Les vitrines d’Arnys (MàJ)

Même si je profite des vacances au pays Basque, je sais que certains de mes lecteurs sont au travail. Et j’imagine que vous avez besoin d’un peu de distraction, Le Chouan des Villes et Le Paradigme de l’Élégance étant fermés pour congés. Certes, Parisian Gentleman et For The Discerning Few continuent de publier. J’ajoute ma petite pierre estivale moi aussi en vous postant les vitrines d’Arnys, que j’ai prises en photo un soir il y a quelques semaines. J’ai en effet pris la résolution d’archiver tous les documents que je peux trouver sur cette maison qui va hélas bientôt fermer. Donc, dans les vitrines, la collection printemps/été 2012. Les images sont cliquables :

Et les prix  qui donnent le tournis :

MàJ. Le local commercial d’Arnys a été vendu (le bail, le fonds de commerce, les deux ; ou les murs?) pour, parait-il 15 millions d’euros à LVMH pour y mettre Berluti, prêt-à-porter et souliers. Jean Grimbert, l’un des deux frères ‘Arnys’ doit conserver l’atelier de grande mesure de la maison, qui serait renommé Berluti by Arnys. Soit. Mais qu’en est-il du prêt-à-porter de cette maison connue pour sa forestière ? Personne ne sait. Toutefois, je viens de tomber par hasard sur une photo d’une maquette de boutique, ne ressemblant pas à l’actuelle. Projet d’une nouvelle future boutique ? On semble lire 14 rue de Sèvres sur le tapis de sol de l’entrée… Toutes les suppositions vont bon train.

Julien Scavini

Vacances !

Chers amis, malgré les vacances, je suis assez occupé par un beau projet dont je vous conterai le résultat à la rentrée.

Cela ne me laisse guère le temps d’imaginer – comme à l’accoutumée – des figurines de mode. Alors bonnes vacances !  et à septembre !

Le mariage (MàJ 1)

Ce soir, je vous retranscris un article d’un vieux numéro d’Adam des années 60. La partie I ce soir, l’habit. Par Jean Laury.

« Non! Non! Il ne s’agit pas ici de guider le choix de votre coeur : fut-il désastreux, c’est votre affaire. Mais de vous conseiller vestimentairement, ce qui nous regarde. ‘Adam’ maintient avec ses lecteurs – et avec plaisir – un contact épistolaire permanent. Il reçoit presque chaque jour des lettres anxieuses concernant la tenue dans laquelle on doit se présenter devant le maire et le curé. Ces lettres témoignent parfois d’un tel embarras qu’elles laissent à penser que l’amour et les usages sont incompatibles pour les uns – que les autres ayant organisé leurs finances pour prendre femme en sont, de ce fait, réduits à ne plus pouvoir s’acheter une paire de souliers, ni de gants !

Dès 1950, nous avons édité un petit livre – précisément intitulé Mariages et toujours en vente 4, rue de la Paix – où nous nous sommes efforcés de résoudre a plupart des problèmes ‘des fiançailles au voyage de noces’. Aujourd’hui, nous allons d’abord passer le marié en revue, de la tête aux pieds, avant de le laisser monter en voiture pour s’aller mettre l’anneau au doigt … et la corde au cou !

L’habit

A la belle époque, et même après, tout grand mariage comportait un long cortège d’habits : époux, parents, témoins et proches. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de cortège, mais encore des gens qui se marient en habit : c’est exactement la tenue de soirée de gala, adoptée quelquefois par les deux pères et témoins. Ou alors il faut renoncer à la formule.

  • L’habit s’accompagne du chapeau haut-de-forme, mais dût-il claquer des dents, par -10°c, le marié sort de l’église sans endosser son manteau.
  • La boutonnière d’habit du marié s’orne obligatoirement d’une fleur blanche. Précisons :  le gardénia. Mais cette fleur étant – presque – introuvable entre janvier et septembre, on la remplacera alors par un œillet blanc. Les parents, les témoins arborent un œillet blanc pas trop volumineux type ‘œillet de Paris’.
  • Les décorations sont absolument incompatibles avec une fleur. Choisissez. Elles sont exactement les mêmes sur l’habit que celles portées à la ville : rubans et rosettes. A moins qu’il ne s’agisse d’un mariage officiel, où figurent des personnes de marques : on fixe alors au revers, la barrette des réductions.
  • La chemise du marié, dont il n’aura pas le temps de changer, entre la cérémonie et la réception, doit, avec confort, résister à la cassure, hâtée par les agenouillements de la messe. On fait, pour éviter ce petit drame, des chemises d’habit demi-souples, qui demeurent impeccables jusqu’à ‘l’ouf, enfin seuls‘…
  • Les souliers du marié en habit sont tout simplement les classiques vernis à lacets. Ses gants sont blancs : agneau glacé ou peau chamoisée.

Par ailleurs, aucune fantaisie n’est admise dans la coupe du vêtement d’apparat. Pour cette cérémonie, il reste conforme à sa ligne classique : revers pointus recouverts de soie. Les parents et les témoins pourront être soit en habit, soit en jaquette, à la condition de s’entendre préalablement pour donner une unité au cortège.

  • Le pantalon est assez étroit et tombe droit sur la chaussure, en veau verni.
  • La chemise est à plastron empesé nid d’abeille ou unie, à col cassé et manchettes empesées, cravate papillon blanche en fine batiste ou nid d’abeille, de forme classique ou à bouts pointus.
  • Le gilet est blanc en piqué de coton nid d’abeille.
  • Chapeau haut de forme brillant (alors qu’il est mat pour accompagner l’habit le soir).
  • Les gants sont blancs, en chevreau glacé ou suède.
  • Pochette blanche en fil de main.
  • Chaussettes en soie noire.

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La jaquette

C’est actuellement (toujours dans les années 60 ; article extrait d’Adam, note de Stiff Collar : *) la formule préférée, bien qu’elle pose, pour certains, un problème pécuniaire.

  •  Sur la jaquette, le Président de la République fut-il présent, on ne porte ses décorations qu’en rubans et rosettes. Si l’on n’a pas – ou que l’on ne porte pas – de décorations, le gardénia est remplacé par l’œillet blanc pour le marié, rouge pour les autres, à l’exclusion de toute autre fleur.
  • La chemise chemise, à col cassé (* non représenté dans le dessin, où j’ai préféré le col turn-down) à poignets empesés (* plutôt single cuff je pense), peut être à plastron souple, si la cravate est également plastron : ce qui cache cette mollesse. C’est la formule que nous conseillons, pour son élégance et sa commodité. La cravate plastron (* ce que l’on appelle à tord maintenant la lavallière (la lavallière étant autre chose))  est obligatoirement grise. Le choix du tissu, limité, se porte sur de fins motifs ton sur ton ou noirs, des diagonales, des chevrons. La régate (* la cravate moderne, celle de tous les jours), toujours grise, unie, bien sûr, s’étale sur le plastron de chemise dur.
  • Le marié en jaquette se coiffe d’un tube. Ses gants sont de peau chamoisée grise. Ses chaussures basses, noires, cirées, comportent un empeigne rigoureusement unie. A la campagne (grands mariages hors-Paris) on note une certaine faveur pour la jaquette claire et – gaieté – le haut de forme gris.

Aucune erreur n’est tolérée dans cet ensemble. Il obéit à la loi stricte de la tradition, résumée ci-dessous :

  • La jaquette est gris marengo, légèrement pincée à la taille, les basques s’arrêtant au-dessus de la pliure du genoux. Les revers sont à cran pointus.
  • Le pantalon peut être uni ou à petits chevrons ou à rayures sur fond gris. Il tombe droit sur la chaussure sans cassure et sans être relevé, bien entendu.
  • Le gilet est croisé de préférence, est en toile bis ou en lainage gris clair ou beige.
  • La chemise est blanche et comporte, pour le marié, un col cassé et manchettes empesées (* pour le col, c’est à voir).
  • Tous les membres du cortège doivent avoir un chapeau haut de forme brillant.
  • Pochette en fil de main.
  • Gants gris clair en agneau velours ou en chevreau
  • Chaussettes en soie noire.
  • Chaussures noires cirées, unies.

* PS: j’ai dessiné la lavallière portée avec un col de chemise classique. Hérésie ou pas ? Je m’interroge encore. De toute manière, le col cassé n’est beau que lorsqu’il est véritable, c’est à dire faux et rattaché. Donc introuvable.

La tenue militaire

J’ai ouï dire qu’un officier de dragons, avant 1914, avait eu maille à partir avec les Suisses de la Madeleine : il entendait gardait sur la tête son casque à crinière pour monter à l’autel ! (* tiens, qui sait quand et pourquoi les gardes Suisses de la Madeleine ont disparu ?) Aujourd’hui, les gens d’armes revêtent ce que l’on pourrait appeler la petite tenue. Mais parcequ’ils portent le sabre, ils entrent et se tiennent durant la cérémonie, du côté de l’Évangile, contrairement aux civils auxquels est dévolu le côté de l’Épitre. Ceci vaut pour la famille et les amis. Et c’est le bras droit que l’époux, pour sortir, offre à son épouse.

* intéressant détail n’est-il pas? Bonnes vacances pour les chanceux qui y sont déjà. A la semaine prochaine pour le dernier épisode.

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Dernier épisode aujourd’hui, toujours la retranscription d’un article d’Adam des années 60, par Jean Laury. Note de Stiff Collar, avec une * .

Le costume de ville

Si l’on choisit cette formule, la plus simple, du moins faut-il la soigner d’autant mieux : complet foncé, bleu marine de préférence, chemise blanche, régate grise (* cravate grise, mais un peu de couleur est accepté maintenant), gants chamoisés de même ton – jamais de beige – chaussures cirées, nues au possible et à lacets, chapeau mou et fendu : chapeau rond interdit. Bref le comble de la sobriété : presque l’effacement !

Enfin, quelle que soit la tenue, la pochette à laquelle le marié a droit, doit dépasser à peine – et non plus en pointe, mais horizontalement. Et en habit, en jaquette, en tenue militaire, en veston, il portera invariablement des chaussettes en soie noire.

Erreurs et vérités

Quant à vous marier en smoking, c’est l’hérésie même du point de vue vestimentaire. En ce qui nous concerne, nous ne serions pas plus choqués par un marié en tenue de chasse, de golf, de ski, que par un marié en smoking ! A moins qu’il ne s’agisse d’un enlèvement au sortir d’un petit dîner en ville. (* du même genre, je rajoute les souliers marrons … se marier en souliers marrons… et puis quoi encore…)

Baiser la main. Doit-on le faire, à la sacristie, pour la mariée ? Bien sûr : ce geste, avec l’appelation de Madame, fait partie de ses nouvelles prérogatives. A tant faire que de salir les gants qu’elle porte, mieux vaut s’y livrer en s’inclinant sur sa main qu’en la lui serrant.

Les chapeaux. On nous pose parfois cette question : soit chez elle, soit dans un local loué, la mère de la mariée doit-elle garder son chapeau ? Sûrement. D’abord parce que le temps lui manque pour remettre sa coiffure en ordre. Ensuite, parce que cela se fait. Si elle porte un immense chapeau qui se cogne à la foule, elle peut tourner la difficulté comme le fit récemment une femme très élégante. En rentrant de la messe, elle avait hâtivement troqué de larges bords contre une étroite coiffure de fleurs, très habillée, qui s’harmonisait avec sa robe et lui permettait de circuler librement, sans collision !

La cadeaux

Ah ! Ces cadeaux ! Les temps ont bien changé, les portefeuilles sont encore plus plats. Mais la coutume admise, chez les gens les plus traditionalistes, c’est le dépôt d’une liste, établie par les fiancés, dans plusieurs magasins, dont les donataires éventuels se communiquent les noms. Cette liste va des porte-couteaux en cristal au plat en argent pour la dinde de Noël et au réfrigérateur. On peut compléter par un service de verrerie, de vaisselle, se décider pour un plateau, des cendriers de table, des tasses à déjeuner, un aspirateur – toutes choses qu’on n’eut jamais osé d’offrir au temps de nos grand-mères. Le tout, c’est d’arriver, pour le choix, parmi les bons premiers : de ne pas se trouver, précisément, devant une liste close, à l’exception de ses deux extrêmes : la vendeuse suggère, alors, tout autre chose, au hasard, lequel  – c’est bien connu – ne vous sert jamais.

Fleur ou décorations

Lors d’un grand mariage parisien, la nationalité suisse du marié posait un problème à la famille française de la jeune fille : le père, grand-pères, frères et oncles de la mariée pouvaient tous arborer une imposante brochette de décorations civiles et militaires. Par déférence vis-à-vis de leurs amis et invités, des beaux-parents suisses, originaires d’un pays ne décernant aucune décoration, tous les français avaient décidé de remplacer rubans et rosettes par une simple fleur à la boutonnière. C’était là un geste de bonne éducation.

Sortie de l’église

Rien n’est plus charmant que la coutume de la haie d’honneur accueillant le jeune couple entouré de son cortège de garçonnets et de fillettes. Cette haie évoquera l’activité sportive de l’un des époux : trompes de chasse, pour les veneurs et chasseurs, avirons, skis, épées, dressés en voûte, composeront un tableau que le photographe immortalisera pour l’album de famille.

Mariage israélite

N’oubliez pas ce tire qui veut que tout assistant à une cérémonie, dans une synagogue, ait le chef recouvert d’une coiffure. Si vous êtes un va nu-tête, on vous prêtera une calotte, mais vous serez certainement plus à votre aise en extirpant de votre garde-robe un de vos chapeaux personnels.  Jean Laury.

Julien Scavini

Question : une veste croisée seule

Un jeune lecteur vient de m’envoyer un sympathique courrier électronique pour me demander de l’aide. Un tailleur lui propose une veste croisée presque finie mais non récupérée, à sa taille, dans un beau fils à fils bleu pétrole Scabal. Mais hélas, il n’y a pas le pantalon. Alors que faire ? Voici pour faire simple, la question.

La transformer en blazer ? Difficile, car à la fois le tissu n’est pas convenable (trop fin et d’un bleu qui n’est pas marine) et aussi que les boutons dorés constituent une option non souhaitée. Voici un dilemme pas évident. Il serait logique de finir la veste avec de simples boutons en corne brune, mais j’ai peur de l’effet ‘veste dépareillée’ qui est souvent désastreux, disons plutôt totalement curieux.

De prime abord, il apparait comme sympathique de combiner cette veste avec un pantalon blanc, mais cette option a été jugée trop ‘croisette’, donc là encore, impasse. Un pantalon bleu ? Attention à l’effet costume dépareillé, ce serait vraiment du dernier goût. La seule option restant est le pantalon de flanelle, ou disons en fils à fils pour l’été. Une autre idée m’est alors venue : et si l’on utilisait des boutons gris pour coïncider avec la couleur du pantalon ? C’est une option peut-être intéressante ! J’ai même imaginé un instant la pose de coudières en suédine grise. Cela créerait un blazer sport au goût très italien. Il serait aussi envisageable de poser des boutons en métal argenté. Lisses si vous ne disposez pas d’armoiries personnelles, à l’instar du très austère M. Lévy !

Finalement, en faisant le dessin, j’ai trouvé cela curieux. J’ai continué en dessinant des mocassins. D’abord en veaux-velours bleus, mais cela ne me plaisait guère. Puis avec des mocassins bi-colores bruns. En complément d’un pantalon gris clair, correspondant mieux au bleu pétrole, l’effet était intéressant. Et donc l’idée finale, des boutons en corne blonde. Finalement, c’est l’option la plus sobre, la plus élémentaire aussi. Qu’en pensez-vous ? Notre jeune ami lecteur sera intéressé !

Julien Scavini

Les chiffres de James Darwen

Peu inspiré ces derniers temps, j’ai relu Le Chic Anglais de James Darwen et en ai profité pour souligner méthodiquement tous les chiffres qu’ils présentent. Certains sont plus humoristiques que d’autres…

  • 43 cm, la longueur du pieds du gentleman
  • 1m65 à 1m80, la hauteur d’un gentleman
  • 9h du matin, au minimum, l’heure du levé d’un gentleman
  • n°89, la ligne de produits d’hygiène de la marque Floris qu’il faut avoir.
  • 2 fois par jour, un gentleman se brosse les dents
  • 99%, le pourcentage de chance pour qu’un gentleman utilise le dentifrice Eurcyl.
  • 2 5/8 à 2 7/8 d’inch (entre 6,7 et 7,3cm), la longueur des pointes de col d’une chemise
  • 1/2 à 3/4 d’inch (entre 1,27 et 1,9cm) la longueur de chemise qui dépasse de la manche de la veste
  • 55% mérino et 45% coton, la composition des chemises Viyella, idéales pour la campagne
  • 1/10, voilà ce que doit coûter une bonne chemise par rapport à un costume
  • 5,5 à 7cm, la largeur d’un nœud papillon
  • 8cm, la largeur maximum d’une cravate
  • 20cm, la largeur d’un bas de pantalon
  • 4cm, la hauteur des revers
  • 1837, entrée en service d’un veston bleu à boutons dorés sur le navire HMS Blazer
  • 20oz, 470gr, le poids de la laine d’un costume hiver
  • 16oz, 450gr, le poids de la laine d’un costume hiver actuel
  • 8oz, 226gr, le poids de la laine d’un costume tropical

  • 1-les chaussures doivent être confortables
  • 2-les chaussures sont noires ou brunes (et blanches sous les tropiques)
  • 3-les chaussures sont en cuir de vache
  • 4-les chaussures sont toujours brillantes
  • 5-les chaussures ne doivent pas avoir l’air neuves
  • 6-les chaussures doivent être en excellent état
  • 1914, développement du trench coat, par Burberry ou Aquascutum, on ne sait plus
  • 1850, invention du chapeau melon
  • 17 pences, montant de l’amende pour non-port d’une casquette en laine anglaise le dimanche, en 1571
  • 81% de la chaleur sort de la tête
  • 1 7/8 à 2 3/4 d’inch (4,7 à 7cm), la largeur du bord d’un chapeau
  • 120 000 francs, le coût d’une garde robe correcte
  • 48 heures, le temps de séchages des souliers qui ont pris la pluie.

A débattre :=)

Julien Scavini

Carreaux et manteaux

C’est un fait, le temps n’est pas clément à Paris et dans le nord de la France en général. La semaine dernière, pluie sur pluie, avec des températures plutôt fraiches. Mais pas de quoi sortir un manteau tout de même, l’air étant trop moite. Je repensais alors au commentaire d’un de mes clients : j’ai bien du mal à porter vos (mes) costumes. Au bureau, tout le monde est en bras de chemise, et dans le métro, il fait trop chaud. Il me faudrait un manteau ajusté comme une veste, léger pour le printemps.

Que voilà un bon concept pour la mi-saison et lorsque la veste est superflue dans le cadre professionnel ou de loisir ; mais que pour autant l’on souhaite rester digne, disons un peu british. Je vous passe sur la forme de cette commande, toujours est-il que l’idée m’est restée. Elle m’est d’autant plus restée que le manteau est une belle pièce, quasi-oubliée maintenant et que l’on a rarement la chance de réaliser chez les tailleurs. Une pièce qui tombe souvent bien, et peut même se révéler d’une grande fantaisie.

Par exemple, il était tout à fait courant de posséder ( dans une garde-robe élégante et plutôt typée campagne ou sport automobile ) un grand manteau à carreaux. Si le manteau à rayures m’a toujours laissé perplexe, celui à carreaux peut vraiment se révéler intéressant, surtout si vous lui ajoutez un dos à complications. Par exemple, une martingale simple ou double pièces avec boutons, un pli milieu dos ou des plis pincés etc… Téléchargez le zip avec les illustrations d’Apparel Arts pour vous en rendre compte. Une merveille. Souvent de grands manteaux raglans du reste. Le raglan d’ailleurs, qui est si confortable. Bien plus qu’une manche montée, mais un cran moins élégant je vous le concède.

Niveaux carreaux, les doublures ne sont pas en reste. Je pense notamment à une tradition anglaise de la campagne, où il n’était pas rare de faire doubler les vestes d’équitations et de chasse à courre en drap de laine Tattersallchecks. A la place de la laine, nous pouvons maintenant utiliser le twill de coton, qui s’il est un peu gratté, peut se révéler très doux. La tradition s’est poursuivie et je tiens les intérieurs de manteaux à carreaux ou à petits vichy pour des exemples du meilleur goût, particulièrement dans un registre sport. Le manteau de ville, évidemment, s’adapte moins à cette fantaisie. Ce style de doublage s’est hélas quelque peu perdu avec le temps, mais si vous regardez de près des modèles et publicités des années 60, vous trouverez beaucoup d’exemples. D’ailleurs, ce n’est pas anodin si Burberry’s a fait une telle fortune sur un si petit bout de doublure en tartan…

Julien Scavini

Poches en biais et vestes d’équitation

Si les poches en biais sont à la mode, elles ne sont pas pour autant un classique du répertoire, leur rôle étant restreint. Il est en effet assez courant de trouver de nos jours des costumes dont les deux poches côtés à rabat sont placées en biais. L’effet stylistique est plutôt intéressant, en particulier sur les personnes sveltes, la pente accentuant le cintrage du veston. Ceci dit, il y a pente et pente. Si dans la majorité des cas le résultat est heureux comme chez Hackett, l’effet est du dernier ridicule chez Samson. Passons.

Il est donc possible d’arborer des poches en biais sur ses costumes de ville. On peut même en apprécier le style. Pour autant, ce n’est pas une manière classique de disposer les passepoils (le deux bouts de tissus entourant le rabat). Celle-ci était réservée à un usage bien spécifique, l’équitation. Et donc par extension, les vestes plutôt campagnardes. A la ville, en particulier sur un croisé, les poches sont horizontales.

A cheval donc, où il est nécessaire, pour garder un bel équilibre dans la coupe, de rehausser la taille du veston – celui-ci est alors coupé à ‘taille haute’ – et de modifier l’implantation des boutons. C’est tout un art. C’est pour cela que l’on disposait dans les ateliers de tailleur des chevaux d’arçons en bois, permettant de tester le bien aller de la pièce, ainsi que du pantalon, le plus souvent, une culotte de cheval (que je n’ai pas représentée sur le dessin). Les poches en biais permettent de suivre le dessin des hanches et d’accentuer le dessin général de la silhouette. L’accès y est aussi plus aisé. Pour une même question de confort, on réalise aussi des poches dîtes ‘cavalières’ dans le pantalon, dans lesquelles on ‘entre’ par le haut et non par l’arrière.

Normalement, par rapport à une poche en biais sur un costume droit traditionnel, la position de la poche ne change pas. Elle se trouve à la même hauteur par rapport au bas du veston. C’est en revanche les boutons qui s’élèvent et se rapprochent. Cela donne une ligne caractéristique, typique des vestes d’équitation. Il convient en effet de pouvoir être assis avec le bouton toujours fermé. La basque (c-à-d le bas de la veste) est très long (en apparence seulement) et sa courbe très accentuée.

Je trouve l’effet assez élégant du reste. Les boutons sont très rapprochés. Notons également que les modèles classiques sont à trois ou quatre boutons et que la poche poitrine est assez souvent à rabat. Peut-être pour éviter de perdre des accessoires durant les galops… ?

Julien Scavini

Et dans l’aéronautique alors?

Et bien, c’est le même laisser-aller que l’on constate partout ailleurs… Au cours d’un vol récent avec Air France, j’ai pu me pencher un peu plus en détail sur le vestiaire des personnels naviguant, techniques (les pilotes) et commerciaux (les stewards), autrement dit dans la nouvelle nomenclature, pnt et pnc.

Petit article aussi pour me venger d’un commandant de bord qui me refusa, une fois n’est pas coutume, le vol en jumpseat – en cockpit, un plaisir pourtant indispensable à une vie équilibrée !

Les pilotes d’abord. On imagine inévitablement un pilote avec un uniforme, croisé le plus souvent, bleu toujours. L’uniforme de pilote exerce sur une bonne part de la population dont les enfants une fascination intacte. Il faut regarder à ce titre l’excellent film Attrape moi Si tu peux avec L. DiCaprio et T. Hanks. Pourtant, force est de constater que les pilotes ne portent plus l’uniforme. Il est le plus souvent au vestiaire, c’est à dire dans un A320, à gauche du cockpit derrière le pilote. Quelques fois, ils le portent, mais la coupe du croisé, au moins chez Air France étant atroce, le résultat n’est pas brillant (à la différence des trois ou quatre galons du grade). Voyez plutôt cette illustration, où je représente à droite l’idéal ancien, et à gauche, la nouvelle mouture. Le tailleur ne passe plus par là, et le gilet fluo remplace la veste, au moins sur le tarmac. En cabine, la veste reste encore sur le carreau, et seule la chemis-ette avec épaulettes fait office de tenue de travail.

Idem pour les Stewards. Là le différentiel est plus cru encore. Nous sommes passés d’une tenue de serveur ou de groom à celle plus ‘simple’ d’homme comme les autres, pantalon et chemise avec épaulettes et petit placard. Par placard j’entends une insigne Air France par exemple et souvent une barrette rouge d’officier de sécurité. La cravate, d’une jolie matière frappée à l’effigie de l’hypocampes ailés est maintenue par une tie bar en acier d’un assez sobre dessin.

Mais je ne jette pas la pierre aux personnels de cabines, ceux qui nous servent et qui, je le reconnais volontiers, font un effort louable. S’ils sont de temps à autres en bras de chemise, ils supportent souvent le costume, qui est du reste plutôt bien coupé chez Air France. Beau rendu et belle matière. Et puis, leur métier n’est pas le plus aisé.

En revanche, les pilotes ne font pas tellement d’efforts. Pourtant, ceux-ci constituent une élite, ou supposée comme telle. Un pilote est une personne qui fait des études et possède un certain niveau de vie – même si celui-ci a tendance à baisser. Les pilotes, c’est à dire le commandant de bord et son premier officier sont les seuls maîtres à bord d’un avion. On l’oublie trop facilement, un avion, comme un navire, ça n’est pas une démocratie, ni une société commerciale, c’est une aventure humaine au sens premier du terme où le commandant de bord est seul maître à bord après Dieu. Cela n’est pas anodin du tout.

Qui plus est, comme nous l’évoquons régulièrement dans ces colonnes, les beaux vêtements s’opposent souvent à un exercice professionnel serein. Tout de même, pour connaître un peu cet environnement, piloter un Boeing 777 n’a plus rien avoir avec la conduite d’un super constellation. La radionavigation assistée des gps et autres centrales inertielles a permis d’assouplir les conditions de travail ; dès lors c’est un mauvais procès que de faire celui de l’uniforme. La climatisation aide aussi. J’en veux pour preuve cette photographie d’une page d’un vieux numéro du magazine Adam, l’Homme Moderne, numéro des années 50, dans lequel un pilote sert de mannequin pour les pages ‘tailleurs’. Ou quand la société civile mettait en avant ses élites…

Mais il faut voir aussi ce que l’on fournit à ces pauvres pilotes. Quelle misère. Mais qui sont les acheteurs des grandes compagnies aériennes ? Et qui sont les façonniers ? Je sais qu’il existe en France l’un des numéros un mondiaux du secteur Ox’Bridge. Mais Ox’Bridge qui fabriquait en France (à Toulouse) jusque dans les années 80 fut poussé par ses acheteurs à délocaliser, pour trouver le moindre coût… Histoire habituelle hélas. Ceci dit, une belle coupe n’a que peu avoir avec une fabrication. Alors ?

PS : pour les amoureux de l’Angleterre et de ses traditions, je signale l’émission culinaire de Sarah Wiener sur Arte, toute cette semaine à 19h, in Great Britain. Nous saurons tout je l’espère sur la steak and kidney pie! A revoir sur Arte+7 certainement.

Julien Scavini