L’Orient Express et son crime (MàJ 1)

Réalisé en 1974 et nommé plusieurs fois aux oscars, Le Crime de L’Orient Express a été adapté du roman éponyme d’Agatha Christie par Sydney Lumet qui a réuni pour l’occasion une belle pléiade d’acteurs, signant là l’une des adaptations les plus ambitieuses des aventures d’Hercules Poirot. Le détective belge fut joué par Albert Finney, qui donna pour l’occasion la réplique à (entres autres) Sean Connery, Lauren Bacall ou encore John Gielgud.

Ce film est remarquable à plusieurs niveaux, que ce soit de la musique (de Richard Rodney) aux décors (de Tony Walton), en passant par les costumes, (du même décorateur) l’occasion pour Stiff Collar de revenir sur cette vision des années 30. Commençons ce soir par quatre des personnages masculins secondaires:

  • Bianchi ou Blanchet (suivant la langue) d’abord (joué par Martin Balsam), qui est l’ami de Poirot et le directeur de la ligne de l’Orient Express. Il lui permet d’accéder à bord pour rentrer en France. Ce personnage arbore pendant le film un complet en prince de galles gris, additionné d’une chemise à rayures bleus et d’un nœud papillon blanc à pois bleus.
  • Cyrus Hardman ensuite (joué par Colin Blakely), ancien policier et fiancé de la nounou des Armstrong puis détective de l’agence Pinkerton, porte quant à lui une veste en gros prince de galles additionnée d’un pantalon de flanelle grise, d’un pull en jacquard et d’une chemise rose.
  • Gino Foscarelli (joué par Denis Quilley) est l’ancien chauffeur des Armstrong devenu vendeur de voitures. Il arbore, ‘en bon italien’, un costume voyant noir à rayures beiges, additionné d’un gilet gris et d’une chemise à rayure. Les revers de sa veste sont typiques de l’époque et de sa profession avec ses pointes marquées.
  • Enfin le docteur Constantine (joué par George Coulouris) est l’aide de Poirot et de Blanchet à bord du train où il effectuera l’autopsie du corps de Ratchett. Il porte un complet dont la matière reste difficile à définir, entre le pied de poule et le petit carreau.

Dans la semaine, nous étudierons le reste des personnages masculins! En attendant, régalez-vous avec le roman et son intrigue complexe où la morale le dispute au suspens 😉

Les quatre personnages que nous étudirons ce soir sont:

  • Le valet de Ratchett, le bon Bedoes et qui est joué par l’excellent John Gielgud.  Il porte pour l’occasion ce que l’on pourrait qualifier de Stroller, à savoir la version plus ‘usuelle’ de la jaquette du maître d’hôtel. Il se compose d’une veste et d’un gilet noir, d’un pantalon à rayures et d’un chemise à col cassé portée avec une cravate club.
  • Le secrétaire de Ratchett, le curieux Hector McQueen (joué par Anthony Perkins) qui arbore en bon ancien étudiant américain son blazer à écusson, additionné d’un pull jacquard et d’une cravate club. Le pantalon de flanelle complète l’ensemble d’un manière fort classique.
  • L’ami de Mary Debenham et ancien collègue de M. Armstrong est le colonel Arbuthnot (joué par  Sean Connery). Il portait pour rentrer en angleterre un complet de tweed en pied de poule avec une cravate club. Sa moustache très british convenait parfaitement à l’acteur qui plus est!
  • Enfin le conducteur du wagon-lit est le français Pierre Michel (joué par Jean-Pierre Cassel). Il arbore sa livrée noire gansé de rouge, à col officier avec beaucoup de tenue!

A lundi!

Début à Venise…

La reprise, quelle période difficile finalement, après tant d’agapes et voilà en plus que les soldes commencent, de quoi déborder tout bon gentleman! L’article de ce soir me permet de revenir sur le billet du Chouan consacré au blazer, notamment au modèle croisé 6×8, celui la même que portait le prince Charles.

Cela m’a rappelé le costume que portait le jeune et beau Tadzio dans Mort à Venise, cet incroyable film, autant que bizarre, de Visconti adapté du roman éponyme de Thomas Mann. L’action se déroule à la belle époque, en 1911, et illustre les affres sentimentaux du compositeur Gustav von Aschenbach vis à vis d’un jeune aristocrate polonais, en villégiature au Grand Hôtel des Bains de Venise. Au cours des promenades dans la cité des doges, le charmant Tadzio arbore un de ces croisés, très montant, d’une rigidité presque militaire, mais très bien mis en valeur par une coupe irréprochable (cintrage modérée, cran aigu folded up) et des accessoires à la hauteur du personnage: grand ruban papillon et mouchoir de pochette incroyablement positionné!

Gustav von Aschenbach a pour sa part une garde robe d’été (ça nous réchauffe en cette saison) irréprochable, composée de quelques complets, qu’il combine admirablement, inversant d’un jour à l’autre la veste sur le pantalon/gilet. Finalement, encore une preuve de l’intêret des trois pièces: avec deux  et combinés, vous pouvez vous vêtir quatre jour de suite différemment. Rajoutez un blazer, et la semaine est assurée! Peu de quantité, grande qualité!

De l’élégance du détective

Tourné à partir de l’hiver 1988, la série Hercule Poirot inspiré de la très célèbre œuvre d’Agatha Christie donne au personnage du détective belge une élégance classique qui plait à Stiff Colar, ce nouveau sujet est l’occasion d’en appréhender les contours.

Lorsque Brian Eastman le producteur de la série, David Suchet l’interprète de Poirot et Sue Thomson la costumière commencèrent à travailler sur la série, tout était à repenser. En effet, les précédents opus tournés avec le grand Peter Ustinov était projetés dans l’époque contemporaine, à savoir les années 70 et 80. Il en résultait quelques anachronismes souvent mal déguisés par les scénarios, notamment en ce qui concerne les goûts d’Hercule Poirot pour l’élégance, en habillement et en décoration.

Cette nouvelle série fut donc campée dans les années 30 (plus tôt pour le Mystère De Style qui se passe en 1916-17). Il y est d’ailleurs souvent fait mention des dictatures continentales, nazi ou fasciste. Cette époque est celle des avants garde et du modernisme. L’architecture de la série le présente bien, montrant bien souvent de vastes villas blanches inspirées de l’œuvre de l’architecte franc-suisse Le Corbusier. Cette architecture blanche est aussi celle de l’hygiéniste, mouvement politique qui voulait rendre propre la société et les corps. Les fauteuils en acier chromé sont révélateurs de cet esprit nouveau qui naissait alors et dont Poirot soutenait les idées, bien loin des soubresauts Art-Deco de l’académisme. D’ailleurs Poirot s’intéresse à la psychologie comme il aime à le répéter, une science inédite et peu répandue alors.

Mais pour ce qui est de la garde robe, Poirot est bien plus traditionnel! Il s’habille toujours de la même manière, dans la série du moins. Cela commence par un complet aussi appelé costume trois pièces. Ses vestes sont droites, à deux ou trois boutons et arborent systématiquement un cran aiguë. Ses gilets, coordonnées ou pas sur le costume, sont droits ou croisés, avec revers châle de temps à autres. Il fait très attention au positionnement de la montre à gousset, retenue par une chainette qui trouve une boutonnière verticale ad hoc. De même, le cordon de son binocle pince-nez passe très précisément par l’un des boutons du gilet.

Hercule Poirot
Hercule Poirot

L’intérêt provient également d’un détail sartorial exquis et rare, la chemise à col détaché à pointes rondes. Il s’agit d’un col détaché donc (stiff colar) cassé dont les deux pointes sont arrondies. Il dote toujours ce col d’un nœud papillon à nouer, à motifs cachemire ou géométral. Cela permet de n’apercevoir pratiquement que la soie du nœud au dessus de sa veste, le col étant bas et dissimulé. Sa chemise est faite d’une popeline blanche coordonnée avec son mouchoir de pochette positionné à l’américaine.

Enfin, ses souliers sont des richelieus d’une seule pièce, des balmorals pour être précis, recouverts de guêtres de tissus. En intérieur, la veste est aussi déposée sur une valet pour être remplacée par une veste d’intérieur en velours bleu à revers châle.

Sa tenue est absolument parfaite et Stiff Colar érige cette démonstration vestimentaire comme l’une des plus remarquables du petit écran.