Poches en biais et vestes d’équitation

Si les poches en biais sont à la mode, elles ne sont pas pour autant un classique du répertoire, leur rôle étant restreint. Il est en effet assez courant de trouver de nos jours des costumes dont les deux poches côtés à rabat sont placées en biais. L’effet stylistique est plutôt intéressant, en particulier sur les personnes sveltes, la pente accentuant le cintrage du veston. Ceci dit, il y a pente et pente. Si dans la majorité des cas le résultat est heureux comme chez Hackett, l’effet est du dernier ridicule chez Samson. Passons.

Il est donc possible d’arborer des poches en biais sur ses costumes de ville. On peut même en apprécier le style. Pour autant, ce n’est pas une manière classique de disposer les passepoils (le deux bouts de tissus entourant le rabat). Celle-ci était réservée à un usage bien spécifique, l’équitation. Et donc par extension, les vestes plutôt campagnardes. A la ville, en particulier sur un croisé, les poches sont horizontales.

A cheval donc, où il est nécessaire, pour garder un bel équilibre dans la coupe, de rehausser la taille du veston – celui-ci est alors coupé à ‘taille haute’ – et de modifier l’implantation des boutons. C’est tout un art. C’est pour cela que l’on disposait dans les ateliers de tailleur des chevaux d’arçons en bois, permettant de tester le bien aller de la pièce, ainsi que du pantalon, le plus souvent, une culotte de cheval (que je n’ai pas représentée sur le dessin). Les poches en biais permettent de suivre le dessin des hanches et d’accentuer le dessin général de la silhouette. L’accès y est aussi plus aisé. Pour une même question de confort, on réalise aussi des poches dîtes ‘cavalières’ dans le pantalon, dans lesquelles on ‘entre’ par le haut et non par l’arrière.

Normalement, par rapport à une poche en biais sur un costume droit traditionnel, la position de la poche ne change pas. Elle se trouve à la même hauteur par rapport au bas du veston. C’est en revanche les boutons qui s’élèvent et se rapprochent. Cela donne une ligne caractéristique, typique des vestes d’équitation. Il convient en effet de pouvoir être assis avec le bouton toujours fermé. La basque (c-à-d le bas de la veste) est très long (en apparence seulement) et sa courbe très accentuée.

Je trouve l’effet assez élégant du reste. Les boutons sont très rapprochés. Notons également que les modèles classiques sont à trois ou quatre boutons et que la poche poitrine est assez souvent à rabat. Peut-être pour éviter de perdre des accessoires durant les galops… ?

Julien Scavini

Et dans l’aéronautique alors?

Et bien, c’est le même laisser-aller que l’on constate partout ailleurs… Au cours d’un vol récent avec Air France, j’ai pu me pencher un peu plus en détail sur le vestiaire des personnels naviguant, techniques (les pilotes) et commerciaux (les stewards), autrement dit dans la nouvelle nomenclature, pnt et pnc.

Petit article aussi pour me venger d’un commandant de bord qui me refusa, une fois n’est pas coutume, le vol en jumpseat – en cockpit, un plaisir pourtant indispensable à une vie équilibrée !

Les pilotes d’abord. On imagine inévitablement un pilote avec un uniforme, croisé le plus souvent, bleu toujours. L’uniforme de pilote exerce sur une bonne part de la population dont les enfants une fascination intacte. Il faut regarder à ce titre l’excellent film Attrape moi Si tu peux avec L. DiCaprio et T. Hanks. Pourtant, force est de constater que les pilotes ne portent plus l’uniforme. Il est le plus souvent au vestiaire, c’est à dire dans un A320, à gauche du cockpit derrière le pilote. Quelques fois, ils le portent, mais la coupe du croisé, au moins chez Air France étant atroce, le résultat n’est pas brillant (à la différence des trois ou quatre galons du grade). Voyez plutôt cette illustration, où je représente à droite l’idéal ancien, et à gauche, la nouvelle mouture. Le tailleur ne passe plus par là, et le gilet fluo remplace la veste, au moins sur le tarmac. En cabine, la veste reste encore sur le carreau, et seule la chemis-ette avec épaulettes fait office de tenue de travail.

Idem pour les Stewards. Là le différentiel est plus cru encore. Nous sommes passés d’une tenue de serveur ou de groom à celle plus ‘simple’ d’homme comme les autres, pantalon et chemise avec épaulettes et petit placard. Par placard j’entends une insigne Air France par exemple et souvent une barrette rouge d’officier de sécurité. La cravate, d’une jolie matière frappée à l’effigie de l’hypocampes ailés est maintenue par une tie bar en acier d’un assez sobre dessin.

Mais je ne jette pas la pierre aux personnels de cabines, ceux qui nous servent et qui, je le reconnais volontiers, font un effort louable. S’ils sont de temps à autres en bras de chemise, ils supportent souvent le costume, qui est du reste plutôt bien coupé chez Air France. Beau rendu et belle matière. Et puis, leur métier n’est pas le plus aisé.

En revanche, les pilotes ne font pas tellement d’efforts. Pourtant, ceux-ci constituent une élite, ou supposée comme telle. Un pilote est une personne qui fait des études et possède un certain niveau de vie – même si celui-ci a tendance à baisser. Les pilotes, c’est à dire le commandant de bord et son premier officier sont les seuls maîtres à bord d’un avion. On l’oublie trop facilement, un avion, comme un navire, ça n’est pas une démocratie, ni une société commerciale, c’est une aventure humaine au sens premier du terme où le commandant de bord est seul maître à bord après Dieu. Cela n’est pas anodin du tout.

Qui plus est, comme nous l’évoquons régulièrement dans ces colonnes, les beaux vêtements s’opposent souvent à un exercice professionnel serein. Tout de même, pour connaître un peu cet environnement, piloter un Boeing 777 n’a plus rien avoir avec la conduite d’un super constellation. La radionavigation assistée des gps et autres centrales inertielles a permis d’assouplir les conditions de travail ; dès lors c’est un mauvais procès que de faire celui de l’uniforme. La climatisation aide aussi. J’en veux pour preuve cette photographie d’une page d’un vieux numéro du magazine Adam, l’Homme Moderne, numéro des années 50, dans lequel un pilote sert de mannequin pour les pages ‘tailleurs’. Ou quand la société civile mettait en avant ses élites…

Mais il faut voir aussi ce que l’on fournit à ces pauvres pilotes. Quelle misère. Mais qui sont les acheteurs des grandes compagnies aériennes ? Et qui sont les façonniers ? Je sais qu’il existe en France l’un des numéros un mondiaux du secteur Ox’Bridge. Mais Ox’Bridge qui fabriquait en France (à Toulouse) jusque dans les années 80 fut poussé par ses acheteurs à délocaliser, pour trouver le moindre coût… Histoire habituelle hélas. Ceci dit, une belle coupe n’a que peu avoir avec une fabrication. Alors ?

PS : pour les amoureux de l’Angleterre et de ses traditions, je signale l’émission culinaire de Sarah Wiener sur Arte, toute cette semaine à 19h, in Great Britain. Nous saurons tout je l’espère sur la steak and kidney pie! A revoir sur Arte+7 certainement.

Julien Scavini

Le(s) revers parisien(s) (MàJ)

Dans la bataille opposant les styles italiens et anglais, nous possédons une carte plutôt unique et qui signe immédiatement l’origine française – parisienne – d’une costume : le cran ou revers parisien. Cette ligne unique est en effet inconnue outre manche et les italiens ne l’utilisent pas à ma connaissance. C’est un cran de tailleur. Petite définition pour commencer : les dessins de l’anglaise et de la contre-anglaise forment ce que l’on appelle cran du revers.Le prêt à porter et la demi-mesure le maîtrisent rarement tant il est difficile à bien patronner. Car, briser la ligne d’anglaise (je rappelle que classiquement, la ligne ‘portant’ le cran (l’anglaise) est droite dans le modèle classique anglais, cf.A ) est à la portée de beaucoup. Il n’est pas rare de voir dans les mauvaises boutiques des crans plus ou moins brisés, dont on ne sait si l’effet était voulu ou non. Le patronage de ce modèle de cran est une gageure. Il s’accommode assez mal de revers larges. Il me semble que le raffinement parisien, à la Gonzalez, va aux petits revers, disons 8/9cm de large. De même, ce cran ne se place pas trop haut sur l’épaule et exprime toute sa force placé assez bas ; plus bas que la mode actuelle. J’ai essayé de représenter ces différents crans, ce qui n’est guère facile. Ces documents sont des croquis avant tout et ne constituent qu’une simple illustration du propos.

A Commençons par les anglaises classiques : le cran sport anglais, type A. Le revers n’est pas trop large, la ligne d’anglaise légèrement inclinée, le cran ouvert à presque 90°. B Deuxième cran, que l’on ne peut pas considérer comme ‘parisien’, mais créé par une maison si parisienne qu’il se retrouve là : le cran sport (type A) à la Cifonelli. Il est plus haut que le précédent, et son cran est très typique, la contre-anglaise (le col) dépassant presque du revers en vue de face en perspective (la ligne orange montre cet effet de ‘dépassement’). J’ai toujours trouvé cela curieux, mais c’est un dessin. Vous pouvez constater la différence avec le modèle A.

MàJ: commentaire de Lorenzo Cifonelli: Le cran de revers classique Cifonelli mesure 4cm alors que le cran du col mesure 3,8 cm. La ligne de l’anglaise du col ne suit pas le cran du revers mais est remontée d’un centimètre*. Le cran du revers est situé à 9 cm de la couture d’épaule pour une taille standard. *Il s’agit donc, et c’est une bonne information, d’un cran brisé, l’anglaise n’étant pas rectiligne.

C Ensuite nous trouvons le cran parisien des façonniers et du prêt-à-porter. C’est un dérivé du cran aigu représenté au milieu. Seulement par rapport au cran aigu (pointu), la contre-anglaise est décollée de l’anglaise, ouvrant le cran, plus ou moins. C’est par exemple le cran de Marc Guyot ou d’Arnys PàP. Il m’a semblé que c’était aussi celui de Rambure ou d’Ohnona (plus ou moins). Il est caractérisé par une ‘pointe’ de revers. Le revers est assez aigu en fait (pointe orange).

D La plupart des tailleurs grande-mesure utilisent un cran légèrement moins aigu, à l’instar de Guilson, Diagme ou di Fiore. Le revers est un peu plus rond, il possède un certain galbe. L’angle en haut du revers reste pour autant légèrement aigu.

E Le véritable revers parisien, dessin de Joseph Camps est maintenant perpétué avec brio par la maison Camps De Luca. Ici, les deux angles du revers et du col sont à 90° (voir tracé vert et tracé orange). C’est le must en terme de coupe. Notons seulement que la contre-anglaise est plus courte que l’anglaise, le cran n’est pas symétrique. Le col n’est pas aussi large que le revers (tracé bleu).

F Cette fois-ci justement, sur la même base de cran de revers, avec avec un cran symétrique, c’est-à-dire possédant une anglaise et une contre-anglaise d’égales dimensions (lignes rouges). L’effet est plus formel encore. Il me semble qu’Arnys utilise ce cran en grande mesure. G Le Cran Smalto. Rappelons que Francesco Smalto fut chef coupeur chez Camps et qu’il partit fonder sa maison en emportant – c’est logique – son savoir-faire. Outre le cran Camps qu’il utilisa beaucoup, il développa une variante, le cran Smalto. Si je le trouve un peu daté, je reconnais qu’il peut avoir beaucoup d’élégance. Le tailleur Brahim Bouloujour semble l’affectionner. Ici, la proportion entre l’anglaise et la ligne de jonction revers/col est inversée. Vous pouvez constater que la ligne orange est bien plus courte que dans les autres modèles. Cela induit une grosse nuance stylistique. L’échancrure (le cran) est plus profond et plus près de la cassure du revers en même temps. La ligne d’anglaise se trace à la perpendiculaire de la cassure (trait vert).

H Enfin, une variante du cran Smalto, croisé par le cran parisien C. La jeune maison Wicket nous gratifie en effet d’une création aussi originale qu’inédite. Ici les revers sont assez étroits et le rapport cran / jointure col-revers déséquilibré, à l’instar du précédent.

Voici pour cette ébauche sur les crans parisiens. C’est un sujet assez ardu, car demandant une importante base documentaire. Il est possible que les dessins produits ne représentent pas tout à fait la vérité. Cela, à la limite, doit rester dans les ateliers. Ceci dit, si certains tailleurs veulent m’envoyer un croquis, je le reproduirai ici volontiers. J’espère que le propos est assez clair également. Il n’est pas facile de parler de sujet si pointu…

Julien Scavini

500 illustrations d’Apparel Arts et consort…

Bonjour chers amis lecteurs (et lectrices),

je voudrais aujourd’hui vous faire partager ma bibliothèque d’illustrations, issue des magazines Apparel Arts, Esquire ou encore Herrenmagazine… Il y en a presque 500, le fichier zip est assez lourd, et vous pouvez le télécharger:

LIEN 1

LIEN 2

J’espère que cela vous plaira. Je ne les ai pas scanné moi-même, mais juste glané sur internet…

Michaël Banks, dans Mary Poppins

Une aimable station de télévision a eu la bonne idée récemment de rediffuser la comédie musicale / film d’animation Mary Poppins. L’occasion de revoir ce chef d’œuvre de Walt Disney sorti en 1964. L’action se déroule en 1910 à Londres, dans l’Angleterre presque encore edwardienne. La distribution compte comme grands noms Julie Andrews et Dick Van Dyke. Et l’histoire est connue de tous : il faut trouver une nouvelle nounou pour les enfants de M. Banks, Jane et Michaël qui ont fait fuir la précédente. Merveilleuse nouvelle nounou, qui avec son comparse Bert le ramoneur va faire vivre les plus folles aventures aux deux rejetons.

Si George Banks, le père est habillé tout au long du film – et cela avec plus moins de grâce suivant les circonstances – en banquier de la City, costume de peigné sombre et œillet à la boutonnière, il en va tout autrement de son fils, interprété par Matthew Garber, hélas disparu très tôt. L’occasion de dépeindre ses différentes et enthousiasmantes tenues et pour ainsi dire, transposables assez aisément.

J’ai compté quatre ensembles différents tout au long du film. Voici les deux premiers. Lorsqu’il est raccompagné du parc par le policeman au début, Michaël porte un petit complet d’une couleur assez difficile à cerner à l’écran, un sorte de bleu horizon, métallique. Évidemment, la culotte s’arrête aux genoux ; il n’a pas encore 16ans, l’âge du premier pantalon. La chemise blanche est complétée d’une délicieuse cravate jaune avec pochette assortie. Si l’on évite l’association chez les adultes, le résultat est exquis sur un enfant. Les chaussettes sont de couleur crème et les souliers marrons. De beaux richelieus du reste.

Puis le soir, il est l’heure de se préparer pour le coucher mais de rester présentable pour descendre faire ses excuses. Alors, sur un pyjama bleu layette à col et poignets blancs, il convient d’enfiler une remarquable robe de chambre à cordon, avec grand col châle. Ici aussi, difficile de discerner convenablement les couleurs, mais l’association lavande foncée / bordeaux me semble convenir. Les souliers sont d’amusants mocassins à gros pompon…

Puis vint le moment de l’évasion dans les dessins de Bert, dessins à la craie pastel, ce qui induit des coloris de vêtement tout à fait délicieux. Pour la promenade d’agrément, les tenues sont toutes trouvées : ensembles de cabotage, blanc intégral sauf la veste, un blazer régate. Ici les couleurs sont admirables, et je vous invite à aller regarder de plus près l’original. Des couleurs et associations à la Arnys presque, vert amande, bleu pastel, orange vif. Des gants blancs et un galurin tout rond finissent l’ensemble.

Enfin, pour la visite à la banque et les amusements sur les toits de Londres, un petit ensemble knickers gris souris est parfait. Notons la veste gansée et la chemise à col blanc. Un nœud papillon bleu et des bottines montantes ajoutent à l’intérêt de la mise.

N’est-ce pas délicieux ?

Julien Scavini

Parlote sur un Figaro Madame

Je suis récemment tombé sur une double page ‘Mode Homme’ dans le Figaro Madame, dont je vous joins le scan, ici. Parlons-en, d’autant que l’article est bien tourné et correctement référencé. Bref, presque juste et bien écrit.

Le chino de couleur. Il est vrai que le modèle classique, on ne le répétera jamais assez est beige ou mastic, disons couleur sable, à l’instar de son père le cavalry twill de laine. Ceci dit, le chino moderne est plus volontairement bleu marine – ah le bleu marine dans la conception sportswear, toute une histoire ! Sans aller jusqu’aux chinos brodés de petits motifs preppy, les modèles de couleur sont des compléments intéressants. Avec une petite chemise en chambray ou à fines rayures, cela peut être la juste touche d’intérêt d’une tenue. Mais les couleurs sont difficiles à manier, d’autant que certaines paraissent toujours très passées, comme les roses saumons. Je suis assez d’accord avec la journaliste en ce qui concerne la toile de coton du chino qui doit être épaisse et raide. Les fines matières s’usent vite et froissent beaucoup. Dans les bonnes maisons, exigez donc autant de ‘matière’ que le prix est élevé. Laissons à Zara et H&M le soin de radiner sur le poids de la matière.

Souliers sans chaussettes. Bonne conclusion de la part de la journaliste là encore. Couvrons le haut de notre soulier et arborons de jolies chaussettes ou mi-bas suivant le moment. Car avoir les pieds nus use tout : les pieds et les chaussures qui durent franchement moins. Les espadrilles – oui – peuvent (doivent) se porter sans chaussettes. Je dirais que deux souliers se prêtent moyennement aux pieds nus : les derbys type bucks et les mocassins à gland type tassel-loafer.

Le costume bleu. Voici que voilà le point le plus intéressant de l’article. En effet, il est rare de constater une telle unanimité dans le vestiaire des hommes. Aussi bien les ‘branchouilles’ que les ‘modeux’ que les ‘banquiers’ mettent en avant leurs costumes bleus ces temps-ci. Je vous l’accorde, dans des coupes qui n’ont rien de semblables. J’émettrai une remarque à l’intention des messieurs classiques qui arborent du bleu au travail : faites attention à la coordination de la chemise et de la cravate. Vouloir être minimaliste n’est pas une mauvaise chose, mais ne mettre en place qu’un simple camaïeu de bleu peut vous faire passer pour un steward d’Air France. Surtout si vous y ajoutez une manteau léger bleu marine… Remarquez, c’est déjà un bel effort.

Se pose aussi la question des souliers. Ma seule réponse et je m’y tiendrai est noir ! Avec un costume, qu’il soit bleu ou autre, souliers noirs. Du reste, dans certaines compagnies, c’est obligatoire, le marron étant encore proscrit. Un article entier pourrait être consacré à cette couleur, tant elle est celle de l’époque ! Couleur par excellence du registre urbain, à côté du gris, elle est pourtant la plus utilisée maintenant dans le registre sportswear. Elle s’associe en effet pas mal avec les marrons, au point d’ailleurs que certains hommes n’imaginent même pas que l’on puisse mettre autre chose que du marron aux pieds avec un costume bleu. Marron et bleu, voilà l’attelage le plus courant pour qui veut s’habiller décontracté – uniquement. Si je ne suis pas particulièrement pour – trouvant encore et désespérément le bleu pas assez campagne – je reconnais que cela confère une grande élégance à ceux qui en prennent le parti. Simple et efficace.

Le blazer. Preppy ou papy ? Ni l’un ni l’autre mon général. Classique et bien coupé, il va avec tout. Choisissez une laine légèrement feutrée, il n’en sera que plus mat et élégant, en accompagnement d’un pantalon de flanelle anthracite ou d’un velours rouge. Les versions preppy sont désespérément trop courtes et leurs fines rayures n’apportent rien, si ce n’est de la complication. Enfin, évitez vraiment les blazer The Kooples noirs avec écusson.

La cravate tricot. En effet, celle-ci est au sommet de l’élégance ces temps-ci. Petit rappel : la cravate tricot se finie à angle droit et est faite de mailles de soie. Il ne s’agit pas d’un tissage mais d’un tricotage. En revanche, la grenadine de soie est un tissage à effet mailles. La texture est plus fine que le tricot, la forme de la cravate plus classique. Un choix d’élégance qui préfigure peut-être le retour en grâce de la soie imprimée de petits motifs ? Après avoir fait le tour des cravates clubs en soies lourdes et souvent trop raides, pourquoi pas …

Julien Scavini

Relativisme de point de vue

A force de lire et d’écrire sur les règles du vêtement et les vêtements anciens, je finis par butter sur des non-sens stylistiques. Le dernier bon exemple me fut posé par un commentaire au dernier article sur les tenues de sport. Quelle tenue pour le sport, aujourd’hui. Bien malin qui saurait répondre en alliant pratique et élégance, disons beau !

Car l’aspect pratique des choses est le galet autour duquel s’articule notre époque. Soyons pratique, ayons l’esprit pratique, faisons pratique, consommons pratique. Le superflu est plus que jamais sujet à interrogation. Dieu sait pourtant que la société de consommation pousse au superflu. Mais en ce qui concerne le vêtement, ce n’est pas le cas. Les vêtements doivent être pratiques. Ils doivent par exemple passer à la machine à laver donc être très solides aux coutures et de formes simples à repasser. Repassage qui doit être facilité et l’on développa le non-iron coton. Matière souple et endurante, qui ne gratte pas et l’on sacrifia alors les moutons pour la fleur de coton et la filière polyester. Au point que le denim est devenu l’uniforme des habitants de la terre. Il faudrait d’ailleurs souffler aux costumiers de Star Trek d’arrêter de projeter des tenues d’officiers en laine pour préférer la toile jean.

Pour qu’un vêtement soit bon, il doit être pratique, utile et confortable. Le confort, deuxième ou premier? grand thème. Les vêtements doivent être confortables. Je ne rejette pas du tout ces idées. Je dresse ici un constat interrogatif. Je suis jeune et ces thématiques ne peuvent me laisser de marbre.

C’est en allant re-voir Titanic que m’est venue cette réflexion : les Hommes souffraient dans leurs beaux vêtements. Mais cols durs et vestes lourdes n’empêchaient nullement la vie. Mais un effort était fait contre le confort. En quelque sorte le Surmoi annihilant tout Ça. Pourquoi ? Le statut social, la vie en groupe, l’apparat, l’apparence ? L’apparence, la forme n’était pas seulement l’expression de la fonction -habiller- mais une recherche stylistique issue de siècles de travaux divers. On ne s’habillait pas pour soi -pas seulement- mais pour les autres. L’on représentait.

Aujourd’hui, peu de monde représente. Je ne suis pas le dernier à enfiler des paires de jeans ou chinos sur une petite chemise à col boutonnée pour sortir vite fait. Je ne suis pas le dernier à renier le confort d’une vêtement décontracté, léger et confortable. Notre époque, et cela transcende les classes sociales -en cela elle est unique- place le Moi au centre des préoccupations (certains sont plus près du Ça que d’autres également).

Et cela implique tous les échelons de la société. Toujours en regardant Titanic, je m’interrogeais sur le ligne du navire comparativement au Costa Concordia récemment coulé. Alors que le premier était un porte étendard, à l’instar des Queen Mary et autres Normandie, le second n’est qu’un ponton flotant, empilant des cabines algéco sur un fond de coque plat. Non pas que ces anciens paquebots étaient uniquement de belles formes, mais une recherche était menée pour le beau. Le nez du France fut l’objet d’un intense dessin pour en affiner la ligne. De nos jours, les bateaux sont plutôt moches de l’extérieur. Ils sont conçus pour être vécu, ils sont pensés de l’intérieur. Je crois que l’on peut dire la même chose de l’architecture. Un principe formulé par Le Corbusier dans les années 10 était que l’architecture, une maison par exemple, devait être vue comme une machine à habiter, une machine à vivre. Et hors des somptueuses machines du Conservatoire des Arts et Métiers empruntant aux ordres doriques et corinthiens pour leurs atours, je crois que beaucoup de machines sont quand même très moches.

En tout cas, les habits sont des machineries à vivre. Elles doivent pouvoir donner chaud au bon moment, être légères, voire même intégrer des commandes d’iPod comme dans certaines doudounes Moncler. Les tissus doivent être ‘techniques’, les coutures ‘au laser’. Mon but n’est encore une fois pas de désapprouver un fait actuel. J’aime autant accompagner les changements, d’autant que j’en fais partie comme tout un chacun. Mais je m’interroge sur la part que l’on doit réserver au pratique, au Moi par rapport à celle dédiée à ‘l’Art’ ; à la petite part nécessaire abandon de soi au profit du beau. Lorsque je vois d’autres jeunes vêtus de simples t-shirt sur un jean et enveloppés d’une grosse doudoune, je ne peux m’empêcher de penser, à la fois et de manière contradictoire, qu’ils ont l’air à l’aise et plus ‘jeunes’ que moi qui suis dans mon costume. Mais qu’en même temps, mon costume est divin et qu’une bonne présentation donne autant de plaisir aux autres qu’à soi-même…

Le point de vue est donc relatif. Regarde-t-on seulement un vêtement de son point de vue, ou du point de vue des autres ; et dans quelle proportion ? Bref, quelques légers éléments de réflexion…  à méditer.

Julien Scavini