Les pièces à taille

L’art des tailleurs s’est patiemment construit au fil des ans, pour arriver à des solutions techniques de plus en plus précises, ne recherchant qu’un seul but : exprimer les formes masculines, en trichant au mieux, pour imprimer aux messieurs une silhouette caractéristique. Cette longue étude a permis au textile, matière molle et sans forme, d’épouser les courbes sans les altérer, notamment le buste et sa taille. L’une des plus formidable réponse trouvée fut la découpe à la taille. Ce répertoire des pièces à taille est relativement mal connu et réduit à une expression très formelle de nos jours. Seules les jaquettes, queue de pie et vestes d’équipage utilisent cet artifice de construction (à voir dans le dessin, à l’envers de la citation).

Les pièces à taille se caractérisent par la présence d’une couture, tout autour du ventre à son endroit le plus resserré, aux alentours du nombril. Pour être correctement réalisées, ces pièces doivent être confectionnées avec art et minutie, en partant du haut. La coupe importe excessivement, beaucoup plus que d’habitude. Le tailleur commence par réaliser le veston haut, appelé corsage, semblable alors à un spencer. Les dos des pièces à taille sont très souvent pourvus de couture en rond vers les épaules. Cela permet d’approcher au plus près des omoplates et de la courbure des flancs.

Une fois que ce haut est validé, que son bien aller est contrôlé, il est possible d’y accrocher le bas. Le plus souvent, celui-ci présente une forme particulière, avec des basques rondes, fuyantes ou arrondies, comme sur les tenues de mariage. Les manteaux de chasse à courre sont plus classiques avec un bas droit, mais le dos est le même, avec une longue fente centrale à partir de la taille, et deux boutons, situés de part et d’autre sur cette ligne. Ils sont souvent la signature de ces vêtements, quelques fois appelés redingote, même si ce terme recouvre une pièce plus précise encore.

Les pièces à taille peuvent arborer une poche poitrine, et plus rarement des poches côtés, qui sont alors logées, sans passepoils, dans la couture de taille.

La disparition progressive de ces vêtements est dû en grande partie à sa difficulté de maîtrise. Il faut en effet placer correctement la taille sur la personne, ce qui exclut très vite le prêt à porter. Par ailleurs, les retouches sont quasi impossibles, que ce soit en ceintrage ou en hauteur. Une telle pièce se construit from scratch disent les anglais. Par ailleurs, même les tailleurs ne maîtrisent pas tous cet art difficile, qui prend surtout du temps, et beaucoup il y a encore quelques années envoyaient leurs clients chez Avilla ou Latreille, qui effectuaient les opérations de coupe avec maestria.

Julien Scavini

3 réflexions sur “Les pièces à taille

  1. Nicolas 18 janvier 2011 / 23:37

    Je comprends très bien l ‘intérêt et la technicité de ces pièces. Toutefois, je n’arrive pas à m’ y intéresser, je les juge ( sans doute à tort) d ‘une autre époque.
    Amicalement

  2. Ramius 18 décembre 2011 / 04:34

    La seule pièce à taille que je possède ne doit malheureusement pas être très bien réalisée, bien qu’elle me soit agréable, puisque c’est un petit tailleur chinois qui me l’a faite…

    Qu’entendez vous par redingote ? Je connais évidemment, le terme mais je croyais justement qu’il recouvrait de manière générale les pièces à taille.

    Je sais qu’en anglais, la transposition officielle est le Frock Coat, qui est croisée à bas droit, mais à force de lire « redingote » pour désigner toute une panoplie de pièces dans les romans du XIX°…
    De plus le terme français est la déformation de Riding Coat, et je me vois mal chevaucher avec un frock coat, tandis qu’en ce qui concerne les autres pièces à taille, c’est justement fort pratique puisque la fente débute presque à la taille.

    Enfin, vous savez surement mieux que moi, mais la question m’intéresse.

    • Julien Scavini 19 décembre 2011 / 22:03

      Alors, d’après le Petit Larousse 1890:
      Redingote : sorte de vêtement d’homme qui couvre la partie supérieure du corps et a des basques faisant tout le tour du corps. Encyclo. Vers la fin du XVIIè s, quelques jeunes anglais, trouvant leurs coats (habits) fort incommodes pour se livrer au plaisir de l’équitation, adoptèrent une espèce de grand surtout boutonné par devant, avec un collet et des ouvertures derrières et au côté. Cette mode admise dans la haute société de Londres, passe le détroit vers 1725 et servit surtout les temps de gelée et de pluie, et comme vêtement de chasse. Dans l’armée, la redingote, qui n’était autre chose qu’une capote d’officier, fut adoptée également vers 1725. Sous la Restauration, la garde royale en a encore fait usage.
      Après avoir subi diverses modifications dans la forme et dans sa taille, elle est devenue le vêtement croisé à basques et à revers qu’on porte en cérémonie.

      Donc résumons. La redingote désigne une pièce précise (même si celle-ci a variée dans le temps), et non l’ensemble des pièces à taille. Elle se caractérise par ses basques longues et ‘carrés’ en bas (pas d’arrondi) à l’instar de la tenue de chasse en vert. C’est surtout le nom canonique de la veste de dessus (longue à mi-cuisse), croisée ou droite, souvent à revers satiné bordé, pour homme entre 1840 et 1890.

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