Retouches à Paris

Messieurs,

vous m’écrivez souvent pour demander si je connais un bon retoucheur sur Paris. J’ai trois adresses, les voici :

ASPEN RETOUCHES : 8, rue Jean de La Fontaine, 75016 PARIS. Un ancien des grands ateliers, un maître pour les retouches les plus compliquées.

AKBAR CREATIONS : 22, rue Jules César, 75012 PARIS. Mon propre retoucheur, un travail délicat pour les cintrages notamment.

FK RETOUCHES : 14, boulevard Saint Martin, 75010 PARIS. Un grosse société de retouche spécialisée pour les grands magasins. Service efficace.

J’espère qu’avec cela, vous trouverez comment rendre merveilleuses vos vieilles fripes ;). Par contre, ne vous attendez pas à des prix minuscules. La retouche est un travail long, délicat et fastidieux. Ne négociez pas, sauf si vous avez 3 ou 4 pièces ! Un cintrage, cela coûte entre 25 et 45€, rétrécir la largeur d’un bas de pantalon dans les 25€, un démontage de manche pour retirer de la carrure devant dans 150€, idem pour le changement d’une doublure.

Bonne journée, Julien SCAVINI

Le manteau de la saison

Alors qu’un froid mordant nous est déjà tombé dessus, les commandes de manteaux battent leur plein, ce qui est déjà un fait assez notable pour être remarqué. Habituellement, je vends un à deux manteaux par an ; alors que ce mois-ci, quasiment un par semaine ! Ce sont principalement des manteaux classiques que choisissent les clients, lourds peignés bleu marine, avec quelques fantaisie sur les doublures en laine, à carreaux ou à pois.

Vous le savez peut-être, je réalise des petites et demi-mesures. Dès lors mes modèles sont réduits – même si mon atelier italien propose une large gamme. Un de mes amis est venu avec une demande toute simple en demi-mesure : un manteau croisé, très à l’italienne, plutôt trois-quart, dans un drap bleu marine laine et cachemire. Comme il me dit, rien dans le commerce ne lui avait plu, poches idiotes, doublures trop bariolées, coupe moche, jamais de simplicité. La fiancé d’un autre client me rapporta qu’elle aussi ne trouvait rien. « Même chez St James, ils font des boutonnières colorées et des doublures patchwork genre manteau de la droguerie » me dit elle en rigolant !

Remarque importante, le manteau devait avoir l’aisance d’une veste, c’est à dire être assez près du corps pour être porté directement sur la chemise ou un pull. Le croisé devait être sur une base 2×6, c’est à dire un carré de 2 boutons fonctionnels, plus deux boutons décoratifs. Dessin que je ne proposais pas en demi-mesure européenne. J’ai alors fait une petite recherche sur internet avec mon ami, de photos diverses glanées sur Google, principalement avec les mots clés ‘coat’ ‘pitti uomo’ ‘italian’ etc…

ILL12
Nous avons finalement abouti à une proposition sobre que l’atelier va m’exécuter. Et plus j’y pense, plus j’apprécie cette forme très classique mais avec quelques petits twist : poches plaquées à rabats plutôt sport, épaule ronde, taille relativement courte. Et en passant devant une vitrine d’Arthur & Fox, j’ai pu apercevoir un manteau identique. Donc, les choix sont les bons.

Le croisé a cet avantage par rapport au manteau droit, il donne un petit surplus de chaleur sur le devant. Grâce aux deux pans de tissus de la croisure qui se recouvrent, on gagne quelques degrés sur le ventre, partie qui nécessite le plus d’être enveloppée. Cet effet va de paire avec un manteau plutôt près du corps. Finalement, alors que je le poussais à choisir une forme classique de covercoat, ceci est un exemple d’une discussion constructive. Nous attendons maintenant le résultat !

Bonne semaine, Julien Scavini

Pantalons en coton d’hiver

Continuons sur la lancée initiée il y a quelques semaines – et ajournée durant le pont du 11 novembre – sur les pantalons de l’hiver. Nous avons ainsi passé en revue les tissus de laine, comme les whipcords et les flanelles, intéressons nous ce jour aux cotons. Ah le coton, la matière presque universelle de nos jours, tant les jeans ont envahi la rue. Mais au delà ce la grosse serge de toile denim, il existe d’autres manières d’utiliser le coton.

A l’inverse de la laine, le coton est plus doux contre la jambe, beaucoup plus doux. C’est son point le plus attractif. En revanche, il froisse beaucoup plus que la laine, son tombé est moins naturel. Problème qui est compensé par sa facilité d’entretien. Un passage en machine est possible, quand la laine exige plus de délicatesse et un recours au pressing.

Pour l’hiver, le velours apparaît comme LA référence. Chaud, moelleux, il se décline en une important variété de coloris, les plus classiques étant le mordoré, l’orangé ‘whisky’ ou le vert sapin. Bien sûr, les bleus marines peuvent être très beaux avec des souliers en veaux velours, dans un accord à l’italienne.

Le velours peut se présenter sous deux formes : le velours lisse, appelé ‘palatine’ qui est totalement inadapté à la confection de pantalons et le velours côtelé, qui nous intéresse ici. Notons que le velours est fabriqué par des métiers à tisser qui exécutent des boucles de fils sur une toile de base. Ces boucles sont ensuite rasées pour faire apparaître le côté ‘poilu’.

A.01 Layout _ LayoutLes velours côtelés peuvent se présenter sous trois formes : les mille-raies, les 750 raies et les 500 raies, appelées grosses côtes. Les mille-raies ne sont pas très raffinées et souvent rejetées par les ouvrages érudits. Mais c’est une question de goût, car ces mêmes ouvrages font l’éloge des 500 raies / grosses côtes. Pour ma part je trouve celles-ci un peu vieillotte, s’avachissant très vite. Mais encore une fois, pure question de jugement personnel. Les 750 raies m’apparaissent plus raffinées… Les velours côtelés font un poids moyen de 350 à 400grs, voire 500 à 620grs pour certaines références. Je rappelle le poids moyen d’un costume : 260 à 340grs.

Après les velours, nous pourrions citer les cotons grattés, type serge lourde. La maison Holland & Sherry en édite toujours de très belles l’hiver. C’est chaud et cela ressemble un peu à une serge peignée.

Enfin le dernier choix, celui des connaisseurs est la moleskine. La peau de taupe en français est une étoffe lourde (450 à 650grs) de coton à l’aspect peau de pêche. C’est l’un des must-have de l’hiver. Disponible dans une grande variété de coloris, la moleskine est très chaude, très moelleuse et garde surtout sa forme. Si les chinos en coton froissent facilement, le poids de celle-ci lui donne un tombé parfait ! Que demander de plus !

Le pantalon de flanelle

Suite logique de l’article de la semaine précédente, évoquons aujourd’hui le pantalon de flanelle, un classique entre les classiques. Pour ceux qui ne connaitraient pas, la flanelle est un tissu de laine très feutrée, moelleux. Mais elle ne doit pas être confondue avec le feutre. Le feutre de laine (qui sert par exemple à faire les dessous de cols) est une matière non-tissée. Il s’agit juste de fibres agglomérées entres elles par un procédé de foulage. On parle alors de textile non-tissé. La flanelle bien au contraire est une matière tissée.

La véritable flanelle (au sens technique) est une toile. Relisez l’article de la semaine dernière pour un aperçu rapide de ce terme. C’est une toile de fils plutôt épais et surtout c’est une toile tissée lâche. C’est à dire qu’il a y de l’air qui passe entre les mailles. La surface du tissu est ensuite foulée, c’est à dire grattée, pour que les fibres ‘feutrent’. Ainsi le côté duveteux apparaît et cache ainsi les fils. Il s’agit donc à la base d’un tissu plutôt aéré, c’est pourquoi on l’utilisait pour les costumes d’été et pantalons de sport au début du siècle dernier. Mais évidemment c’est un tissu très épais que l’on aurait plus idée de porter sur la plage… cela s’est fait !

La vraie flanelle est donc un tissu plutôt lourd, une toile au dessus de 400gr. La laine utilisée est une laine de fibres cardées, c’est à dire assez peu raffinées. Ainsi elles feutrent facilement. Cela pourrait s’apparenter à une laine vierge. Si la fibre de laine est travaillée, on parle de laine peignée (à ne pas confondre avec le terme ‘peigné’ qui désigne une laine que l’on a fait feutrer en surface). Cette laine peignée a donnée naissance aux appellations super 110’s etc. Car pour mesurer le diamètre des fibres et donner l’appellation super XXX, il faut raffiner les fibres.

pantalon de flanelleBref, de nos jours, la plupart des flanelles portent l’appellation ‘flanelle super 120’s’ par exemple. Ce n’est pas véritablement une flanelle, puisque elle incorpore des fibres peignées.

Pour avoir ce côté feutré typique de la flanelle, le tissu une fois sorti du métier à tisser est déroulé sous une machine équipée de chardons métalliques (autrefois de vrais chardons) qui grattent la surface des mailles. Cette opération fait ‘venir’ la fibre, la fait feutrer en surface.

Pour beaucoup, le principal souci des flanelles est l’épaisseur. Car pour avoir de la tenue – le tissu étant lâche – il faut de l’épaisseur. Sinon un effet d’affaissement apparaît. On dit que le pantalon ‘poche’ sous les genoux, sous les fesses, en le détendant à ces endroits. Une toile feutrée fine se déliterait très vite. Les grands drapiers ont donc maintenant recours le plus possible à des bases de serge. Après tissage, le tissu suit le même procédé de feutrage / foulage pour faire apparaître le moelleux de la flanelle. Techniquement, il s’agit de serge foulée, serge peignée ou serge grattée, mais elles sont appelées commercialement flanelles. L’avantage ? 350, 300 voire 280gr, soit un gain très important !

Ainsi, ces flanelles de 300gr seront presque aussi solides que celles de 500gr. Le tombé sera un peu moins impeccable, mais le confort sera le même ; un confort moelleux, chaud, idéal pour l’automne et l’hiver, en complément de beaucoup de vestes, tweed campagnards ou urbains.

Si toutefois vous n’aimiez pas la flanelle qui gratte (c’est de moins en moins vrai tout de même), vous pourriez vous laisser convaincre par ce que les anglais appellent ‘pick & pick’, un tissu sec, fils à fils, très chiné.

Bel hiver ! Julien Scavini

Se faire remonter les bretelles !

Commandées au creux de l’été, elles sont arrivées ce matin : voici cinq paires de bretelles réalisées par les italiens de chez Victrix, spécialement pour mon magasin. Quatre sont en gros grain et une en élasthanne imprimée cachemire, toutes sont dépourvues de clips mais possèdent des œillets en cuirs. Le cuir est noir ou burgundy ou marine ou marron suivant le tissu. 90€.

Pantalons en laine automnaux

Cette semaine, intéressons-nous à une catégorie d’étoffes de laine, aux tissages anciens mais pourtant plus qu’idéals pour les pantalons : les dérivés de serges complexes, à savoir les whipcords, les cavalry twills, les Bedford cords et autres gabardines de laine. Je rappelle qu’il existe en textile classique pour homme deux grandes catégories de tissage : la toile et la serge (autrement appelée twill). Dans une toile, les fils se croisent à 90°, l’un sur l’autre. C’est simple. Dans une serge, les fils se croisent toujours à 90°, seulement les fils ne se superposent pas de manière linéaire, un sur deux, mais plutôt un sur trois etc… En découle un effet d’escalier, créant l’effet d’une diagonale à 45°.

Ces différentes matières en serges complexes étaient utilisées pour réaliser des culottes, le type court comme les knickers ou des pantalons plus longs (pendant sur le talon, d’après l’étymologie du nom).

Le cavalry twill est le plus connu. Son nom est hérité des culottes d’équitation qui étaient réalisées dans cette étoffe lourde et très endurante. Cette catégorie de serge est en effet – par sa construction – particulièrement indiqué pour les vêtements subissant une forte abrasion, comme c’est le cas entre le fessier et un siège. Le cavalry twill fait aussi apparaître des diagonales à 70°, mais celles-ci sont composées de petites échelles… Entre deux côtes, on peut ainsi distinguer de petits mailles horizontales.

Le whipcord présente de grosses côtes (plus ou moins fines suivant le tissage) allant dans une diagonale à 70° (et non à 45° comme une serge classique). Les whipcords sont souvent très beaux, surtout dans des coloris clairs, car des effets chinés apparaissent. C’était un grand classique de la maison Arnys l’hiver. Un aspect à la fois rustique et précieux.

Le Bedford est une étoffe particulièrement ancienne, qu’il est difficile de trouver maintenant. La maison espagnole Gorina m’en fournit de très lourds, aux alentours de 500gr (ce qui représente quand même le poids d’un manteau contemporain !). L’aspect est semblable à du velours côtelé, avec ses côtes verticales en relief. Un client m’a un jour montré un vieil ensemble du siècle dernier comprenant culotte de cheval et gilet croisé, le tout en bedford blanc, pour l’équitation. Superbe.

La gabardine – de laine – a une histoire plus compliquée. Souvent réalisée en coton, elle a donné son nom à un manteau en France : la gabardine. Mais c’est une ellipse linguistique. La gabardine est un type de tissage. A l’œil elle n’est pas facile à reconnaître d’une serge classique, mais ses diagonales sont plus penchées.

Ces matières sont donc idéales pour réaliser de beaux pantalons, chauds et endurants, idéals pour la mi-saison et même l’hiver. Nous verrons bientôt quels pantalons en coton pourrait s’y substituer. Un whipcord brun irait à merveille avec une veste en tweed, et le même en gris pourrait compléter aisément un blazer en flanelle. Voici une pièce versatile incontournable !

A.01 Layout _ LayoutLes tissus scannés proviennent de chez Holland & Sherry et Gorina. Bonne semaine, Julien Scavini

PS : je me suis enfin décidé à acheter le domaine STIFF COLLAR .COM à WordPress, ce qui débarrasse les bas de pages des publicités encombrantes ! Un grand pas !

Le col blanc

J’en vois de plus en plus dans le métro le matin : le col blanc reviendrait-il-en force ? Je me le demande. Si la chemise blanche semble tomber peu à peu aux oubliettes – et c’est bien dommage – le col blanc rattrape un peu cela, pour le moment. Étudions quelques instants le pourquoi du comment.

Si vous relisez un très ancien article du blog, ICI, vous retrouverez quelques éléments sur la spécificité des cols détachables. Ceux-ci étaient blancs, d’un blanc immaculé et brillant, permis par l’amidonnage. Au début de ce siècle et surtout dans les années 20 et 30, la mode était aux chemises rayées et très colorées. Parfois trop pour le goût de nos jours. La rayure bleue – parfois horizontale – était un grand classique, et cela dans de multiples couches de la société. Les chemises sans cols que l’on peut appeler tunique possèdent un petit pied de col, similaire à un col officier. Sur celui-ci était fixé le col dur par l’intermédiaire de deux petites brides métalliques ornées. Et seules les plus hautes couches de la société en mettaient un. Son entretien était couteux. Le simple ouvrier se contentait de sa tunique (que l’on a plus tard appelé à col mao, peut-être une référence communiste ou socialiste?, qui s’apparente de nos jours à quelque chose de décontracté, donc de populaire…?).

A.01 Layout _ Layout

Il y a bien eu une mode temporaire pour le poignet amidonné séparé, mais elle fut très courte. Si bien que sur les vieilles chemises, les poignets sont quasiment toujours du même tissu que le corps. Seul le pied de col et donc le col séparé sont blancs. Je ne saurais dire à quelle époque est apparue véritablement la mode du poignet blanc en complément du col blanc. Une chose est sûre, les années 80 ont consacré cela !

De nos jours, vous avez le choix. Soit le col et les poignets blancs, soit le col seulement en blanc. J’opte assez souvent pour cette dernière variante que je trouve plus discrète, en un mot plus raffiné. J’utilise en complément des poignets simples à boutons de manchette, et non des poignets mousquetaire, que je trouve trop volumineux. Question de goût, absolument ! Du reste, le poignet mousquetaire est pas mal en blanc avec un col blanc.

Enfin, notons que dans tous les cas, le col blanc doit compléter un tissu plutôt rayé – pourquoi pas uni, mais l’effet est moins net – où une couleur autre que le blanc doit dominer. Les rayures un peu épaisses sont ainsi plus indiquées que les rayures fines, à moins qu’elles ne soient très rapprochées. Je rajouterais aussi que le col blanc ne se porte pas avec des souliers marrons. Ce serait un contre-sens absolument. Le port du col blanc étant un signe distinctif de l’élite, mélanger cela avec une chaussure d’un cuir sport serait passablement bizarre…

A vous de choisir ! Bonne semaine, Julien Scavini

L’épaule Cifonelli par le menu

Un lecteur m’écrivait récemment pour obtenir des détails sur l’épaule Cifonelli. Je ne savais comment lui répondre, n’étant pas vraiment un expert du sujet. Et puis Parisian Gentleman nous a offert le privilège d’une petite soirée chez Cifonelli, entre gentlemen pour fêter la sortie du livre sur les dandys. L’occasion de discuter longtemps avec Lorenzo C. de ce sujet précis, et d’en revenir avec des informations précises.

Donc pour re-commencer  sur le sujet, remarquons premièrement que l’épaule Cifonelli est caractérisée surtout par sa manche montée avec beaucoup de volume. Certains aiment, d’autres pas, mais c’est un trait caractéristique de la maison.

Ce n’est donc pas vraiment une épaule à l’italienne ou à la napolitaine, en ce sens qu’elle n’est pas naturelle ; c’est une construction complexe, baroque de la tête de manche. C’est italien dans le sens que le style est un peu outré.

Plusieurs informations. Premièrement la toile tailleur intérieure – qui est reprise par très peu d’épaulette – est fortement travaillée sur la clavicule, pour plaquer bien le creux de l’épaule. Ce travail est similaire à celui de tous les autres tailleurs (mais il est simplement plus poussé, et réalisé curieusement après la mise sur toile (pour les puristes du sujet)).

Ensuite, question volume, un premier est généré dans le dos, à l’omoplate, en rentrant artificiellement du tissu (ce trop plein de tissu est appelé ’embu’) à la couture d’épaule. Concrètement, à la coupe, l’épaule dos est plus longue de 3cm que l’épaule devant. En forçant la laine, ce tissu ‘se rentre’ et crée comme un volume dans le haut du dos. En réponse, l’épaule ‘tourne’ vers l’avant. Cette épaule vers l’avant est renforcée par l’extrême étroitesse du devant(A). Ce travail est également réalisé par tous les tailleurs y compris les belles façons italiennes, mais dans une moindre mesure. Schéma de l’épaule :

cifo1

Question volume toujours, la circonférence de la manche est supérieure en moyenne de 7cm de la circonférence de l’emmanchure. Alors comment coudre un truc plus grand sur un plus petit? Encore une fois, en rentrant l’embu (= le trop plein de tissu). Cet(cette?) embu se ‘repousse’ en deux temps : d’abord on bâtit au fil blanc, en créant des plis, que l’on résorbe ensuite par repassage successif, au fer chaud et à la vapeur. La laine ‘se rentre’, l’embu disparait. Les autres tailleurs rentrent plutôt 5 à 6cm d’embu, donc Cifonelli en met un peu plus.

Le chiffre miracle est donc 10 ! 7cm d’embu en tête de manche et 3cm d’embu à la couture d’épaule. Schéma de la tête de manche :

cifo2

Ensuite, toujours à la tête de manche, le volume est donné par (pour expliciter plus simplement, on pourrait dire : le trop plein de tissu est domestiqué par) la présence d’une double cigarette. Ce sont des morceaux de tissu (toile tailleur + ouate) coupés en biais. Pris dans la couture, ces couches refusent de se faire écraser au fer (elles ont du ‘ressort’) et forcent dont le tissu à gonfler.

Je vous passe enfin des détails très technique comme l’ouverture de la couture de tête de manche ou le renfort de l’emmanchure grâce à de petites bandes de doublures en biais.

cifo3

Retenez une chose. Le travail mené par Cifonelli est similaire à celui des autres tailleurs. Seulement ici, la technique est poussée dans ses retranchements. Il en résulte une ligne caractéristique, si chère aux amateurs de la Maison ! Et inutile demander à d’autres maisons de vous réaliser cela. Si vous voulez du Cifonelli, c’est là bas qu’il faudra se rendre 😉

Cravates ‘Ancient Madder’ à la boutique

Bonsoir chers lecteurs,

comme souvent annoncé mais toujours reculé, les cravates en soie imprimée ‘ancient madder’ sont arrivées. Fabriquées par une grande maison à Milan, elles sont finement entoilées, et toujours proposées à 90€. Seulement 14 pièces disponibles (un début, je teste). Je vous laisse apprécier cela.

PS : mon article du jour sera publié ce soir !

Le blazer pour les quatre saisons

 Je voyais la semaine dernière un bon client pour réfléchir à l’évolution de sa garde robe et quel chantier mettre en route. Ne portant pas beaucoup de costumes, les réflexions que nous menons tournent le plus souvent autour de vestes seules. Mais détail important, des vestes pas trop sport, donc plutôt discrètes, évitant les grands carreaux et autres écossais, presque une gageure.

Nous regardions un magnifique tissu violet foncé dans une belle liasse de cachemire peau de pêche. Puis en tournant les échantillons, nous avons aboutis sur un beau bleu marine. Superbe. Seulement lui dis-je, « nous avons déjà fait un blazer, souvenez vous, dans un natté un peu épais ». « Et alors » me rétorquât-il ? « Au fond, on peut avoir un blazer par saison… »

Je n’y avais jamais vraiment pensé, mais la remarque a du sens. Cette veste – qui fait l’objet d’un article que j’ai écrit pour Monsieur ce mois-ci – est assez versatile. Pratique en beaucoup de circonstances, elle est parfaitement urbaine grâce à une tonalité sombre et discrète. Les boutons dorés ne sont pas obligatoires, bien qu’un jeu de boutons un peu différent de celui du costume soit toujours préférable.

Donc un blazer pour chaque saison ? Alors il est sûr que ce beau cachemire bleu marine était idéal pour l’hiver. Chaud et moelleux.

A.01 Layout _ Layout

Quelles matières pourrait-on alors conseiller suivant la saison ?

  • Hiver > une grosse flanelle ou un épais cachemire en trois boutons
  • Printemps >  un natté à gros grain, un peu chaud et mais non doublé, en deux boutons
  • Eté > une toile aérifère de laine froide, non doublée, en deux boutons
  • Automne, une serge à peine peignée, pas trop épaisse en trois boutons

Vous complétez cela à chaque moment de l’année avec deux ou trois pantalons appropriés, gris, beige ou de couleur ; en laine froide l’été, coton gratté à l’automne, velours en hiver sans oublier la flanelle et l’affaire est dans le sac ! Le bleu va avec tout, que ce soit une harmonie à l’anglaise en association du gris ou une palette à l’italienne avec les marrons.

Et l’avantage : un même bleu marine, très classique dans les liasses des drapiers, peut se présenter sous une infinité de finitions et tissages : toile ou twill, sec ou flanellé, fin ou épais, laine ou soie ou cachemire etc… Ou comment à partir d’une même pièce diversifier sa penderie en gardant de la cohérence tout au long de l’année !