La veste rose de Daniel Craig

C’est en suivant l’actualité facebook du Prince Charles que j’ai découvert la soirée d’avant-première du dernier James Bond à Londres, au Royal Albert Hall. J’étais plus intéressé par son smoking et la Rolls qui serait de sortie, que par les péripéties de l’agent anglais. Intéressé aussi de voir le Prince William, qui avait pour l’occasion choisi une veste en velours noire et des souliers type slippers aussi en velours. Une tenue très lounge et digne d’intérêt, si seulement les proportions n’étaient pas si chiches. Et puis au détour des photos, il y avait Daniel Craig.

J’avais vu sa veste de velours rose poudré. « Tiens me dis-je. » Et puis plus rien, je passais à autre chose. Seulement, plusieurs personnes m’en ont parlé à la boutique. « Avez-vous vu la veste de Daniel Craig? Qu’en pensez vous? Oh la veste de Daniel Craig, superbe. ou Spéciale cette veste non? » Alors j’ai re-regardé cette veste. Qu’en penser?

Et bien que du plaisir. Pour plusieurs raisons.

1- D’abord je suis heureux d’un assemblage de vêtements qui est de très bon goût. Car je le rappelle, la base de la tenue de Daniel Craig est le smoking. Il en porte le pantalon, les souliers et le papillon. Tous noirs avec une chemise blanche. C’est donc une base formelle et tout à fait classique. La touche de couleur est apportée en harmonie avec le reste. Le pantalon n’était pas bleu ou gris et les souliers des derbys marrons mal cirés. Vous voyez ce que je veux dire? L’ensemble était maitrisé. Pas de cacophonie vestimentaire, pas de loufoquerie. En bref, Daniel Craig n’était pas déguisé. Il y a de manière sous-jacente une maitrise intelligente du code. D’ailleurs on sait qu’il connait bien le smoking, il le portait classiquement à toutes les autres avant-premières. Pour sa dernière, il change un peu. Tant mieux pour lui.

Donnez une telle idée à un quidam, et vous trouveriez un pantalon à carreaux, un papillon dénoué (que bien des stars françaises trouvent plus « marrant ») et des lacets de chaussure rose. Exemple. Dans les personnalités diverses ce soir là, j’ai repéré deux tenues totalement hideuses, voyez ci-dessous. Franchement un smoking rose mal coupé jurant avec le noir, et un pantalon de smoking gris. Franchement c’est laid… !

1bis- Daniel Craig a le ton juste lui. Il dénote, tout en prouvant une maîtrise du smoking et de ses finesses. Comme le smoking blanc. Il comprend les degrés de variation autour de cet habit du soir. Il ne cherche pas à casser les codes de cet habit du soir, avec une lecture premier degré bancale. Il respecte cette tenue traditionnelle sans la renverser, avec les bons souliers, le bon papillon. Il n’en fait pas trop.

2- Ensuite, il s’agit là d’une itération intéressante d’un sujet qui m’est cher, celui de la veste de cocktail que j’évoquais ici. Pour quelqu’un qui possède déjà un smoking, l’idée de faire couper une veste dépareillée mais fonctionnant avec celui-ci est intéressante et pratique. Shantung autrefois, velours aujourd’hui, voilà une veste heureuse, et qui sort de l’ordinaire et du très classique registre noir & blanc. Presque toute la panoplie du smoking est employée. Sans la veste. En passant, j’avais toujours imaginé ce modèle de veste droit à col châle. Et bien en croisé, c’est très sympa aussi.

3- Par ailleurs, Daniel Craig prouve ainsi qu’il ne faut pas fuir la couleur. Et qu’au contraire, sur un homme, c’est extrêmement élégant. Ça donne même bonne mine. Pour autant que cet apport de couleur soit modéré, ici par le noir et le blanc.

4- J’ai lu par-ci et par là enfin, que Daniel Craig prouvait ainsi que les hommes de plus de cinquante avait le droit de s’amuser et de s’affirmer. Je ne saurais juger la véracité de cette affirmation du bas de mes trente-cinq ans. Cela dit, il ne faut jamais avoir peur de s’affirmer dans le vêtement. J’oserais dire que Daniel Craig prouve surtout que l’on peut être un homme, un vrai, et s’intéresser à ce sujet. Au point même de frapper fort. La veste de velours rose n’est pas exclusive des meetings d’Act-Up. Mais il aurait pu tout aussi bien porter un velours jaune, orange ou vert. C’est cette envie de montrer quelque chose de raffiné et d’étudié qui me plait là.

5- J’apprécie d’autant plus cette veste en velours que le dernier exemple en date sur le sujet m’avait assez déplu. Il s’agissait de la veste orange de Kingsman. Je n’aime pas ce noir aux revers qui est dur visuellement, et marque trop le V de la poitrine. Avec la veste rose de Daniel Craig, il y a une touche de simplicité plus heureuse.

Toutefois, si j’encense cette jolie veste rose aux poignets retournés, détail sartorial raffiné, je peux aussi apporter un bémol. Car il y en a. Cette veste, il lui manque carrément une taille. Ses biceps explosent les têtes de manches et font saillie. L’épaule ne place pas bien et le col a du mal à appliquer. S’il est statique, tout va bien, mais dès qu’il bouge, tout part de travers. Les avant-bras sont si serrés qu’ils remontent vers le coude découvrant allègrement les poignets mousquetaires. D’autant que le velours (je précise probablement en coton, ou coton-modal) n’a aucune élasticité naturelle. Une veste en laine accompagne le corps. Une veste en coton, ou donc en velours, est figée, rigide et fait très vite carcan. Il faut donc impérativement lui donner du mou. Et donc une taille de plus surtout en haut du buste.

En dehors de ce petit point négatif (notez qu’il n’est pas le seul à confondre « veste sur-mesure » et « veste collante »), je suis heureux de cette prise de risque vestimentaire. Cela donne envie de bien faire, et de mieux faire. C’est un témoignage que le beau vêtement n’est pas out-dated.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le poignet napolitain

Lorsque je regardais Amicalement Vôtre il y a plusieurs années, j’avais remarqué que les manchettes de chemises de Brett Sinclair, joué par Roger Moore, n’étaient pas tout à fait conventionnelles. Un repli habillait celles-ci en leurs donnant de l’importance. Mais point de boutons de manchette comme sur le poignet mousquetaire classique. Quelle curieuse invention dont j’avais vite trouvé le nom, le poignet napolitain. Les anglo-saxons ont plein d’autres noms eux.

Lorsque j’ai débuté dans la chemise « mesure » à la boutique, j’avais découvert dans les possibilités offertes par l’atelier des Deux-Sèvres ce fameux poignet dit napolitain et je repensais à Brett Sinclair. Ce poignet ostentatoire et qui en impose était parfait pour habiller le personnage, aux antipodes d’un Danny Wilde beaucoup plus décontracté. Une expressivité tout à fait en vogue dans les années 70, où un certain esprit baroque régnait. Pour ceux qui ne voient pas de quoi il s’agit, autant mettre une petit photo de Roger Moore avec ce poignet, je crois dans un James Bond :

Il me semble n’avoir fait qu’une fois ce poignet. Je ne me pressais pas à le proposer, ne le comprenant pas tout à fait. Je revoyais de temps en temps Amicalement Vôtre et m’interrogeais de nouveau sur la nécessité de ce truc, cet artifice de style.

Et puis je me suis lancé début septembre dans l’intégrale des James Bond. L’occasion d’étoffer ma petite culture cinématographique et de m’amuser à contempler les esthétiques passées, costumes, voitures et intérieures. Un peu comme avec Columbo. Je rappelle que le premier de la série, James Bond 007 contre Dr No date de 1962 ! Quel fabuleux kitsch.

Il se trouve que Sean Connery alias l’agent anglais porte lui aussi dans les adaptations des chemises avec une tel poignet. Une idée du réalisateur Terence Young et de son propre tailleur Anthony Sinclair qui firent appel à Turnbull & Asser pour les chemises. Ah décidément me dis-je, ce modèle passionne. Voyez plutôt, avec une version plus arrondie que précédemment :

On retrouve en quelque sorte l’esprit du poignet mousquetaire, richement étoffé, mais sans la lourdeur (toute relative) des boutons de manchette. Deux petits boutons nacrés permettent d’attacher cette manchette. Au détour d’une recherche sur ce poignet, j’ai découvert que Roger Moore était amateur d’une autre variation. Ô subtilité, elle est légèrement modifiée avec des boutons rabattant le poignet, comme le col boutonné. Comble du baroque compliqué.

Un peu comme avec la chemise popover sur laquelle j’ai écrit, on peut légitimement balancer entre une incompréhension pour un truc un peu inutile voire franchement pas pratique, et l’idée qu’au fond, l’élégance a sa part heureuse de gratuité. Le beau n’a pas à se justifier. Il l’est quand il fait plaisir. Et si ce poignet pouvait faire plaisir alors ? (Ndlr : Veuillez lire cette phrase dans son sens premier uniquement.)

Je repensais aux publicités d’une marque nouvelle suédoise, Grand Le Mar, dont j’appréciais l’atmosphère. Cette maison à l’esthétique très dolce vita use massivement du poignet napolitain pour ses modèles. D’une grande élégance il faut le reconnaitre. Voyez plutôt la collection d’été :

Et je finissais ainsi par me convaincre. Non pas pour les chemises de tous les jours. Ni même pour les chemises du soir d’ailleurs. Mais bien pour celles de l’été. En cette chaude période, il est difficile de s’habiller convenablement. Et porter une veste est parfois complexe, en particulier au travail pour moi, où il faut bouger sans cesse. Aussi ai-je pris le parti de pantalons en lin et de simples et jolies chemises. Mais comment diable me demandais-je serait-il possible de rendre cette simple chemise plus esthétique, plus raffinée, plus habillée ? J’ai l’intuition que peut-être ce poignet pourrait être une juste et intéressante réponse.

Est-ce que le poignet napolitain ne serait pas le moyen idéal de donner du caractère à la chemise d’été, sans l’alourdir. Une petite touche de poésie repliée, à la fois minimaliste et pleine d’expressivité ? Je vais y réfléchir cet hiver pour la saison prochaine !

Bonne semaine, Julien Scavini

Concours d’élégance automobile à Groussay, Résultats

Chères lectrices, et chers lecteurs, la belle automobile qui a remporté le concours de Groussay dimanche dernier fut la Peugeot 402 « Eclipse » de 1937. D’ailleurs, l’auto en question est à vendre ici. Bravo à M. François Terrasse qui à 17h39 le 21 septembre donna la bonne réponse. Il pourra passer à la boutique et repartir avec un semainier de mi-bas 😏

Alors, petite explication concernant cette auto, par Patrick Lesueur, conseiller historique du concours Art Automobile :

DEUX EN UNE OU LA FORMULE ECLIPSE

« Au milieu des années trente, le dernier mouvement stylistique en matière de carrosserie automobile reste l’école aérodynamique. Cet esthétisme dans laquelle s’engouffrent sans retenue nombre de constructeurs, donne parfois naissance à de fameux faux pas. Par bonheur la maison Peugeot, avec sa gamme 402 dite « fuseau Sochaux » dévoilée le jeudi 3 octobre 1935 au sein du Salon de Paris, parvient à concilier moderniste et équilibre. La calandre en forme de cœur étiré, emprisonnant les optiques, demeure une caractéristique plastique identitaire de l’auto, tout comme la partie arrière fuselée, bordée d’ailes fuyantes accueillant les jupes cachant les roues, accentuant l’impression de fluidité. Une carrosserie totalement iconoclaste, qui étonne, tant l’entreprise au Lion est souvent perçue comme trop réservée. Mais une autre surprise de taille attend les visiteurs, la 402 transformable « coupé Cabriolet » Eclipse. Sa naissance est tout aussi étonnante. Depuis 1933 le dentiste Georges Paulin, passionné par l’étude des carrosseries automobile, a déposé un brevet concernant le concept du « toit métallique entièrement escamotable dans le coffre arrière d’une automobile ». Ce dernier collabore régulièrement avec le carrossier de Rueil Marcel Pourtout, et fréquente tout aussi assidument le célèbre distributeur Peugeot Darl’Mat installé rue Malar à Paris. Emile Darl’Mat parvient à intéresser la direction de Peugeot à la recherche d’idée nouvelle, qui s’intéresse rapidement à cette brillante proposition. Après une année de mise au point (20 000 opérations ont éprouvé le dispositif sur le prototype) Peugeot en assure l’étude industrielle pour une production en série limitée dans ses ateliers de carrosserie spéciale de la Garenne Colombes. Profitons de l’occasion pour insister sur le fait que c’est bien Peugeot le premier constructeur au monde à avoir commercialisé une automobile au pavillon rétractable, et que 580 bons de commande seront signés par de véritables connaisseurs en faveur d’une 402 Eclipse, entre 1936 et 1939. Rappelons que Georges Paulin membre du réseau de renseignements Phil sera fusillé par les nazis le 21 mars 1942. »

Voici pour finir ce toit rigide et escamotable, par deux personnes seulement, sans dispositif complexe ou électrique. Le toit se translate simplement de et vers la malle arrière. Et tout s’emboite parfaitement. Quelles lignes !

(Pour ma part j’avais voté pour la Hotchkiss – Anjou coupé « St Tropez » 😜) A demain pour l’article habituel parlant vêtement, une fois n’est pas coutume. Bonne semaine. Julien Scavini

Concours d’Élégance Automobile à Groussay

J’étais donc hier à Groussay, magnifique demeure hélas en état de délabrement de Charles de Beistegui, située à Montfort l’Amaury. Sur les pelouses du château et pendant deux jours se tenait un rassemblement de voitures anciennes et élégantes, avec en clou du spectacle dimanche, un concours d’élégance automobile, le prix Jean-Paul Thévenet. J’étais juré.

J’avais sorti une veste bien connue et qui n’avait pas vu la lumière du jour depuis plusieurs années. Je m’étais beaucoup questionné sur la tenue idéale. Quel plaisir de retrouver ma veste de régate en coton rayé. Pantalon de laine fine et chaussures Buck de chez Fairmount déjà évoquées ici en complément. J’avais oublié le chapeau, tant pis, ça aurait fait trop de toute manière.

A partir de 14h30, un certain nombre de beaux véhicules d’époque ont défilé devant un jury de personnalités diverses dont une célèbre et sympathique costumière de cinéma, Mimi Lempicka, César des costumes pour Au revoir là-haut, film d’Albert Dupontel que je dois absolument voir.

Je me demandais comment donner un peu de relief à ma présentation des voitures, dont une reçut le prix du jury. Et bien tout simplement en refaisant ici un concours amusant. Je vais vous présenter succinctement chaque voiture. Mais je ne vais pas vous révéler laquelle a gagné.

En commentaire, vous donnerez votre préférée. Ceux qui auront trouvé la voiture gagnante passeront par un tirage au sort, et l’un recevra une petite récompense. Alors on y va.

1 – Lancia – Fulvia Coupé S1 – 1965 – M. Potain

2 – Studebaker – Gran Turismo Hawk – 1963 – Galerie d’Ieteren

3 – Facel-Vega – Coach HK2 – 1962 – M. Lahterman

4 – AC – AceBristol – 1960 – M. Dubost

5 – Austin Healey – 3000 – 1960 – M. Gillet

6 – Chrysler – 300B – 1956 – M. Michaut

7 – Ford – Thunderbird – 1955 – M. Michaut

8 – Hotchkiss – Anjou coupé « St Tropez » – 1954 – M. Starke

9 – Cadillac – Série 41 type 62 – 1941 – M. Michaut

10 – Alpha Romeo – 6C 2500 – 1939 – M. Hazet

11 – Nash – Ambassador – 1939 – M. Pontet

12 – Delage – D6 Letourneur & Marchand – 1938 – M. Letourneur

13 – Packard – « Coupé de ville » Eight Franay – 1938 – M. Antoine

14 – Peugeot – 402 Eclipse – 1937 – M. Michaut

15 – Rolls-Royce – 20/25 Coupé Mulliner – 1936 – Mme. Hollande

16 – Wanderer (l’ancêtre de Audi) – W25K – 1936 – Galerie d’Ieteren – rarissime !

17 – Citroën – reconstruction sur plan d’une Rosalie Speedster – 1933 – M. Lasalle

18 – Delage – D8 Figoni – 1930 – Ravi Prakash (Cette voiture et ses propriétaires étaient venus spécialement d’Inde. Pour la petite histoire, cette automobile carrossée en cabriolet par Figoni et Falaschi avait été vendue en 1930 au salon de Paris au Maharadjah d’Indore qui l’avait faite repeindre dans cette couleur orange Veuve-Clicquot avant de la rapatrier chez lui. Retour rapide sous les cieux parisiens donc. Notez le bouchon de radiateur en Lalique.)

19 – de Dion-Bouton – type DH – 1912 – M. Garcia-Guillorel

Nous voici au bout de ce joli plateau. Nous n’avons pas parlé costume aujourd’hui, mais avouez que ce sont là de biens jolies lignes aussi !

Reste à trouver maintenant qu’elle fut la voiture gagnante. Nous avions un mot d’ordre « quelle voiture voulez-vous ramener ce soir chez vous ». Pensez ainsi et donnez vos réponses 😉

Bonne semaine, Julien Scavini

L’hommage à Jean-Paul Belmondo

Il y a quelques jours, un client me demandait pourquoi je n’avais pas fait d’article sur Jean-Paul Belmondo pour lui rendre hommage d’une manière sartoriale. J’étais un peu pris de court, car je venais à peine d’apprendre son décès et l’hommage national était déjà prévu pour le lendemain aux Invalides. Cela dit, en quelques minutes, je réalisais aussi qu’au fond, je connaissais très peu l’acteur, à part quelques vagues souvenirs du Cerveau, et encore, surtout pour David Niven. Pas un sujet facile pour moi. Cela dit, pourquoi pas me suis-je dit.

Le lendemain, les Invalides raisonnaient de la musique de la Garde Républicaine et nombre de personnes se présentèrent pour voir l’hommage. Je vis quelques images à la télévision, au moment du discours de son petit-fils. Entouré d’autres jeunes, je me suis alors dit que les costumes-cravates avaient un peu de tenue, sobres et bien coupés. Ce petit groupe avait un peu d’allure.

Et puis au cours de ma recherche sur le sujet, je fus attiré par des galeries photos des obsèques, à l’église Saint-Germain-des-Prés. J’aime bien ces galeries photos proposées ça et là sur internet, genre Point-de-Vue et Images du Monde. Voir les célèbres de façon ordinaire.

En les parcourant, je me suis dit non. Je ne vais pas parler de Jean-Paul Belmondo, je vais parler de ceux qui sont venus le voir une dernière fois, l’accompagner pour cette traversée du Styx. Pourrais-je penser que ce n’est pas un évènement anodin?

Toutes ces photos ont été prises à l’entrée de l’Église, ou à la sortie. Dans l’ordre, commentons :

  • Antoine Dulery a fait l’effort d’une cravate. Et l’Abbé Pierre le remercie d’avoir sélectionné son dépôt-vente pour trouver un costume. Sa compagne n’a trouvé qu’un jean de son côté.
  • Bernard Murat a une jolie veste sport. J’ai la même pour aller chez Castorama.
  • Albert Dupontel doit avoir une ardoise chez son teinturier pour ne plus oser y retourner.
  • Francis Huster a fait un vrai effort remarquable. Dommage que l’étiquette du manteau soit encore en bas de manche. Probablement pour se le faire rembourser le lendemain?
  • Guillaume Canet a un joli costume. Bleu.
  • Pierre Vernier pensait se rendre aux floralies.
  • Michel Hazanavicius ne voulait pas se changer avant d’aller au buddha bar. Alors autant ne pas en faire trop. Sa compagne est pieds-nus. Bah pourquoi pas. Aussi à l’aise à la plage que dans les églises!
  • Pierre Richard doit être le père de la Capitaine Marleau.

Je restais coi. Je ne savais même plus quoi penser.

D’abord je me suis dit. A leurs niveaux de rémunération, ne pas pouvoir sortir une fois de temps en temps dans un costume noir un peu décent me sidère. D’autant que le costume noir, c’est presque l’incontournable depuis plusieurs années. Enfin quoi ? Un costume. Noir. Repassé. Trois mots simples.

La plupart sont habillés là comme s’ils se rendaient n’importe où ailleurs. Ils prennent l’avion probablement sapés ainsi. De même qu’ils vont déjeuner à la brasserie probablement de la même manière. Toutes ces tenues, si ordinaires, si banales, si médiocres sont une insulte à tout.

Alors je connais la parade. Elle est double. D’abord que ce sont des saltimbanques. Et que par là même ils ont le droit de s’affranchir des codes bourgeois et de la bien-pensance. Et deuxièmement, que c’est ça l’élégance « à la française », nonchalante, qui sait dépasser les codes. Et donc que tout ce que je pourrais écrire est imbécile et dénué de sens. Et probablement facho ou quelque chose comme ça.

Peut-être.

Ces quelques clichés, pas tous à jeter j’en conviens toutefois, sont l’illustration parfaite d’un cloaque esthétique où plus rien n’a de sens. Tout est mis sur le même plan. On va au magasin de bricolage comme on sort diner. On va au théâtre comme on monte dans le train. On va à des obsèques comme on fait les choses les plus ordinaires. Il n’y a plus de hiérarchie de valeurs. Plus d’intention. Seulement du courant. C’est d’autant plus tragique lorsque des photographes sont là.

Il n’est absolument pas question là de bien s’habiller. Il est juste question de circonstance. De moment.

Il n’est pas non plus question de costume. Il est juste question du bon choix. Et de la dignité de ce choix.

La dignité. Voilà un mot totalement balayé par l’époque contemporaine. Et déconnecté de l’esthétique contemporaine. Un vieux mot, affreux, daté, honni.

On a le droit d’être débraillé parfois. C’est une part heureuse du progrès que je ne nierais jamais. On peut pantoufler mal habillé devant sa télévision ou dans son jardin. On a le droit de ne pas faire toujours un effort pour descendre acheter un litre de lait. Mais on doit toujours avoir le sens de la dignité et de l’instant. Et dans le genre, les obsèques d’une personne sont en haut de la liste. Un instant unique. Le dernier avec cette personne.

Certains parleraient de respect aussi. Mais je déteste ce mot valise, si utilisé et si vidé de tout sens. Non, la dignité, c’est mieux, plus englobant.

Au fond, tout cela n’est pas grand chose. Et j’aurais pu passer aussi vite sur cette galerie photo que sur la météo ou le programme télé. C’est peut-être ça le but actuel, se divertir, s’informer, se divertir, s’informer, zapper, et tout fondre dans une même mélasse. Un peu de tout et beaucoup de « je m’en fous ».

Mais je suis heureux d’avoir pris le temps de réfléchir à cet instant. Et d’avoir songé à Belmondo à travers ses derniers invités.

Jean-Paul Belmondo n’était pas à la ville l’élégant du siècle. Ce devait en revanche être un homme très sympathique et charmant. Et je remercie la pellicule qui elle, grâce à l’érudition et au travail des costumiers, figera à jamais l’image d’un fringant acteur qui a incarné d’élégants personnages !

Bonne semaine, Julien Scavini

Être ou ne pas être un jeune dandy

Il y a peut-être trois ans de cela, un client d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain, avec qui je discutais de notre sujet préféré, me lança tout de go qu’il trouvait assez ridicule ou au moins risible « ces jeunes freluquets se pavanant dans des costumes de milords avec pochette, habillés à vingt ans comme s’ils dirigeaient une banque d’affaire internationale. »

J’avais bien rigolé de la boutade. Au fond de moi, je voyais exactement à quoi il faisait allusion. Et même, je le prenais un peu pour moi d’une certaine manière. C’est vrai que je fus si fier lorsque j’achetai mon premier costume chez Hackett, avec bien entendu, une jolie pochette blanche bien disposée. J’avais vingt un ans ou quelque chose comme ça. N’était-ce pas trop? N’était-ce pas un exagéré? A chaque honorable jeune que j’habillais ainsi, à qui je conseillais même le choix de telle rayure plus prestigieuse qu’une autre, je me remémorais cette tirade. N’étions-nous pas en train de concevoir non pas un costume, mais un accoutrement ridiculement outré ?

Cette sentence – si seulement je n’avais entendu que celle-ci dans ma courte expérience de tailleur! – résonnait depuis dans ma tête. D’autant plus finalement qu’au quotidien je suis moi-même plutôt discret, costume marine, souliers noirs. J’aime m’habiller, mais je n’aime pas en faire des tonnes. A part le papillon. C’est pourquoi je fus dubitatif sur l’esthétique très ostentatoire de SuitSupply. J’aime les choses raisonnables.

Avec le temps, j’étais tiraillé intérieurement. Avait-il raison? Des jeunes dandys à peine sortis de la fac devraient-ils en remontrer? Et étaler leur panache, et l’argent investit aussi. Un moment je décidai de m’en ficher et de me dire que s’était de l’amusement. Au fond, un amusement bien innocent. Mais cette conclusion ne me plaisait pas. Elle n’était pas satisfaisante. Trop gratuite pour contenter ma philosophie. Et je continuai d’y penser.

Autre réponse. Ne devrait-on pas attendre d’être vraiment ce que ces vêtements signifient? C’est à dire un homme victorieux bien installé dans son confort, triomphant de lui-même et des autres? Qui en remontre? Mais cette voie explicative ne me plaisait pas non plus. Trop sociologique, elle renvoie le costume à un signifiant de lutte des classes, ce que j’aime encore moins, car c’est totalement faux. Le costume et sa pochette sont des expressions du beau. Point. « La question elle est vite répondue. »

Merci à Jamais Vulgaire pour cette photo.

Mais enfin, allais-je trouver un jour une réponse? Ou arriver à trancher cette question? Cela m’agaçait car je balançais d’un jour à l’autre, un coup d’accord avec lui « trop c’est trop, il a raison » et le suivant à me dire « mais non il faut s’amuser contre la monotonie, le beau a tous les droits . »

Et puis cette été en pensant à rien d’autre qu’à l’heure idéale pour descendre dans la piscine de l’hôtel, une idée me traversa l’esprit. Mais heureusement que les jeunes font cela. Ce sont bien les seuls en fait. Et ils donnent envie ! ENVIE.

Ce qui me fit repenser à un ouvrage lu il y a quelques années et dont je n’ai aucune trace du titre ou de l’auteur. Le propos soutenait que le costume était à chaque génération comme régénéré par la jeune génération, dans une lutte permanente entre Ancien et Moderne. Que la longévité du costume dans le temps est toujours due aux jeunes qui le réinventent. Et se l’approprient. Et de prendre comme exemple les années 70, où le bon vieux costume anglais hérité de la guerre et à peine remanié dans les 60’s avait connu un engouement totalement inattendu chez la jeune génération. Que les cuisses moulées et les pattes d’eph, les revers pelle-à-tarte et les épaulettes épaisses avaient été propulsés par les jeunes, qui ce faisant, se réappropriaient le traditionnel costume dans une nouvelle version, à leur goût. Surtout en lui donnait une nouvelle espérance de vie.

Je dois vous dire que j’étais bien content d’avoir connecté deux neurones entre eux sur le sujet, car enfin, cette réponse me satisfaisait. Oui, c’est très utile que les jeunes se sapent comme des milords. Car ce faisant, ils montrent aux générations supérieures qu’ils réinterprètent leur habit. Et en font quelque chose de nouveau. Et je suis persuadé que ce faisant, dans la rue et sur papier glacé, cette esthétique puisse trouver parmi des hommes qui n’osent plus ou qui n’osent pas un certain écho. Que cela pousse certains à faire mieux. A s’amuser ou à rechercher un peu le beau.

Lorsque dans une entreprise un jeune qui arrive ose une pochette dans sa veste, je suis sûr que quelques dames et quelques collègues masculins plus âgés ou pas le remarquent. Le jalousent un peu peut-être, et puis s’y mettent aussi. Parcequ’ils ont eu la preuve flagrante que finalement, bien se saper ne tue personne. Et qu’au contraire, c’est très sympathique !

Chers amies et amis, sur ces quelques belles prophéties, je vous souhaite à tous une excellente rentrée. Portez-vous bien. Julien Scavini

L’arrondi de la basque

Pour finir sur le sujet de la semaine dernière, je vais m’intéresser ce soir au sujet spécifique de l’arrondi de la basque, cette partie terminale tout en courbe d’une veste. Cette fameuse courbe est parfois un sujet de questionnement pour les amateurs de costumes, certains aimant une ligne classique et fermée, d’autres une courbe nettement plus appuyée et ouverte. Il en faut pour tous les goûts. La veste du tailleur Hunstman de Savile Row, ci-dessous présent une courbe pour le moins faible. L’impression est une veste à l’allure très ancestrale, avec ses basques très fermées :

Cette ligne vraiment très classique est typique des tailleurs qui respectent à la lettre l’esprit et les courbes enseignés dans les plus érudits livres de coupe. Comme illustré dans le précédent article avec moult photos anciennes, cette courbe des basques a toujours été peu appuyée. Jeremy Hackett porte une veste à coup sûr faite à la main qui présente encore cette courbe on-ne-peut-plus classique. So british :

Cela étant dit, je fréquentais la maison Hackett étant plus jeune pour l’exact inverse, à savoir des basques plutôt ouvertes et évasées, que je trouvais plus agréables à l’œil. Ci-dessous quelques exemples de cet arrondi bien marqué, qui dès le dernier bouton part en une élégante fuite :

Il faut savoir que pour une même courbe, pour une même coupe, le résultat visuel peut varier. En particulier à cause de deux points : les hanches et les épaules. Si le porteur a des épaules basses, les devants tendant à se rapprocher et la courbe sera moins ouverte. A l’inverse, un porteur aux épaules hautes aura tendance à faire s’écarter les bas de la veste, donnant une impression de basques plus ouvertes. Quand aux hanches, plus elles sont larges, plus elles écartent les basques et bonne une impression de courbe marquée. Etc etc etc…

Cette question de la ligne de coupe est tout à fait intéressante et un sujet de débat absolument sans fin. Il n’existe pas de vérité absolu et chaque tailleur ou styliste développe sa propre ligne ou utilise les ancestrales. Une chose est certaine, si en demi-mesure il est quasi-impossible de changer cette ligne à chaque commande, c’est que cette couture très particulière du devant est souvent réalisée par une machine à coudre automatique, programmée pour suivre avec régularité toujours la même courbe, ou plutôt, la même spline asymptotique.

Car il ne s’agit absolument pas d’une courbe régulière basée sur un cercle. Voyez comme ce serait inélégant :

Non, il s’agit bien d’une courbe plus érudite, plus construite, plus dessinée. Elle le fruit de décennies de développements. Un peu comme le nombre d’or, elle est un équilibre et un savoir-faire, un savoir dessiner. Personne n’a dit « c’est ainsi » . Mais tous reconnaissent la douceur de son asymptote. Une courbe molle qui s’aplatit paisiblement pour passer du bord au bas. Plus rapidement tangente à l’horizontale qu’à la verticale. Voyez comme c’est plus élégant qu’un simple arrondi basé sur le cercle. Tellement plus humain dans l’élégance.

Finalement cette courbe est à l’échelle de l’homme et de son corps. Une harmonie naturelle que vous pouvez chacun retrouver en vous. Cette courbe élégante, c’est celle qui lie votre pouce à votre index. Finalement, chacun possède en lui le tracé précis et élégant d’une basque de veste :

Là dessus, je vous souhaite une excellente semaine et un bel été. Stiff Collar part se reposer quelques temps ! Julien Scavini

La forme des basques

Quel titre bien mystérieux. Les basques désignent bien sûr les pans bas de la veste. Cela dit, cette définition était véritablement valable à l’époque des jaquettes et autres queues-de-pie descendant au genou. Les basques étaient alors longues. Et quelques mendiants pouvaient s’y accrocher dans la rue pour réclamer un obole. D’où l’expression « lâchez-moi les basques. » Sur une veste contemporaine, les basques sont plus réduites, disons la partie située entre le nombril et le bas de la veste. L’appellation « quartiers » existe aussi, probablement issue de l’univers bottier.

Quoiqu’il en soit, une veste sur le devant en bas présente généralement un arrondi. Cet arrondi s’évase pour dégager les jambes et terminer la veste avec délicatesse et raffinement. La veste courte au court de son développement à la fin du XIXème siècle a immédiatement vu cette courbe apparaitre. Etait-ce pour faire comme la jaquette? Ou simplement par commodité de mobilité? Les jambes bougeant, elles sont besoin d’être dégagées de toute emprise du vêtement de dessus. Sur ces quelques vues ci-dessous, cet arrondi est bien présent. Vers 1860, la veste encore un peu longue s’approche un peu de la jaquette tout en prenant au paletot, une sorte de veste / manteau ample. Et vers 1890, elle trouve sa longueur presque moderne, avec un boutonnage toutefois très haut. L’arrondi est bien là pour faire de la place aux jambes.

Voici une gravure tout à fait parlante par ailleurs de cette transition entre la jaquette (tout à gauche) et la redingote (tout à droite) et les vestes plus modernes. L’arrondi est bien présent.

Autre exemple ci-dessous. La jaquette (tout à droite) est coupée de telle manière qu’elle permet même boutonnée de laisser les jambes s’articuler aisément au buste. A la différence de la redingote croisée portée par Churchill (non ce ne sont pas des manteaux) qui est plus agréable ouverte, pour ne pas gêner le mouvement. Voici la parfaite démonstration de la logique de coupe de la jaquette. Puis de la veste courte qui en dérive.

Car il faut bien l’avouer, une coupe à angle droit du bas de la veste engonce un peu l’homme et rend le mouvement mal-aisé. Toutefois, pour être couvert au mieux, et avec l’entrejambe protégée de la pluie, rien de mieux. C’est pourquoi dès cette époque, les tuniques et vareuses militaires et de chasse sont découpées en angle droit. Ci-dessous un soldat anglais en tenue de l’époque Guerre des Boers (1899) et à côté un garde chasse en 1911 avec une veste genre norfolk. Avec l’angle droit, le statut ambivalent de veste d’apparat et/ou de lourd vêtement utilitaire est consacré.

Notons tout de même que les militaires coupaient les vestes plutôt courtes, cela étant probablement lié à la pratique du cheval. Les basques anguleuses ne gênent alors pas le va et vient des jambes.

Autre photo passionnante ci-dessous, un petit groupe de soldats français en 1914. Les officiers présentent des tuniques impeccables, à pans rigoureusement carrés. Juste derrière, les soldats sont en manteaux. Les pans sont accrochés sur les côtés. Cela s’appelle le retroussis. Le but est clair : ne pas obliger les genoux à pousser le tissu à chaque pas, en bref, faciliter la marche. Le principe est assez similaire avec la veste. Et plus celle-ci est longue, plus l’arrondi se justifie.

Si la norfolk ou la vareuse militaire ont des bas carrés, la volonté d’adoucir les lignes et de rendre plus poétique la coupe reste bien présente. Comme sur cette norfolk de 1920. L’angle droit est à peine adouci :

Après avoir dit cela, force est de constater que cet arrondi peut varier suivant les époques. Dans les années 1920, on l’aime très peu marqué, presque martial, avec un boutonnage très haut placé, donnant des basques très longues comme sur cette photo très typée d’une veste 1 bouton aux pans gigantesques. Toute une allure avec des épaules naturelles sans padding! Déjà à l’époque.

Toutefois, cette mode très typée si elle remplie les magazines de mode (avec des pantalons très étroits et courts, typiques des dessins de JC Leyendecker), la majorité des tailleurs utilisent la même courbe, celle du perroquet d’architecte comme on peut le voir sur cet autre groupe de messieurs en 1920, il y a cent ans donc ! Des vestes aux courbes classiques et sans variation sur le siècle écoulé.

A côté de cette élégante courbe, la veste croisée commence à faire parler d’elle et à devenir une icône du style. Avec des basques carrés, sans exception. Une esthétique formelle et quelque peu martiale pour cette nouvelle forme de veste dont on a jamais réussi à savoir si elle était plus ou moins habillée que la veste à basque arrondie. Que curieusement on appelle en français veste …. droite malgré son élégante courbe terminale.

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Dépareiller le seersucker

J’ai un costume en seersucker que j’aime beaucoup porter. Encore aujourd’hui, je l’avais sorti pour faire face à la chaleur. En repartant ce soir de la boutique, je n’ai pu m’empêcher de sentir les regards le long des terrasses que je traversais. Voir quelqu’un en costume complet de seersucker n’a rien de banal, je vous le concède. Un petit esprit totalement décalé. Il faut bien être tailleur, grand amoureux du vêtement, ou américain pour posséder un costume en seersucker. Ou riche. Car au fond, c’est probablement l’un des derniers achats à faire, après moult costumes d’été et d’hiver, après force vestes de tweeds ou de nattés. Ce n’est pas le premier achat à faire j’en conviens bien volontiers.

En 2014, quelques congressmen / women américains, lors de la journée nationale du seersucker, un tissu de sudiste, photo de Paul Morigi :

Mais c’est si joli le seersucker. Et si frais par ses couleurs. J’en veux pour preuve que toutes les marques qui veulent lancer un maillot de bain ou une chemise d’été bon-chic bon-genre les font en seersucker ou simili.

Je dois par ailleurs avouer que ce costume en seersucker constitue ma préférence en été. J’ai des costumes de coton lisse bien sûr. Mais le coton seersucker est plus léger et surtout, bien plus ouvert dans sa trame. Je sens que l’étoffe est plus respirante. Et là où mes costumes de coton lisse font très vite froissés, en particulier au niveau du pantalon, le costume en seersucker garde un maintien très acceptable. Et qu’en fait même, il ne froisse pas. La raison est ce tissage si particulier de côtes aux fils distendus qui « créponnent ».

Le seersucker a de la tenue, il est léger, aéré et ses couleurs sont distrayantes. C’est une étoffe heureuse.

Il faut aussi remarquer un seersucker d’un genre nouveau, très en vogue à l’heure actuelle, le bleu marine uni. Les côtes alternées « créponnées » et lisses sont du même bleu marine, ce qui donne un tissu à l’aspect très uni, mais aux mêmes caractéristiques qu’évoquées précédemment. Un choix intéressant pour un blazer par exemple. Ci-dessous le classique bleu ciel et blanc, à côté la nouveauté marine sur marine.

Toute la question de cet article est de savoir comment porter sur seersucker sans être obligé d’avoir le costume entier. C’est un ensemble très joli, mais qui n’est pas pour toute les bourses et pas pour toutes les envies, je le concède. Le seersucker peut se porter seul, en veste ou en pantalon. Mais sa force n’est-elle pas une limite? Comment faire pour bien l’assortir? Regardons quelques cas.

La veste en seersucker

Idée magnifique que d’opter pour une veste en seersucker, pourquoi pas à poches plaquées. Un choix efficace pour l’été, celui d’une veste avec un panache certain, légère et endurante en même temps. Car cela reste du coton, une matière robuste très éloignée des mélanges soyeux dont je vante par ailleurs les mérites. Une veste en seersucker est très « macronnienne » . Elegante et EN MÊME TEMPS robuste. Raffinée et EN MÊME TEMPS à toutes épreuves. Parfaite l’après-midi pour un pique-nique et EN MÊME TEMPS très chic pour un diner. Avec un certain maintien de la matière, et EN MÊME TEMPS une grande décontraction d’allure. Bref une sorte d’alpha et d’oméga de l’été.

Les clients ayant l’idée d’en faire une me pose souvent la question. Avec quel pantalon la mettre? Je vais parler de la veste en seersucker bleu ciel. Celle marine sur marine ne pose pas particulièrement de question comme moi, elle s’accorde comme un blazer. Plusieurs idées en vrac :

  • avec un pantalon beige, type chino. Accord simple et utilitaire.
  • avec un pantalon marine, type chino aussi, ou en laine fine voire en lin, apportant un contraste fort tout en restant dans le camaïeu de bleu.
  • avec un pantalon bleu ciel, du même coloris que les raies en haut. Un peu plus étudié déjà.
  • avec un pantalon gris clair, très habillé comme option.
  • avec un pantalon blanc, superbe et ultime accord. La simplicité même.
  • avec un pantalon fushia ou vert pétant. Pour jouer sur la dissonance et en même temps donner un grand panache.
  • avec un pantalon vieux rose, façon vieux loup de mer. Un accord de couleurs pastels douces.

Voici quelques images de ces idées :

Voici qui finalement prouve bien à quel point cette veste au bleu discret peut se marier avec moult pantalons. Pas si compliqué, il suffit d’oser.

Le pantalon en seersucker

A l’inverse, questionnons le pantalon en seersucker. Une pièce de style très attractive qui plait toujours. D’autant que le coût plutôt réduit de cette pièce permet aux fébriles de se laisser tenter. Mais comment associer un pantalon en seersucker blanc et bleu?

D’une manière très simple d’abord, je dirais avec un blazer bleu marine. On ne peut faire plus bateau. C’est bon, c’est chic, c’est impactant. Encore ce fameux EN MÊME TEMPS, chic et décontracté. Dans le même genre Pini Parma propose une chemise bleu marine en lin. C’est pas mal du tout aussi.

Et à part ça? Et bien il est vrai que je sèche un peu plus l’inverse. Bien sûr une veste vieux rose serait belle, mais qui a une veste vieux-rose dans sa penderie? Peut-être qu’une veste d’un beige léger pourrait aller. Un accord de couleur douce.

Ce n’est pas si facile dans ce sens là. Car le pantalon en seersucker devient la pièce forte de la tenue. La pièce remarquable qui attire l’oeil et fait sens. Le pantalon qui donne le panache. Alors, tout autour doit venir avec tact. Mais la veste par son importance peut écraser la recherche stylistique. Aussi il apparait difficile de trouver la bonne.

Mais peut-être qu’au fond, comme c’est l’été, la veste est dispensable. Et qu’une belle chemise additionnée d’un beau pantalon se suffisent amplement ! Peut-être… !

Belle et bonne semaine ensoleillée. Julien Scavini