Le vestiaire idéal (màj7)

Premier d’une longue série d’illustrations d’un vestiaire idéal (pourquoi pas celui que j’aimerai avoir, que nous aimerions avoir?), il constitue le cadeau de Stiff Collar pour cette semaine festive!

Je commence ce matin par les deux premières illustrations:– Costume de ville, pour l’après midi, peigné à carreaux bleu pâle, avec un gilet bleu prune, une chemise en oxford bleu pâle à col blanc, une cravate de soie et des richelieus bout golf noirs

– Costume de ville, pour le matin au bureau, en saxony marron, avec un gilet en poil de chameau, une chemise en fil à fil blanc cassé, une cravate en tricot de soie couleur bois de rose et des derbys marron noisette.

Voilà pour ce premier jour. N’hésitez pas à commenter ou à proposer certaines tenues… ! Joyeux Noël !

Deuxième publication:

– Costume de ville, flanelle feutrée gris moyen, une chemise blanche à fines rayures violettes, une cravate en reps de soie et des richelieus en veaux-velours  à bout droit.

– Costume de ville de week end, chevron ardoise, avec gilet bleu roi, chemise bleu clair, cravate en cachemire et des bottines noires.

Troisième jour:

– Tenue de campagne, veste en cavalry twill, gilet en lainage beige à petits carreaux foncés, chemise oxford beige et carré de soie en ascot, avec un pantalon de flanelle et des derbys marron

– Tenue de footing, veste en tweed à carreaux fenêtres olive, col roulé en mérinos, pantalon en flanelle brun marron et derbys en veaux-velours sur semelle de crèpe tendre.

Quatrième publication:

– Costume de soirée pour les cocktails et les vernissages, en barathea bleu prune, gilet crème en toile, chemise à rayures bleues et col blanc, cravate de soie à pois et souliers richelieus noirs à bout droit glacé.

– Tenue de diner chez des amis, veste lie de vin à col châle en grain de poudre, pantalon noir à galons, ceinture de même couleur que le veston, chemise blanche en piqué souple, noeud papillon de satin noir et escarpin en suède noir.

Prochain épisode, demain…

Suite aux recommandations bienveillantes du Chouan, je revoie ma copie 😉

– Donc, tenue pour le club sportif, sans veste trop grande cette fois-ci, pull crickett en laine blanc sous taché d’orange, sur chemise en vichy vert, pantalon en tartan et derbys à brides norvégiens, cravate club en ceinturons.

– Tenue pour le motor boat club, blazer regata, chemise en voile bleu, nœud papillon de soie à motif club, pantalon de flanelle et tassel loafer.

– Tenue d’intérieur, veste en velours de soie bleu à col châle paré de satin de soie à motifs imprimés, attaches à brandebourgs, chemise de popeline et cravate de soie, pantalon formel à rayures, et mocassins d’intérieur en velours brodés

– Tenue informelle, blazer croisé en sergé peigné, chemise en oxford royal, cravate de soie à motif club, pantalon de flanelle et derbys doubles boucles

à demain donc…

Dernière session de cet entre-deux fêtes:

– Tenue cravate blanche avec un frack en barathea bleu nuit et gros grain bleu également, chemise à col détaché cassé, nœud papillon et gilet en marcella blanc cassé, gants blancs, pantalon coordonné à double galon et opera pump à noeud en gros grain.

– Tenue cravate noire, avec une veste de smoking croisée à col châle en cachemire bleu nuit et gros grain bleu également, chemise et noeud papillon en marcella blanc, pantalon coordonné à simple galon et souliers richelieus vernis.

J’espère que cela vous a plu! Ce diaporama de tenues hivernales est maintenant terminé. J’ai tenté de présenter quelques essentiels d’un vestiaire masculin, pour à peu près toutes les situations de la vie courante, dans un esprit résolument hors-mode, mais avec quelques notions de style classique! Je vous souhaite, à tous, une excellente année 2010! A bientôt

L’ancêtre des habits et son sousbressaut

Suite à l’article sur les habits formels, voici deux exemples, l’un préfigurant ces vêtements contemporains, l’autre figurant son héritier le plus direct:
Le premier est donc la version originelle, présentée ici dans la mode de 1830, peu avant l’intronisation de la reine Victoria. C’est l’habit qui a donné à Beau Brumel la base du costume contemporain, raccourcit par rapport à cette version du « frac », caractérisée par sa coupe courte et horizontale à la taille. Ces ensembles étaient la plupart du temps en lainage, voire en velours de soie, avec un col châle très imposant, très rembourré, recouvert de fourrure ou de velours… Le col de chemise était haut, et entouré d’un ancêtre de la cravate lavallière. La coupe du frac était croisée, sur de nombreux boutons. Le dos présente par ailleurs en quatre partie, avec une couture courbe, parant de la taille et mourant dans les homoplates aux manches. Deux boutons sont présents dans le dos, pour placer une martingale (et même un détail plus ancien: une sorte d’étuis, de trousse de gens d’armes, analogue aux ‘bananes’), deux boutons qui sont conservés dans les queues de pie d’aujourd’hui, en ayant perdu tout usage…

Le pantalon était très serré, maintenu en bas par des passants entourant le soulier sous la semelle (plutôt des bottines à l’époque). Le pantalon était d’ailleurs si près du corps qu’il marquait fortement l’entrejambe, donnant, d’après la légende, l’idée au prince Consort de se faire poser un percing sur le sexe pour tendre le dit attribut avec une ficelle, percing toujours appelé ‘prince Albert’…

La version la plus contemporaine de cet habit est la tenue de cavalier, très représentée dans les conventions équestres. Le frac conserve sa forte croisure, mais avec un cran aigu cette fois-ci. Il est complété par un gilet et une culotte de cheval (la bien nommée) réalisée dans un lainage fort, de type cavalry twill ou whipcord. La lavallière complète toujours l’ensemble. Les pans intérieurs de la queue de pie sont recouverts de cuirs, pour éviter que la sueur acide du cheval n’abime le lainage, cuirs qu’il faut changer tous les deux ans en moyenne, à l’instar des ensembles de chasse à courre.

Un de ces habits de cavalier est actuellement exposé dans le hall de l’Association de Formation Tailleurs, avenue Victor Hugo dans le 16ème.

Les tissus et leurs motifs

Si deux grandes catégories de tissages se disputent le marché des tissus de gentlemen (à savoir l’armure toile (fils à 90°) et l’armure sergé (effets diagonaux)), de nombreuses déclinaisons existent et font le bonheur des stylistes et des tailleurs, qui aiment, ou pas les travailler. Souvent d’ailleurs, le choix des armures de tissus est une question de mode. La grosse toile a disparu, trop difficile à travailler, trop visible aussi, au profit le plus souvent de l’armure sergé, résistante, et donnant un bel effet de brillant à la lumière. Par exemple, si la flanelle est une armure toile, il est devenu plus courant de voir le même effet feutré sur des sergés peignés.

Le petit tableau ci-dessous récapitule les grands motifs utilisés, tissés à partir des armures toile et sergé:

1- Armure sergé, motif tennis (en anglais Pin stripe). ce tissus à rayures présente des lignes plutôt fines. Vu de près, cela ressemble à une succession de points. Elle n’est pas à recommander pour qui veut être discret.

2- Armure toile, motif carreau-fenêtre (en anglais window pane). Ce motif est par exemple, à la mode actuellement. Il peut-être réalisé à partir d’une armure sergé également.

3- Armure sergé, motif rayure à la craie (en anglais chalk stripe). C’est une rayure plus large, souvent moins forte que la rayure pin stripe. Elle peut présenter une bon compromis entre port de la rayure et discrétion.

4- Armure toile, motif caviar (en anglais birdseye). Ce tissage est formidable pour qui veut un costume uni avec de la personnalité. L’effet changeant vu de près permet de rompre la monotonie d’un uni.

5- Armure toile, motif pick & pick. Cet effet peut facilement être confondu avec un sergé, mais les rayures sont inversées. Les tissus en pick & pick jouent souvent sur l’opposition de fils de couleurs contrastées pour créer une couleur générale entre-deux, permettant également un effet de chiné.

6- Armure toile, motif pied-de-coq (en anglais hounds tooth). C’est par excellence un exemple de tissus hors du temps, réservé aux vestes de nos grands pères. Ceci dit, bien porté, ce peut être très original.

7- Armure toile, motif glencheck. Souvent confondu avec le prince de Galles, il en représente une version édulcorée, guère à la mode. Le croisement des lignes horizontales et verticales se fait par l’intermédiaire d’un motif pied-de-coq, alourdissant l’ensemble. Idéal pour les manteaux ceci-dit.

8- Armure toile, motif prince de Galles. Tissage excessivement connu, souvent du meilleur effet.

9- Armure sergé, motif chevrons (en anglais herringbone). Il s’agit d’une version complexifiée de l’armure sergé (à diagonales donc) qui n’était plus tout à fait à la mode jusqu’à ce qu’Uniclo propose de très beaux pantalons dans ce motif. Très résistant, il évoque immédiatement les vêtements d’avant-guerre. Ceci dit, il est souvent très esthétiques, car il ‘brille’ d’une rangée à l’autre.

Ce rapide tour est clôt, si toutefois vous aviez des questions ou des remarques, n’hésitez pas, le sujet des tissages est vastes et l’on peut facilement s’y perdre!

La coupe des revers

S’il est une tâche extrêmement agréable dans le métier de tailleur, c’est bien celui de couper! Et la coupe, c’est tout un art! Si la formation que je suis à l’A.F.T me destine à devenir uniquement apiéceur (celui qui réalise le veston), je goûte mon plaisir lorsque je trace, ce qui n’est pas du goût d’ailleurs du maître tailleur.

En effet, le fonctionnement traditionnel d’un atelier est très hiérarchisé: le tailleur qui reçoit le client prend les mesures et dessine le patron. Il coupe ensuite les tissus, puis donne la bûche (les différents tissus roulés en bûche donc) à : un apiéceur qui réalise le veston, un culottier qui réalise le pantalon, un giletier qui réalise le gilet. Ensuite l’apiéceur rend le travail exécuté, avec les manches et le col non montés, ce qui sera le privilège du tailleur. Un bon ouvrier apiéceur (qui le désire) pourra éventuellement passer ouvrier coupeur (celui qui coupe suivant les patrons), puis tailleur, puis maître en son art… voilà pour le cursus hérité du compagnonnage. Et les tailleurs ont toujours voulu garder au secret leurs méthodes de coupe! Dieu, un apiéceur ne doit pas me voir!

Car la coupe, c’est l’ultime étape du goût et de l’esthétique. Les derniers grands maîtres tailleurs étaient tous des coupeurs de formation; formation dispensée dans la très célèbre école de coupe de la rue d’Aboukir me semble-t-il, aujourd’hui fermée. Francesco Smalto était coupeur chez Camps où il a fait ses armes par exemple.

Mais comme disait Pépin, bref! Revenons en à la coupe du revers de la veste, pour vous montrer à quel point la coupe, c’est important:

Voici figurés trois devants gauches à trois boutons, avec assemblés le devant et le petit côté. La pince recoupe les poches. La ligne rouge foncée représente l’axe de symétrie du revers, sur lequel on le pivote. Faites l’essaie avec votre veste, vous comprendrez.

  1. Cas 1, revers à cran sport (en rose), de type droit. Comme vous le voyez, la coupe du bord du devant suit l’axe DL, y compris le revers. Ainsi, lorsque l’on roule celui-ci, il présente une petite surface et surtout un roulé (à la base, au niveau du bouton) très peu visible. C’est la coupe du prêt à porter, qui l’utilise par soucis d’économie notamment. La pose du passement (bande de coton qui longe le bord intérieur du veston) est facilitée par cette coupe en ligne droite! Cela crée des ‘petits’ revers, disons plutôt mode actuellement.
  2. Cas 2, revers à cran parisien (en rose), de type revers courbe. Vous constatez que le dessin du revers à plat (orange) ne suit pas le DL, et est quelque peu bombé. Cette technique, très culture tailleur, permet au revers de rouler avec élégance, et de bien marquer la base du revers, au niveau du bouton. Elle oblige à poser le passement en courbe, et à piquer les lainages de manière courbe aussi, ce qui n’est pas le plus facile!
  3. Cas 3, revers à cran aigu (en rose), de type devant courbé. Ici, on atteint le summum de l’élégance en terme de coupe, (mais ce n’est pas une obligation ni même une démarche, cela dépend du ‘style’ de la maison) peut-être plus français qu’anglais dans la tradition, quoique… Pour arriver à ce rendu, on courbe aussi le devant, en le rentrant vers l’intérieur (par rapport au DL) au niveau du dernier bouton, et en bombant le revers. Cela crée un ressaut marqué au niveau du roulé. Il est alors possible (à l’instar d’Arnys) d’arrondir le reste de la coupe, notamment l’échancrure du bas, les pinces ou encore les passepoils des poches, ce qui représente un travail non-négligeable. Cela donne un petit esprit équestre pas désagréable, et adoucie le côté strict de la coupe droite, sans pour autant sortir du cadre codifié de la tradition!

Vous constaterez ainsi qu’une coupe grande mesure apporte quelque chose de différent d’un prêt-à-porter, et quelle se remarque, de par son esthétique finement élaborée, dans le détail, car l’élégance n’est que détails…

Le Prince de Galles

Non, cet article ne sera pas une extension de Point de Vue – Images du mondes, mais il parlera simplement de ce tissu qui porte le nom de Prince de Galles, cette étoffe si chère aux esthètes de l’habillement. Inventé à Londres vers la fin du XIXème siècle par Charles Redfem, il fut adopté par le futur Edouard VII, prince de Galles, pour ses tenues de voyage. Il lança alors Redfem qui baptisa sa création du nom de son royal client!

schéma de larmure prince de galles, simple et fenêtrée

Dans les faits, le motif du prince de Galles est basé sur les carreaux, faits de jeux de lignes horizontales et verticales qui se croisent à des intervales réguliers dans des nuances voisines du blanc au gris foncé sur un fond gris clair. Quelque fois, ce motif de base est surcoupé d’un mince filet rouge ou bleu, on parle alors de prince de Galles à carreaux-fenêtres. Il diffère du dessin écossais qui lui est généralement fait de nuances vives.

Ce motif est généralement réalisé en croisé 2 et 2 qui présente un quadrillage, souvent contrasté ou plus marqué, qui se superpose sur une armure pied-de-poule. A ce sujet, le pied-de-poule est une armure toile qui présente un visuel d’armure sergé (en diagonale). Le pied-de-poule est un tissu croisé 2 et 2 formé de deux fils de couleurs différentes en chaîne et en trame. Le dessin en forme de damier empietant, caractéristique du tissu pied-de-poule est obtenu par le rythme des effets de chaînes et des effets de trame, associé à une alternance régulière des fils de couleur, en chaîne et en trame. Les motifs gros pied-de-poule sont appelés pied-de-coq.

Pour ce qui est du port du prince de Galles, ce bon compromis entre tissu sport et tissu ville, il est varié et souvent de bon goût. Il permet de porter un motif carreau sans que cela devienne fatiguant. Il est le plus souvent très discret, mis à part peut-être ces princes de Galles des années 30 présentant un format supersized… Deux grandes couleurs dominent: le beige estival (ci-dessus) et le gris plus hivernal (ci-dessous). Ceci dit, cette différenciation n’est qu’une proposition de style, le prince de galles porté en journée peut être très polyvalent, à la ville comme à la campagne ou dans une gare de la côte amalfitaine à côté de vos malles…

Ça ne coûte pas si cher de bien s’habiller

C’est sur cette rengaine commerciale que je vais vous faire part de la tenue que je portais aujourd’hui, pour répondre à un discussion que j’ai entretenu sur un autre blog à propos du coût et de la relation à la classe sociale que peut représenter l’habillement. Si l’on sait que les dépenses d’habillement des ménages français ont baissé de moitié en 45 ans, passant de 11,8 à 4,7% du budget annuel, la perte qualitative fut aussi très grande. (CF cet article captivant de La Dépêche). Ainsi, ce jour pour aller en cours à l’AFT, j’avais sorti ma panoplie méga-brand pas chers, dans une tonalité très automnale:celio

  • La veste en velours côtelé marron, 3 Suisses de l’année dernière, 78€ (+boutons changés pour des modèles en cuirs, chez Ultramode mercerie, 5€)
  • Le pantalon en velours côtelé moutarde, Celio d’il y a trois ans, une cinquantaine d’euros, de bonne coupe.
  • Une chemise Le Grand Comptoir (une sorte de bazar de meubles) blanche rayée marron, 29€
  • Un nœud papillon Polo Ralph Lauren bleu rayé club rouge avec des têtes de chiens de chasse, 9€ à La Vallée Village
  • Une ceinture en veaux-velours, à boucle dorée, Bexley, 29€
  • Une paire de souliers à bouts droits en veaux-velours, amoureusement entretenus, Bexley, 129€
  • Une paire de boutons de manchette ronds dorés, aux puces de Vanves, 15€
  • Un petit mouchoir de pochette beige à pois blancs découpé dans un échantillon de tissus, O€

Voilà pour ce petit tour d’horizon, qui ne manquait pas de panache, pour une prix total franchement raisonnable, avec des classiques réutilisables. Comme quoi aussi, dans les sous-marques, on peut trouver de quoi se fagoter convenablement, à ma grande surprise aussi.

MàJ: Ceci dit, nous sommes tous d’accord que l’Art ne nait pas dans le médiocre ou même le moyen. Mais avec un peu de goût, sans trop de moyen et un grand respect des codes, on peut être correctement ‘mis’. Mais en aucun cas cela ne peut dépasser ou remplacer l’Art, le bien fait et le vrai savoir-faire…

De l’épaisseur des lainages

Nous entendons parler de plus en plus souvent pour décrire les costumes de l’épaisseur de leur lainage, appelée super quelque chose… Mais que signifie exactement ce terme?

La laine, après avoir été tondue sur le dos des moutons, est envoyée au lavage pour en retirer les saletés puis dans des sortes de rouleaux pour être cardée, c’est-à-dire être transformée en fibres longues de laine. Après cette opération, elle est relavée, apprêtée, et enroulée par plusieurs brins. Ensuite, si les fibres sont trop courtes, on s’arrêtera là, ce qui donne la laine cardée (le tweed par exemple), et si les fibres sont de bonnes qualités, on les peignera. Le fil primaire s’appelle le retor. Il peut de nouveau être enroulé pour former un fil double retor.

La finesse de fil ainsi obtenu se distingue sur les normalisations oko tex suivant les termes super 60, super 70, super 100, super 180, super 200 etc. Il s’agit en fait du nombre de fil que l’on peut disposer les uns à cotés des autres sur une longueur d’un pouce. Cela donne donc une indication sur la finesse du fil utilisé pour tisser le lainage.

Car vous pouvez très bien obtenir un tissus lâche et estival avec un super 110’s, il suffira de tisser les fibres de manière aérée. Il n’y aura pas 110 fils sur un pouce mais il aura été tissé avec un fil super 110… Cela ne préfigure donc en rien la qualité finale du tissus.

Cumunel
Blazer en lainage armure chevron super 90s, et chino en sergé de coton.

Deux grands types de tissage sont utilisés en mode masculine, l’armure toile et l’armure sergé, dont est dérivé le chevron.  La flanelle par exemple est une armure toile en laine cardée, qui peut se présenter en super 110’s ou super 180’s. Le lainage grain de poudre (vu dans l’article sur les smoking) est à l’inverse une armure toile en laine peignée, qui peut se présenter.. idem.

Alors attention, cette mode actuelle pour la finesse du tissus ne veut rien dire en revanche. Se prévaloir d’un costume en super 150’s ne veut pas dire grand chose. Les lainages fins (super 130, 140, 170 etc…) ont été développé grâce au perfectionnement des outils de production, dans le même temps que l’industrialisation du prêt à porter. Un maître tailleur ne se risquera que rarement sur des lainages supérieurs à super 130’s. Les tissages d’une finesse supérieure sont plutôt destinés à être travaillé par des robots automatisés. Ils demandent une extrême précision dans leur mise en œuvre, car ils frisent vite (effet de vague aux coutures) et demandent des fils extrêmement fins ne se tordant pas (donc plutôt en 100% polyester). Ils sont donc d’une grande difficulté à travailler, et ne sont pas appropriés au travail à la main. De plus, les industriels vantant ces produits en super 160’s ont souvent recours aux toiles thermocollantes pour les plastrons, thermocollants qui marquent assez vite sur ces fins lainages…

La norme acceptable pour un tailleur se situe aux alentours du super 110’s, voire maximum super 130’s. Au delà, des techniques industrielles (notamment le picotage des revers au fil de nylon sur une machine à aiguille courbe) s’imposent plus ouvertement.

Fameux Nicolas Le Floch

France 2 diffusait vendredi soir le quatrième opus de la série télévisée adaptée des romans de Jean-François Parot et consacrée aux enquêtes secretes de Nicolas Le Floch pour le compte du bon roy Louis XV.

Si l’épisode de ce vendredi intitulé ‘L’affaire Nicolas le Floch’ était quelque peu décevant du point de vu de la dramatisation, et surtout à cause du rendez-vous manqué avec l’androgine chevalier d’Eon, il faut bien admettre que cette série brille par son esthétique. Que ce soit les décors ou les costumes, tout est résolument parfait! Tellement parfait que nous avons passé la soirée à détailler les habits au lieu de suivre l’intrigue.

Ces vêtements amples, souvent gansés (ou surtachés suivant le terme consacré), fait de belles étoffes sont incroyable. Largement inspiré du vestiaire chasse français, ils définissent un beau répertoire de couleurs et de formes, largement tombé en désuétude par l’apprentissage des codes Beau Brumel. Par peur de nous redire, nous éviterons de faire un paragraphe sur l’interêt de la Maison Arnys à ce sujet, mais cela a donné des idées de tenues à Stiff Collar:moi mousquetaire

L’un des traits notables des tenues du Grand Siècle est leur non-appropriation de l’emmanchure. Il nous semble souvent voir des habits présentant soit pas de manches, soit des manches bouffantes, plus proches du flou que de la culture tailleur. Cela nous a donné l’idée d’un ensemble gilet + pantalon quelque peu différent des habitudes: gilet long en cachemire anthracite à poches cavaliers, petit revers, l’ensemble gansé de soie verte; pantalon de la même étoffe très serré (17cm en bas), avec poches postiers et bas à boutonnières. Le manteau allant avec est en fait une réédition des parures mousquetaires, d’une seule pièce couvrante. La chemise à col et poignets blancs est crème à rayures couleur lavande. Le noeud papillon complète l’ensemble.

Partie de chasse à Gosford Park

Les parties de chasse étaient jusque dans les années 60 des rendez-vous privilégiés pour le monde, permettant de s’évader pour un court instant de la ville. Les chasses du président Coty à Fontainebleau ou Rambouillet étaient célèbres pour rassembler les ambassadeurs, épaulés de gens d’armes, les bien nommés.

Durant rarement plus qu’un week end, ces rencontres plutôt aristocratiques étaient l’occasion d’un déménagement important de personnel et de matériel, créant un lien entre économie de la ville et économie de la campagne. Le très intéressant livre de Mark Girouar intitulé La vie dans les châteaux français, du Moyen Age à nos jours relate avec force détails ces allées et venues.

De même, l’une des grandes figures cinématographiques qu’est Robert Altman signa à ce sujet l’excellent film Gosford Park, (2002) qui relate avec brio les mécanismes à l’œuvre pour aller tirer le pigeon (ou le tetra).chasse

Ainsi, les grandes résidences de campagnes possédaient un personnel nombreux et hiérarchisé. Étudions la sociologie d’une maison habitée par un couple et leur fille, et conviant trois autres couples, soit neuf convives. Il fallait:

  • Un majordome (qui est attaché à la gestion du personnel, butler en anglais)
  • Une femme de charge appelée parfois gouvernante (qui est attachée à la gestion de la maison)
  • Le valet de Monsieur
  • La femme de chambre de Madame
  • La première femme de chambre (attachée aux autres chambres), attachée à la fille
  • Une femme de chambre, faisant le ménage, les chambres etc…
  • Deux valets de pied (footmen en anglais), pour le service et l’assistance au majordome
  • Une blanchisseuse
  • Une cuisinière
  • Quatre filles de cuisine
  • Un armurier pour la gestion du râtelier
  • Un garde chasse pour gérer le domaine
  • Huit rabatteurs, embauchés parmi les habitants du village pour servir de gens d’armes
  • Deux chauffeurs
  • Cinq garçons de maison, aidant aux tâches lourdes (transport du charbon, ménage etc…) sous les ordres du majordome
  • Cinq filles de maison pour aider dans toutes les tâches ménagères, sous les ordres de la femme de charge

A ce personnel de la maison s’ajoute le personnel des trois couples conviés:

  • Trois chauffeurs
  • Trois valet de Monsieur
  • Trois femmes de chambre de Madame

Nous arrivons ainsi au chiffre vertigineux d’une cinquantaine de personnes servant neufs convives invités à chasser, ce qui faisait de ces maisons de véritables hôtelleries de campagne. Le film de La Règle du Jeu de Jean Renoir permet de comprendre les systèmes sociaux à l’œuvre. Le soir dans tous les cas, et même si le tweed est de rigueur dans l’après midi, c’est white tie!

white tie