A Baskerville

L’avalanche de sports olympiques à la télévision m’a poussé à déserter France 3 qui ne diffuse plus l’inspecteur Barnaby ces temps-ci et à me réfugier sur le câble, et notamment sur Paris Première qui programmait en février un cycle Sherlock Holmes. Nous avons évidemment eu le droit au Chien des Baskerville, dans une adaptation miteuse. Mais cela m’a rappelé l’excellent opus réalisé par les productions Hammer en 1959. Penchons nous ce soir sur cette réalisation.

Connu pour ses collections de films d’épouvantes, la société Hammer mit aux commandes le réalisateur Terence Fisher pour l’adaptation cinématographique de la plus célèbre œuvre de Sir Arthur Conan Doyle. Tourné au royaume-uni et notamment dans le Surrey, il fut brillamment mis en scène, avec soin et dans les détails. La distribution est également notable avec Peter Cushing dans le rôle de Sherlock Holmes et André Morell dans celui du célèbre docteur Watson. Notons également la présence à l’écran du grand Christopher Lee qui confère à Sir Baskerville un je ne sais quoi d’aristocratique.

L’intérêt des réalisations autour des histoires de Sherlock Holmes réside dans la recréation d’une époque révolue et surtout fantasmée en terme d’élégance et de décorum. Le début du siècle précédent fait l’objet de restitution souvent méticuleuses, dont l’expression ultime est le manteau à pèlerine (appelé MacFarlane) et la pipe recourbée; de même que l’ambiance belle époque, ses minuscules machines à vapeurs et ses véhicules hippomobiles. D’excellentes séries télévisées ont recréé ces temps passés, et aussi certains films, avec plus ou moins d’authenticité.

Même si elle a vieilli, l’adaptation de la Hammer propose dans tous les domaines une vision clair et précise du roman. La lande est parfaitement restituée, avec sa brume et ses mystères à la limite du surnaturel; et les intérieurs, pour la plupart (je pense notamment au presbytère du vicaire) sont tout à fait charmants dans leur cosyness. Pour les costumes, Molly Arbuthnot a fait des propositions convaincantes en terme d’élégance campagnarde. Voyez plutôt:

Dans l’ordre, le docteur Watson porte un complet à veste Norfolk typique. Cette pièce tailleur est l’expression par excellence du vestiaire extramuros. Ses larges poches plaquées à soufflets sont retenues par des bretelles intégrées qui meurent dans les plaques d’épaules. Il s’agit d’un veston très résistant, dont le dos est souvent pourvu de repli d’aisance. Le docteur porte également une chemise à col à pointes rondes.

Holmes quant à lui porte une curieuse veste, à mi chemin entre la Norfolk et la classique à poches à rabats. Notons surtout ce long trottoir (on dit comme cela) qui borde les devants. A l’instar des autres personnages, le veston arbore quatre boutons. La chemise ne doit pas être vu de trop (elle est encore considérée comme un sous-vêtement) mais surtout il s’agit d’avoir chaud, sur la lande de Baskerville et ailleurs. L’un des traits notables de Holmes est aussi ce nœud papillon engoncé sous le col de la chemise et la casquette à double rabats, autrement appelé deerstalker à oreillettes. Si son port en ville est hilarant, il n’en demeure pas moins un excellent moyen de se couvrir les oreilles de la bise.

Enfin sir Baskerville arbore dans le film une tenue délicieusement désuette, à savoir une hunting jacket. Plus précisément, il s’agit d’une veste de cheval dont la réalisation est un chef d’œuvre tailleur: la pièce à taille. A la différence d’une veste traditionnelle, la pièce à taille possède une couture horizontale à la taille qui meure dans le dos au niveau de boutons et d’une longue fente centrale (à l’instar des jaquettes et queues de pie). Cela confère à la veste un tombé plus flottant avec une jupe et des basques évasés.  Il complète l’ensemble avec un jodhpur en cavalry twill à bas volet et un gilet croisé.

Dans tous les cas, Le Chien des Baskerville dans cette adaptation reste un must-see sartorial, bien loin du vulgaire épisode actuellement au cinéma. Chaque détail peut-être analysé, de quoi compenser évidemment, l’intrigue et l’épouvante depuis longtemps éventées!

A bord de l’Orient Express (fin)

Ce soir, découvrons les trois derniers personnages masculins du film de Sydney Lumet:

  • premièrement, le comte Andrenyi (joué par le jeune -à l’époque- Michael York) qui est jeune marié avec la comtesse Eléna ou Héléna Greewood, sœur de la défunte Mrs Armstrong. Jeune diplomate, il s’habille de manière très luxueuse -nous pensons notamment à son magnifique manteau de fourrure du début du film- et pour l’occasion de dessin, en négligé d’intérieur, complet sans la veste en laine grise et foulard en ascot.
  • Comptons également Hercules Poirot, joué pour l’occasion du long métrage par Albert Finney qui signe là l’un de ses grands rôles! Nous retenons la tenue du dénouement, à savoir un costume croisé marron à rayures plus claires, porté avec un gilet, une chemise blanche et un nœud papillon à motifs painsley. La veste du croisé arbore d’ailleurs un couvre-col en velours marron clair.
  • Enfin le meurtrier (mais pas celui que l’on croit…), Samuel Ratchett (joué par Richard Widmark) qui arbore le costume typique de l’américain des années 30: le croisé noir à rayures grises.

Cette série d’article est maintenant finie, après un tour complet des personnages masculins et de leurs tenues en dessins. Si l’art costumier dans ce film n’excelle pas forcément, nous retonnons l’atmosphère homogène qui s’en dégage. Notons par exemple la forte présence de tissus à rayures et de coupes généreuses (les revers notamment) tout à fait de bon ton dans l’entre-deux guerres. Retenons aussi la justesse des propositions pour chaque classe sociale, donnant immédiatement une lisibilité à l’ensemble des ‘jurés’, comme un condensé de la société, justifiant plus ou moins moralement le sort réservé à Ratchett; les domestiques, suivant leur rang, ressemblent à des domestiques, les aristocrates de même. En revanche nous penserons à regret à la faible présence de mouchoirs de pochettes. Notons enfin que les costumes sont un savant mélange d’un style des années 30 rêvé et de la mode des années 70. Car nous le savons bien entre gentlemen, les années 30 restent une référence en terme d’élégance, mais elles sont bien souvent réinterprétés -malgré nous ou consciemment- dans un esprit plus ‘contemporain’…

L’Orient Express et son crime (MàJ 1)

Réalisé en 1974 et nommé plusieurs fois aux oscars, Le Crime de L’Orient Express a été adapté du roman éponyme d’Agatha Christie par Sydney Lumet qui a réuni pour l’occasion une belle pléiade d’acteurs, signant là l’une des adaptations les plus ambitieuses des aventures d’Hercules Poirot. Le détective belge fut joué par Albert Finney, qui donna pour l’occasion la réplique à (entres autres) Sean Connery, Lauren Bacall ou encore John Gielgud.

Ce film est remarquable à plusieurs niveaux, que ce soit de la musique (de Richard Rodney) aux décors (de Tony Walton), en passant par les costumes, (du même décorateur) l’occasion pour Stiff Collar de revenir sur cette vision des années 30. Commençons ce soir par quatre des personnages masculins secondaires:

  • Bianchi ou Blanchet (suivant la langue) d’abord (joué par Martin Balsam), qui est l’ami de Poirot et le directeur de la ligne de l’Orient Express. Il lui permet d’accéder à bord pour rentrer en France. Ce personnage arbore pendant le film un complet en prince de galles gris, additionné d’une chemise à rayures bleus et d’un nœud papillon blanc à pois bleus.
  • Cyrus Hardman ensuite (joué par Colin Blakely), ancien policier et fiancé de la nounou des Armstrong puis détective de l’agence Pinkerton, porte quant à lui une veste en gros prince de galles additionnée d’un pantalon de flanelle grise, d’un pull en jacquard et d’une chemise rose.
  • Gino Foscarelli (joué par Denis Quilley) est l’ancien chauffeur des Armstrong devenu vendeur de voitures. Il arbore, ‘en bon italien’, un costume voyant noir à rayures beiges, additionné d’un gilet gris et d’une chemise à rayure. Les revers de sa veste sont typiques de l’époque et de sa profession avec ses pointes marquées.
  • Enfin le docteur Constantine (joué par George Coulouris) est l’aide de Poirot et de Blanchet à bord du train où il effectuera l’autopsie du corps de Ratchett. Il porte un complet dont la matière reste difficile à définir, entre le pied de poule et le petit carreau.

Dans la semaine, nous étudierons le reste des personnages masculins! En attendant, régalez-vous avec le roman et son intrigue complexe où la morale le dispute au suspens 😉

Les quatre personnages que nous étudirons ce soir sont:

  • Le valet de Ratchett, le bon Bedoes et qui est joué par l’excellent John Gielgud.  Il porte pour l’occasion ce que l’on pourrait qualifier de Stroller, à savoir la version plus ‘usuelle’ de la jaquette du maître d’hôtel. Il se compose d’une veste et d’un gilet noir, d’un pantalon à rayures et d’un chemise à col cassé portée avec une cravate club.
  • Le secrétaire de Ratchett, le curieux Hector McQueen (joué par Anthony Perkins) qui arbore en bon ancien étudiant américain son blazer à écusson, additionné d’un pull jacquard et d’une cravate club. Le pantalon de flanelle complète l’ensemble d’un manière fort classique.
  • L’ami de Mary Debenham et ancien collègue de M. Armstrong est le colonel Arbuthnot (joué par  Sean Connery). Il portait pour rentrer en angleterre un complet de tweed en pied de poule avec une cravate club. Sa moustache très british convenait parfaitement à l’acteur qui plus est!
  • Enfin le conducteur du wagon-lit est le français Pierre Michel (joué par Jean-Pierre Cassel). Il arbore sa livrée noire gansé de rouge, à col officier avec beaucoup de tenue!

A lundi!

Début à Venise…

La reprise, quelle période difficile finalement, après tant d’agapes et voilà en plus que les soldes commencent, de quoi déborder tout bon gentleman! L’article de ce soir me permet de revenir sur le billet du Chouan consacré au blazer, notamment au modèle croisé 6×8, celui la même que portait le prince Charles.

Cela m’a rappelé le costume que portait le jeune et beau Tadzio dans Mort à Venise, cet incroyable film, autant que bizarre, de Visconti adapté du roman éponyme de Thomas Mann. L’action se déroule à la belle époque, en 1911, et illustre les affres sentimentaux du compositeur Gustav von Aschenbach vis à vis d’un jeune aristocrate polonais, en villégiature au Grand Hôtel des Bains de Venise. Au cours des promenades dans la cité des doges, le charmant Tadzio arbore un de ces croisés, très montant, d’une rigidité presque militaire, mais très bien mis en valeur par une coupe irréprochable (cintrage modérée, cran aigu folded up) et des accessoires à la hauteur du personnage: grand ruban papillon et mouchoir de pochette incroyablement positionné!

Gustav von Aschenbach a pour sa part une garde robe d’été (ça nous réchauffe en cette saison) irréprochable, composée de quelques complets, qu’il combine admirablement, inversant d’un jour à l’autre la veste sur le pantalon/gilet. Finalement, encore une preuve de l’intêret des trois pièces: avec deux  et combinés, vous pouvez vous vêtir quatre jour de suite différemment. Rajoutez un blazer, et la semaine est assurée! Peu de quantité, grande qualité!