dis-je…

Et comme si cela ne suffisait pas, en regardant vaguement Paramount Channel un soir (activitĂ© m’empĂŞchant le plus souvent d’Ă©crire Stiff Collar, on vieillit..!), je suis tombĂ© sur le film Marathon Man de John Schlesinger, sorti en 1976. Lors d’une scène dans le Palais Royal Ă  Paris (une scène haletante de type thriller), le personnage jouĂ© par Roy Scheider court et de dos, rapidement, on peut apercevoir un manteau Ă  double fentes. Mais alors ! Diantre, serait-ce si important comme dĂ©tail?

Toutefois, je note que ce détail est absent des habituelles bibles sartoriales comme Permanent Style ou Gentleman Gazette. Rien sur ce lui.

Mais qu’en penser? J’ai envie de dire, bĂŞtement, que c’est affreux. Notamment sur le manteau court de Cucinelli. LĂ  on ne parle pas de queue-de-pie. Mais de queue de castor. C’est vraiment l’impression que cela me donne. On dirait une veste dĂ©mesurĂ©ment allongĂ©e. Comme si la photo d’une veste deux fentes avait Ă©tĂ© Ă©tirĂ©e sur Photoshop. Dans les faits, ce petit pan de tissu se soulève sans grand intĂ©rĂŞt. Au moins, les deux plis creux d’Apparel Arts ont plus de panache. Ils doivent d’ailleurs donner l’illusion d’une taille très serrĂ©e en contrepartie d’un bassin voluptueusement Ă©largi.

Et je crois que le point crucial de ces fentes est leur hauteur de dĂ©part. Dans le cas de Laurence Fellows, les plis creux naissent lĂ  oĂą les fentes de la veste dessous naissent. C’est Ă  dire en haut du fessier. Au dĂ©but du bassin.

Ce point de dĂ©part de la fente dos du manteau est un point important, souvent sujet de dispute avec mon propre atelier. Dans les annĂ©es 90, les manteaux avaient de longues fentes. Que l’on peut voir sur Patrick Bateman (jouĂ© par Christian Bale) dans American Psycho (Mary Harron – 2000). La longue fente dos donne de la prestance et donne du mouvement au tissu. Cela fait riche.

Pour autant, sur le manteau Cucinelli, peut-on imaginer des fentes plus longues? Peut-ĂŞtre au fond. Mais les courants d’air seraient incommodants. Le but d’un manteau est de donner chaud. J’imagine qu’au bureau de style de Corciano, ils ont dĂ» beaucoup rĂ©flĂ©chir Ă  la hauteur de ces fentes. Plus courtes, cela aurait la logique des parkas, qui souvent ont deux petites fentes boutonnĂ©es sur les cĂ´tĂ©s, comme chez Barbour.

Quoiqu’il en soit, voilĂ  un dĂ©tail curieux que j’avais envie de documenter un peu. La double fentes… Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour !

Bonne semaine, Julien Scavini

Robert Badinter

9 juillet 1981. Robert Badinter a 53 ans sur cette photo. L’homme est grand. LĂ©gèrement plus d’un mètre quatre vingt. Ses Ă©paules sont plutĂ´t carrĂ©es, un trait que ses vestes ne gommeront pas. Photo sublime de Dominique Faget pour l’AFP.


Quoi y voir?

  • Une longueur de veste d’une grande dignitĂ©. Finissant 6cm au moins sous la fourche du pantalon. Je n’ai jamais trouvĂ© qu’une veste courte allongeait un homme. En revanche une veste longue lui donne de la prestance. La distance entre le bas de la veste et les passepoils des poches est impressionnante. Le seul tailleur qui a fait cela jusqu’Ă  sa mort en 2023 Ă©tait Edward Sexton.
  • Pas de rabat de poches justement. Cela Ă©tait Ă  la mode dans les annĂ©es 70…
  • … un minimalisme s’opposant Ă  la coupe des revers de la veste. GĂ©-nĂ©-reux. Je dirais 11,5cm voire 12, avec un cran relativement bas, pas haut comme de nos jours.
  • Trois boutons en bas de manche.
  • Revers large sur la veste, col de chemise raisonnable, de tradition française. Pas de pelle Ă  tarte amĂ©ricain. Cravate du mĂŞme esprit, 8cm, pas plus.
  • Le pantalon est une sorte d’ode Ă  la souplesse et au confort. Avec un bas pareil, jamais la chaussette n’accrochera. Vous trouvez que cela casse trop? Juste comme il faut je pense. De quoi donner toute son expressivitĂ© au tissu. Le drapĂ© est superbe.
  • Souliers marrons. Nous sommes bien en France.

Ces lignes ne seraient pas les miennes. Mais je pourrais les porter. Car elles sont homogènes. Elles disent quelque chose d’une Ă©poque. Elles font style. Elles donnent une allure. Et c’est beau.

J’ai toujours pensĂ© qu’un homme acquiert son style lorsqu’il est dans la pleine force de l’âge, au moment oĂą il est Ă  son apogĂ©e professionnelle, oĂą plutĂ´t, au moment oĂą il devient quelqu’un. Classiquement entre 35 et 45 ans. Avant, la fougue de la jeunesse fait faire les pires excès. Après…? Une fois un style forgĂ©, il devient une habitude. Rares sont les hommes Ă  changer je pense, lĂ  oĂą les femmes Ă©voluent plus facilement. La preuve par l’image, en 2020 :

La veste est toujours aussi longue, et le bouton principal, lĂ©gèrement surbaissĂ© pour ouvrir loin l’espace de la cravate. Charvet peut-ĂŞtre?

Robert Badinter Ă©tait-il Ă©lĂ©gant? Question futile et inutile. Il Ă©tait de son temps, un temps oĂą les hommes s’habillaient.

Belle et bonne semaine. Julien Scavini

Le Concert du Nouvel-An Ă  Vienne

Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours vu le Concert du Nouvel-An le 1er janvier. Dans mon enfance, c’était chez ma grand-mère, maintenant c’est chez moi. Un plaisir renouvelĂ© pour bien dĂ©marrer l’annĂ©e, en cuisinant puis en prenant l’apĂ©ritif. Les horaires sont bien calĂ©s ! Il y a quelques temps, je me trouvais chez des connaissances pour cette occasion, et eux ne connaissaient pas vraiment cet Ă©vènement musical. Cela ne les enjouait pas et l’on me força Ă  passer Ă  table sans pouvoir le voir. Autant dire que je n’y remettrai pas les pieds.

Intéressons-nous à la question vestimentaire du Neujahrskonzert der Wiener Philharmoniker. Tout le monde a l’habitude de voir les orchestres vêtus de noir. Noir de la queue-de-pie, ancestrale et très statutaire. Noir du smoking, classique et intemporel. Noir aussi de la simple chemise ou du t-shirt, les mœurs et les orchestres évoluant. Le noir est lié à l’horaire, le soir. Toutes les représentations ne sont pas le soir, mais le noir est devenu synonyme d’habit de la scène musicale, en journée ou en soirée.

A Vienne, le Wiener Philharmoniker est très Ă  cheval sur le respect des traditions. Autant dire que cela me va très bien. L’orchestre va plus loin et plus mĂ©ticuleusement dans le respect de l’étiquette vestimentaire que bien d’autres. Le soir, l’orchestre joue donc en queue-de-pie, autrement dit « white-tie Â». Mais le jour, il est très fin, et adopte le « morning-coat Â», autrement dit la jaquette, anthracite tendance noire. Le pantalon est de coutil, rayĂ© gris et noir et le gilet gris clair, soit droit soit croisĂ©. Sur de nombreuses photos, l’orchestre troque toutefois la jaquette longue et courbe pour une veste classique de costume, de la mĂŞme teinte anthracite foncĂ©. Ce faisant, il porte l’alternative plus simple appelĂ© le « stroller Â» ou « lounge suit Â», visible sur la photo ci-dessous (avec cravate club ou cravate argent, pas du meilleur goĂ»t, mais c’est ainsi).

Cette alternance de tenue est tout à fait délicieuse à observer pour l’amateur de beaux vêtements. Il y a là des gens qui savent porter et savent quoi porter, une peu de finesse en somme, dans un monde bien simplifié. Un sens de la circonstance.

Chaque annĂ©e pour le concert du Nouvel-An, l’orchestre invite un chef. Le chef lui, est libre de s’habiller comme bon lui semble. Et justement, comment s’habille-t-il ? Cette annĂ©e, c’était le grand chef allemand, très conservateur, peut-ĂŞtre hĂ©ritier spirituel de Karajan (mais qui n’arrive pas Ă  prendre le Berliner Philharmoniker), qui Ă©tait invitĂ© pour la seconde fois Ă  diriger. Christian Thielemann Ă©tait Ă  la baguette. Et Christian Thielemann sait ce qu’est une jaquette. Elle est mĂŞme superbe la sienne. L’homme porte bien. Voyez plutĂ´t :

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Il avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’orchestre pour cet Ă©vènement, en 2019. Il portait la mĂŞme tenue, efficace, parfaitement en accord avec les musiciens. Heureuse fantaisie, cette immense pochette un peu tapageuse. Elle serait plus discrète, et il porterait un bouton de rose ou bel Ĺ“illet Ă  la boutonnière, ça aurait fait plus d’effet peut-ĂŞtre. Il faudrait lui souffler l’idĂ©e.

Remontons dans le temps. Franz Welser-Möst a dirigĂ© en 2023. Lui aussi s’est montrĂ© respectueux de l’Ă©tiquette du Musikverein. La silhouette longiligne et la coupe de cheveux de kapellmeister finissent de crĂ©er une allure indĂ©niablement racĂ©e. La cravate bleue toutefois questionne. Est-ce joli d’amener du bleu dans ce monochrome ?

2022. Daniel Barenboim conduit. Il adopte le stroller lui. Mais la veste est coupĂ©e de manière avant-gardiste. Un croisĂ© sans revers et Ă  tout petit boutonnage. Quelle curieuse invention. Je ne suis pas sĂ»r de trouver ça joli. Cela dit du point de vue de l’Ă©lĂ©gance gĂ©nĂ©rale, il est en harmonie avec l’orchestre, c’est bien. Et cette veste inĂ©dite prouve qu’il va chez un tailleur qui travaille Ă  la main et rĂ©alise les moindre dĂ©sirs. IntĂ©ressant donc.

2021. AnnĂ©e avec salle vide cause Covid. Riccardo Muti dirige sans la chaleur de la salle derrière. Horreur. Lui dĂ©cide de porter le costume croisĂ© et une cravate un peu business. Dommage. On attendrait plus de savoir-faire de la part d’un italien.

2020. Le très rĂ©servĂ© letton Andris Nelsons ouvre l’annĂ©e. On disait qu’il allait dynamiter l’orchestre. Sa prestation fut saluĂ©e. Sa veste maoĂŻste me questionna tout le temps du concert. Pourquoi donc avait-il dĂ©cidĂ© de mettre du cuir sur la face intĂ©rieure de la manche..? Cette question m’obsĂ©da. Je compris Ă  un moment donnĂ© que c’Ă©tait en fait une veste en velours. Et que par un curieux effet de coupe du poil (sens et contre-sens), celui-ci brillait très singulièrement, comme du cuir. Vraiment pas une idĂ©e formidable. Ou un velours mĂ©diocre. Sur la pochette du CD, par une habile retouche de Photoshop, ils ont corrigĂ© le tir.

2017. Gustavo Dudamel nĂ© en 1981 est connu pour ĂŞtre un chien fou. Mais. Sa jaquette est du meilleur goĂ»t. Il adopte mĂŞme la cravate officielle, argent tissĂ© du logo. On peut ĂŞtre dĂ©lirant et bien habillĂ©, n’est-ce pas Hubert Bonisseur de La Bath ? J’adore.

2016. Mariss Jansons opte lui pour le smoking. Soit. Mais alors, ce choix d’une cravate argent foncĂ©, quelle affreusetĂ©. Qui lui a conseillĂ© cela? Beurk.

2015. L’indien Zubin Mehta fait le choix d’un stroller simplifiĂ©, sans gilet. Mais c’est de bon ton. Avec une Ĺ“illet rouge plus volumineux, le panache aurait Ă©tĂ© Ă  son comble. Il a dirigĂ© plusieurs fois le Concert du Nouvel-An, il a toujours portĂ© la mĂŞme tenue. Une constance honorable.

2014. Daniel Barenboim encore. Il Ă©tait dĂ©jĂ  allĂ© demander quelque chose de nouveau Ă  son tailleur. Une jaquette Ă  col mao. Tiens donc. Pas de cravate, chemise Ă  simple pied-de-col. On peut regretter l’absence de cravate. Mais moi j’aime bien cet effort et ce parti-pris. Il a dĂ©cidĂ© qu’il voulait ĂŞtre dans le thème jaquette donc il s’y colle, avec la forme de la veste et le pantalon en coutil. En mĂŞme temps, il cherche la dĂ©contraction et une ligne nouvelle, il trouve une rĂ©ponse intĂ©ressante. Il est toujours possible d’inventer des nouveautĂ©s. Qui peuvent ĂŞtre moches et ratĂ©es. Ou comme lĂ , intĂ©ressantes.

2012. Mariss Jansons portait cette annĂ©e lĂ  un costume Ă  veste trois boutons, gansĂ©e. La cravate entre gris et beige, façon tricot n’est pas la rĂ©ponse ultime je dirais humblement. Visiblement, lui, il ne veut pas de jaquette.

2010. Un français dirige. Georges PrĂŞtre. Pas en jaquette. Est-ce Ă©tonnant ? Toutefois, son costume est une somptuositĂ©. Une coupe confortable irrĂ©prochable, un revers placĂ© pas trop haut, un boutonnage plutĂ´t bas, une cravate sobre et qualitative dont la nuance rappelle sa chevelure… Oui, c’est très beau.

2009. Daniel Barenboim avec sa fameuse jaquette Ă  col mao et pas de cravate.

2006. Mariss Jansons n’est pas un conventionnel. Redingote Ă  quatre boutons, gansĂ©e. Redingote donc… Et bien pourquoi pas.

2005. L’amĂ©ricain Lorin Maazel. DignitĂ© de la simple jaquette, avec gilet croisĂ© Ă  huit boutons et sans revers. Bien.

2004. Nikolaus Harnoncourt, comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt. En voyant son nom dans la liste, lui le maĂ®tre de Bach, l’ascète protestant, je me demandais bien ce que j’allais trouver. Je fus Ă©tonnĂ©. Stroller sans gilet et large nĹ“ud façon lavallière. Quel amusement. C’est très intĂ©ressant.

2002. Le japonnais Seiji Ozawa. L’homme est très moderne question vĂŞtement. Au moins portait-il une veste pour ce Concert. Il est coutumier de la veste chemise dĂ©construite. Je ne connais pas son interprĂ©tation. DĂ©construit-il les Ĺ“uvres?

L’an 2000. Riccardo Muti est habituĂ© des dates importantes. Pour le passage dans le 3ème millĂ©naire, il portait un costume trois pièces, dont la veste 3 boutons Ă©tait gansĂ©e. La veste ne doit pas avoir de fente dos tant elle emboite le bassin. Elle dĂ©veloppe une poitrine gĂ©nĂ©reuse en revanche et les tĂŞtes de manches sont l’œuvre d’un tailleur manuel. Il a du adopter la cravate grise de l’orchestre, je doute qu’elle soit beige comme le laisse penser la jaquette du cd.

J’ai eu plus de mal Ă  trouver les archives ensuite de manière fine. Internet a la mĂ©moire courte.

1992. L’allemand Carlos Kleiber choisit le stroller. L’orchestre de Vienne portait Ă  l’Ă©poque des cravates club plus Ă©lĂ©gantes que les actuelles.

1991. Ahhhh. Claudio Abbado, l’homme qui exhuma Mahler des limbes. Exemple très très intĂ©ressant. Jaquette avec chemise Ă  haut col cassĂ© et cravate. Façon 1920. Un grand oui !

Roulement de tambour maintenant. Celui que tout le monde attend.

1987. Herbert von Karajan. Il portait une veste (courte, non une jaquette) Ă  cinq ou six boutons, Ă  col cheminĂ©e fuyant. Et un nĹ“ud papillon façon 1880, placĂ© sous le col de chemise et serti d’un petit anneau mĂ©tallique. Choix audacieux. L’orchestre jouait en costume avec cravate Ă  carreaux.

En 1986, la veille, annĂ©e de ma naissance, j’ai l’impression qu’il y eu un Concert du Nouvel-An du soir. L’orchestre jouait en queue-de-pie. Karajan lui portait la mĂŞme veste. Mais il avait optĂ© pour le col roulĂ© Ă©cru (blanc?).

Et pour finir. 1965. L’autrichien Willi Boskovsky porte la jaquette, avec une lavallière perlĂ©e. Et surtout, enfin, un magnifique Ĺ“illet qui est ce qu’il faut avoir un matin en pareille circonstance. Enfin, on l’a trouvĂ© cet Ĺ“illet. Quand mĂŞme.

Et pour ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able, je suis remontĂ© aux origines. En 1939/1940. A l’Ă©poque, le concert avait lieu le soir du 31. Clemens Krauss dirigeait donc un orchestre en queue-de-pie.

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas trouvĂ© le temps et la respiration nĂ©cessaire pour Ă©crire. VoilĂ  chose faite avec un bel et long article sur un sujet si futile. Mais en ces temps dĂ©licats, si utile peut-ĂŞtre ? Une cĂ©lĂ©bration du beau et de l’effort. Un monde de jaquettes et de variantes, quelle diversitĂ© dans l’unitĂ©. C’est tout Ă  fait captivant. J’aime cela, lorsque dans un univers codifiĂ© donnĂ©, on trouve son propre chemin et son esthĂ©tique personnelle.

Die Wiener Philarmoniker und ich wĂĽnschen Ihnen Prosit Neujahr!

En effet, je vous souhaite une excellente année 2024. Julien Scavini

PS : j’ai eu le plaisir de compilater 200 chroniques publiĂ©es par le passĂ© dans un joli ouvrage pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©e. Le seul Ă©diteur qui m’a ouvert ses portes est Alterpublishing, qui fait de l’impression Ă  la demande basĂ©e sur les moyens techniques d’Amazon. C’est la raison pour laquelle vous ne pourrez trouver ce livre que chez Amazon. Bonne nouvelle pour la planète, pas de gâchis de papier, il est imprimĂ© Ă  la demande, dès l’achat. Vous pouvez l’obtenir en couverture carton (plus chère mais plus belle) ou en couverture souple. Le voici Ă  cette adresse. J’espère sincèrement que ce (gros) recueil vous plaira.

L’hiver en laine

Avec ce temps, sec ou pluvieux, mais tellement froid, je suis gelĂ© jusqu’aux os ! Bien emmitouflĂ© pour tenter de traverser cette horreur hivernale, je ne peux m’empĂŞcher d’avoir encore plus froid en regardant mes contemporains. Hier lors d’une sortie au MusĂ©um d’Histoire Naturelle et Ă  sa mĂ©nagerie, je me demandais comment donc les gens faisaient pour rĂ©sister au froid, avec ces petits pantalons de coton et ces jeans tout fins. Mais ce n’est pas chaud pour un sous ça !

Il y a deux ans, je finis par ressentir ce froid plus qu’auparavant. J’exhumais alors un pantalon de flanelle que je mettais peu. Je le retaillais plus proche de la jambe, pour le transformer plus en chino qu’en pantalon de travail. Bref, je le rendais un peu plus « casual » comme disent les jeunes. Depuis, il ne me quitte pas l’hiver. Velours, et autres cotons ne sont pas assez chauds. Non, je veux de la laine. Avec une chaussette mi-bas Ă©vitant de ressentir au bas du mollet trop de froid, je suis ravi de ce pantalon. Que je n’associe plus non plus avec des tennis, trop froides. Mais avec des Paraboots. La semelle Ă©paisse de gomme est ce qu’il faut pour ĂŞtre isolĂ© du sol comme il faut.

J’avais cet après midi envie d’un velours bleu marine, comme commandait alors un client. Et puis non me dis-je finalement. D’abord, ce n’est pas aussi chaud que de la flanelle. Et puis au fond, le coton tombe plus mal que la laine, et avec mes mollets forts, c’est bien plus joli de porter de la laine. La laine drape mieux, tombe mieux. Elle fait moins de paquets sous les genoux. Alors certes, on ne peut nettoyer la laine directement dans sa machine à laver. Ou alors avec moult précautions. Elle est plus délicate du point de vue de l’entretien, mais quel plus joli tombé. Et puis, surtout elle est plus chaude que le coton.

Pour mon fils de cinq ans (dont la plaisante existence rend ma prĂ©sence sur ce blog de plus en plus occasionnelle), je me suis trouvĂ© tout dĂ©muni face Ă  ce problème. Je n’envisage pas tellement de l’habiller moins que moi. Pas comme hier au zoo, ces gosses en bas âge dont les chevilles prenaient l’air… Pour lui j’ai de nombreux petits chinos et surtout joggings. Mais alors pas de laine. Ni une, ni deux. J’ai dĂ©nichĂ© un bout de flanelle et j’ai demandĂ© Ă  mon retoucheur de me copier un petit pantalon, Ă©lastique Ă  la taille et point. Je ne l’ai pas encore, mais je me satisfais Ă  l’idĂ©e qu’avec il aura chaud. Trouvera-t-il que la matière gratte ? Je croise les doigts. A cette âge, ils ne se plaignent pas trop.

Finalement, je me disais en fin de journée que la laine, c’est un peu l’alpha et l’oméga. Ce matin, un autre client regardait du lin pour cet été. Et il me prenait l’envie d’un pantalon de lin aussi pour l’été… Quel dur métier que de vouloir à chaque instant comme le client. Et puis finalement me dis-je, la laine super 150’s de Loro Piana qui pèse 220grs est un tel poème de légèreté, que c’est plutôt dedans que je me ferais un ou deux pantalons pour l’été. La légèreté d’une plume, la souplesse d’un voile. Ne rien porter ou porter un tel pantalon, c’est pareil. Ah quelle belle idée. Alors finalement je ne commanderais pas ce lin. Mais cette laine.

Oui, finalement une laine ultra fine l’été pour la souplesse, et une laine épaisse pour la chaleur l’hiver, c’est ce qu’il faut. Un plaisir. Merci le mouton pour ce don époustouflant. De quoi être toujours confortable. Et toujours élégant !

Belle semaine de réflexion. Julien Scavini

Ce soir, un peu de Fauré. Masques & bergamasques. Puis un bout du Requiem.

Un grain

C’est en regardant un documentaire récemment sur La Chaine Parlementaire consacré logiquement à notre histoire politique récente que j’ai été frappé par un point de style. Point de style qui s’est renforcé encore lorsque sur la Paramount Chanel, j’ai entrevu un film des années 1950 tout à fait charmant (Noël Blanc). Dans le documentaire politique, le réalisateur avait alterné des images d’archives avec des prises de positions contemporaines. Edouard Balladur Premier Ministre en archive, Nicolas Sarkozy en commentateur actuel. George Pompidou en archive, Laurent Fabius en commentateur actuel. Robert Badinter en archive, Jean-Louis Debré en commentateur actuel… etc.

La différence fondamentale, outre le grain de l’image versus une image nette, était… le grain des costumes, versus des costumes très lisses. Dans toutes les images anciennes, dont ce fameux film ci-dessous, les tissus des costumes ont de la texture, un grain caractéristique. Les tissus accrochent la lumière, je dis qu’ils grattent la lumière. Cela donne une beauté spirituelle je trouve aux costumes, une richesse élégante.

De nos jours, flanelles et tweeds donnent un peu cela. A l’époque, tous les costumes avaient cette texture légèrement peignée, grattée, chinée. Seules les gabardines avant, avaient cette texture si lisse que nous connaissons aujourd’hui. On les utilisait pour des costumes d’été et des pardessus fluides.

De nos jours, l’écrasante majoritĂ© des costumes est totalement lisse. Depuis la rĂ©volution lainière des annĂ©es 1990, les laines sont devenues surfines. Et dès lors, esthĂ©tiquement, il est difficile de distinguer une laine d’un polyester Ă  l’œil. Tous les costumes sont plats. MĂŞme ceux en fil-Ă -fil, seul tissu chinĂ© Ă  mĂŞme de donner un peu de profondeur Ă  l’étoffe. Ce costume d’Edouard Balladur est parfaitement caractĂ©ristique de ces nouveaux tissus, lisses, brillants disent certains.

Cette nuance esthétique est très présente dans une série que je trouve nulle, Inspecteur Murdoch sur France 3. Observez les costumes créés pour l’occasion. Tous ultra-lisses car coupés dans des tissus contemporains. Non sens rédhibitoire pour moi. Tous ceux qui portent des vêtements anciens (1970 et avant) le sauront immédiatement. Un tissu ancien, c’est un mélange entre un léger duvet grattant de surface et une certaine raideur. Ci-dessous, le roi de la flanelle, Fred Astaire.

M’est ainsi venu une réflexion que finalement, peut-être, le costume vieux style, ou vieil argent, c’est un peu celui coupé dans un drap qui gratte la lumière. Souvent ce drap, il faut l’avouer, il n’est pas très léger. Je pense à Intercity chez Holland & Sherry par exemple. Et encore, c’est quand même très lisse comme tissu.

Le plus difficile dans cette volonté esthétique que j’exprime, c’est de trouver l’étoffe. Un tissu mat. Pas terne pour autant. Avec une couleur éclatante, mais mate. Un costume ancien, c’est toujours un grain caractéristique qui attrape la lumière. Se donner un genre d’allure classique, intemporelle, qui ne fasse pas moderne et plastique, c’est arriver à trouver ce grain. A l’inverse d’une laine chatoyante qui s’exprime en super 150’s. Avec des lignes un peu opulentes, un costume coupé dans un tissu qui accroche la lumière aurait une grande dignité. J’en rêve.

Belle semaine, Julien Scavini

PS : cette semaine, j’ai Ă©coutĂ© Eroica de Beethoven. Herbert von Karajan, Berliner Philharmoniker.

Ce que cela dit d’un client

Lorsque l’on ouvre un vieux livre de coupe des annĂ©es 1930 ou 1950, il y a souvent au dĂ©but quelques pages qui expliquent Ă  l’aide de moult photographies comment prendre les mesures et oĂą les relever. Et ces mesures pour la veste, le gilet et le pantalon, sont toujours relevĂ©es sur des hommes portant… veste, gilet et pantalon. Pour les Ă©rudits tailleurs qui ont rĂ©digĂ© ces ouvrages en leur temps, il allait de soi que la mesure d’un vĂŞtement Ă  faire dĂ©coulait des mesures d’un vĂŞtement portĂ©, en plus des mesures au corps, c’est-Ă -dire directement sur la chemise.

En ces temps-là, le tailleur se fiait à ce qu’il voyait. Il se fiait à ce que le client portait en passant le pas de la porte. Le tableau général et les grandes lignes (volume des vêtements, longueur des parties), et les détails (aplomb du vêtement, lignes des épaules, netteté des flancs)… etc…

De nos jours, il est toujours agrĂ©able pour un tailleur de voir le client qui entre porter un vĂŞtement tailleur. C’est une forme de logique. Le client vient chercher un costume, on le voit venir en costume… Cela immĂ©diatement imprime une image gĂ©nĂ©rale et particulière de lĂ  oĂą l’on va. Qui est cette personne ? Que porte-t-elle ? Comment porte-t-elle ? Puisque prĂ©cisĂ©ment le costume est un langage, le simple Ă©change visuel en dit dĂ©jĂ  long sur le client et son dĂ©sir. S’il porte Ă©limĂ©, peut-ĂŞtre proposera-t-on des tissus petit budget ? S’il porte un très beau tissu, Ă©vident que seuls les beaux tissus seront prĂ©sentĂ©s. S’il porte trop Ă©troit, est-ce par ce qu’il a grossi ou qu’il aime ainsi ? S’il porte un cardigan sous la veste, peut-ĂŞtre faudra-t-il de l’aisance ? Parcequ’il a une difformitĂ© physique, voyons comment l’autre tailleur a traitĂ© le sujet ?

Surtout qu’à la différence des années 1930 ou 1950 précédemment évoquées, de nos jours, les styles peuvent être très variés pour ne pas dire complètement opposés. Le super slim fit (pantalon taille basse étroit associé à une veste courte) côtoie l’ultra classicisme (pantalon taille haute ajusté et veste intemporelle) ou l’avant-garde (pantalon taille naturelle coupe droite voire large, veste légèrement oversize).

C’est ainsi que le métier s’oriente. Le costume n’est plus une obligation professionnelle depuis quelques décennies. Depuis les années 1970, il est même pour certain chercheurs spécialisés un total plaisir, un objet de désir et d’amusement. Il ne fait plus partie du champ de la nécessité. Dès lors, il est logique que chaque client vienne chercher des lignes de costumes radicalement différentes. Le sénior qui veut s’habiller ultra jeune… ou comme chez Old England. Le jeune qui pense qu’être moderne c’est prendre un slim-fit… et l’autre jeune qui sait que l’oversize va gagner d’ici quelques mois et prend les devants.

Des épaules comme John Wayne ?

Pour le tailleur, la tâche est ardue. Difficile. Certes par la conversation, il est possible de faire émerger le langage du futur costume. Mais qu’il serait plus facile de voir déjà une ébauche ou une approche stylistique déjà portée, plutôt que de palabrer sur la largeur d’une cuisse ou la longueur d’une veste, sans référence connue.

En demi-mesure, il existe ce que l’on appelle des gabarits de mesure dans le jargon. Des vestes et/ou pantalons dans des tailles connues, qui permettent de questionner la silhouette. Voulez-vous plus Ă©troit lĂ  ? Plus large ici ? C’est une approximation. Ce n’est pas forcĂ©ment au premier essai que toutes les pièces de ce puzzle complexe seront alignĂ©es. Et il ne faut pas croire que la Grande Mesure sait rĂ©pondre mieux encore que la demi-mesure. J’avais hier un client Ă©tranger qui sortait d’un grand tailleur de la rue Marbeuf et qui venait commander des pantalons lĂ©gers pour Los Angeles… Il a fallu que je lui fasse passer 5 pantalons diffĂ©rents avant de comprendre qu’il voulait… la coupe d’un jean mais en lin et soie. Et j’espère qu’à l’essayage dans un mois, j’aurais bien tout compris.

Il faut de l’intuition pour comprendre les dĂ©sidĂ©ratas. Mais elle ne suffit pas complètement. Qu’il est dĂ©cevant pour le tailleur lorsque le client Ă  la fin trouve la veste trop courte. A s’arracher les cheveux et Ă  pleurer. Il y a eu conversation. Ce point, il a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© longuement. Mais hĂ©las, le tailleur n’est ni dieu ni devin. Il fait de son mieux et n’a pas de baguette magique pour remettre du tissu lĂ  oĂą il n’y en a pas. Si une première veste avait servi de modèle, ce point eut Ă©tĂ© plus sĂ»rement trouvĂ©.

Ce métier est beaucoup affaire de psychologie. Celle du client. Celle de son image dans le miroir. Elles ne coïncident pas toujours d’ailleurs. Parfois elles ne se verbalisent pas facilement non plus.

C’est ainsi que lorsque le tailleur voit arriver un client, voir ce qu’il porte est très important. Les mots ne suffisent pas toujours. Un bon dessin vaut mieux qu’une longue explication dit-on. Et s’il porte un costume, pour faire un costume, c’est bien. Tous les jours, ce sont des jeans baskets tshirts (sales) qui arrivent. Comment savoir oĂą mettre les pieds ? Que penser ?

Triste aussi sont ces clients, pas si rares, que l’on voit Ă  l’annĂ©e habillĂ©s en DĂ©cathlon et consorts, et qui pourtant commandent de forts jolis costumes, en tissus prestigieux et onĂ©reux. Des costumes statutaires. Des merveilles que l’on est heureux de rĂ©aliser. Mais qui ne les portent jamais, jamais, jamais en prĂ©sence de leur tailleur. On sait qu’on leur fait de jolis choses, mais on ne peut pas complètement juger du rĂ©sultat, car on ne les voit pas vivre dedans, Ă  part cinq minutes devant le miroir au moment de la livraison. C’est si dommage pour le tailleur.

Belle et bonne semaine. Julien Scavini

Ce soir, Concertos pour piano n°1 de Chopin, par Arthur Rubinstein et le New Symphony Orchestra of London sous la direction de Stanislaw Skrowaczewski, 1961. Youtube.

La veste dĂ©pareillĂ©e doit-elle ĂŞtre plus courte?

Lors de la commande d’une veste seule, par exemple une veste en tweed ou un blazer, il est une question qui revient presque systématiquement. « Faut-il la faire plus courte ? » Par opposition à la veste de costume. C’est une très bonne question.

Pour ma part, je traite mes vestes dépareillées exactement comme mes vestes de costume, à la même longueur, quelque part aux alentours de 75cm. Et je ne vois aucune raison de faire autrement. Car les pantalons que je porte, gris en flanelle ou laine fine, ou même en coton, sont coupés eux aussi comme des pantalons de costume, avec la même aisance et la même hauteur, petite nuance parfois de largeur en bas seulement.

Dès lors, qu’est-ce qui justifierait de marquer une diffĂ©rence ? Et de combien ? J’aime les vestes de longueur classique, donc je pense que 75cm pour 1m80 c’est bien. C’est classique.

La question se poserait donc si le pantalon prĂ©sente une coupe radicalement diffĂ©rente. Comme le jean peut-ĂŞtre ? Ce n’est pas impossible. Il est vrai que le jean slim taille basse très largement portĂ© demande une veste plus courte que la longueur classique, et cela pour donner une homogĂ©nĂ©itĂ© Ă  la silhouette.

Je note qu’en général, ces personnes portant la veste avec le jean (c’est presque une caricature du parisien – veste noire, jean slim ), portent le costume de la même manière, slim-fit. Et que donc là encore, ils n’ont pas de raison dans leur schéma de pensée, comme le mien, de marquer une différence de longueur. S’ils aiment les vestes courtes, c’est toujours.

Je serais le premier Ă  proposer une veste un peu courte pour ĂŞtre sĂ»r que l’esthĂ©tique soit logique avec un jean slim. C’est le plus important pour moi, qu’un discours soit logique de bout en bout. Pantalon slim et proche de la jambe, veste moderne donc un peu courte. Pantalon classique et taille haute, veste classique donc plus proche de long que de court…

Après, la vraie question n’est pas en rĂ©alitĂ© : faut-il faire une veste plus courte, mais, faut-il porter de tels pantalons ? Mais Ă  celle-ci, je ne rĂ©pondrais pas. Aujourd’hui.

Mais essayons toujours de nous questionner sur la différence entre une veste dépareillée et une veste de costume. Elle peut être coupée dans un tissu plus lourd ? Ou plus expressif, comme les grands carreaux ? Cela donc aurait-il une influence ? Certains diront que ça allonge, ou que ça grossit. Je suis trop prosaïque pour ça. Je trouve juste qu’un carreau est un carreau. Et que si on cherche des justifications pour aimer ou ne pas aimer, il vaut mieux arrêter de réfléchir et ne pas verbaliser ce qui est d’instinct. On aime ou on aime pas, inutile de chercher des justifications à tout.

Un peu comme cette question de longueur ? Est-ce d’instinct qu’il faut arrĂŞter telle ou telle valeur ? Prenons un autre exemple. Un homme qui ne porterait que du dĂ©pareillĂ© classique, vestes de tweed, en velours, en flanelle etc… Avec toujours des pantalons de coton, moleskine, velours, gros twill, etc… Cet homme pourrait-il dĂ©cider que mĂŞme si la coupe est très classique, il choisit une longueur pour ses vestes plus courtes que pour ses vestes de costume ? Ce serait possible si son intuition lui indique cela. Mon intuition m’indique que non.

Car cela reste de l’intuition. La même que la mienne qui me pousse à faire la même longueur. Au moins ai-je l’argument ultime, faire pareil. Parce que, comme disent les enfants.

Qu’en pensez-vous?

Belle semaine, Julien Scavini

La musique fut diffĂ©rente cette semaine. Laurent Petitgirard, bande originale de l’inspecteur Maigret.

La France offrait un diner d’État

Le Roi Charles Ă©tait donc en France, pour une visite d’État dont le grand moment devait ĂŞtre un diner Ă  Versailles, dans la Galerie des Glaces. Quel plus digne plaisir qu’un État peut offrir Ă  un autre, au-delĂ  des personnes. Quels gages d’amitiĂ© et d’union, partagĂ©s autour de mets et de vins dĂ©licats, expressions du savoir-faire et du savoir-ĂŞtre d’un pays. Il a fallu qu’«on» nous bassine avec le coĂ»t du diner. Et qu’«on» s’esclaffe sur le positionnement des assiettes au millimètre. Bref, qu’«on» raille la pompe et la circonstance, en ne voyant que les hommes et non pas les circonstances. En bref, qu’un ridicule petit esprit soit lĂ  Ă  juger bĂŞtement.

J’aurais bien voulu admirer de bien plus grandes agapes de mon cĂ´tĂ©. Imaginez : un apĂ©ritif servi au Grand Trianon en prĂ©sence des gĂ©nĂ©raux et des acadĂ©miciens, tous en uniforme. Peut-ĂŞtre aussi en prĂ©sence des hauts prĂ©lats parĂ©s de prĂ©cieuses couleurs et des prĂ©fets en capes. Et pourquoi pas de quelques hauts magistrats et maires d’importance. Bref, de ce qui fait l’État, nommĂ© et Ă©lu. Suivi d’un parcours en calèche des deux couples Ă  travers le parc pour rejoindre la Galerie des Glaces. Et qu’après le diner, un feux d’artifice soit tirĂ© depuis le bassin de Latone en mĂŞme temps qu’un orchestre jouerait du Lully. Et qu’Ă  peu près tous les fleuristes d’ĂŽle-de-France aurait Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ© pour fournir roses et lys embaumant l’espace.

Une telle fête oui, aurait été dispendieuse. Et prestigieuse. Digne de la France.

Au lieu de cela, il y a un eu un diner de traiteur vite expĂ©diĂ© pour ne pas faire exploser un agenda chargĂ©. Le temporel a gagnĂ© sur l’Ă©ternel. Le Roi est arrivĂ© entourĂ© de vans Mercedes, sortez, photographiez, rigolez et circulez.

Et normalement, Ă  un diner d’État, il est d’usage de porter une queue-de-pie. Mais ça, Ă©videmment, notre PrĂ©sident ne devait pas le vouloir. Lui sait Ă  peine ce que c’est, alors imaginez les convives… Et après ça, on nous bassine avec l’Ă©lĂ©gance Ă  la française. Alors soit, diner en smoking. Observons et notons. Sur cinq. Un point pour chaque catĂ©gorie :

  • coupe : belle coupe = 1 point
  • revers de veste : satin = 1 point
  • poches : deux passepoils en satin sans rabat = 1 point
  • Ă  la taille : ceinture cummerbund = 1 point
  • souliers de smoking : bien glacĂ© ou vernis, de forme adaptĂ©e = 1 point

Celui qui aura 5 points aura gagnĂ© le pompon. C’est parti.

M. Bern. 4/5. Mais une coupe minable. Des longueurs de manches et de pantalon indignes. Je ne veux plus regarder ses programmes. A quoi bon nous parler de demeures de qualités, de meubles finement ouvragés et de tapisseries délicates pour être si mal attifé? Pourquoi faire son commerce du Beau et ne pas poursuivre cela dans sa vie publique?

M. Estanguet. 2/5. Un costume noir ne fait pas un smoking. Et les derbys fabriquĂ©s Ă  Jinjiang ne devraient mĂŞme pas avoir le droit de passer la grille royale. Quand Ă  ce pantalon en lycra si Ă©troit au mollet…

M. Drogba. 4/5. Je ne peux toutefois pas juger de la ceinture. L’ensemble est classe mĂŞme si un chouillat trop ajustĂ©.

M. Wenger. 4/5. Pas de ceinture, mais un vrai beau tissu et des revers d’une grande dignitĂ©. Bref, un vrai smoking. Quoique le pantalon soit un peu long.

M. Vieira. 3/5. Pas de ceinture, et des souliers à boucle. Dommage, le smoking était pas mal sans ça.

M. Arnault, le pape du luxe. 3/5. Peut mieux faire. Ces rabats de poches… L’ensemble n’est vraiment pas exquis, vraiment pas. Et la grosse toquante mĂ©tallique, on en parle?

M. Niel. 3/5. Peut mieux faire, vraiment. Commencer par une petite paire de bretelles blanches pour tenir ce falsard en place?

M. BollorĂ©. 2/5. Quand on Ă©pouse une fille Bouygues et qu’on est soit mĂŞme pas tout Ă  fait Ă  plaindre, n’est-il pas possible d’aller chez Camps de Luca se faire couper un smoking classe? PlutĂ´t que, pardon, cette mer**.

M. Rothschild. 4/5. Manque la ceinture. Et des manchettes trop longues. Mais il est possible de sentir un smoking Brioni ou quelque chose de belle qualité.

M. Grant. 2/5. Bon comment dire… Pas vraiment un smoking. Pas de ceinture. Mocassins aux pieds. Je pense qu’il partait en vacances et qu’il a vu de la lumière.

M. Gallienne. 2/5. Et encore, je veux ĂŞtre gentil. Il y’a au moins les souliers vernis. Ce col de chemise. Ou cette absence de col presque, c’est indigent. Il devait avoir peur d’avoir froid aux mains sinon.

M. Darmanin. 2/5. Quelque chose comme ça… Que dire. Derby aux pieds, rabats aux poches, coupe un peu minable. Diantre, on s’enfonce dans le mĂ©diocre. Et ce col de chemise…

M. Lang. Privilège de l’âge. Ou de l’heure pour moi. Je ne note plus arrivĂ© lĂ …

Je ne sais pas qui sont ces messieurs. Je ne vois pas les souliers. A droite et au centre, ce n’est pas si mal, mais je suis encore très aimable…

Bon bref, passons au plat de rĂ©sistance, il se fait tard …

Les smokings Ă©taient-ils bleus? J’en doute. Je crois que les deux images ci-dessus sont trompeuses. Car le soir mĂŞme en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision, j’ai bien vu du noir, ce que confirme ce dernier clichĂ©.

Je ne noterai pas notre cher PrĂ©sident ni le Roi Charles. Toutefois, c’est bien et la note serait bonne.

Je ne peux m’empĂŞcher de trouver ce col cassĂ© loufoque sur M. Macron. Pourquoi vouloir faire de l’ancien? Alors que le smoking châle, c’est plutĂ´t annĂ©es 60. PlutĂ´t James Bond qu’Hercule Poirot. Pourquoi vouloir associer le smoking châle moderne avec un col cassĂ© très vieux style? Mais pourquoi? Je ne comprendrais jamais cela.

Et je le redis. Qu’il eut Ă©tĂ© Ă©lĂ©gant Monsieur Macron en queue-de-pie, avec le grand cordon de la LĂ©gion d’Honneur. Qu’il eut Ă©tĂ© Ă©lĂ©gant… Mais il prĂ©fère le slim-fit.

Le Roi Charles a pris un peu, ses vĂŞtements se sont Ă©toffĂ©s. Je remarque qu’il ne portait pas son traditionnel smoking croisĂ©. Peut-ĂŞtre pensait-il que ce serait trop par rapport aux français?

Eux quatre, tout de mĂŞme, avaient un peu de tenue. C’Ă©tait beau.

Mais le reste, mais le reste… Aucun 5/5 avec mention. Rien. Que du mĂ©diocre ou presque… Je voulais vous faire rĂŞver un peu au dĂ©but, en vous parlant de ce qu’aurait pu ĂŞtre une belle et grande soirĂ©e. Une digne soirĂ©e française… Mais quel rĂ©sultat. J’avais mĂŞme envie d’arrĂŞter de commenter tant ces smokings Ă©taient mĂ©diocres. Une piètre esthĂ©tique.

Je ne sais plus qui a Ă©crit que l’exemple de la vertu ne peut ruisseler que des Ă©lites. Quand les gouttes sont acides toutefois, il vaut mieux sortir le parapluie.

Vous me direz, quelles sont les Ă©lites que l’on vient de voir… OĂą Ă©taient les mĂ©daillĂ©s Fields et les acadĂ©miciens? J’ai vu un Capuçon, le violoniste des deux, mais sans photo en pied, je n’ai pu juger. OĂą Ă©taient les très hauts arts & lettres? Cela me sidère assez de voir qui Ă©tait lĂ … Et qu’en plus, ce sont des footeux qui Ă©taient presque les mieux sapĂ©s. Je prĂ©fère me coucher.

Belle et bonne semaine. Julien Scavini

PS : heureusement, j’Ă©coutais la symphonie n°9 de Beethoven en Ă©crivant cet article. J’avais du beau dans les oreilles Ă  dĂ©faut de l’avoir sous les yeux.