La saison des mariages, partie IV

Suite et fin des diverses possibilités pour s’habiller à SON mariage et ce soir pièce incontournable : le costume gris. Le mariage est l’événement formel par excellence, rare par définition. Le vêtement absolu (et rare) en terme de style reste d’abord et avant tout la jaquette. La jaquette est constituée d’un vêtement long (jusqu’aux genoux) de forme caractéristique (rond sur le devant et un bouton), principalement noire ou grise, que l’on associe avec un pantalon noir rayé de gris et de blanc (au dessin caractéristique la encore) et un gilet gris clair ou de couleur. Pour plus d’information, cet article fait le point sur le sujet.

Un client m’interrogeait récemment sur le porte de la veste longue, genre redingote. Comme il me dit, c’est la proposition incontournable des vendeurs ‘marieux’, et comme il me dit aussi : « c’est toujours d’un goût douteux ». J’étais d’accord. Il s’agit là d’une invention contemporaine, batarde du point de vue du style. Si l’idée découle des redingotes droites du début du siècle, l’esprit ici est radicalement différent, et totalement déguisé. A la limite, tant qu’à être mal fagoté en ‘costard’ dans la vie de tous les jours, autant l’être aussi à son mariage. Non, ce vêtement est idiot, surtout en écru brillant comme il est possible de voir dans les vitrines. Si l’on veut un vêtement long, alors il faut se tourner vers la jaquette. En plus, si l’un comme l’autre se portent peu, vous pourrez reporter la jaquette à d’autres mariages, alors qu’il serait saugrenu de reporter une redingote blanche ailleurs (et même à votre mariage).

Bref, si vous trouvez la jaquette un peu trop formelle et pas pratique (car il est vrai qu’il est difficile d’arriver au bureau dans une telle tenue), l’alternative courte serait le costume gris ou anthracite. Je passe volontairement sur le ‘stroller’, qui paraitra décalé aux non initiés.

Je trouve le costume gris légèrement plus formel que le costume bleu marine à un mariage. Peut-être pour le côté plus éteint, moins lumineux que le bleu. Un bel anthracite, peut-être à chevrons fins comme pour les jaquettes peut être du plus bel effet, avec une chemise blanche et des souliers noirs. Là encore, le gris du costume appelle plus logiquement le noir aux pieds.

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Ce costume peut être trois pièces aussi. Trois pièces sur même tissu, trois pièces avec un gilet du même tissu mais d’une teinte plus claire, ou encore trois pièces avec un gilet dépareillé. Trois écoles se font face.

J’ai réalisé l’année dernière pour un client un complet gris moyen, dans une belle laine froide, lourde mais avec un veston non doublé. Avec, nous avons décidé de réaliser un gilet droit dépareillé, bleu ciel à fines rayures blanches : un tissu de costume, une laine froide là encore, sélectionnée dans une autre liasse. J’étais interrogatif lors du choix – du client – mais conquis par le résultat. L’ensemble était léger et très agréable et le rappel de bleu et de blanc faisait écho à la chemise et à la cravate.

Cet année, j’ai guidé un client vers un costume gris uni, d’une coupe relativement simple (deux boutons, deux poches horizontales) associé à un gilet croisé. Ce gilet, plutôt que de batailler des heures à trouver un autre tissu coloré, nous l’avons simplement réalisé dans le gris clair, juste à côté dans la liasse. Sans complication, mais avec un rendu exceptionnel. Ainsi, le complet n’était pas chargé et juste assez formel pour cet événement. Passé le mariage, le costume intégrera la vie de tous les jours et le gilet pourra ressortir à l’occasion de baptêmes ou fêtes de famille. D’une pierre, deux coups.

Je souhaite qu’avec ces diverses propositions, ce long chemin pour les non initiés paraitra plus simple et plus agréable à parcourir. Retenez une chose de ces articles. Il ne sert à rien de vouloir absolument faire de l’effet à votre mariage. Vous êtes le marié, tout le monde le saura. Et le simple fait de pousser la porte d’un tailleur donnera déjà à votre costume assez de cachet et une allure remarquable. Cela suffit.

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie III

L’une des difficultés des cérémonies de mariage, c’est qu’il a parfois lieu en deux temps, civil puis religieux, avec quelques jours ou mois d’avance. C’est par exemple le cas d’un de mes clients, qui se marie religieusement assez tard au mois d’aout, mais dont la cérémonie à la mairie a lieu au mois de juin. Vous me direz, où est la complication : costume les deux fois et costume identique. Et bien ce n’est pas si facile. Car il faut aussi compter avec la mariée, qui en toute logique garde la grande robe blanche pour l’Eglise. Les tenues pour le mariage civil sont plus sobres. ll est alors possible pour le marié de recourir à un simple costume de travail, que l’on aura mis au pressing avant, avec des souliers simples que l’on aura bien ciré également.

Dans le cas qui nous intéresse ce jour, ce mariage civil aura lieu à la campagne, dans l’arrière pays Varois. Il pourrait faire chaud, très chaud. Et l’idée d’un costume ne plaisait qu’à moitié. Son père quelques années auparavant et dans les mêmes conditions, avait porté un costume de coton beige puis un costume bleu marine. Mais il est rare que les fils fassent exactement comme les pères.

Nous avons passé en revue une grande quantité de tissu à la quête d’une idée. Pour ma part, je me souvenais d’une mise portée par le personnage de Peter Campbell dans la série Mad Men, lors d’une garden partie à l’occasion d’un mariage (S03E03). Le rapport était immédiat dans ma tête grâce à ce détail. Le blazer était marron et le pantalon bleu pétrole. Cravate fine très années 60 et petits derbys marrons foncés. L’ensemble était harmonieux. Seulement les tonalités étaient fortes, alors que la robe de la mariée sera claire. Dans un cadre champêtre, cela nous a paru déséquilibré.

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Nous avons également essayé d’inverser l’ensemble, souliers marrons et pantalon marron, le haut bleu (chemise + cravate + veste). Là encore, l’ensemble semble à la fois foncé et trop tranché (marron en bas, bleu en haut). L’avantage d’un pantalon bleu marine au milieu est de séparer deux masses de marron : souliers et veste.

Mais plus nous avancions plus la veste marron nous semblait fade. Le marron est une couleur formidable, qui dans une mise à l’italienne est facile et complète admirablement le bleu marine et les souliers en veau-velours tabac, mais qui en veste est assez ennuyeux. Une belle idée sur le papier mais une mise en œuvre plus difficile. J’en possède une mais ne suis jamais très enthousiaste à l’idée de la mettre. Le côté terreux sans doute. Alors qu’un ocre ou une teinte chamois est superbe.

Nous aurions pu pencher pour une veste sable précisément, et un pantalon bleu marine, mais pour le coup l’ensemble nous parut déséquilibré. Car les mises dépareillées doivent être équilibrées. Teintes foncées ensemble, ou teintes claires ensemble, ou tonalités se faisant écho etc.

Devions nous revenir au costume? Non. Nous trouvâmes bien un caviar bleu tirant sur le beige, mais il était à la fois trop lourd pour l’été et trop gris vu de loin. Car il faut penser à tester les échantillons à diverses distances.

Finalement, nous nous arrêtâmes sur un coton sable pour le pantalon. Une matière lourde (360grs) avec un joli tombé. Et pour la veste, nous avons sélectionné deux tissus bleus, l’un bleu piqué de beige assez clair et l’autre natté bleu plus franc. C’est moi qui choisirai, le client n’en pouvant plus au bout d’une heure et demie de choix cornélien. Il y a un moment où le tailleur reprend la main, que lui laisse courtoisement son client en toute confiance. Et j’ai toute confiance dans les deux choix. Il me reste donc à choisir 🙂

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie II

Continuons ce jour le tour d’horizon des différents cas qui se sont présentés à moi, à propos des tenues de mariage. L’une des premières questions que je peux poser pour cerner mieux l’idée du jeune homme a rapport au thème de couleur. Certains couples choisissent en effet de décorer leur salle de banquet avec des chemins de tables ou des fleurs d’une certaine couleur. Cette couleur est souvent répétée sur les cravates et accessoires portés par les témoins et pères.

J’ai déjà eu le plaisir d’être le témoin de la mariée et mes amis avaient décidé d’acheter un lot de cravate, pour tous les témoins et pères. Nous avions tous une cravate violette, assez foncée et le marié en avait une violette claire. Ainsi, malgré nos jaquettes et costumes différents (les pères n’avaient pas voulus de la jaquette, à la différence des jeunes ; monde amusant), il y avait une certaine harmonie dans l’assemblée, et le premier cercle était immédiatement lisible sur les photos de groupe.

Donc, un jeune homme se présente avec une idée simple : costume blanc pour être raccord avec la marié… Oui oui oui… J’écoute tranquillement et je dois hélas le doucher assez vite : la laine blanche, ça n’existe pas! C’est une matière animale, c’est donc toujours crème. Et je dois dire qu’au premier abord, je manquais d’inspiration. J’avais en tête les affreuses liquettes à moitié longue, blanches, que l’on peut voir dans les boutiques de mariage. Le projet m’enthousiasmait peu.

Et puis je lui ai parlé de ce thème de couleur, et il m’a répondu vouloir une cravate ou un papillon bleu lagon, ou bleu sarcelle (bleu/vert canard), pour correspondra à la ceinture de la robe de sa fiancée et aux couleurs de la décoration de salle. Intéressant ! Il est vrai qu’envisager un costume entièrement dans cette couleur serait difficile. Le blanc était finalement une couleur pas idiote pour ce costume. Je repris ma réflexion, en ouvrant des liasses de coton et de lin, les seules matières que j’avais en blanc de blanc.

A force de conversation, nous nous sommes arrêtés sur le trois pièces blanc de coton, finalement dans un esprit à gentleman anglais, bien loin des premières idées affreuses que j’avais. Pour les souliers, une interrogation demeure encore : marron, noir ou bleu s’il est possible d’en trouver?

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Le second cas fut aussi très intéressant. Pour la première fois, c’était un couple de garçon qui venait pour se faire couper deux costumes identiques. Comme quoi, le mariage gay, ça fait faire des affaires! L’un des deux avait essayé chez un ‘spécialiste’ du mariage une veste col mao greige, avec gilet orange très haut et affreuse lavallière du même ton que le gilet. La tenue n’était pas grotesque, mais ce jeune homme est plutôt petit et costaud. La veste col officier était une absolue hérésie sur lui. Avec des manches recouvrant la moitié de la main, le tableau n’était pas très heureux.

Mais grâce à cet essayage, ils avaient décidé de porter de l’orange et que cette couleur constituerait un thème. J’accueillis l’idée favorablement, même si cette couleur franche n’est pas forcément facile à placer.

Nous avons étudié d’abord un assortiment pantalon orange avec veste blanche, puis l’inverse en passant en revue laine froide, lin et coton. Pas évident, les oranges sont souvent criards ou au contraire éteints. Nous sommes revenus au trois pièces en tombant par hasard sur une laine froide crème à pieds de poule orangés. Superbe  et idéal pour un gilet. Nous nous sommes finalement arrêtés sur des costumes de lin crème, associés à ces fameux gilets. L’ensemble fait merveille avec des souliers en daim blanc et une cravate orange en soie sauvage. Je leur ai sortie de la tête la lavallière, qui de mon humble avis fait vraiment costumé, surtout que personne n’en maîtrise vraiment le montage avec l’épingle. Et pour les différencier, l’un aura une veste à col châle et l’autre une veste à cran pointu.

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Finalement, nous pouvons voir à travers ces deux exemples qu’à partir d’idées curieuses ou très moyennes du point de vue de l’élégance classique, il est possible d’arriver à des réponses d’un goût relativement épuré, ni criard ni terne et très différents de costume de travail. Et quand le client est aussi ravi du résultat que le tailleur, tout va bien ! J’ai pu paraitre un peu dur dans le premier article la semaine dernière. Mais personne n’est obligé de s’y connaitre en vêtement, et chacun peut faire des erreurs de jugement à propos de tel ou tel style. La bonne démarche, c’est déjà d’aller chez un professionnel de bon conseil ! Et il y en a.

 

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie I

La plupart des mariages se déroulant de juin à septembre, la réalisation du costume du marié occupe l’hiver. C’est certes moins de temps que l’année prise par les jeunes femmes pour leurs robes, mais ces six mois sont bien nécessaires, la décision étant parfois longue à prendre. Je vais vous relater quelques cas, qui je l’espère vous aideront.

La majorité des jeunes mariés ne savent pas ce qu’ils veulent, c’est le point clef. Seulement, certains ont quelques idées plus abouties. Ensuite, il est possible de classer ces messieurs en trois types : 1- la catégorie avec des idées qui ne changeront pas ; 2- la catégorie au goût incertain que je finis par orienter sur un choix plus classique ; 3- la catégorie au goût classique (dont le mariage est souvent religieux avant d’être civil, sans que cette règle soit absolue (pour l’ordre et le sens) ) avec qui la discussion est rapide et un grand plaisir.

La catégorie 1 est rapide à évacuer. Par exemple un jeune homme est récemment venu me voir avec une idée : un costume brillant à boutonnières violettes ! Si si, je vous jure (bien que Marie-Thérèse le sache : il ne faut point jurer, merci Chatiliez). Au bout d’une heure et demie de conversation infructueuse, je lui ai dit de trouver un autre tailleur !

La catégorie 2 est plus intéressante. La présentation du projet par le client est quelque fois un long moment de solitude pour le tailleur, des paroles comme ‘costard’, ‘pas blanc mais ivoire comme la robe de ma fiancée’, ‘lavallière avec col cassé’, ‘pas un bleu du travail, mais pas un bleu électrique non plus’ pouvant être prononcées. Et je vous en épargne… Mais au milieu de tout cela, je décerne toujours quelques points positifs sur lesquels bâtir un costume plus classique, d’un goût plus sûr et intemporel. Car comme je le répète à jeunes gens :  si vous ne divorcez pas avant, vous garderez votre photo de mariage  pour des dizaines d’années. Alors attention, restez simple et de bon goût. Ne faîtes pas une tenue que vous trouveriez ridicule passé 40 ans ! Si vous n’avez jamais porté la lavallière, ne pensez pas être chic avec le jour J. Et si en plus vous ne portez jamais de costume, cela suffit déjà pour une première !

Cette semaine, étudions un cas, les semaines prochaines nous en verrons d’autres.

Premier cas, le costume bleu.

Ce projet n’est jamais évident, car après l’annonce de cette idée pourtant si limpide, une annonce est faite : il faut que le costume puisse être réutilisé au travail, mais que cela ne soit pas un bleu de travail, pas un bleu de costard quoi ! Je rigole toujours et montre alors des bleus spéciaux, qui évidemment effraient. Il n’y a pas trois bleu : ceux du travail, ceux du mariage et les importables (bleu Klein ou ultra-violet) ; il n’y en a que deux : les deux premiers étant les mêmes. Ce préambule évacué, nous retombons sur un bleu marine ou un bleu pétrole (à porter exclusivement avec souliers noirs, même si cela ennuie parfois les jeunes mariés, que je m’empresse de recadrer : c’est votre mariage, souliers noirs, sans discussion).

La question est souvent de savoir si le costume est deux ou trois pièces. Et s’il est trois pièces, dans quelle couleur et matière réaliser le gilet ? Le gilet doit-il être ton sur ton ou d’une autre couleur ? Ce n’est jamais une réponse facile. Si la cravate est bleue, il faudra faire attention à l’accord des trois bleu. Si la cravate est bleu d’un même ton que le costume, le gilet est alors facile à dépareiller. Si la cravate est d’une couleur autre, comme fushia, le gilet doit-il être fushia (mais forcément pas tout à fait le même), ou d’un autre bleu, couleur complémentaire de la cravate et du costume ? Le choix est hasardeux. Il y a bien le gilet blanc cassé, qui sur un costume marine foncé est très formel, mais rares sont les jeunes gens à se laisser tenter.

La matière du gilet dépareillé peut être sélectionnée dans la même liasse de tissus (par exemple un bleu air force associé à un bleu marine classique), ou dans une liasse différente (par exemple un lin bleuté associé à un bleu marine classique).

Voici deux exemples illustrés. D’une part le costume trois pièces dépareillé, et d’autre part le costume trois pièces uni. A vous de choisir.

ILLUS40Bonne semaine, Julien Scavini

Boutonner ou non sa veste, telle est la question.

Un jeune client m’a récemment posé cette question au détour d’un rendez-vous pour un costume de mariage :

« La veste que vous me réalisez peut elle se fermer ? Je dois dire que j’ai été interloqué quelques instants, ne comprenant par le sens de cette demande.

Euh, oui répondis-je balbutiant, le regard interrogatif.

ah? car celles que j’achète dans le commerce ne peuvent pas se boutonner habituellement« . J’ai continué à creuser le sujet et ai fini par découvrir avec stupeur que ce jeune homme prenait systématiquement des vestes une taille plus petite que la sienne, pour le style me dit-il. Mais quel style? Celui près du corps. Oui, vous avez bien compris : le style étriqué, un peu raz de fesse. Tout de même, je ne sais pas quelle mode ou bien même qui a pu mettre une telle idée dans l’esprit des jeunes, qu’une veste se porte trop petite, à telle point que le bouton ne peut se fermer ?

L’occasion était trop belle de lui rappeler quelques évidences. A l’extérieur, la règle est simple : il faut boutonner sa veste. En intérieur, la règle est sujette à interprétation. Le plus logique est de porter la veste ouverte, mais si l’on a envie, fermée est aussi bien. Par contre, en intérieur toujours, pour une occasion particulière, par exemple devant un supérieur hiérarchique, ou lorsque l’on prend la parole devant un auditoire, il FAUT fermer sa veste.

Ce genre de petits détails peut paraitre anodin en France. Seulement si vous voyagez ou faites des affaires, cela aura une grande importance. De ce petit détail, vous passerez pour quelqu’un de civilisé ou pour un sauvage. Si les anglais font cela naturellement, les américains très à cheval sur ces petits principes de vie vous le feront vite sentir si vous fautez. Je ne parle même pas des japonais qui vous tourneront le dos.

Je me souviens aussi de cet autre client, un jour que nous nous promenions vers Madeleine, qui me fit remarquer le nombre de gens déambulant dans la rue veste ouverte. Il me dit 80%, je fus surpris d’en voir au moins 95% avec la veste ouverte. Cela aussi vient peut-être de cette manie de vouloir toujours tout cintrer. Je coupe mes costumes avec de l’aisance à la taille et suis régulièrement amené à réduire celle-ci. Cela doit être inconfortable au final.

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Récemment, lors d’une journée particulièrement chargée, je remarquais vers 8h du matin que mon costume était plutôt ample, 8 à 10cm d’aisance lorsque je tirais sur le bouton. Et je fus étonné lorsque vers minuit, toujours dans le même costume, l’aisance était nulle, voire serrée. Les heures et la fatigue ont tendance à faire gonfler le corps. Par exemple, il ne faut pas acheter de souliers le matin ou en toute fin de journée, quand vos pieds sont froids ou gonflés.

Je pense prêcher dans le désert quand je dis qu’une veste c’est plutôt ample à la taille. Le cintrage ne doit être qu’un effet, une triche relative entre la taille du bassin et de la taille. Si la veste a un bassin très resserré, pour obtenir l’effet de cintrage, il faudra aussi beaucoup resserrer la taille, d’où l’étroitesse. Au contraire, si le bassin a un peu d’ampleur et la poitrine un peu de drapé, l’effet de cintrage sera facile à obtenir, par pincement. C’est ici que réside l’allure des vestes de tailleur, en opposition aux vestes de prêt à porter et demi-mesure. Bref, une idée : un effet de pincement plus que d’étroitesse. Mais difficile d’aller contre les modes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Le cran pointu

Aujourd’hui, étudions le cran pointu, parfois appelé col tailleur. Vous le savez, sur une veste, l’encolure et l’ouverture sur le devant sont bordées par le revers et le col. Cette partie est assez difficile à réaliser, tant du point de vue technique que du point de vue stylistique. En effet, c’est de la forme du col que dépend en grande partie l’allure et le style d’une veste.

Le revers en lui-même est constitué par la garniture de la veste (c’est à dire la partie intérieure en tissu, le long du devant), qui se retourne vers l’extérieur. Cette partie peut être plus moins large suivant le goût et la morphologie. Par exemple, un revers d’une largeur de 8cm est classique ; certains modèles ‘slim’ présentent 4 ou 5cm de largeur et certains modèles à l’italienne une dizaine de centimètres, voire plus.

Le haut du revers forme à la jonction avec le col, un cran plus ou moins caractéristique. Le cran est dessiné par l’association des lignes d’anglaise et de contre-anglaise. L’anglaise, c’est la ligne du haut du revers, la contre anglaise, c’est la ligne du bas du col (vert et orange sur le schéma A). Ces deux lignes s’épousent puis se séparent : c’est le cran de revers.

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Le cran le plus classique est appelé ‘notch’ lapel par les anglais (A). Difficile de lui trouver une traduction directe (revers à encoche?) en français, les termes les plus courants sont cran ‘sport’ ou cran ouvert. Il est caractérisé par sa forme très nette. C’est le plus répandu, notamment sur les vestes droites (non-croisées).

Un autre cran très répandu est le ‘peak’ lapel ou cran pointu (B). Sa forme caractéristique est tout de suite reconnaissable : une pointe monte vers le ciel. Il n’y a pas de séparation visuelle entre le col et le revers, les deux sont bord à bord. Le dessin de ce col est particulièrement ardu à bien faire. Il est tout en équilibre et en proportions. 5mm de trop ici ou là et l’esthétique paraitra déséquilibrée (C et D).

Ce col en pointe est presque exclusif de la veste croisée. Sur cette dernière, le cran ouvert est une hérésie du pire goût, souvent appréciée des stylistes du reste. Il peut aussi être employé sur une veste droite, notamment pour un smoking. Sur une veste droite de ville, le cran pointu apporte une touche de formaliste. Il rend la veste plus ‘importante’. Il est possible de réaliser avec ce cran des vestes un, deux voire trois boutons suivant l’envie.

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Le cran pointu sur des vestes droites peut donner un effet ‘dandy’ ou du moins rendre plus ‘précieuse’ une mise, par opposition au cran ouvert, plus classique, plus décontracté aussi. Il a ses amateurs et ses détracteurs. Ceci dit, il a de l’allure, y compris et surtout quand il est bien large et assez haut. 9 à 10cm de large est classique pour le cran pointu. Regardez donc Hercule Poirot dans la série du même nom pour vous en convaincre.

Notons enfin que le cran pointu a un seul défaut, il vieillit mal quand il est réalisé dans des tissus fins. Car alors, ses pointes vont finir par tomber avec le temps. C’est un trait typique des vieux smoking souvent utilisés. Cela peut faire son charme aussi.

A vous de choisir, si à l’occasion de la commande d’un costume, vous n’optez pas pour celui-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Au pays de Morse, Barnaby et Dowton Abbey …

Au pays des inspecteurs Morse, Barnaby et Poirot ou des Lords de Downton Abbey et Upstairs/Downstairs, il pleut (un peu), le majordome attend (souvent) et la Bentley roule (toujours). L’occasion cette semaine d’un beau dessin d’inspiration au lieu d’histoires de vêtements …

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Ainsi qu’une bande sonore issue d’Hercules Poirot et joliment intitulée A Country Retreat.

Bonne semaine, Julien Scavini

La bonne chemise II

Après les matières et les mesures, étudions cette semaine la façon. Une bonne chemise est cousue avec des coutures anglaises, c’est à dire que le bord du tissu, à vif et moche, est dissimulé à l’intérieur de la couture qui est retournée sur elle-même et repiquée une deuxième fois. Cela permet une finition parfaite et sans doublure. Chez les grands chemisiers artisanaux, cette couture est extrêmement fine (environ 3mm), alors qu’en industrie, 5mm à 1cm est toléré. Parfois même, chez les plus délicats artisans, cette couture est repiquée – on dit alors rabattue – à la main avec de petits points de côté. Très esthétique et très souple, mais fragile si vous n’avez pas encore un grosse garde robe et que vous lavez souvent vos chemises.

Question technique également, le col et les poignets peuvent être entoilés. Pour rigidifier ces parties, il faut placer à l’intérieur des tissus une toile plus épaisse. La technique courante consiste à coller cette toile contre l’un des tissus. Ce n’est pas un mal, et rares sont les chemises à manifester des signes d’usure à cause de cela. Les chemises contemporaines s’usent plus à cause des tissus fins que du thermocollant qui cloque. Ceci dit, les belles chemises peuvent être entoilées sans colle. Le principal inconvenant alors est le repassage qui n’est pas simple. Je fus même confrontés à des clients connaisseurs qui découvraient cette difficulté. Il s’agit notamment de bien repasser le col en le tendant pour qu’aucun pli ne subsiste sur les bords.

Passons aux détails maintenant : le col peut avoir plusieurs formes (étroit ou large) et différentes hauteurs suivant les cous. Il se ferme par un seul bouton placé sur le pied de col (et non deux ou trois boutons). Les baleines (ces petites languettes de plastiques) peuvent être amovibles ou intégrées: amovibles, c’est plus chic ; intégrées, c’est plus pratique, choisissez.

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Les boutons – prioritairement en nacre – sont placés le long de l’ouverture devant. Cette ouverture peut être sans gorge (C), avec gorge surpiquée (D) ou alors avec gorge cachée (E), comme quelques chemises du soir. Le plus simple – sans gorge  – a depuis toujours ma préférence. Une poche (B) peut être placée sur la poitrine sur les chemises d’été à manches courtes (A), mais jamais sur une chemise habillée.

Vos initiales peuvent être également brodées. Classiquement, elles se placent sur le pan gauche, au troisième ou quatrième bouton (sans compter le bouton du col), donc en dessous de la poitrine ou au dessus de la ceinture du pantalon (F). Restez discret à ce sujet. L’idée de les placer sur le poignets, très visibles, est saugrenue.

chemise détails 2Le bas de la chemise peut être arrondie sur les côtés, comme les liquettes anciennes (L et M) ou droit (K), avec une fente à droite et à gauche. La chemise doit être assez longue pour arriver presque en dessous du popotin. Quand la chemise est arrondie en liquette, à la jointure du pan arrière et avant, en bas de la couture verticale, une hirondelle de renfort peut être placée (M). Elle n’est obligatoire que si l’angle est aigu. Sinon il s’agit d’un simple détail de style.

En haut du dos, sous le pan de tissu horizontal, des pinces peuvent être placées, une à droite et une à gauche sur les chemises classiques de ville (H) ou les deux rassemblées au milieu sur les chemises de week-end (G). Ces pinces peuvent être supprimés à deux conditions : que la carrure soit un peu élargie (et donc l’aisance générale) ou que le client veuille une chemise très près du corps. Si vous souhaitez une chemise particulièrement près du corps ou si votre postérieur est rebondi avec le bas du dos très creux, il pourra être intéressant d’effectuer deux pinces (I), pour répartir le cintrage efficacement.

Ce morceau de tissu horizontal peut être coupé d’une seule pièce ou en deux avec une couture au milieu (J). Bernhard Roetzel rapporte qu’un pan coupé en deux permet de prendre en compte l’épaule droite et gauche. C’est faux, car il est aussi possible de couper asymétriquement le pan unique. Le mystère demeure donc à ce sujet, sauf si l’on considère la petite économie qui consiste à couper ce pan en deux et non d’une seule pièce, ou le plaisir du chemisier à raccorder les rayures au centre.

chemise détails 3Question raccord, ce pan horizontal doit raccorder le motif de la manche (rayure ou carreau). C’est un must-have. En descendant le long de la manche, vous tombez sur la fente de manche. Celle ci reçoit en son milieu un petit bouton appelé capucin (N). Sur les très belles chemises, ce capucin est absent. Vous voyez un peu la peau… et alors ? A côté de cette fente et mourant dans le poignet, vous trouverez des plis. Deux plis parait un minimum et mon expérience me pousse à en faire systématiquement trois maintenant, des clients ayant été serrés à l’avant bras (la mode du slim ne va pas à tout le monde).

Le poignet enfin peut arborer un seul ou deux boutons (pour l’ajustage latéral -O), ou encore deux boutons en ligne verticale, à l’italienne (P). Sans boutons, il s’agira alors de poignets à boutons (de manchette) ou de poignets mousquetaires.

Avec toutes ces informations, vous serez de fins connaisseurs  et pourrez apprécier l’importante quantité de modèles vendus dans le commerce.

Bonne semaine, Julien Scavini

PS : pas de billet la semaine prochaine, je serais trop occupé par un projet qui sera visible en Septembre 2014…

La bonne chemise

J’avais il y a quelques mois écrit un article sur les caractéristiques d’une bonne chemise. Cet article, figure parmi les références du blog. Seulement il contient plusieurs approximations et contre-vérités. Essayons de (re)passer en revue ce qui fait une bonne chemise.

D’abord et avant tout, le tissu compte pour une très grande part de la qualité globale d’une chemise. Il faut éviter absolument le polyester, même en quantité moyenne. Seul le coton (et dans une moindre mesure le lin ou la soie) doit être utilisé. Quand on pense que même Yves Dorsay propose des 100% coton à 16€, ce serait vraiment exagérer pour une marque de ne pas faire de même. La qualité du coton importe aussi, mais joue un peu moins, le niveau général en boutique étant plutôt bon. Seules une ou deux de mes vieilles chemises se sont mis très vite à boulocher, ce qui est absolument désagréable sur la peau, mais elles venaient de chez E. Leclerc (des tartans pour le week-end).

Un tissu de chemise fait généralement un poids de 110 à 120grs. Plus fin, il sera été, mais aussi plus transparent, comme les voiles suisses. Vers 140 et 160grs, nous trouverons de grosses cotonnades, comme les oxfords et les tattersalls anglais. Les tissus pour chemises se caractérisent aussi par leur titrage. Le titrage est analogue au terme super 120’s des costumes.

Disons que les belles qualités commencent avec les doubles retors (deux fils torsadés ensembles, donnant plus de solidité), 80 à 2, puis l’échelonnent jusqu’à 120, 140 à 2 etc. Il existe des chemises en 300 à 2, mais cela frise le ridicule et est plutôt un argument purement commercial. Une bonne chemise, c’est un tissu classique et une bonne coupe ; pas un tissu de compétition sur un façon moyenne.

ILLUS36Certains tissus de chemise sont proposés ‘easy to iron’ ou ‘non-iron’. Plusieurs techniques existent pour arriver à ces textiles surprenants et pratiques. Une première technique consiste à merceriser le coton – du nom de monsieur Mercer – sous l’effet d’acides ou de bases, à l’instar de la technique utilisée pour faire le fil d’écosse de nos chaussettes. D’autres techniques plus mécaniques s’intéressent à la torsade des fils, comme la chiralité en chimie organique. Cela permet d’obtenir des propriété d’aération ou de non froissage.

En ce qui concerne les mesures et la coupe générale, la chemiserie encore plus que le tailleur est délicate tant les modes et les goûts des clients sont variés. La première des mesures est le tour de poitrine, par exemple 100cm pour un client standard. De cette mesure, il est possible de déduire trois chemises : la coupe classique avec mesure finale du tour de poitrine de 122cm (aisance 20 à 24cm en plus), la coupe ajustée, avec une mesure finale de 112cm, et la coupe très ajustée, avec une mesure finale autour des 106cm. Ce n’est qu’une question de goût et de ressenti. Pour avoir testé les deux premières, je peux affirmer que je préfère la plus large et je me fous du plis qui se présente ça et là. D’autres penseront tout l’inverse. Il en va de même pour l’aisance à la ceinture ou l’aisance du biceps.

Au niveau de la manche, il est impératif que le chemisier prenne une mesure de votre tour de poignet pour faire des manchettes ajustées et non des trucs gigantesques qui flottent. Je dois confesser qu’à mes débuts j’ai voulu trop bien faire en ajustant un peu trop (environ 1cm de marge) les poignets. Maintenant et suivant les clients, j’ajoute plutôt 2 à 3cm, et plus si il y a une montre.

Mesures toujours, dans le dos, si le client est très cambré ou s’il veut une chemise très près du corps, deux pinces peuvent être exécutée. Elles sont tout à fait courantes maintenant et ne constituent pas une hérésie comme j’ai pu le lire ici ou là.

Cette première partie sur la bonne chemise est terminée. La semaine prochaine, nous étudierons les détails.

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise bleu

Ce soir, je souhaiterais mettre en avant une chemise chemise qui a tendance à être oublié dans nos penderies : la chemise bleu. Un client récemment venait pour faire une chemise et s’arrêta sur un carreau de vert et de bleu, très Arnys. Soit. Nous nous interrogeâmes longtemps sur l’utilité de cette dernière par rapport à une chemise bleu ciel, si simple, mais dont l’envie était moins forte. D’autres clients, je m’en souviens, exprimèrent la même interrogation.

Ce fut aussi l’occasion de me dire que moi même, je n’en avais qu’une seule, et encore, je l’ai trouvée par hasard dans les restes du fonds de commerce que j’ai acheté. Et quel dommage de n’en avoir qu’une seule ! J’ai bien des blanches, et j’ai surtout un nombre incalculable de chemises à rayures, surtout bleues. Cette catégorie, que les anglais appellent ‘bengal shirt’ représente maintenant une écrasante majorité des chemises vendues, pour son côté très business et en même temps plus fantaisie que l’uni. Les rayures larges, appelées ‘bâtons’ sont en revanche très sports, trop à mon goût. Les américains et les anglais très moyens en raffolent, surtout lorsqu’il y a plusieurs coloris dedans. En association avec une cravate club huit couleurs dont un peu de fluo, c’est le summum du goût ‘troggie’ dirait James Darween.

Bref, la bonne vieille chemise bleu uni a dû mal à se faire une place dans le placard. Elle peut être réalisée dans une simple popeline, un fils à fils chiné de blanc ou encore en oxford fin. Par rapport à la chemise blanche, elle se salit moins vite au col. Et par rapport à la chemise à rayures, elle peut aller avec toutes les vestes anglaises à carreaux possibles. Un immense avantage, tant l’accord des motifs est crucial. Avec un costume gris ou bleu, elle fait encore merveille. D’un coloris plus doux que le blanc, la chemise bleu ciel permet un accord en pastel, où les couleurs se répondent, dialoguent, sans tension extrême, dans une douce harmonie que la cravate seule va rehausser. C’est pourquoi je ne saurais que trop vous conseiller de lui faire une place de choix !

ILLUS35

Bonne semaine, Julien Scavini