La manche raglan

Chez les tailleurs et les couturières, les manières de monter les manches sont légion. En particulier chez la femme où l’on peut trouver des manches ballons, des manches gigots, des manches froncées, façon chauve-souris, dolman, j’en passe et des meilleures. Mais de manière générale, il existe seulement deux façon de penser une manche : soit elle est rapportée sur un corps autour d’une emmanchure (la manche montée) soit elle fait partie du haut du corps. La première version est la plus courante et la plus ancienne. Et de nos jours la plus utilisée. La plupart des vestes possède des manches montées.

L’autre variante a été développée durant la première moitié du XIXème, et a pris le nom de l’homme pour qui elle aurait été inventée : FitzRoy Somerset, 1er lord Raglan (1788-1855).

L’homme, un aristocrate et militaire Anglais a perdu son bras droit lors de la Bataille de Waterloo. Aide de camps de Wellington, il occupe ensuite divers postes haut-placés. Il fréquente donc les bons tailleurs et faiseurs.

La légende raconte qu’Aquascutum aurait développé pour Lord Raglan cette manche spéciale pour camoufler son absence de bras. Histoire bancale, car la célèbre maison des impers caoutchoutés est née en 1851, alors que l’homme a perdu son bras en 1815 et qu’il meurt en 1855.

Une autre légende faire remonter la création de cette manche à un problème de fourniture durant la guerre de Crimée (1853-1856), alors que Lord Raglan est commandant en chef des forces britanniques d’Orient. Manquant de manteaux, il aurait confectionné dans des sacs de pommes-de-terre de quoi vêtir ses hommes simplement. La manche était donc probablement proche du kimono.

La manche raglan a donc deux origines possibles, l’une érudite, l’autre façon système D.

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Quoiqu’il en soit, la manche raglan se reconnait au fait qu’elle est cousue dès l’encolure et constitue toute l’épaule de la veste. Elle est généralement assez souple, avec peu d’épaulette. Elle crée une silhouette très ronde et des épaules très coulantes. Son confort est exceptionnel, tous les mouvements sont possibles.

En revanche, la manche raglan n’est pas très fine. Alors que les manches montées peuvent être très étroites, le raglan est très ample.

Cette ampleur va de pair avec le corps sur lequel est elle montée. C’est ainsi que les manteaux raglan sont généralement coupés en poire, plutôt amples. Dans les années 50 puis 90, les manteaux raglan se portaient ceinturés, mais je trouve l’attelage curieux. Un modèle cintré et près du ventre paraitra démesurément ample aux épaules.

Car c’est le paradoxe du raglan. Malgré son aspect coulant, il fait quand même des épaules généreuses.

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Les tailleurs avec leur immense génie géométrique ont aussi développé des variantes, comme la manche marteau, qui commence comme un raglan mais fait une encoche. Et puis il y a le summum de l’art tailleur, ou quand l’arrière de la manche et le dos sont raglan (pour le confort) et que l’avant est une manche montée (pour l’allure fine). Alors là, le zénith de la couture! Une tannée à faire probablement. Arnys produisait beaucoup de modèles ainsi, le défis sans doute, du rarement vu aussi.

raglan marteau

Les tailleurs n’aiment pas beaucoup faire du raglan en général. Difficile à patronner, il n’est pas facile à régler, en particulier l’aplomb (la verticalité) de la manche qui ne peut pas être corrigé. Ou très difficilement. C’est plutôt une manche de prêt-à-porter, car pour le coup en industrie, la manche raglan est d’une grande facilité de montage.

Toutefois, l’époque n’aime plus beaucoup le raglan. Sur une veste, ça n’a jamais été très beau de toute manière. Seul le manteau s’y prête bien. Mon atelier italien propose le modèle Burburry classique, raglan avec col chemise, mais je n’en fais pas souvent.

Les seuls qui apprécient l’épaule raglan semblent être les grands équipementiers sportifs, Nike Adidas et consort, qui réalisent pas mal de maillots et de blousons légers avec de telles épaules. Pour les t-shirts, c’est l’occasion de faire d’amusantes oppositions de couleurs.

Enfin, le mot raglan ne s’accorde pas. On dit une épaule raglan. Et non raglante. Une manche raglan. J’ai longtemps hésité.

Belle semaine, Julien Scavini

Ranger son pantalon

Oui, vous avez bien lu. Un sujet très simple ce soir. Pourtant je vois tous les jours des clients ne pas savoir plier un pantalon habillé. Car si les chinos et les jeans peuvent se plier de manière assez simple, un beau pantalon ne se met pas en boule ou n’importe comment, sous peine de l’abimer.

Le plus important est de ne pas boutonner le pantalon lorsqu’on veut le replier. Sous peine de tordre l’extrémité de la ceinture. Et de la faire se déchirer à force, je l’ai vu une fois sur le pantalon d’un client. La patte au bout de la ceinture, à force d’être cornée, s’était tout simplement découpée. Car à l’intérieur de la ceinture, il y a une toile qui la rigidifie et qu’il ne faut pas pincer ainsi.

Voyez ces deux dessins. Sur l’un la patte encore boutonnée est obligée de s’écraser pour que le pantalon se plie, au bout de la flèche. Sur l’autre dessin, le mouvement est naturel.

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Un pantalon se replie le long des marques laissées par le fer à repasser. Le pli avant file jusqu’à la ceinture, où généralement un passant de ceinture se trouve. Le pli arrière s’estompe lui un peu avant la ceinture. Ces deux plis, avant et arrière, forment l’empreinte du pantalon à plat.

Si le pantalon est correctement replié tous les soirs, poches vides, il n’aura aucun mal à défroisser et à garder de la netteté.

Le plus simple, et ce que je fais, consiste à poser le pantalon à cheval sur la barre du cintre de la veste. Si c’est un pantalon seul, il existe des cintres spécifiques, avec une barre un peu rembourrée, pas un cintre en métal du pressing. Les bons pressings d’ailleurs disposent un élément en carton pour donner de l’épaisseur à la barre du cintre métallique. Ainsi, à cheval, le pantalon est très bien installé de mon point de vue.

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Sinon, une autre possibilité consiste à suspendre dans un cintre-pince le pantalon, par les pieds. Le poids relatif des poches et de la ceinture peut aider à défroisser. Inconvénient de ce cintre : la place. Car le pantalon suspendu est très long.

Pour ma part, je réserve le cintre-pince uniquement aux séchages des chinos et velours qui sortent de la machine à laver. Encore humide, je dispose bien comme il faut, le long de la marque de pliage qui reste encore, le pantalon. En séchant, il gardera la forme et limitera le repassage !

Enfin il existe des valets de chambre, parfois électrique et chauffant, qui à l’aide d’une planche comprimante, permettent de garder le pantalon bien repassé. Je n’ai jamais eu tellement l’utilité du mien. C’est pas mal, mais il ne me semble pas que mes pantalons froissent à ce point.

Et si besoin, un peu de vapeur du fer permet de faire partir les plis. L’astuce : fer très chaud, pleine vapeur (ouvrez le bouchon du réservoir, pour encore plus de vapeur), passez à la surface du pantalon sans appuyer, poser le fer plus loin, avec vos deux mains tendez la laine et soufflez dessus. La vapeur vive fait gonfler la laine, la refroidir rapidement et la tendant la stabilise et la rend nette.

Belle semaine, Julien Scavini

Cravate Club

Connaissez-vous Jessica de Hody et son atelier Minussi ? Jessica, comme moi, a fait l’Ecole des Tailleurs. Et elle est devenue une brodeuse très appréciée à Paris. Savez-vous par exemple qu’elle peut broder vos initiales dans vos vêtements? J’ai vu chez elle de belles parkas dans lesquelles les clients voulaient leurs chiffres. D’autres lui demandent des boutonnières à la main…

Jessica qui aime toucher à tous les artisanats d’art se lance aussi dans le monde 2.0 et lance son podcast dédié à l’univers de l’élégance masculine : Cravate Club. Pour le premier épisode, j’ai eu le plaisir de répondre à ses questions au long cours. L’occasion de papoter chiffon et pour vous je pense de passer un moment amusant et agréable.

Je vous laisse le lien ici. Profitez de ce week-end, parait-il neigeux, pour l’écouter?

https://soundcloud.com/jessica-de-hody-253917269/julien-scavini

Rayure craie et rayure tennis

Si la dissociation dans l’esprit des Anglais est assez clair, en France, il y a toujours une hésitation sur le terme adéquat pour désigner telle ou telle rayure.

Signe certain de conservatisme, le costume rayé fait parti de la grande tradition anglaise du costume de travail, un signe de respectabilité et d’ascension sociale. C’est LA tenue du banquier dès les années 20, des hommes d’affaires et même de la pègre qui adore faire étalage de raies marquées et ostentatoires. Les années d’après guerre et une certaine tempérance sociale estompent son usage au profit des draps unis. Les années 80 et 90 ont permis un retour en grâces des rayures, pour le pire et pour le meilleur. Mais trop fric, trop cliché, trop clinquante, elles furent encore poussées dehors. Avec les années 2000, des designers de tout poil la réintroduisent sous toutes les formes, détournant sa respectabilité.

Les drapiers proposent toujours une grande variété de rayures, surtout les Anglais. Habituellement, les raies sont blanches ou grises. Elles peuvent aussi être colorées, à manier avec précaution. Les Italiens sont assez conventionnels sur les couleurs des rayures, en revanche, ils jouent souvent sur l’écartement de celles-ci. Le classicisme avec un twist!

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Quoiqu’il en soit. Il existe deux variétés de rayures :

La rayure tennis, en anglais pin stripe, désigne une rayure très fine. Wikipédia dit 1/30ème de pouce soit moins d’un millimètre. La rayure tennis est en fait constituée d’un seul fil, qui, entrecoupé par les fils horizontaux, forme un effet de points qui se succèdent. D’où le terme pin stripe = ligne d’épingles. Elle peut être très discrète ou très marquée :

 

La rayure craie, en anglais chalk stripe, désigne toutes les rayures plus larges qu’un fil. La rayure craie peut apparaitre sur un drap sec (lisse) ou sur un drap flanellé. La rayure craie a une épaisseur variable, de quelques fils discrets à de fortes bandes. Dans un tissu sec, la rayure craie aura tendance à faire apparaitre de légères diagonales. Tissu assez voyant ai-je tendance à penser. Mais une fois le costume réalisé, c’est toujours d’une grande beauté. Si la surface du tissu est frottée, un aspect flanelle apparait alors, estompant la rayure craie. Dans une flanelle, la rayure peut être très ou peu visible.

Ci-dessous des tissus secs avec une rayure craie, deux fils seulement dans le premier exemple, une succession de petites diagonales dans le second :

Et ci-dessous deux tissus flanellés, l’un plus que l’autre. Dans la flanelle, la rayure devient un vrai coup de craie, une trace vaporeuse :

Il existe des rayures craies parfois plus discrètes que des rayures tennis, alors que ce devrait être l’inverse. Tout dépend en fait de la teinte. Je ne pense pas qu’il y ait une différence fondamentale de formalisme entre une rayure tennis et une rayure craie. C’est surtout une question de QUI L’ON EST ou de CE QUE L’ON VEUT MONTRER.

La rayure tennis, très appréciée dans les publicités Ralph Lauren, est assez peu demandée par mes clients. Elle est souvent soit trop marquée soit trop estompée. De manière générale, les rayures sont appréciées si discrètes ces temps-ci. Sauf en flanelle où c’est l’eldorado. Les jeunes adorent là où les plus âgés, surtout les dames, trouvent que ça fait vieux. Aller comprendre!

Belle semaine, Julien Scavini

Le petit conseil amusant

Petit et amusant conseil de début d’année.

J’aime beaucoup les Eaux de Toilettes et les Cologne, même si curieusement, ma peau semble les faire disparaitre aussi vite que possible! A ce titre, je nourris depuis longtemps une certaine fascination pour les produits de la marque Mont Saint Michel, que l’on trouve généralement en bas des gondoles des supermarchés. Parfum bas de gamme de grande distribution peut-on penser? Les 250ml s’échangent en général pour 3 à 4€. Une paille comparée aux 100€ que demande Hermès pour la Gentiane Blanche maintenant…

Je m’amuse depuis longtemps à les tester avec gourmandise. Du pas cher qui sent bon. Génial! La Lavande Impériale était une sorte de perfection de grand-mère, hélas arrêtée il y a quatre ans. La Fraicheur Intense qui l’a remplacé est un peu fade, même si l’été sous les tropiques, elle est intéressante. Mais la Cologne Ambrée reste une valeur sûre. L’odeur des vieux messieurs d’une certaine manière. Toutefois, même si cela m’amuse beaucoup, pour suivre le courant général, j’utilise quantités d’autres parfums plus raffinés. Dit-on.

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Mais j’étais triste de ne pouvoir utiliser ces grands flacons. J’ai réussi à trouver un usage quotidien à ces Cologne miraculeuses et peu coûteuses : l’eau du bain. Grand amateur de cette détente du soir, j’ai pris l’habitude, amusante au début histoire de liquider les flacons, de verser un bouchon entier dans le bain. Lumineuse idée. A ce petit jeu, la Cologne Ambrée est la meilleure. L’eau sent bon et la salle de bain se charge du parfum. La peau reste discrètement chargée de cette petite effluve pour un bon moment. Un délice pas ruineux du tout. Et probablement meilleur que tous les bains moussants! Vous me direz si vous testez…?

Un plaisir digne d’Amélie Poulain!

Belle semaine, Julien Scavini

Bonne année 2019

bonne année 2019

Je vous souhaite une excellente année 2019.

Que j’espère chic et charmante, en bonne santé!

Je reprendrai les blog la semaine prochaine ou celle d’après, le temps de souffler et de reposer mes méninges encore quelques temps. Il n’est pas aisé de trouver chaque semaine un article pour ici et pour les colonnes du Figaro Magazine, en gardant de la fraicheur et de la spontanéité, parallèlement à une activité de tailleur assez éreintante. Les gens sont énervés je trouve. Enfin bref, passez une agréable semaine! Julien Scavini

La fiscalité du costume « de travail »

La période est à la jacquerie fiscale! Une révolte qui sur le fond, je l’ai constaté quotidiennement et avec amusement, met beaucoup de mes clients d’accord, et de tous les bords! Une révolte au petit goût poujadiste qu’il serait intellectuellement malhonnêteté pour un petit commerçant de désapprouver complètement. Mais une révolte qui tout de même sur la forme sabote moral et affaires!

Quoiqu’il en soit, penchons-nous ce soir sur un point d’interprétation du Code Général des Impôts. Un sujet hautement brûlant! J’aime le piquant. Car, la question m’est très souvent posée. Pour de nombreux clients, le costume est LA tenue de tous les jours, celle du travail. Et un certain nombre sont leur propre patron. Soit de grosses sociétés ou au contraire, des indépendants libéraux, assureurs, avocats, agents commerciaux etc…

La question est souvent la même : « puis-je passer ce costume sur ma boîte? »

Autant le dire tout net, NON.

Explications.

Le fisc reconnait deux cas de figure pour qu’un vêtement soit reconnu professionnel, donc puisse faire l’objet d’une entrée comptable sur une société :

1- que le vêtement soit un vêtement technique. Pour cela, le vêtement technique ou le tissu le composant doit avoir une norme NF (traitement ignifugé, résistance à l’abrasion, tissu renforcé, etc…)

2- que le vêtement soit obligatoire. C’est par exemple le cas des tuniques de cuisinier, des robes d’avocat ou des blouses de médecin. Le cas du costume existe et l’administration a la réponse : un logo doit être brodé sur celui-ci de manière visible. Comme les agents de Sécuritas par exemple à l’aéroport. Toutefois, les serveurs qui portent obligatoirement le costume n’ont pas de logo pourrait-on faire remarquer.

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Il découle donc de ces deux points qu’un costume de tous les jours pour un avocat ou un vendeur automobile ne peut être pris en charge par la société. Toutefois, si vous le faîtes, il pourra être discuté avec l’administration le point suivant : le costume passe en fait dans les frais de représentation, fiscalement déductibles sous certaines conditions. Il conviendra de ne pas abuser. Car normalement, les frais liés à la présentation personnelle (achat de costume ou coiffeur) du gérant ne sont pas remboursables. La jurisprudence est très claire.

Tout est une question de tact et d’échelle. L’ampleur de la garde-robe ainsi acquise devra être en proportion 1- du chiffre d’affaire et 2- de la totalité des frais de représentation (incluant transport, restaurant, etc). Attention ainsi au coût du costume. Il pourra être argumenté que le Président a donné une référence. Ses costumes J. dont il a fait moult tweets coûtent 350€ environ. Aïe. Un bon costume vaut tout de même plus cher.

Si vous aviez abusé de la carte professionnelle pour vos costumes et que le fisc ne veut pas vous le laisser passer, l’administration pourrait qualifier l’avantage en revenue déjà acquis. Et les URSSAF (le faux-nez du RSI) se régaleront d’un avantage en nature chargé.

Car tous le monde le sait bien en France, il ne faut pas jouer avec l’administration. Le député Gilles Le Gendre* vient de nous le rappeler, le gouvernement est très subtil et très technique, et un en mot comme en cent, trop intelligent. Méfiance! En attendant, le gilet jaune va bien avec le costume marine. Je dis ça, je ne dis rien!

Il me reste à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année! Profitez en bien.

Belle semaine, Julien Scavini

 

* Gilles Le Gendre qui pendant longtemps fut ‘sociétaire’ des Experts de Nicolas Doze, le matin sur BFM Business tout habillé en Arnys! Parfois en overdose, mais toujours de manière plaisante.

La veste Maubourg

Ce nom ne vous dit encore rien? Attendez un peu…

Petit retour en arrière.

La veste d’homme est une création de la fin du XIXème siècle, que l’on appelait veste courte à l’époque par opposition aux fracs et autres jaquettes alors en vigueur. Arrondie dans le bas et avec des revers découvrant le haut du buste, elle est symbole de l’english-man. Son adoption pour la pratique des sports anciens et nouveaux, équitation et vélo, golf et automobile, fut rapide. Elle passe à la ville dans les années 10. La première guerre mondiale met définitivement au placard les longs habits empesés.

La veste anglaise, avec ses revers débarque sur le continent où elle ne jouit pas immédiatement d’une grand notoriété. Les hautes sphères, gagnées par l’anglomanie depuis le second empire, l’affectionnent bien sûr. Mais dans les campagnes et dans les usines, on porte jusqu’aux années 70 un autre type de veste, à bas carré et à encolure cheminée ou chemisière. Les photos en noir et blanc des campagnes françaises montrent assez souvent des sortes de vestes tuniques, parfois assez proches des vestes autrichiennes modernes.

Ces dernières années, ce vestiaire renommé ‘workwear’ pour le rendre plus bourgeois que le simple ‘vêtement de travail’ connait un incroyable essor. Caterpillar, Carhartt, Belstaff ou même Barbour jouent sur cette fibre qui plait bien, synonyme de vêtement pratique et robuste.

C’est une réponse à un besoin du marché, pour plus de décontraction que les vestes anglaises et pour autre chose que le blouson et la parka. Parfois la veste classique peut paraître inadaptée car trop habillée ou trop apprêtée. L’ouverture devant, ménagé par l’évasement des revers peut apparaître curieuse si aucune cravate n’habille la chemise. Prendre l’avion, partir en voiture ou faire une balade en forêt sont autant de moments où une solution intermédiaire est possible.

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D’où un regard en arrière vers ces anciennes tuniques carrées à col de chemise ou officier, souvent faites de gros velours. Praticité rimait avec solidité. Arnys a bien vu cet héritage et créa la veste forestière dès 1947. Elle était inspirée des vestes de gardes-chasses de Sologne malgré une coupe kimono radicalement différente et très ample. Bien d’autres marchands ont senti cet esprit. C’est le cas de Franck Namani qui propose aussi depuis longtemps des modèles hybrides, mi-blouson mi-veste. Les petits détails en matières contrastantes, les poches aux formes variées, les matières techniques ou luxueuses sont autant de réponses qui enjolivent l’aspect utilitaire. Sans oublier bien sûr la réponse d’Hollington, qui développa avec son ami couturier Michel Schreiber des vestes de peintre ou de menuisier adaptées à la très chic clientèle du quartier latin. Des symboles des architectes et penseurs des années 70.

Et il est vrai que j’éprouve également depuis longtemps un goût pour cette veste hybride, permettant une élégante décontraction, association de mots facilement opposables. Un pari difficile, qui depuis longtemps me trotte dans la tête. C’est ainsi que j’ai fait développer par un ami qui possède son petit atelier dans le sud de la France un modèle, basé sur un corps de veste, mais totalement dénué d’entoilage. Une veste foulard très souple et légère, avec un col à patte prolongée et de belles poches plaquées très expressives. Cette veste, je l’ai appelé Maubourg, du nom de la rue où j’ai installé mon commerce. Un joli nom qui sonne bien français, en fait un titre de courtoisie trouvant ses racines dans le Massif Central.

Voici donc la veste Maubourg. Avec le prix le plus serré possible pour une fabrication française. Le volume est minuscule, donc les quelques pièces fabriquées partiront vite. Ne vous inquiétez pas, d’autres sont dans les tuyaux, en flanelles lourdes, dans des coloris plus variés et plus campagnards aussi. Les tailles sont assez juste, je fais un 48/50 et la M est parfait en aisance.

Faites lui bon accueil !

www.la-maubourg.fr

Belle semaine, Julien Scavini

 

Il n’y a pas de vérité pour les pointures

Cela fait des années que je tente avec complications et moult argent de trouver le bon chausseur et surtout la bonne chaussure.

J’ai déjà relaté la complexité à trouver des chaussures confortables à prix raisonnable. Pendant longtemps j’ai considéré que le 42 était ma pointure, car en baskets, c’est ce que je porte et que le chiffre m’est familier depuis mon adolescence.

Chez Bexley il y a fort longtemps, cela m’allait bien. Puis j’ai essayé Markowski, en pointure 8. C’était bien.

J’ai aussi tenté 7ème largeur, où j’ai acheté deux paires, qui m’ont été vendues presque de force en pointure 7. « Si si, c’est mieux ainsi, votre chaussure ne se déformera pas, elle gardera de l’allure« . Certes. Mais c’est mon pied qui s’est déformé. La paire de richelieu est partie à la poubelle au bout d’un mois après un refus d’échange, c’était trop pénible. Quant aux mocassins, curieusement, ils sont confortables encore maintenant. D’où cette première intuition que peut-être, les pointures n’étaient pas grand chose…

D’autant plus qu’avec le temps, j’ai détecté une demi pointure de différence entre les deux pieds. C’est assez normal a priori mais en Nike ou Le Coq Sportif, peu important. Mais lorsque l’on commence à porter des chaussures de qualité supérieur, cette question devient prégnante. Chez Bowen, le vendeur m’avait fait prendre du 8, même en ayant remarqué la différence de pointure. Et pas du 81/2. Pour ne pas avoir de chaussure déformée après quelques ports. J’avais écouté, je n’aurais pas du. Trop serré dans le temps.

Puis j’ai commencé à acheté Alden par l’intermédiaire d’un ami aux USA. J’ai naturellement pris du 8. Deux paires! Sans me rendre compte que les américains ajoutent une pointure. Donc le 8 USA est en fait un 7 UK. Les chaussures étaient trop serrées, je m’en suis hélas rendu compte très vite. Mais en même temps vaguement confortable, grâce à un soulier bien rond et à une forme au confort de Cadillac. Donc pour la suite, j’ai pris des paires en 9.

Lors de mon voyage au printemps dernier à Washington, après une journée de marche dans ma paire préférée en taille 9, habituellement très confortable, mes pieds me faisaient affreusement souffrir. D’où un constat : ce qui est confortable dans ma boutique au long de journées relativement tranquilles, ne l’est plus lorsqu’il faut faire grand usage de ses jambes. A noter intérieurement.

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Puis, le lendemain, j’ai pointé mon nez dans la boutique Alden. Là, le vendeur, à l’américaine, très entreprenant et professionnel, m’a fait poser les pieds sur le pédimètre. Verdict direct : « monsieur, vous faites du 10 (donc 9 UK ndlr) et plutôt en largeur étroite, pas standard« . Ah bon…?

J’ai donc pris une paire ainsi. Puis une seconde. Au quotidien, c’est très plaisant. En revanche, à l’usage, je note tout de même deux choses. 1- J’ai l’impression d’avoir des bateaux aux pieds. 2- Des plis se forment au dessus de la chaussure, de manière bien plus marquée que sur mes souliers en taille 9.

Toutefois, je me souviens que le vendeur d’Alden portait lui-même des mocassins visiblement très confortables, un peu large. Avec le temps, je pense qu’il est probable qu’outre-atlantique il soit concevable d’acheter un peu grand, alors qu’en Europe, on préfère peut-être la vanité d’un pied petit…? Il n’y a pas une grande vérité, l’aisance est une notion qui varie d’un pays à l’autre, d’une personne à l’autre.

Pour la suite, j’ai commandé une paire en 91/2. On verra bien. Je me ferais un avis.

Finalement, avec mon collaborateur Raphaël m’est venu une intuition. Car lui chausse du 5. Dans lequel il a un peu mal à la fin de la journée. Et le 6 est un peu trop grand. Mais qui lui serait peut-être conseillé outre-atlantique…?

Peut-être que la bonne solution est d’avoir différentes pointures, pour différents moments. Lorsque je sais que la journée est calme à la boutique, sans une soirée après, je peux porter la pointure 9, idéale et très élégante, car faisant un pied de bonnes proportions. Si jamais je dois aller à un diner le soir ou à l’Opéra, je chausse le matin du 10, à peine ample, mais préférable pour endurer l’effort.

« N’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi » écrivait Cioran. C’est très vrai. Alors je relativise cette question de la pointure. Rien n’est tout à fait parfait en ce bas monde, il faut s’adapter aux conditions du moment.

Belle semaine, Julien Scavini