Le col requin

Alors que l’été n’en finit plus de se faire désirer à Paris, revenons un instant sur la façon de porter les chemises par temps chaud, quelques décennies auparavant. Pour être plus précis, remontons aux années 30 et voyageons jusqu’aux Etats-Unis.

A cette époque, les chemisiers, peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) inventent un nouveau col, un modèle transformable, aussi bien à porter boutonné qu’ouvert. Et encore mieux, ne s’ouvre pas aussi bêtement qu’un col classique, il s’évase.

Sa conception est ingénieuse bien qu’un peu lourde industriellement parlant. Le col au lieu d’être en deux parties (la retombée et le pied de col) est en une seule. Et encore mieux, l’intérieur du col se poursuit le long des boutonnières, jusqu’en bas de la chemise, comme sur une veste où l’on trouve la garniture au bord. C’est donc un modèle complexe à développer, car le col est fait dans une pièce très longue, qui doit supporter la courbure du cou tout en se cassant bien en deux, pour simuler la retombée de col. Les plus techniciens comprendront. Ci-dessous, à gauche le modèle transformable, à droite le col classique.

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Alors donc, ce col fut inventé. Merveille des merveilles, il correspondait au goût de l’époque porté sur le repassage et la perfection ménagère. Ces mesdames écrasèrent donc de toute la force de leur fer les col, de manière évasée. Ça peut se tenter avec une chemise moderne, mais l’effet est moins net qu’avec un col transformable, autrement appelé col requin. Je ne sais d’ailleurs d’où vient cette appellation. Peut-être à cause des pointes très longues…?

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Cette esthétique fit florès ! Les premiers blousons ont aussi profité de cette coupe dérivée des cols de chemises classiques.

La seconde guerre mondiale et les GI’s semèrent ce style à travers le monde. Dans les années 50, les chemises hawaïennes ainsi coupées étaient le symbole de l’American Way of Life, idéal pour se détendre sous un parasol.

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Les étudiants américains et le style Ivy League propulsa aussi l’esthétique de la chemise col requin portée sur la veste. Ah toute une allure ! Je reste réservée sur cette mode. Peut-être un créateur inspiré en fera t il de nouveau usage…?

Toujours est-il qu’au fur et à mesure des années 70, l’usage tomba en désuétude. A part dans les milieux épicés : parieurs hippiques, tenanciers de casino, producteur de cinéma etc… Dans les années 80, cette allure vous faisait même passer pour un paria. Ou un vieux milliardaire.

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Un tailleur qui m’a formé s’habille toujours ainsi l’été. Et je souris à chaque fois en le voyant : un vrai mylord descendu de son yacht !

Et maintenant, je me repose aussi. Le blog s’arrête pour l’été !

A la rentrée donc et profitez bien. Julien Scavini

8 réflexions sur “Le col requin

  1. Portheault Rodolphe 4 juillet 2016 / 21:12

    Bonnes vacances Julien !!!!

  2. mapetitelibellule 4 juillet 2016 / 21:32

    Passez un bel été et de très bonnes vacances. Votre blog est vraiment très instructif et intéressant à lire pour une autodidacte comme moi.

    A bientôt

    Dorothée Marc

  3. mapetitelibellule 4 juillet 2016 / 21:34

    Passez un bel été et de bonnes vacances. Votre blog est vraiment très instructif et intéressant, l’autodidacte que je suis.

    A bientôt

    Dorothée MARC

  4. Lt. Dan Taylor 4 juillet 2016 / 21:54

    Bonjour,

    « peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) »

    Et les militaires français en sont tout autant friands de nos jours ! La chemisette bariolée réglementaire en est la preuve :

    Malheureusement peu portée en régiment car uniquement sur ordre, on la croise assez régulièrement dans les directions inter-armées où le règlement vestimentaire est généralement plus souple.

    Cordialement,

  5. Philippe Muller 4 juillet 2016 / 22:20

    Oh, my god ! J’ai ignoré pendant des décennies que la chemisette vert olive de la T22 de mon uniforme d’Aspirant, portée à une ou deux reprises, me faisait un col de squale. Merci, cher Julien, pour cette révélation. Franchement, vous ne parvenez pas à me faire aimer, même avec modération, ce col-là… Mais le post est instructif, merci !
    Au passage, un lien vers un post de votre serviteur, intitulé « Scavini au banc d’essai » :
    http://www.meselegances.com/2016/06/30/scavini-tailleur-avis/

    Bonne lecture,

    PM

  6. Alain CHABRIER 6 juillet 2016 / 09:04

    J’ai eu, par le passé, de telles chemises dont le col, me semble-t-il me souvenir, était appelé « col Danton ». Ma mémoire me trahirait elle, ou certains ont-ils aussi entendu cette dénomination ? Merci.

  7. @d@v 6 juillet 2016 / 09:50

    Bonne vacances alors !

  8. Pa Bricole 19 juillet 2016 / 07:47

    Merci pour ces explications, toujours aussi intéressantes. Je couds actuellement quelques chemisette, mais j’avais pas pensé à ce type de col. Bonne vacances

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