Chez Tom Ford

Mais que fait donc ce créateur sur Stiff Collar ? Je me le demande aussi à la vue des fripes et autres caches sexe qu’il dessinait pour la maison Yves Saint Laurent entre 2002 et 2004. Mais le fait est qu’il a changé quelques peu depuis.

Le rénovateur de la maison Gucci a créé la maison Tom Ford il y a quelques années maintenant, avec les parfums d’abord il me semble, puis une collection complète de prêt à porter qu’il est, au passage, difficile de trouver. Le seul magasin en France pour trouver sa collection est Colette rue du Faubourg Saint Honoré à Paris. Alors pour les personnes de province qui ne connaissent pas cet antre de la fashionnista, sachez simplement qu’un gentleman n’oserez pas franchir la porte : produits, clientèles et musiques trop fortes dessinent une ambiance intelligentsia internationale douteuse,  voire navrante.
TomfordJSC
Quoiqu’il en soit, le prêt à porter Tom Ford, c’est intéressant ! Premièrement pour sa diversité, allant du costume au smoking en passant par le maillot de bain, et deuxièmement pour ses inspirations toutes classiques finalement. Les costumes notamment font la part belle aux flanelles, tweeds et autres laines skinshark, dans des coloris dignes de chez Hunstman. La nouvelle collection hiver propose de nombreux vêtements, plutôt classiques avec quelques réinterprétations, notamment le tartan avec un smoking. Sinon, les vestes sports en tweed à carreaux et les pardessus en laines sont de belle facture. A voir donc, sur son site, l’un des mieux présentés que je connaisse : Tom Ford .com

Le passepoil et la demi-lune

La fin de la deuxième semaine de cours à l’Association Formation Tailleur est l’occasion de présenter les quelques modèles de poches en culture tailleur. Une veste arbore traditionnellement trois types de poches : côté, poitrine et garniture. Celles-ci peuvent ensuite être sous divisées en variétés, poches passepoilées simples, à rabats, plaquées, plaquées à soufflet etc…

La poche de côté passepoilée à rabat ou patte est la plus courante. Elle se compose de deux passepoils (replis de tissus permettant de dissimuler une coupe dans le lainage), d’un rabat, d’une parmenture intérieure en satin, d’une doublure de patte en satin (coupée en plein-biais), d’un morceau de bougran (coton à armure toile) pour rigidifier l’arrière des passepoils, d’un morceau de toile thermo-collante pour l’intérieur de la patte (il y a controverse sur l’usage de cet artifice) et de deux fonds de poches en percaline (autre toile de coton plus souple que le bougran). Voilà  pour les pièces nécessaires à la préparation d’une poche de côté.

La réalisation de la patte démarre en premier et demande beaucoup d’attention et de dextérité. Il convient de bâtir endroit contre endroit le satin et le lainage préalablement thermo-collé, puis de piquer, de retourner, de rouler les bords du satin, de piquer en points perdus puis de presser… Réaliser une belle patte bien régulière et aux arrondis fins dont on ne puisse voir la doublure une fois positionnée est assez difficile et représente une lourde étape dans la façon d’une veste. Il faut en effet en réaliser deux parfaitement symétriques, parfaitement raccordées.

Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.
Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.

Mais la création des passepoils n’est pas plus simple. Il faut les raccorder éventuellement, les bâtir, les piquer en parallèle avec 1mm de tolérance puis cranter (couper et ouvrir la toile de la veste), rouler, piquer en points perdus, exécuter les points d’arrêts, dégarnir, coudre les demi-lunes, ajuster les sacs de poche, repiquer, presser etc…

Et il faut une heure et demi pour réaliser une poche passepoilée à rabat à un apiéceur qualifié, ce qui représente une certaine course à la vue des nombreuses opérations qu’elle nécessite (plus de 50). Du moins à l’école, nous tâchons de tenir le délai… avec succès ! Quant au raccord des passepoils sur la toile, il fait débat. La plupart des tailleurs y compris la très sérieuse maison Ciffonelli ne les raccorde jamais, les positionnant à la perpendiculaire du droit fil. En revanche, Anderson et Sheppard à Londres les raccorde. Les exemples dessinés plus haut montrent les deux exemples opposés. Le passepoil raccordé dure en revanche moins longtemps, il aura tendance à s’affaisser avec le temps…

MàJ: la demi lune étant la finition que l’on réalise au bout des passepoils, qui consiste à coudre au point perdu un arc de cercle. Celle-ci soutient les passepoils alors qu’ils se trouvent dessous, c’est une solidité supplémentaire.

Faire réparer son Barbour

Vous connaissez certainement la marque Barbour tant elle est devenue incontournable pour qui veut porter le meilleur du countrywear.

Barbour est né en 1894 quand John Barbour établit la société J. Barbour & Son au 5 Market Place à South Shields pour vendre sa précieuse invention, un manteau imperméable en toile huilée. Le succès est rapide! En 1937, le capitaine Georges Philips prend le commandement de l’Ursula, un bâtiment de la Royal Navy, où il rencontre un lieutenant équipé d’un Barbour dont il constate l’incroyable étanchéité. Il demande alors à la maison Barbour de le couper en deux et finance le prototype, la célèbre parka Ursula est née! En 1974, Barbour devient le fournisseur de la maison royale par l’intermédiaire du dur d’Edimburgh, Philip prince consort. Depuis, le succès ne se dément pas, aussi bien porté à la campagne qu’à la ville où il fait merveille avec des richelieus en veaux-velours.

Tenue de chasse avec Barbour Quilted Waistcoat
Tenue de chasse avec Barbour Quilted Waistcoat

Ceci dit, Barbour crée aussi en 1929 un département unique au monde dans le prêt à porter, de service après vente. Loin d’être anecdotique, cette clinique du vêtement voit passer pas moins de 40 000 pièces par an. Car un Barbour, c’est inusable, même si certains modèles arrivent aux ateliers en lambeaux. C’est que ce vêtement a la vie dure, accompagnant allègrement chasseur, cavaliers, motards, agriculteurs ou encore pop star. Parfois même, la réparation coûte plus que le modèle neuf, mais qu’importe, un Barbour, c’est aussi un objet sentimental.

Lorsque un jour la reine Élisabeth II envoya le sien à South Shields, madame Margaret Barbour proposa très courtoisement à sa Majesté de lui en renvoyer un neuf. La réponse fut sans appel : non merci, je préférerais que vous me répariez l’ancienne, j’y suis très attaché. Au delà des sentiments, une toile huilée s’adapte parfaitement à celui qui la porte, en prenant le galbe de ces épaules et en se patinant de manière unique!

Ce service, s’il est rare est pour autant exceptionnel dans un monde où les habitudes poussent à jeter systématiquement. A Stiff Colar, nous avons souvent l’habitude de dire que c’est dans les vieux pots que l’on fait…

Points de coutûre en culture tailleur

La fin de ma première semaine à l’Association de Formation Tailleurs est l’occasion de présenter les points de coutures qui sont régulièrement utilisés pour la confection des vestons et autres pantalons en culture artisanale.

La planche ci-après reprend en dessin tous les points.

Les points de coutûre en culture tailleur
Les points de couture en culture tailleur

La nomenclature est la suivante :

Point 1, appelé point de surfil. Il permet de tenir le bord des tissus qui s’effilochent. Normalement, il se pique par l’envers et présente des diagonales sur l’endroit. C’est un point assez long à réaliser. Certes les machines le font très bien, mais en culture tailleur, il est réalisé à la main pour clore les tissus de passepoils et autres délicatesses de petites tailles. Dimension, plus ou moins 3mm du bord et en pas.

Point 2, appelé point arrière. C’est un point très solide dont le pas est de 4 mm. Il présente sur l’endroit un pas de 4mm mais sur l’envers un point de 8mm, car il est réalisé par retour arrière systématique.  Il sert à la fois à construire le vêtement (point d’arrêt des passepoil par exemple) ou à rabattre des doublures. C’est un excellent point visible, mais il demande de la dextérité et de la régularité alors.

Point 3, appelé point quart-arrière ou point perdu. C’est un point solide dont le pas est de 4mm mais dont le piqué arrière est de 1mm. Il présente alors de petit points (visible ou pas suivant le fil utilisé). Il est très utilisé pour tenir les passepoils de manière invisible, mais également rabattre les doublures. Il permet de réaliser également le sur piquage des revers.

Point 4, appelé point coussin. Il présente une succession de crois asymétriques et permet de relier diverses couches de tissus, ou de clore des ourlets.

Point 5, appelé point de bâti simple. Réalisé en fil de coton, il permet de tenir des toiles en cours de façonnage.

Point 6 et 7, appelés points chevron. Ils permettent de piquotter les toiles de constructions du vêtement. Réalisés en fil de coton, il tient des toiles de plastron, réalisé en fil de couture, il tient les toiles de revers à la toile de laine pour ‘rouler’ le revers. S’il est facile à réaliser dans l’esprit, le piquottage des toiles de revers est ardu. Ces deux points sont réalisés en décalés l’un de l’autre pour éviter le désagréable effet ‘tunnel’ qui peut se créer en roulant, pour obtenir un entoilage homogène.

Point 8, appelé point de boutonnière. Il est réalisé en cordonnet de soie épais et présente une succession de point reliés par des nœuds. S’il est également facile à réaliser dans l’esprit, il devient ardu lorsque les points sont serrés autour du crantage de boutonnière et de son œillet.

Deux autres points s’utilisent également souvent, le point coulé et le point de côté. Le point coulé est long est délicat, il permet de dissimuler une couture qui ne peut être faite par l’intérieur. Il est utilisé pour les poches plaquées. Quant au point de côté, il permet de rabattre des doublures notamment avec discrétion.

Enfin, le dernier qui est un point de bati, le crochet tailleur, qui est un fil de bati simple auquel on donne beaucoup de souplesse et de lacheté pour créer un fil bouclé. Cela permet de repérer après patronage le tracé sur deux toiles en symétrie pour créer les deux pans droite et gauche. Une fois bouclé, on écarte les deux toiles, et on coupe le fil, dès lors on obtient un tracé parfaitement symétrique.

Nouvelle collection Hackett

L’hiver approche, malgré ces quelques jours de chaleurs qui frappent Paris, et avec lui les nouvelles collections.

Enfin du changement me direz vous, comme à chaque fin de saison. Certes! Mais Hackett est surtout connu pour son invariance, ses classiques, un peu comme Old England. Alors Michael Sondag le nouveau directeur artistique (issu de Tommy Hilfiger, sic.) nous a concocté, une fois n’est pas coutume, un hiver urbain, bien loin de l’Écosse habituelle, mais proche des codes classiques, avec une belle production de costumes trois pièces de laines et de cachemires.

Tenue des Borders pour une mi saison automnale.
Tenue des Borders pour une mi saison automnale.

Ceci dit, le streetwear fait son entrée chez Hackett avec quelques pull à capuches ou encore des casquettes de snowboard. Évidemment, des dents grincerons – celles de Stiff Collar d’abord -, mais gageons que la qualité de fabrication soit toujours au rendez-vous!

Malgré ces impairs, loin de traditions plus discrètes mais moins rentables, Jeremy Hackett préside depuis 1982 à la destinée d’une maison intéressante, à l’élégance toute british et à la démarche soignée, à la différence de Paul Smith…

Découvrez les nouveaux modèles sur le site internet, Hackett.com