Jusqu’à quelle hauteur peut-on porter (sans bretelles) son pantalon ? (Bonus)

En faisant une bête recherche sur google au sujet des acteurs célèbres d’Hollywood, je suis tombé sur ces trois photos, particulièrement parlantes. Trois acteurs, deux styles de pantalons. Le fait qu’ils soient torse-nu aide à mieux comprendre la disposition du pantalon sur les hanches, dans le prolongement de mon article précédent. Ryan Gosling porte un pantalon qui tient grâce à la largeur du bassin. Clint Eastwood et Steve McQueen portent à l’inverse des taille haute, ou taille naturelle. Leurs pantalons sont placés juste sous le nombril, et serrent le ventre mou pour tenir. Un confort que peu d’hommes supportent encore. Il faut être bien svelte.

Jusqu’à quelle hauteur peut-on porter (sans bretelles) son pantalon ?

Nous vivons une époque de liberté importante concernant le vêtement. Chacun peut s’habiller comme bon lui semble. Les marques tentent de suivre en proposant des produits très divers. Il y en a pour tous les goûts. Cela sur l’autel d’une certaine forme d’harmonie peut-être. Il y a cinquante ans, la mode était plus homogène. Prenons l’exemple du pantalon. De toutes les formes, de toutes les ampleurs, de tous les goûts. La variété est si impressionnante qu’il est possible d’en perdre son latin actuellement.

La hauteur sur les hanches est un point qui a beaucoup évolué. La comparaison de la hauteur de l’ouverture du zip devant peut aller du simple au double. Les coupes modernes, de jean ou même de costume, peuvent présenter 12cm voire moins. Les pantalons classiques taille haute arrivent facilement à 20cm voire un peu plus sur demande. Le grand écart total.

La grande interrogation du moment consiste à donner un nom à telle ou telle hauteur. Est-ce taille haute ? Est-ce taille basse ? Est-ce taille naturelle ? D’autant que je le constate bien souvent, chaque personne a sa propre appréciation. Certains clients, quand je vais leur demander ce qu’ils veulent comme hauteur me répondent « taille haute, c’est sûr » et me montrent leur chino Uniqlo en me disant « comme celui la ».  D’autres me disent « ah non moi, pas taille basse » et quand je leur fais essayer ce qui est « mon » taille basse servant à la prise de mesures, ils me disent « ah c’est super comme ça oui ». La confusion est donc totale.

On me parle souvent du nombril en référence. Mais le nombril, c’est très haut ! Quand on a le ventre plat, il correspond à peu près à l’endroit où le buste est le plus étroit, car creusé sur les côtés, au dessus des hanches. L’appellation « taille naturelle » me paraît le mieux convenir pour cet endroit. Et se confond avec la taille haute.

En revanche, porter le pantalon là n’a rien de naturel.

Il s’agit d’une partie molle du ventre. Pour que le pantalon tienne là, naturellement, il faut qu’il soit suffisamment bien ajusté à la ceinture. Or, lorsque l’on s’assoit, le ventre se détendant, le pantalon devient alors un vrai garrot. J’ai constaté que les hommes au ventre plat et très musclé, eux, ne ressentaient pas d’étouffement, car ils sont gainés. Il suffit de voir comment Sean Connery ou Roger Moore portent leurs pantalons dans James Bond. Voyez comme ils portent les pantalons hauts. Sans bretelles. Et les pantalons tiennent. Il faut des abdos en béton pour ça, car les pantalons leurs serrent le « bide », expression triviale mais réelle.

Pour moi par exemple, mon ventre mou se retrouve pincé affreusement. Et si ce n’est pas assez serré, alors le pantalon tombe tout le temps. Dilemme.

Deux solutions existent alors. La première est d’agrandir la ceinture et de recourir à des bretelles. Seules à même de garantir un pantalon haut mais confortable, qui ne tombe pas tout le temps. Un client avait défini qu’il fallait pouvoir placer le point entre le ventre et le pantalon pour être totalement confortable ainsi. Le pantalon flottait relativement, mais les bretelles tenaient. Je lui réalisais d’exquis pantalons avec mon atelier italien, voyez plutôt :

Autre solution, continuer d’endurer d’avoir le ventre serré au nombril… Oui, continuer. J’ai remarqué sur mes vieux clients qui portent ainsi – et exploit suprême, sans bretelles – qu’ils ont à cet endroit comme une habitude du corps. Une sorte de renfoncement où le pantalon se loge tout naturellement. Le corps s’est fait à l’usage. Ils ont souvent un peu de graisse au dessus et aussi en dessous. Ce qui rempli bien le haut du pantalon. Finalement, cette façon de porter qu’avait Chirac et dont tout le monde se moquait. Sans bretelles, son pantalon tenait grâce à l’habitude de son corps dont les bourrelets étaient soigneusement espacés ! Cette photo de Jacques Chirac est tout à fait caractéristique de ce pantalon qui trouve appui non sur les hanches, mais sur le petit bas ventre. Il faut le travail du temps pour en arriver à ce résultat :

3 à 5cm environ sous le nombril, les hanches commencent à se dessiner et le pantalon, là, trouve un appui intéressant. La ligne reste pour moi à « taille naturelle », visuellement taille haute, même si au sens strict, ce n’est pas tout à fait vrai. La ligne de jambe paraît toujours élancée lorsque le pantalon s’arrête au niveau des hanches.

Comment juger qu’un pantalon devient taille basse ? Pour moi, je dirais que c’est lorsque les lignes de l’aine (ces deux obliques dessinant les hanches et pointant vers le pubis) commencent à se voir. Le fait de voir ces deux lignes pour moi est caractéristique d’un taille basse. Le nouveau James Bond, Daniel Craig, porte ce que je qualifie de taille basse. Légère. Pas ultra. Mais taille basse déjà un peu :

Ces appellations je l’ai dit varient beaucoup d’une personne à l’autre, surtout suivant ses habitudes et son poids. Lorsque j’étais un peu plus corpulent il y a deux ans, j’avais tendance à commander des pantalons légèrement plus bas. Je m’y sentais mieux, moins serré, plus confortable. Maintenant que je suis revenu à un ligne plus mince, je suis revenu aussi à mon standard ancien de pantalon, 3cm sous le nombril environ.

Je crois beaucoup à la vertu d’un pantalon qui monte assez haut, pour donner de la jambe, mieux tenir la chemise et  rendre une impression générale plus apprêtée. Mais je comprends aussi la demande et le confort de certain pour un peu plus bas. Tout l’intérêt pour moi est d’adresser au mieux la demande de mon client, de comprendre son envie.

Hercule Poirot, le Roi de Trèfle

Le 12 mars 1989, la chaine de télévision anglaise iTV diffusait le 9ème épisode de la saison 1 d’Hercule Poirot avec David Suchet, basé sur une nouvelle d’Agatha Christie de 1923. Poirot et son associé le capitain Hastings sont invités sur le tournage du prochain film de Bunny Saunders, un ami réalisateur. Le directeur du studio, Henry Reedburn, devient très vite le centre d’intérêt de l’épisode. Il est infect et ne salut même pas Poirot. Que va-t-il se passer? Comme d’habitude, cette production est d’un excellent niveau en ce qui concerne les vêtements. Ce directeur justement, il porte un costume trois pièces, bleu nuit à très fortes rayures craies. Le gilet est droit, le col de la veste en pointe et le pantalon généreusement opulent. Très joli nœud-papillon aux motifs cubiques :

Quelques instants plus tard, après s’être disputé avec l’actrice, il en vient au main avec son acteur principal, qui a comme principal défaut celui de « taper dans la bouteille ». Il ressemble beaucoup à Errol Flynn. Les gardes du studio ramènent le calme. Impeccables tenues de tous les côtés. Les gardes n’ont pas de poches en bas de la veste. Juste des poches à la poitrine. Intéressant !

Poirot et Hastings sont arrivés sur le plateau pour observer le tournage. Si le détective belge est toujours sur son « 31 », le capitaine lui aime les ensembles un peu plus sport, qui vont bien avec sa voiture coupé cabriolet. Le pull coll roulé est du type « arran » avec ses larges torsades. Le trench-coat en cuir a beaucoup d’allure, mais n’est plus très à la mode depuis François de Grossouvre.

Les évènements s’enchainent. Le Prince Paul de Maurania qui est intime de l’actrice principale appelle Poirot dont il est ami. Les choses tournent au vinaigre au studio. Si la chambre est le décor le plus ringard qui soit ( on s’étonne d’ailleurs d’une telle économie stylistique ), la robe de chambre est très belle. Je n’arrive pas clairement à voir si elle est boutonnée en plus de la ceinture.

Puis que l’on est aux robes-de-chambre, regardons celle du majordome qui ouvre à la police sur le lieu du meurtre présumé. Simple opposition de marine et de rouge avec passepoil bicolore. Superbement simple, superbement suffisant :

Poirot et Hastings mènent l’enquête. Le premier n’a guère changé de tenue depuis la veille : manteau sous les genoux, camouflant un costume trois pièces gris souris, veste trois boutons col pointe et gilet croisé. Hastings lui a troqué l’ensemble sport contre le croisé à fines rayures recouvert d’un imperméable raglan. Remarquons la cravate et le papillon qui apportent une heureuse touche de couleur.

La police en la personne de l’inspecteur Japp mène aussi l’enquête auprès du voisinage. Un père et son fils en tweed, façon gentry convenable. Le fils a une chemise ivoire. Le père blanche à col rond, probablement un faux col dur, à l’ancienne mode, là où le fils a choisi la modernité du col mou. Japp porte aussi le faux col dur. Sa cravate étriquée renvoie certainement à l’étroitesse d’esprit du personnage.

Les deux limiers interrogent Bunny Saunders qui était dans les parages. Tiens tiens… Il porte aussi le trench en cuir. Noir qui plus est. Tout un style. On ne l’aperçoit que peu de temps, il porte des chaussures bicolores noir et blanc, ce qui rajoute au tapage visuel.

En deux coups de cuillère à pot, Poirot résout l’affaire, qui n’est pas, il faut l’avouer, la meilleure que l’on ait pu voir. Toutefois, cet incroyable sweater porté par le réalisateur est si dingue que l’on oublie bien vite l’intrigue. Et comme les pantalons étaient à la taille haute, les pulls étaient en conséquence courts. Superbe impression visuelle.

Tout est bien qui finit bien. Le Prince retrouve le sourire et il remercie chaleureusement le bon détective qui a sauvé son honneur et celui de sa dulcinée. Hastings est revenu à un ensemble plus sport, blazer et pantalon gris. Ce petit foulard autour du cou ne va pas tellement avec cette criarde pochette rouge. Mais qu’importe, on ne voit pas cela, car on est tout ébloui par le gros blason brodé sur la poitrine !

Enfin, n’oublions pas de citer l’étonnante villa moderne « High and Over » située à Amersham, qui comme dans beaucoup d’épisodes, joue un rôle principal :

Belle et bonne semaine. A bientôt. Julien Scavini

Le dos du gilet

Le dos du gilet est toujours en doublure. C’est un fait qui ne se discute pas. Cette petite pièce de matière luisante fait partie intégrante de l’esprit du gilet, bi-matière et bi-face. Et pour tous les clients, c’est l’occasion de se demander si cette doublure va être ton sur ton du gilet lui-même, ou en décalage, et quel va être le degré de fantaisie. Lorsque la veste tombe, elle-même pouvant être doublée avec ou sans fantaisie, le dos du gilet apparait au grand jour. Et il peut être un « statement » comme disent les anglais, une déclaration de style, haute en couleur, comme sur la photo ci-dessous. Mais ça, c’est au choix du porteur.

Alors lorsque samedi j’évoquais cela à un jeune marié, il m’a coupé au bout de quelques instants en me demandant : « mais pourquoi le dos est-il toujours en doublure ? » Bonne question je dois dire, que je ne m’étais jamais vraiment posé.

La réponse est toute bête, le prix.

Lorsque le gilet est apparu, sous l’ancien régime, époque Louis XIV, il était très long, jusqu’à mi-cuisse. Et on l’appelait d’ailleurs « veste », et la veste dans le sens de vêtement du dessus était appelée « justaucorps ». Ce gilet recouvrant allègrement le haut des jambes avait une doublure plus courte dans le dos. Les pans avant du gilet apparaissaient comme des décors couvrant le haut de la culotte. Avec le temps, le gilet s’est raccourci pour arriver au modèle que nous connaissons aujourd’hui, s’arrêtant un peu en dessous de la taille naturelle. Et le dos a fini par se caler à la même longueur.

Ce gilet daté de 1750 fait parti des collections du Palais Galliera à Paris. Une somptuosité. On aperçoit discrètement le dos d’une autre matière :

Sous l’ancien régime, le tissu coûtait très cher. Et le tissu de luxe (les reps et ottomans, les velours lisses ou gaufrés, en laine, en mohair ou en soie) coûtait encore plus cher. Une petite fortune même. Ils étaient bien évidemment fabriqués sur des métiers manuels, avec des matières premières rares. Sans parler du fait que les vêtements étaient rehaussés d’or et d’argent. Imaginez qu’un de ces beaux vêtements valait plus que la solde annuelle d’un soldat. Et probablement plus que le revenu d’un foyer de paysans. Le tissu était une matière précieuse. Chaque centimètre carré avait une valeur. On ne perdait rien et les tailleurs faisaient au plus près. Il a fallu attendre le début du XIXème siècle pour voir le prix du tissu décroitre formidablement grâce au coton et à la mécanisation.

Si bien que pour ces gilets dont au fond seul le devant comptait vraiment à la vue des autres, le dos était méprisé. Et les tailleurs recouraient à de la simple toile végétale (lin, chanvre peut-être). Comme pour l’intérieur des habits. La belle doublure, c’est une invention du XXème siècle là encore, avec la découverte de la rayonne notamment. Au XIXème siècle, on utilisait du satin de coton. Et la soie trop précieuse n’a jamais vraiment été utilisée.

Ces gilets de l’ancien régime avaient parfois la qualité d’être noués dans le dos, au milieu, comme un corset. Voyez ces différents modèles sortis de Google image :

Donc cette tradition d’un dos de gilet en une autre matière, moins précieuse que le devant vient de là. Et elle s’est perpétuée. Dans les années 50, l’invention des fibres élastiques permet aux tailleurs de proposer des gilets moulés sur le corps, mais le laissant libre de ses mouvements. Une bonne idée, qui n’a pas eu de suite toutefois. Et jusqu’à nos jours, le dos du gilet est en doublure.

Toutefois, le coût du tissu diminuant toujours et encore, il n’est pas beaucoup plus cher maintenant de proposer le dos du gilet dans le même tissu que le devant. (Notons toutefois qu’en moyenne, la doublure vaut dix fois moins chère que le lainage principal. Tout de même !) C’est une question intéressante de style. Surtout si le gilet est vu comme une petite pièce pouvant être portée seule, sans veste parfois.   

  Bonne semaine, Julien Scavini

Laisser la veste croisée ouverte

J’entends dire et je lis ça et là que la veste croisée est à la mode. Le fait est que d’élégants jeunes hommes en commandent, parfois pour leurs mariages. Cette forme un peu désuète attire et fascine. On me pose des questions dessus. On prend des renseignements. Cela dit, dans le volume général, c’est très embryonnaire. Et dans les cabinets d’avocats ou les tours de la Défense, la veste croisée ne doit pas être à tous les coins de couloirs je pense ! Il me semble qu’il y a là d’abord et avant tout, un effet de mode … de papier. Nous ne sommes plus dans les années 80 où le croisé était presque l’unique forme de rigueur.

Parmi la foule des questions sur le croisé, une en particulier revient souvent, sur la nécessité de garder le veston fermé. Et que par extension, le croisé est peut-être plus indiqué l’hiver que l’été. Boutonné comme une armure, il donne chaud à son porteur. En revanche l’été, il devient un carcan un peu étouffant. Généralement, je suis assez d’accord avec cette hypothèse et souvent, c’est même moi qui l’a donne. Je pense que l’été, un bon costume trois pièces, en particulier pour une cérémonie, est plus indiqué. Car la possibilité de rester en gilet la veste posée quelque part est plus rafraichissante que la veste croisée toujours vissée au corps. Mais ce n’est qu’une idée.

Il est admis dans les cercles les plus érudits que la veste croisée doit rester boutonnée. Le Chouan des Villes dans son dernier ouvrage enfonce le clou d’ailleurs. Une veste croisée doit toujours restée croisée. De manière un peu basique, j’ai tendance à être d’accord. C’est le meilleur moyen de ne pas lancer un débat sans fin. Les axiomes ne se discutent pas. Ils sont ainsi.

Toutefois, pour moi-même, je suis assez partisan de la possibilité de laisser la veste croisée ouverte. Je revendique même ce droit, ce plaisir.

Dans les années 30 et 40, lorsque le gilet droit se portait sous la veste croisée, en intérieur, la veste était allègrement laissée ouverte. J’ai déjà vu plusieurs fois cela dans de vieux films en noir et blanc. Évidemment, il suffit que je cherche maintenant pour ne pas trouver d’illustration.

Plus proche de nous, il y a le Prince Charles. Pour les anglophiles élégants, il est une sorte de phare au milieu de l’océan commun. Une référence sur le sujet sartorial. Et le Prince Charles qui porte beaucoup de vestes croisées (de costumes par extension), ne rechigne pas à laisser sa veste ouverte comme ci-dessus.

Si la veste croisée est bien coupée, eh bien, elle drape et tombe parfaitement. Une veste croisée laissée ouverte a beaucoup de classe. Je dirais même que c’est l’apothéose d’une certaine allure détachée, plus que décontractée. Lorsque l’on est très sûr de son allure et de son tailleur, il n’existe aucun inconvénient à ce que la veste reste ouverte. Les pans s’évasent avec une exquise distinction. La tenue alors ne parait que plus opulente.

D’ailleurs entre nous, le manteau croisé est exactement sur la même longueur d’onde. Porté ouvert, comme Carry Grant sur cette photo, il est d’une classe inégalable. Tout ce tissu qui bouge et s’agite sur et autour du porteur impressionne l’œil qui regarde. Et renvoie une impression d’aise et de plaisir.

C’est pourquoi, si vous possédez une veste croisée, il faut essayer de la porter déboutonnée parfois en intérieur. Vous y prendrez goût. Cela enlève au croisé son aspect un peu raide. Et relativise aussi ces règles classiques, qui sont souvent empilées comme des médailles de vertu. Le croisé n’est pas obligatoirement boutonné. Pour les néophytes oui. Mais pour ceux qui ont un peu de « level » comme disent les jeunes, c’est une liberté qu’il est heureux de prendre.

Pour avoir le plus grand plaisir d’avoir l’air d’une vieille baderne !

  Bonne semaine, Julien Scavini

Le bouton, partie seconde

Après les formes, voici la question des matières enfin. La plupart des boutons sont réalisés en plastique maintenant. Les plus élégants, ceux des tailleurs et du bon prêt-à-porter sont plutôt en acétate de cellulose, comme la fausse écaille des lunettes. Cette matière imite élégamment la corne. Elle a l’avantage d’être stable, à l’usage et au nettoyage. Évidement, les plus beaux boutons pour homme sont en corne. La célébration des matières naturelles est toujours un plaisir. Ils ont le défaut toutefois d’être plus friables, donc plus cassants. J’ai tendance dans mon travail quotidien à préférer l’acétate, pour ne pas avoir de problème de SAV à ce niveau. Mais si l’on me demande, je peux proposer de la corne, bien sûr. Voici différentes plaques d’acétate de cellulose, prêtes à être débitées en boutons. De ce que j’ai compris sur le site du fabricant, une plaque vaut… 0,0011€. C’est pas cher !

Plus élégante donc, la corne. Je me suis pendant longtemps demandé d’où venait cette corne. Impossible de savoir auprès des fournisseurs… Et puis un jour sur un salon professionnel, je demandais son avis à l’agent commercial de Vitale Barberis, qui appela au pays un vieil italien spécialisé dans le bouton. La réponse me laissa coi. Et bien d’Inde pardi, le pays des vaches sacrées. Oui tout à fait. Les vaches y sont sacrées, mais une fois mortes, entre les peaux qui sont vendues à l’étranger pour le tannage, et les sabots et cornes qui sont transformés en boutons élégants, elles sont d’un commerce profitable ! Sur le site exportindia.com j’ai trouvé cette jolie image des différents produits en corne de vache qu’il est possible de trouver en Inde. Fascinant.

Autre matière « cornée », le bois de cerf. Sa surface est généralement laissée telle quelle, pour apporter un brin de naturel, façon « chasse, pêche, nature et traditions ». On en trouve un peu sur les vestes autrichiennes. A part le corne et l’acétate, il existe aussi des boutons en corozo. Si j’ai bien compris, c’est une pulpe solidifiée du fruit d’un palmier particulier. Cette matière est parfois appelée ivoire végétale. Elle est d’un usage ancien en Amérique centrale. Les allemands importèrent le goût des boutons en corozo sur le vieux continent au siècle dernier. L’avantage est que le corozo peut se teindre. Son apparence est assez unie.

Or du corozo, de l’acétate et de la corne, il y a aussi le bête plastique, et les polyesters dérivés. La réserve de possibilité est infinie alors. La mélamine en poudre pressée est aussi utilisée. Dans cette petite vidéo de 10min, toutes les possibilités sont présentées! Édifiant et amusant :

Le bon bouton de cuir tressé, façon Ralph Lauren n’est plus très à la mode. Trop 70’s ? Les vieilles dames aiment en coudre à leurs vieux maris, car ils sont faciles à coudre pour elles, et facile à manipuler pour eux. Cet argumentaire est aussi valable pour les mamans envers leurs enfants. James Darween dans Le Chic Anglais dit que jamais les anglais n’ont utilisé ce bouton, qui est une invention des américains de la côte Est pour se donner un air d’aristocratie anglaise.

Sur les chemises, la nacre se fait rare. Car elle est encore plus friable que la corne. Je n’ai jamais transigé sur ce point dans mon échoppe. Je les vends sur mesure pour 100€, et je reste fidèle à la nacre. Toutefois, j’ai déjà vu des clients revenir après le pressing, et me présenter des boutons tout dépolis. Complètement ruinés… Je le constate un peu sur mes chemises aussi. Les boutons perdent de leur superbe. Les détergeant sont trop forts à mon avis. La nacre provient de très gros coquillages, et parait-il que la « mother of pearl » australienne est la meilleure ! Voici ci-dessous l’imposant coquillage dans lequel sont débités nos jolis petits boutons.

Reste enfin les boutons métalliques. Mais même sur un blazer les hommes de plus en plus s’en lassent. Holland & Sherry en présente toujours une collection, en or 9 carats et émail grand feu, s’il vous plait ! Ils ne sont pas donnés mais assurément très sympas. Le plus simple est le bouton lisse, à moins de présenter le bouton de votre club ou de votre famille. Toutefois, toutes les fantaisies en la matière seront pardonnées. Un peu d’excentricité ne tuera pas l’élégance. Au contraire. Pourquoi pas une petite ancre de marine ou un chardon ? Ou les armes de la reine d’Angleterre ? Elle le vaut bien. Or, argent, cuivre, ce choix est laissé à votre discrétion. Pour mon propre blazer, j’ai choisi des boutons cuivrés, à trois petites couronnes. Ils sont discrets, ce que je voulais.

Retrouvez la partie 1 de l’article ici.

  Bonne semaine, Julien Scavini

Le bouton, partie première

Pour fermer vestes, manteaux et pantalons, il faut des boutons. Si la fermeture à glissière a bien révolutionné l’industrie textile, le bon vieux bouton, dispositif millénaire, a encore de beaux jours devant lui. Archi simple à mettre en œuvre et très facile à réparer, ce petit dispositif rond est plein de poésie.

Commençons par le décrire. Généralement, un bouton d’homme a quatre trous. Deux est plus fragile et un peu plus féminin mais à Savile Row, c’est un classique. Je n’en ai jamais vu à trois, ce serait pourtant une riche et élégante idée, la couture en triangle ! Pour être élégant, ce bouton n’est pas plat, mais dispose d’une lèvre à son pourtour, plus ou moins bombée. A Savile Row toujours, les tailleurs utilisent un bouton spécial, incurvé vers l’intérieur, en forme de ménisque. C’est une élégante spécificité, comme vous le voyez ci-dessous :

https://i.ebayimg.com/images/g/YHoAAOSwsGhaelKI/s-l300.jpg

Pour les vestes, le diamètre habituel du bouton devant est 18/19mm et aux manches 14/15mm. Dans les années 50, ces mêmes boutons étaient 2mm plus larges environ, surtout devant. C’est dire qu’avec le temps, les boutons ont légèrement diminué de taille.

Pour un manteau, le bouton est plutôt de 25mm devant, et 16/17mm aux manches. Mais la tendance actuelle pour les manteaux est de mettre aux manches, les mêmes boutons qu’aux manches d’une veste, soit 14/15mm. C’est un peu dommage, mais cela réduit les coûts probablement.

Dans ma boutique, je présente les boutons sur cette petite planche. A gauche, le 25mm à manteau, au centre, le 19mm à veste, à droite le 15mm pour manches de veste. Manque donc le modèle manche de manteau. Le gilet se contente du plus petit modèle à droite, comme le pantalon :

Pour une chemise, le bouton principal est de 11mm et celui de la gorge de poignet de 9mm. L’épaisseur est d’environ un millimètre et demi en nacre, deux millimètres en plastique, et parfois 5mm pour des nacres italiennes. Ces boutons sont plus ostentatoires. Sur la photo ci-dessous, voyez la présence d’un cercle gravé en creux au pourtour du bouton, signe d’excellence par rapport à des boutons plus simples :

https://www.acornfabrics.com/wp-content/uploads/2019/07/button201820mop20mass20shot.jpg

Comment coudre un bouton maintenant ? En tailleur, les deux écoles se battent continuellement. Certains prétendent que le X est mieux que le = . En industrie, le X prédomine et je crois me souvenir que quand j’étais stagiaire chez Camps de Luca, on faisait des = . Donc, je ne crois pas du tout à une supériorité de l’un sur l’autre. En chemiserie, depuis quelques années, les italiens ont donné le goût de la couture en patte d’oie (zampa di gallina en italien), ou en fleur de lys comme on dit en France, comme ça : \|/ . Je dois dire qu’il est possible de coudre les boutons de cette manière, même sur un costume. Je n’y vois pas d’inconvénient en tout cas. Regardez sur une chemise ce que cela donne :

https://i.pinimg.com/originals/54/a9/c3/54a9c38495028fbfd6c676f6cfdbefd4.jpg

Normalement, le bouton présente une petite queue à sa base. Elle est réalisée en laissant du « mou » lors de la couture du bouton, puis ce « mou » est entouré de fil, comme un ressort, ce qui donne comme un pied. Le bouton est plus facile ainsi à passer dans les boutonnières. Y compris sur les belles chemises. Les machines à coudre bas de gamme des industriels bas de gamme cousent les boutons sans queue. Le coup de l’allumette pour être sûr de laisser le bon « mou » est super, mais il prendre beaucoup trop de temps!

La semaine prochaine, nous regarderons de plus près les matières à notre disposition ! Bonne semaine, Julien Scavini

La laine est elle imperméable?

Telle est la question que l’on me pose assez souvent à propos des manteaux. La réponse la plus simple et directe est de dire non. Sur le principe, la laine n’est pas imperméable.

D’autant plus que de nos jours les draps ne sont pas tissés de manière très serrée, ni de manière trop lourde. Il est en revanche vrai qu’au XIXème siècle, les draps étaient si denses, les fils si rapprochés, qu’ils devaient d’une certaine manière empêcher l’eau de pénétrer. Dans le passé, j’ai eu à restaurer plusieurs habits de cette époque. Ces tissus sont si impénétrables que même l’aiguille n’y rentre pas facilement. Je me souviens en particulier d’une cape qui me donna bien du fil à retordre. Le tissu était si serré d’ailleurs, qu’en fait, les tailleurs ne s’étaient pas embêtés à faire un ourlet tout autour, le tissu était tout simplement laissé à vif. Bord franc comme on dit. Aucune trace d’effilochure après un siècle tant les fils étaient entrecroisés solidement.

Chez les drapiers anglais en particulier, les draps contemporains frisent parfois les 1000grs au mètre. Chez Holland & Sherry ou Dugdale Bros’, leurs sélections 860 ou 780grs doivent être assez résistantes à l’eau je crois. Une telle épaisseur, il faudrait vraiment des litres d’eau pour les détremper.

Tout le sujet est là. A priori, un manteau de ville n’est pas fait pour être détrempé. Car un parapluie doit être là pour le protéger. Ce n’est pas un manteau de marin-pêcheur ! Eux ont ce qu’il faut. Le manteau d’un tailleur, coupé dans un drap lourd, résiste un peu à l’eau, oui. Il ne va pas se transformer en éponge. D’autant que la laine par son tissage ou son apprêt peut devenir légèrement hydrophobe. Les draps à loden par exemple sont un peu étanchéifiés. Pour une usage raisonné et raisonnable encore une fois !

Si vous commandez un beau manteau chez un tailleur, c’est la chaleur et la prestance qui comptent.

Parfois, quelques clients se demandent si le cachemire en particulier craint l’eau. En aucun cas une matière naturelle ne craint l’eau. Ce qui est certain, c’est que la matière luxueuse n’est pas hermétique et qu’elle prendra plus facilement l’eau qu’un drap de laine robuste. Si le cachemire sèche convenablement, un petit coup de brosse et tout rentrera dans l’ordre. Il ne va pas friser comme de l’astrakan !

Reste que les drapiers, tout de même, se sont intéressés à rendre la laine plus résistante. Il n’y avait aucune raison qu’ils se laissent distancer par les industriels de la pétrochimie.

La première recherche permit de rendre les fibres hydrophobes et déperlantes. Cette recherche fut aidée par l’arrivée des fibres longues de laine mérinos. Plus les fibres sont longues, plus l’eau naturellement a du mal à pénétrer le tissu. C’est pourquoi d’ailleurs certains drapiers proposent des laines à costumes naturellement déperlantes. Si la laine rejette l’eau, sous une grosse ondée toutefois, elle ne pourra pas résister à ce que l’eau passe entre les fibres.

La seconde recherche fut plus orientée donc vers l’étanchage du drap. Le but, que l’eau ne pénètre pas. Et encore mieux, que le vent n’entre pas. Les k-ways et autres coupes-vents furent très à la mode dans les années 90. Les gens adoraient leur légèreté. Mais pour les drapiers, cet aspect plastique n’était pas de bon augure.

Loro Piana présenta dès la première moitié des années 90 son procédé « Storm System ». Une membrane collé au dos du tissu de laine apporte deux bénéfices : elle est coupe vent et étanche. Ce fut une révolution, où comment avoir le bénéfice, l’allure souple et moelleuse de la laine, tout en étant aidé par une membrane invisible. Avec le temps, cette couche s’est vue ajouter une autre qualité, celle de la respirabilité, pour laisser sortir la vapeur d’eau dégagée par le corps. Le rêve, parfois y compris en cachemire et alpaga ! Ou en Vigogne, je suis sûr qu’il le font…!

Il est probable que Zegna ait aussi son procédé. Et chez Vitale Barberis Canonico, ce procédé a aussi été implanté. Nom officiel « Earth, Wind & Fire ». La membrane polyuréthane a la qualité d’être teinté pour pouvoir réaliser des vêtements non-doublés, où l’intérieur tranche avec l’extérieur. Fantaisie amusante. Tous les tissus V.B.C. peuvent être ainsi traité, y compris des laines fines, pour la confection d’anorak très souples. La division vente au détail de V.B.C., Drapers, vend seulement une petite sélection de ces draps, soit de la flanelle, soit des whipcords

Seuls les grands-comptes pendant longtemps avaient accès à ces procédés complexes, qui nécessitent des commandes volumineuses, pour le prêt-à-porter. Les doudounes et autres parkas techniques en flanelle ont fleuri. Depuis quelques temps, les drapiers commencent à distiller ces tissus, assez coûteux d’ailleurs, chez les tailleurs, qui dès lors peuvent aussi les vendre. De quoi relancer le marché du pardessus, de plus en plus faible en mesure ?

  Bonne semaine, Julien Scavini

Comment devenir tailleur ?

C’est souvent que l’on m’écrit, ou que l’on vient me voir en boutique pour me poser cette « ultime » question comme dirait Asphalte : « comment devient-on tailleur » ? Je ne compte plus les petits jeunes qui sur une année me posent cette énigme, comme à la recherche d’un graal. L’un des derniers, Marcel, est tombé au juste moment où je cherchais quelqu’un pour faire de la vente. Il fut embauché presque sur le champ.

Avant de s’intéresser aux formations, il faut d’abord s’intéresser aux débouchés. Il me semble que c’est le point primordial ; même si en France, on aime mettre les formations avant, quitte à ce qu’il n’y ait pas de débouché… Question philosophique me direz-vous. Je pense qu’il ne sert pas à grand-chose d’apprendre quelque chose si l’on ne peut transformer cette expérience en commerce. Question encore plus philosophique !

Les débouchés à Paris, et en France, sont quasiment inexistants. Il faut se le dire immédiatement. J’ai fait l’AFT (Association de Formation Tailleur). Cette structure a pendant quinze ans environ proposé à des personnes, avec ou sans formation initiale, de devenir tailleur. De fait, le vivier de « sachant » qui était au plus bas a été rechargé, d’une certaine manière. Ces garçons et ces filles ont intégré les quelques rares ateliers de Grande Mesure, qui assez vite au fond, sont arrivés à saturation. Ils ont eu assez de stagiaires puis de salariés. Ainsi, vers les derniers temps, Camps De Luca, Lanvin, Smalto entre autres, avaient suffisamment de main d’œuvre qualifié et ne recherchaient plus de petits jeunes.

D’autant que ces ateliers pouvaient aussi recourir à une main d’œuvre plus âgée et bien plus qualifiée, en provenance d’Italie, mais aussi et surtout de Turquie ou du Maroc, voire d’Afrique noire. De ces pays arrivent des messieurs, parfois aussi des dames, souvent forts adroits et très rapides, qui sont plus rapidement au niveau des volumes imposés par la vie de l’atelier. Surtout que dans ces pays, les formations commençant parfois dès 10ans, on a affaire à des athlètes de l’aiguille avec lesquels nous ne pouvons pas rivaliser.

De plus et ces derniers temps, avec la Covid, les voyages étant stoppés, la Grande-Mesure ne se porte pas au mieux de sa forme. Cela reviendra vous me direz.

Certains pourraient avoir l’idée de s’installer à leur compte pour faire du « bespoke » comme m’a demandé un lecteur récemment.

Alors là, autant le dire, je ne crois pas du tout à l’installation de jeunes pour faire de la Grande-Mesure directement après une formation. Je n’y crois pas un seul instant. Je rajouterai même plus que c’est une forme de vol ou d’arnaque. Pour être un bon tailleur en grande-mesure, une formation de dix ans en atelier me semble incontournable et nécessaire. Quelques exemples très réussis de ce genre de parcours existent. Kenjiro Suzuki a passé de longues années chez Smalto et sa femme chez Camps De Luca avant de fonder son atelier. Emanuel Vischer fut de longues années aussi le dernier apprenti du très grand tailleur Gabriel Gonzalez, carte de visite des plus respectables ! Aïdée et Florian Sirven enfin venaient je crois de chez Smalto où ils avaient fait leurs armes. Ils se lancèrent vaillamment avant de fermer boutique pour intégrer Berluti. Ce sont de beaux exemples. Ils sont rares.

Car avant de vendre une grande-mesure, logiquement vendue plus de 4000€, il faut un peu de bouteille. Le client doit être en confiance. Ce n’est certainement pas en deux ans de formation tailleur à l’AFT que l’on peut raisonnablement se dire tailleur. Remarquez, qui ne tente rien n’a rien.

C’est pour cela qu’à mon niveau, je m’en suis toujours bien gardé. Et j’ai préféré faire de la demi-mesure. Je ne pensais pas, et je ne pense toujours pas être le plus qualifié pour faire de la grande-mesure. Si j’en propose, c’est qu’un tailleur de plus de 80 ans m’a proposé ses services, pour son propre plaisir.

Donc soyons sérieux, ce n’est pas en quelques mois de formation que l’on peut acquérir la dextérité et l’œil nécessaires à l’exécution dans les règles de l’art d’un costume fait-main.

Par contre, c’est une excellente base pour de la demi-mesure. Pour savoir de quoi l’on parle.

Ce débouché justement, de devenir boutiquier en demi-mesure, est accessible en revanche. Pour qui est un peu dégourdi et malin, c’est un eldorado. La preuve en est que des zozos totalement dépourvus de toutes connaissances « sartoriales » y arrivent très bien et font pas mal d’argent. Même si dans le cadre des ateliers NA, cela s’est mal fini. Si quelqu’un veut se lancer dans la demi-mesure, nul besoin d’une longue formation. Car les usines de demi-mesure dispensent toutes les informations qu’il faut. Entre une demi-journée et trois jours, et hop, c’est assez pour ouvrir une échoppe et servir ces premiers-clients.

Mais enfin, revenons aux formations. Puisque je concède que la grande-mesure, ce graal, puisse être un rêve. Quelles sont-elles ?

Et bien très peu choses. L’AFT a fermé depuis que M. Guilson est décédé. Combien d’anciens élèves ai-je entendu lui casser du sucre sur le dos, « que cette école était du vol » « trop chère » « qu’ils s’engraissaient sur les élèves » etc. etc. etc. J’ai toujours été estomaqué de l’incroyable méchanceté à l’encontre des Guilson et de leur fille la directrice. Maintenant, formidable, il n’y a plus rien.

Une photo du tailleur André Guilson, piquée à gentlemanchemistry.com

A une époque, il me semblait que le GRETA à Paris dispensait une formation. Je crois que David Diagne la dispensait la, mais c’est terminé je crois.

En quelques rares lycées professionnels, il existe des formations de couture. Mais c’est un niveau pré-bac.

Le mieux que je conseille est de se lancer dans un DMA costumier réalisateur (Diplôme des Métiers d’Arts, en trois ans). Cette formation, très large, destine les élèves aux métiers du spectacle et de la scène. L’enseignement y est super large, tailleur mais aussi flou et chemiserie, vêtements historiques. C’est une formation généraliste et pratique, appliquée au vêtement de spectacle.

Vous me direz, cela n’est pas le tailleur. Oui mais c’est l’une des bases les plus solides qu’il soit possible de trouver ! Avoir un gros bagage généraliste ne peut pas faire de mal. Et sachez que les costumiers que j’ai rencontré avaient bien souvent des doigts d’or, aussi capable de coudre une robe Dior qu’un pourpoint renaissance, ou encore… une veste tailleur. A l’époque de l’AFT, lorsque j’allais visiter l’atelier d’Arnys, je me souviens de conversation intéressée avec la seconde de Karim, le maître tailleur des lieus. Elle avait fait un DMA costumier réalisateur avant d’intégrer cet atelier. Où elle complétait et spécialisait son apprentissage.

Sinon, à l’issue la troisième, il est possible de rechercher un CAP Métiers de la Mode-Vêtement Tailleur (en 2 ans). Je sais qu’il existe aussi des Brevet de Technicien option vêtement création et Mesure (en 3 ans), ou des BTS Métiers de la Mode (en 2 ans). Une voie intéressante est dispensée par la Chambre syndicale de la haute Couture parisienne, le Diplôme de modélisme, en alternance (en 2 ans). Je vois souvent des jeunes qui cherchent cette alternance. Il faut savoir coudre de base pour la trouver. Et comme il y a peu d’atelier… encore une fois, peu d’alternants. Les places sont chères.

Quant à l’idée de partir pour l’étranger, Italie ou Grande-Bretagne, inutile d’en rêver. Un des meilleurs élèves de l’AFT, un certain Victor avait essayé l’Italie avant de je crois, de revenir devant la dureté des Italiens. Et d’Angleterre, je n’ai pas eu d’échos plus chaleureux. Sans parler du coût de la vie londonienne.

Voilà pour cet aperçu loin d’être rose. Ce n’est pas un métier facile. La formation n’est pas simple. L’éclosion des talents y est ardue.

Je finirais sur le meilleur conseil que je pourrais donner, fruit de mon expérience : méfiez-vous des passions. Les passions sont géniales le soir, après le travail, comme une distraction de l’esprit ou des mains. Les passions font avancer et détendent l’intellect en lui procurant des renforcements heureux. Mais attention, il y a un écueil à transformer une passion en métier. Si les choses se complexifient, la passion se transforme alors en cauchemar. La déception est alors proche et peut être immense, souvenez-vous du sympathique Paul Grassart. Rassurez-vous pour moi, j’en suis très heureux.

Si vous voulez vous amusez avec le tailleur, en dehors de toute considération de commerce, d’argent et d’ennuis, au fond de la manière la plus détachée qui soit, pour votre plus simple plaisir, suivez l’exemple d’Eric, que vous pouvez écouter là sur le podcast de Cravate Club : https://soundcloud.com/jessica-de-hody-253917269/eric

  Bonne semaine, Julien Scavini

Vœux 2021


Chères lectrices, chers lecteurs,
je vous adresse mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année 2021.
Joie, santé surtout et prospérité enfin, à vous et vos proches !
Portez-vous bien et à la semaine prochaine.
Julien Scavini