La tendresse du moment

En feuilletant un beau livre récemment sur les architectures nouvelles, je me suis fait une réflexion : l’époque est à la mollesse ! Les formes sont onduleuses, fragmentées, facétisées, la ligne est courbe, incurvée et la spline fait référence. En général, l’architecture – comme les beaux-arts – exprime des mouvements profonds, révèle plus qu’elle n’induit l’époque et ses envies. L’époque serait donc celle de la courbe ?

On pourrait être tenté de dire oui également pour le vêtement. La chose est avérée qu’on le veuille ou non. Les vestes sont souples, perdent leurs épaulettes, souvent leurs toiles et quelques fois leurs doublures. Pourquoi pas ? De même, les cravates perdent leurs triplures pour n’être plus que de la soie pliée sept fois. Et les matières s’allègent, allant vers des fibres toujours plus fines, toujours plus moelleuses. Les cachemires ont la côte, les flanelles aussi!

Est-ce une régression ? Certainement pourrait-on dire, surtout pour nous Français qui avons l’habitude de fortement épauler les vestes, de couper des modèles tenus et tenant le corps. L’art tailleur a atteint une sorte d’apothéose technique dans les années 60. Ce n’était plus des habits mais des œuvres d’art qui sortaient des ateliers. Les poitrines étaient nettes, les pantalons tombaient parfaitement, l’époque et les tailleurs avaient horreur des plis. Ils étaient aidés par de lourdes étoffes.

Mais le chauffage central s’est développé, comme l’automobile ce qui bouleversa les habitudes. Maître Guilson me disait récemment ne couper qu’un manteau par an, au mieux… Le vêtement, comme tout objet, a plusieurs utilités : fonctionnelle et sociale (fonction de représentation). La première se développe, la seconde s’affadit.

Et la fonction recouvre à la fois l’utilitarisme (nombre et qualité des poches par exemple) et le confort fonctionnel. Ce registre se développe encore plus ! L’emmanchure haute donne du mouvement, la perte des toiles libère d’un poids ; la veste devient foulard ( plutôt que t-shirt). Les vêtements doivent être tendres ! En plus, les laines ne grattent plus. La technique se fait plus présente.

Pour conclure, ce n’est pas plus mal. Oui, je le dis, moins de poids, moins de dureté, plus d’aisance, ce n’est pas plus mal ! C’est aussi un défi technique qui nous fait avancer. Mais je pose une condition suffisante et nécessaire : toujours privilégier la souplesse à la mollesse !

Julien Scavini

6 réflexions sur “La tendresse du moment

  1. amator 10 octobre 2011 / 14:34

    Il y avait eu un mémoire fort intéressant sur les jeunes et le design du mobilier qui évoquait une génération vautrée ou avachie… le parallèle avec votre article de ce jour est assez saisissant

    Alors restons souple et simple 😉

    • Julien Scavini 10 octobre 2011 / 18:54

      Amusant ce catalogue : aucune veste ou costume ; uniquement du jersey, et en de rares occasions, des chemises… eh bé, je vais me coucher!

  2. The Murderer 10 octobre 2011 / 18:45

    Le dernier paragraphe n’est il pas contradictoire avec votre amour du style anglais et votre scepticisme quant au style italien?

    • Julien Scavini 10 octobre 2011 / 18:51

      Ah je vois que certains suivent bien 🙂

      Certes cela pourrait! Cela dit, les anglais ont toujours eu (par rapport à nous français) une coupe plus soft. Au delà de cela, je m’interroge simplement en effet. Et puis je mets doucement un peu d’eau dans mon vin. Il n’y a rien de catégorique et de définitif quand on sait où se trouvent les bonnes références… L’élégance est une question de mesure.

  3. Nicolas 10 octobre 2011 / 20:30

    Julien,

    Je pense qu il ne faut pas perdre nos repères.
    Il y a juste quatre règles à respecter en matière d’élégance :

    – coupe adaptée et ajustée à la morphologie
    – qualité des matières
    – harmonie des couleurs et des motifs
    – discrétion et sobriété des accessoires

    Le reste, la hauteur des cols, la nature des épaules, de la doublure, la tenue ou le confort du vêtement, etc. tout cela est soumis aux aléas de la mode, de la tendance… Et donc ça va et vient. On peut aimer ou non, trouver cela esthétique ou confortable, mais il ne s’agit que de l’air du temps. Avec lequel il faut vivre. Mais sans jamais rien lâcher sur les 4 règles ci dessus.
    En résumé on peut enlever la doublure, mais les épaules napolitaines, ça ne va pas à tout le monde !!

    Nicolas

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