Réparer un pantalon

La question de la durée de vie est plus que jamais d’actualité, que ce soit pour les objets high-tech et les vêtements. Je crois que nous faisons tous attention à faire durer nos habits. Soit par économie, soit par envie de protéger la planète, soit pour la perfection d’une coupe ou d’un confort, parceque retrouver le  vêtement qui tombe aussi bien est franchement difficile ! Alors il faut faire durer.

La durée de vie des vêtements est par ailleurs variable. Une chaussette suivant la marque dure plus ou moins et rares sont ceux qui les reprisent encore à la main. Une chemise suivant la qualité de son coton va plus ou moins s’élimer. Rares aussi sont ceux qui font faire un deuxième set de poignets et col pour changer plus tard. Question de coût et de modes qui changent. Une veste s’use très rarement de son côté, sauf les tissus très fins ou les mauvais thermocollage. Par contre les pantalons eux s’usent vite. C’est le mal du siècle. Mais pourquoi diantre s’usent ils si vite?

Pour deux raisons. D’une part les coupes sont très ajustées. Et des cuisses plus resserrées ont tendance à tendre le tissu. Ce tissu plus tendu, sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et du frottement s’abrase tout seul. Il s’abrase d’autant plus vite que le tissu est fin, c’est la seconde raison.

Là dessus, la masse de client est en partie coupable et schizophrène à la fois. Les maisons qui vendent des costumes (Hugo Boss, De Fursac, Massimo Duti et j’en passe) sont prises entre deux feux. Si elles proposent des tissus lourds et robustes, elles feront face à une catastrophe industrielles, les clients n’achetant pas. Si elles proposent des tissus légers et fins, les client achètent. Mais au final reprochent cette légèreté et la fragilité qui en découle. Vous voyez le dilemme pour une grande entreprise?

C’est d’autant plus dommage que la veste du costume dure généralement plus longtemps que le pantalon. Et hélas les pantalons ne sont plus vendus en doubles. C’est là encore un comportement schizophrène. Une marque chercherait à vendre deux pantalons qu’elle se retrouverait avec une tonne d’invendu.

ILLUS93-1

Heureusement, il existe deux parades à l’usure prématurée du pantalon.

D’une part demander à un retoucheur de poser un renfort à la cuisse dès le début. L’opération n’est pas rapide et il faut compter environ 45€ de matière et de pose. Ce renfort consiste en une pièce de tissu de coton, prise dans les coutures (sur dessin ci dessus). En plus de la propreté de fond de culotte.

Ceci-dit, ce renfort n’empêchera nullement la laine de feutrer puis de rompre. Elle ralentira simplement ce désagrément.

Il faut alors surveiller le pantalon. De temps à autre, observer l’entrejambe pour voir si la laine feutre et si la trame commence à apparaitre. (Attention sur ce point, un pantalon neuf peut feutrer très vite sans pour autant s’user ou rompre. Car certaines laines feutrent mais restent solides).

Si vous sentez que la laine va craquer, il est possible de couper le tissu incriminé (une petite partie en forme de long triangle) et de reposer un autre tissu. Ce nouveau morceau est appelé ‘fausse pointe’. Il peut être dans un tissu différent, pris dans les chutes du retoucheur, car il ne se voit pas, ni debout, ni assis, étant très profondément enfouie sous l’entrejambe sur le dessin ci-dessous). Cette retouche simple et renouvelable x fois est idéale pour continuer de faire vivre un costume. Il faut compte 50€ environ. C’est onéreux, mais c’est moins cher payé par rapport au rachat d’un nouveau costume !

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Chez le tailleur, si le tissu est encore disponible, il est possible de faire refaire un pantalon plusieurs mois après. Ou comme l’a fait un de mes clients, d’acheter 1m30 de tissu en plus, en réserve pour plus tard.

Bonne semaine, Julien Scavini

16 réflexions sur “Réparer un pantalon

  1. Abdelhamid 15 février 2016 / 21:52

    merci cet excellent article. Je vous souhaite à mon tour une excellente soirée

  2. Tsiferana 16 février 2016 / 08:25

    Merci M. SCAVINI, article très instructif comme toujours.
    Bonne journée,

  3. Laissons Lucie Faire 16 février 2016 / 08:39

    Cet article est très intéressant. A l’ère de la fast fashion, cette vision des choses, dans un esprit plus durable, n’est malheureusement plus dans l’air du temps… Mais les choses semblent changer petit à petit.

  4. NicK 16 février 2016 / 12:51

    Article très intéressant. 😀
    On peut aussi porter du dépareillé … ou simplement acheter deux pantalons ! Certaines (rares) boutiques le font encore.
    Le mieux est de venir vous voir et faire deux pantalons tout de suite. 😉

  5. Henri 16 février 2016 / 20:53

    M. Scavini vos articles sont toujours très intéressants. Concernant les pantalons, est-il possible de faire modifier la hauteur de taille pour pouvoir les porter avec des bretelles ?
    Il reste des gens qui reprise leurs chaussettes. J’en suis !
    Merci pour votre travail de vulgarisation.

    Respectueusement,

    Henri.

    • Julien Scavini 17 février 2016 / 12:09

      Bonjour,

      hélas non. Il est possible (mais très compliqué) de baisser la hauteur d’un pantalon, mais pas de la monter, pour une simple raison de physique évidente. On ne peut créer de la matière.

  6. Maxime 17 février 2016 / 16:34

    Bonjour,

    Article très intéressant, comme toujours.

    Question bête : pourquoi cette ‘fausse pointe’ n’est-elle pas un standard ? autrement dit, pourquoi ne pas prévoir dès le départ que le vêtement puisse être réparé ?

    À la manière des chaussures en somme où la semelle peut être remplacer à souhait.

    La réponse sera toute évidente pour la production en masse, mais chez les tailleurs..

    J’en profite pour suggérer une autre idée d’article : réparer une veste, où pourrait être abordé entre autres choses le stoppage (le métier existe-t-il d’ailleurs toujours ?).

    • Julien Scavini 18 février 2016 / 15:51

      Bonjour,

      car c’est quand même plus logique de couper une seule pièce de tissu pour la jambe. Cela ne serait pas plus compliqué de défaire l’ancienne pointe que d’en créer une nouvelle. Votre idée est intéressante ceci-dit.

      Réparer une veste, je dois dire que je n’y ai jamais pensé. Le cas s’est rarement présenté. Si c’est une manche trouée, je renvoie à l’usine pour faire poser une nouvelle manche. Quand au métier de stoppeur, il a quasi disparu, et le travail il faut avouer était incroyable !

      • Cécile 21 février 2016 / 17:33

        Bonjour,

        Je me permets de venir mettre mon grain de sel de couturière de campagne.

        Je vois passer des pantalons, pas tous jeunes certes, avec des triangles (d’aisance ?) à l’entre-jambe. Alors pourquoi pas ? Et changer une pièce existante est quand même plus simple. (reprise de patronnage, tout ça)
        Par ailleurs, les coupes ajustées alliées aux matières fines causent un autre problème : le tissu se déchire à la couture du fond. (et aux poches, surtout chez Hugo Boss, curieusement)

        Quant aux réparations sur les vestes -les tragiques, s’entend-, à part les trous, je n’en vois pas beaucoup passer.

        Merci pour vos articles, toujours instructifs.

  7. Elisabeth Marie 18 février 2016 / 23:17

    merci c’est une excellente idée pour réparer un pantalon dans la manière de s’y prendre pour effectuer au mieux cette réparation

  8. Elisabeth Marie 18 février 2016 / 23:20

    le métier de stoppeur était quand même un excellent travail car refaire la trame du tissu à l’aide de fils retirés du vêtement pour réaliser la réparation qui se trouvait alors invisible c’était un travail d’artiste
    dommage que ce métier n’existe plus mais il faut avoir de bons yeux pour cela

    • Cécile 21 février 2016 / 17:38

      Les stoppeuses existent, mais mieux vaut habiter Paris ou le nord de la France si on a besoin de ce service. Des formations aux professionnels existent, mais 4 jours de cours ne remplacent pas des années d’expérience.

  9. Belinda 20 février 2016 / 15:54

    et bien quel travail. Je débute en couture et j’ai encore bien des choses à apprendre. Tout ces détails me donnent déjà le tourni 🙂 mais l’idée est excellente. Idem pour les chemises, nous jetons rapidement celle de mon mari à cause des pointes de col justement, j’en ai gardé quelques unes pour essayer d’en refaire pour voir ce que cela donne
    ici on aurait tendance à vouloir réparer maintenant pour limiter les frais en général (notre budget et vis à vis de la planète)

  10. Hugues 24 février 2016 / 10:10

    Merci pour ce bon article. Mais étrangement, ce sont les vestes que j’use le plus vite : les frottements de mes coudes et bras sur le bureau ont raison des manches, sur les coutures ou parfois même sur le tissu. J’ai même parfois troué des manches de chemise. Quelles solutions ? Changer de posture ? Enlever la veste ? Acheter des tissus plus épais ? Mettre des coudières (pas très élégant sur un costume)

  11. MystiMiss 27 avril 2016 / 22:42

    Pour les pantalons anciens, je parle de ceux antérieurs aux années 40, on trouve presque toujours cette quille (ainsi nommé en costume, les pièces rapportées) de l’entrejambe. Et ce n’est pas forcément par souci de retouches, mais surtout par économie de tissu lors de la coupe du pantalon. On ne s’embarrassait pas à l’époque. Une règle cependant: faire correspondre les droit fils. Pratique qui remonte à .. la fin de l’Antiquité !
    Je trouve cela donc amusant que ces quilles pourraient bien revenir..!
    Je ne cesse de le répéter : l’Histoire du Costume est un éternel recommencement..

  12. R.B 17 mai 2016 / 14:52

    Article très intéressant, comme souvent. D’ailleurs chose amusante, je pense être le fameux client du dernier paragraphe.

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