[Le Chouan d.v.] Regards sur les primaires

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Oyez oyez amis lecteurs, pour une publication inédite et exclusive

du Chouan Des Villes !

J’ai écouté (un peu) et regardé (beaucoup) les débats des primaires de la droite et de la gauche. La disparité hommes-femmes crevait les yeux et démentait de façon cocasse les beaux principes d’égalité revendiqués par la plupart des postulants. Que mesdames Kosciusko-Morizet et Pinel m’excusent : ce n’est pas par sexisme qu’elles seront ici ignorées mais parce qu’elles n’entrent évidemment pas dans le cadre de mon propos. Les tenues des uns – à droite – et des autres – à gauche – ont été l’objet de mon attention. S’il fallait désigner les gagnants, je dirais que les uns l’ont emporté sur les autres mais que leur victoire n’eut rien de flamboyant. Les costumes mal coupés d’Alain Juppé réduisirent à néant tous ses efforts pour conserver, en dépit de son âge, une silhouette athlétique. Les costumes de Jean-Frédéric Poisson avaient l’air aussi fatigué que lui et ceux de Jean-François Copé rappelaient – c’est dire – ceux d’Alain Juppé. A des degrés divers et pour des raisons différentes, François Fillon, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire surent tirer leur épingle du jeu. A gauche, le sur-mesure n’est pas de mise. Je sauve Arnaud Montebourg qui ne manquait pas de prestance et d’allure.

Ces quelques bons points et mauvais points rapidement distribués, ce qui m’a d’abord frappé, c’est l’uniformité des choix. On n’attend certes pas de prétendants à la magistrature suprême qui débattent devant nous de leurs programmes respectifs qu’ils fassent preuve d’une originalité vestimentaire débridée. L’exercice est formel et la tenue doit l’être aussi. On peut néanmoins s’étonner que les chemises des uns et des autres aient toujours été blanches et toujours dénuées de motifs. De même, aucune cravate à motifs – aucune – et, très majoritairement, des cravates bleues ou rouges. Seules notes de très relative originalité, la cravate gris clair de Montebourg et celle, violette, de Fillon. Le formalisme de l’exercice n’interdisait tout de même pas quelques touches de fantaisie : costumes à fines rayures, cravates club ou à pois, chemises de couleur et/ou à petits carreaux… Frappant, encore, le décalage entre tous ces candidats imberbes et la multitude barbue qui a envahi nos rues.

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Quelque chose m’échappe : ces gens se présentent à nos suffrages dans l’espoir que nous les distinguions. Pourquoi, dès lors, se copient-ils les uns les autres ? Le vêtement n’est certes pas le seul moyen de faire valoir sa singularité : il y a le physique, le verbe, la culture, les idées… On aurait tort toutefois de minimiser son rôle, surtout quand on prétend à une fonction dont la dimension de représentation est essentielle. Si François Hollande avait accepté de s’habiller en président, n’aurait-il pas habité plus facilement la fonction ? Qui sait s’habiller montre qui il est. La neutralité vestimentaire de nos candidats les rendait physiquement transparents et interchangeables. Les conseillers en image ont sans doute une responsabilité dans ce phénomène, qui, selon des principes de télégénie réels ou supposés, disent à leurs clients comment ils doivent s’habiller alors qu’ils devraient leur faire aimer le vêtement (s’ils le peuvent) et leur en transmettre le langage (s’ils le savent). S’intéresser aux vêtements est, dit-on, un signe de superficialité. Ne pas s’y intéresser ou laisser à d’autres le soin de s’occuper de son image ne trahirait-il pas un manque de personnalité ?

Nos candidats semblent ignorer la fonction symbolique du vêtement. Si symbole il y eut, il fut grossier et éculé : je pense à la cravate absente du cou de Bruno Le Maire lors du premier débat. La naïveté du message (« Je n’ai pas de cravate parce que je suis jeune et moderne ») fit à juste titre sourire. Le sourire se transforma en rire chez ceux qui se souvenaient que ce même candidat avait confié peu avant que, dans cette compétition, son « intelligence serait un handicap ». Il arrive que la dimension symbolique d’une tenue échappe à son porteur même : la cohérence est totale entre le programme conservateur et libéral de François Fillon et sa tenue classique et luxueuse. L’effet en fut d’autant plus fort qu’il n’était le fruit d’aucun calcul, d’aucune tactique marketing… Durant cette campagne, François Fillon est simplement resté fidèle à son style et à ses fournisseurs. Cette cohérence a réjoui un certain électorat traditionnel et aisé. Mais limité. Gageons qu’elle n’échappera pas à ses futurs adversaires qui se plairont à claironner qu’entre sa montre et son costume, le candidat des riches porte une vingtaine de SMICS sur lui !

Il en est un à qui la dimension symbolique du vêtement est familière, c’est Jean-Luc Mélenchon. Sa singularité, ce candidat à la présidentielle l’a souvent revendiquée, ne serait-ce que par son refus de participer à la primaire de son camp. Sa singularité passe aussi par sa mise. Jean-Luc Mélenchon pense ses tenues ; il cherche à ce qu’elles fassent sens. Ainsi orne-t-il sa boutonnière d’un petit triangle rouge pour rappeler que ce signe servait aux nazis à marquer, dans les camps, les déportés politiques. Sa cravate, de même couleur, est son drapeau, celui des prolétaires et des vrais socialistes. Et voici que depuis quelque temps, il arbore très souvent un type de veste dont mon hôte d’un jour a bien dit (« La vraie élégance ne se remarque pas ? ») qu’elle « le faisait passer pour un petit père des peuples » !

François Fillon est souvent loué pour son élégance. Pour ma part, j’ai des réserves, que ses prestations vestimentaires aux différents débats n’ont pas contribué à lever. François Fillon est bien mis, c’est indéniable, mais où est le goût personnel ? la note d’originalité ? l’audace contrôlée ? Il porte des choses chères, mais le fait-il avec la négligence qui convient ? Sa retenue, son éternel quant-à-soi, sa raideur même sont d’insurmontables obstacles à l’expression de l’élégance. D’aucuns disent qu’en politique François Fillon a l’étoffe d’« un second » et non d’un chef ; question vêtement, c’est un suiveur, pas un pionnier. A gauche, l’homme politique le plus intéressant n’a pas participé à la primaire. Il s’agit de Bernard Cazeneuve. Ses moyens physiques sont limités, mais il ose ! Et il se trompe rarement. Autant la lecture symbolique du costume de Jean-Luc Mélenchon est aisée, autant le décryptage de la garde-robe de Bernard Cazeneuve relève de l’impossible. Pensez donc : cet homme de gauche s’habille comme n’osent plus s’habiller les hommes de droite ! Il est allé jusqu’à s’approprier le loden que, même à droite, on a des scrupules à sortir du placard. Encore un peu, et il empruntera sa veste autrichienne à Jean Raspail ! Ses feutres bruns, son cover-coat et ses pochettes m’enchantent, mais s’il advenait qu’il brigue un jour nos suffrages, ses jolis atours ne suffiraient quand même pas – par Saint Salomon Leclercq – pour que je vote pour lui !

Le Chouan Des Villes

17 thoughts on “[Le Chouan d.v.] Regards sur les primaires

  1. neniemafoi 29 janvier 2017 / 11:51

    Merci pour votre billet ! Le triangle rouge de Mélenchon renvoie certes aux déportés politiques dans les camps, mais il a une deuxième signification, celle d’une conquête sociale : la journée de 8h et le partage de la journée en trois – 8h de sommeil, 8h de travail, 8h de loisirs. Par ailleurs, c’est amusant vous verrez, il commente en détail le sens de sa tenue dans ce passage ( https://youtu.be/eJCyfrRn4KY?t=23m ), où l’on apprend qu’il porte une chemise de garçon de café et une veste de couvreur ! Bien à vous

  2. Olivier Bauermeister 29 janvier 2017 / 11:58

    Quel plaisir de vous retrouver, cher Chouan ! Vous nous manquiez. Heureux de constater que c’était réciproque.

  3. Chato 29 janvier 2017 / 13:06

    Excellent 👌🏼

    Je ne savais pas pour le triangle rouge…

  4. Couture en coulisse 29 janvier 2017 / 13:42

    Très intéressant comme point de vue !!! Et contrairement à ce que l’adage dit, je pense que l’habit fait le moine !!! Merci Mr Scavini !!!

  5. Philippe Booch 29 janvier 2017 / 19:12

    Salut à vous le Chouan !
    Comme bien souvent, je suis d’accord avec vous, le diagnostic est le bon.
    Nous avons ici aréopage de suiveurs et de caméléons.

    Je pense de plus que les hommes politiques évitent le port de la pochette comme la peste : surtout ne pas faire élégant, ne pas passer pour un dandy !

    Voilà tout le paradoxe de la part de messieurs portant sous leur manche une montre en général trop grosse et hors de prix.

  6. Patrick Debouté 29 janvier 2017 / 20:04

    Effectivement , merci Mr Scavini d’avoir hébergé le Chouan le temps d’une lecture : ses textes commençaient à me manquer et je suis ravi de le retrouver , aussi sagace et incisif que ce à quoi il m’avait accoutumé .
    J’ose caresser l’espoir qu’il éprouve l’envie de réitérer ces impromptus voire reprendre ses chroniques qui m’enchantaient ( si , si ) et dont j’ai déploré l’arrêt , et pourtant le dimanche n’est pas mon jour de flagornerie !
    Un Chouan en Provence

  7. L. 30 janvier 2017 / 00:24

    Bonjour,

    Porter des rayures ou des carreaux quand on passe à la télévision est risqué : les interférences avec la trame de l’écran risquent de faire apparaître un phénomène de moiré, comme on peut le voir par exemple sur cette vidéo :

    Mais cela n’excuse pas l’absence de couleurs !

  8. Quidet Christiane 30 janvier 2017 / 09:53

    Excellent votre article, il m’arrive souvent de détailler les tenues vestimentaires de personnalités divers et variées. J’ai relevé qu’effectivement François Fillon à des costumes très bien coupés mais d’une neutralité affligeante.
    Entre les tenues des hommes du XVIIIème siècle et nos jours quel décalage. sans tomber de charybde et Sylla un peu plus de fantaisie chez ces messieurs serait la bienvenue

    Cordialement.

  9. Jpg 30 janvier 2017 / 12:25

    Le chouan Président !!!
    Quel bonheur de retrouver le Chouan, qui nous manque tant.
    J espère que l éclipse ne durera pas cette fois 1 an et demi…

  10. Jean 30 janvier 2017 / 14:59

    Le Chouan de retour ! Quelle bonne nouvelle !

  11. Jim 30 janvier 2017 / 16:15

    Merci à Julien Scavini d’avoir accueilli Le Chouan qui nous manque, à tous ! Heureux de constater que ce n’était qu’un au revoir pas son chouan du cygne. Il eût été interessant de détailler ce qui distinguait Fillon, Sarko et Lemaire des autres. Beaucoup ont souvent contesté l’élégance de Nicolas Sarkozy, or il n’y avait aucun faux-pas, bonne coupe (même si je préfère ses costumes avec moins de padding, enfin il lui fallait incarner l’autorité…), la traditionnelle cravate en grenadine de soie, col de chemise bien proportionné… Ce dernier élément n’était d’ailleurs pas toujours le cas de Lemaire.
    Quoi qu’il en soit, heureux de vous retrouver, ne partez pas trop loin !

  12. franck 30 janvier 2017 / 23:28

    Merci à Julien Scavini pour cette bonne surprise et qu’elle surprise!
    Un billet du Chouan comme on les aime, précis, léger, argumentés et désinvoltes, un billet plein d’esprit, un esprit qui nous a trop manqué.
    Merveilleuse réunion que voilà, Stiff Collar et le Chouan, le Chouan chez Stiff Collar, merci à vous deux, nous voilà avec un peu de bonheur.

  13. Emmanuel 31 janvier 2017 / 00:32

    Pour moi, qui découvre la chose vestimentaire depuis peu, et qui n’ait lu le blog de Chouan des villes qu’après son dernier post, c’est un plaisir de le trouver ici. De même il n’y a que peu de gens pour m’amener à découvrir qui est St Salomon Leclerq, reconnu martyr par Pie XI.
    Ce même Pie XI qui disait qu’il aimait tant les traditions qu’il en inventait de nouvelles. Ce qui me paraît être une assez bonne ellipse pour définir le Chouan des villes.

    Blague à part, et sur le sujet évoqué il me paraît important de souligner un point. Nos élus ne sont pas réellement là pour faire preuve d’élégance. On peut le regretter, c’est normal, et surtout ici.

    Les responsables politiques croient -à tort ou à raison- ne jamais devoir prendre le risque de se faire trop remarquer. Ca pourrait bien leur coûter des voix. Le costume bleu marine, la chemise blanche, la cravate bleue ou rouge, voilà l’uniforme standard du « responsable » Français. Il ne faudrait pas se faire trop remarquer par du sur mesure de qualité par exemple.

    C’est très Francais cette mentalité obsédée par l’égalitarisme (plus que l’égalité ), jamais très loin de la jalousie. Comme le chantait Brassens: « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ».
    Souvenez vous de la veste col Mao de Jack Lang ou de la robe de Mme Duflot et les réflexions douteuses que leur port a généré.
    M.Melenchon peut bien volontairement chercher à donner un sens très marqué à ses tenues. Il fait ainsi preuve de style, ça oui. Il reconnaît au passage, inconsciemment, qu’il ne cherche pas à obtenir le pouvoir, mais seulement à être un pilier essentiel de l’opposition.

    Le style masculin classique n’étant plus le modèle dominant, il est inévitable que les politiques n’en gardent que la part qui fait consensus dans l’opinion. Ni plus ni moins. Surtout sans grâce si possible, ca pourrait se voir.
    D’ailleurs ici même, les hommes de style aiment à railler ces personnes de pouvoir pour -justement !- leur absence de style (comment peut on).
    CQFD.

    Ceci dit, se moquer des travers des princes qui nous gouvernent reste un acte salutaire. Y compris à propos de leur mise.

    Desolé d’avoir commis un si long commentaire.

  14. Thomas 31 janvier 2017 / 13:14

    Jean-Luc Mélenchon a parlé de sa veste et de ses chemises : https://youtu.be/eJCyfrRn4KY?t=23m1s (à 23:01).

    Je ne mets pas de liens vers des articles analysant les choix vestimentaires de François Fillon, on en trouve facilement.

  15. Anton 31 janvier 2017 / 17:22

    Je m’étonne que l’on considère Fillon comme bien mis. Du moins dans la photo du débat il me semble que son pantalon est trop long, et que ses manches ont aussi besoin d’un léger raccourcissement. Sans parler de sa cravate qui masque complètement la boucle de ceinture.

    Sinon, je suis aussi ravi de retrouver le Chouan même si ce n’est que pour un article.

  16. JLS 3 février 2017 / 14:54

    C’est avec un plaisir non dissimulé que je retrouve, comme tant d’autres, la prose du Chouan. Et celui-ci n’a rien perdu de son acuité de vue depuis juillet 2015.
    Les photographies sont effectivement très révélatrices et plus particulièrement celle des candidats de la gauche. Il est plaisant de voir que tous ces messieurs – et finalement même Mme Pinel – sont en… uniforme. La gauche et l’uniforme, moi qui croyais cela antinomique !

    Encore merci à M. Scavini d’avoir accueilli ce retour du Chouan !

    JLS

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