Le bas du pantalon

Cet après-midi, je vais tenter d’énoncer les diverses manières de terminer un bas de pantalon, plusieurs lecteurs m’ayant questionnés sur le sujet suite à divers articles et prises de position. Comme à l’habitude sur Stiff Collar, restons encyclopédiques.

Bien ! le bas du pantalon, toute une histoire. Sa largeur d’abord est un grand sujet de questionnement, et l’histoire ne nous apprend pas grand chose justement, le pantalon long étant une invention relativement moderne. Autrefois, la culotte était préférentiellement utilisée et celle-ci s’arrêtait aux genoux. Avec, l’on portait soit des chausses hautes (bottes) soit des bas de soie finissant sur une chaussure à boucle ou un mocassin. Sauf pour la paysannerie, qui justement utilisait des sortes de culottes longues voire des braies. Mais depuis environ 1830, l’usage du pan-long s’est répandu. Il fut originellement ‘collant’, c’est à dire marquant les cuisses et les mollets. Il fallait agrandir une cuisse pour loger les choses de la vie et certains modèles possédaient une sous-patte passant en dessous de la chaussure et servant à tendre l’étoffe. Très esthétique, mais du dernier inconfort. De nos jours, il n’y a guère plus que les matadors qui utilisent la culotte (longue) et le bas de soie.

Puis, au tournant du siècle dernier, le pantalon s’est élargi. La coupe droite militaire, héritée des campagnes de 1870 en France est un fait notable. Vers 1910 / 1920, les pantalons devinrent plus actuels, mais avec des hanches marquées. Leur largeur en bas était assez similaire à ce que l’on trouve maintenant. En revanche, dans les années 30, le pantalon couvrait les trois quart de la chaussure, et les knickers (Knickerbockers) hérités des anciennes culottes avaient le vent en poupe. Certains étudiants, dans les milieux oxfordiens testèrent les ‘Oxford bags’, pantalons plus que patte d’eph’ faisant au moins 45cm de largeur en bas.

La coupe parfaitement droite subit encore des modifications dans les 70’s mais resta globalement inchangée jusqu’à nos jours. Actuellement, il est conseillé dans les ouvrages spécialisés de couvrir la moitié du soulier. C’est un jugement de valeur très personnel qui doit amener chacun à prendre position. Pour une conformation standard (taille 50, 1m80 par exemple), je pourrais conseiller 22cm pour un pantalon en laine de costume, 21 pour un pantalon en laine sport et pourquoi pas 19 dans un coton. Mais attention, plus vous serrez, moins le pli sera marqué.

Le bas du pantalon maintenant. Plusieurs options s’offrent à vous tant dans la forme que dans les mesures. Pour les formes hors du commun, il y a le pli fendu terminé par une abeille (broderie en triangle) (A) ou le bas fendu sans repli (B). Plus classiquement, il y a le revers (C). Il peut mesurer entre 3 et 5cm suivant votre goût, mais il est vrai que quitte à avoir un revers, autant qu’il se voit. (D) une option classique à Paris, le demi-revers uniquement positionné sur l’avant. Enfin (E), l’ourlet simple.

A propos du revers, nous noterons que son invention remonte à Edouard VII qui aurait fait des revers à son pantalon un jour de pluie et de boue à la campagne, pour éviter de tâcher ses bas. Et que le fils de ce monarque s’en est pris quelques années plus tard à un visiteur qui lui rendait visite dans son palais de Londres avec des pantalons à revers en lui demandant ‘trouvez-vous ma maison humide pour arborer un retroussis au pantalon ?’ Classiquement donc, le revers est plutôt connoté campagne, les pantalons de ville en étant dépourvus. De nos jours, c’est selon le goût. Et inutile d’en faire une règle absolue : ni le costume croisé, ni celui à rayures ou que sais-je encore ne s’accorde plus qu’un autre au revers.
La largeur du bas maintenant. En 1, nous visualisons un bas classique, de 24 ou 25cm typique du tombé des années 30 anglaises. Cette largeur est encore indiquée pour les pantalons formels comme celui de la jaquette par exemple. En 2, nous voyons l’erreur contemporaine. Le pantalon fait la même longueur que précédemment, mais sa largeur a fortement diminuée, il butte donc sur le haut de la chaussure et casse vingt fois ! Si l’on veut un bas étroit, il faut raccourcir le pantalon, comme en 3. C’est la mode anglaise, ou quand le pantalon tutoie le haut du soulier. Sur le continent, on aime les pantalons franchement plus longs, surtout sur l’arrière. Donc l’idéal chez un tailleur ou un bon retoucheur, c’est de faire exécuter le bas en biais. Pour cela, il existe deux méthode, le biais complet permettant d’effleurer l’avant du soulier et d’emboiter l’arrière (4). La seconde, à la manière de Smalto, consiste à obtenir un avant horizontal puis à partir en biais depuis la couture vers l’arrière (5). MàJ: il est possible de réaliser la (4) avec un revers, mais le biais sera moindre, car l’effet est plus dur à obtenir.

J’espère que ce rapide tour des possibles vous sera d’une grande aide lors de vos prochains achats ou commandes. La semaine prochaine, nous verrons le haut du pantalon.

Julien Scavini

Le drop à l’essai !

Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…

Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.

Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.

Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.

Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…

De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :

  • En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
  • En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.

Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.

Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.

Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …

Julien Scavini

Dormeuil, à cheval …

… un pied de chaque côté du Détroit. Car l’histoire de Dormeuil s’est toujours inscrite entre l’Angleterre et la France. Jules Dormeuil, créateur de la Maison en 1842, avait décidé d’importer du tissu ‘Made in England’ afin de le redistribuer à la coupe. Ses descendants ont ensuite choisis de créer et de fabriquer leurs propres tissus, toujours certifiés ‘Made in England’ comme le mentionne la très reconnue lisière parlante inventée par Dormeuil.

J’avais il y a quelques temps publié une information qui s’est révélée être erronée. Non, Dormeuil Frères n’a pas été vendu. Voici la réponse de la maison Dormeuil, que j’ai décidé de publier en article pleine-page, enrichie de quelques notes supplémentaires.

Après 170 d’existence la famille Dormeuil est toujours seule à la tête de l’entreprise familiale. A ce jour, Dominic Dormeuil (5e génération) est président du groupe. La 6ème génération est également aux affaires dans la Maison. L’enseigne Dormeuil a été fondée en 1842 par Jules Dormeuil, rejoint en 1858 par ses deux frères, Auguste et Alfred. Bientôt sont imaginés le fameux blason avec ses trois têtes de béliers et l’immense siège social du 4 rue Vivienne à Paris. Comme me le disait le tailleur Stark ‘on était encore reçu par des pages en livrée lorsque l’on avait rendez-vous au siège‘ il y a une dizaine d’année.

De 1880 à 1920, c’est la découverte de nouveaux horizons, en Asie d’abord à la recherche des meilleurs cachemires et soies, en Amérique après pour l’ouverture de nouveaux marchés. En 1913 est inauguré le bureau de Tokyo, aujourd’hui encore plus important marché pour Dormeuil Frères. En 1926 est inauguré le grand flagship Dormeuil House sur Golden Square à Londres.

L’histoire de Dormeuil s’écrit d’abord dans l’innovation. Ainsi, la marque fut leader chez de nombreux tailleurs avec ses liasses Sportex et Tonik. Il y eu aussi le Frilex. Ces laines recevaient des traitements mécaniques pour les rendre plus légères, moins froissables, plus aérées, plus pratiques. Aujourd’hui arrêtées, elles signèrent les belles heures de l’élégance masculine. En 1960, l’activité de sur-mesure déclinant, la ligne de prêt-à-porter est lancée sous le nom ‘Guy Dormeuil’. En 1974, alors que la plateforme d’Orly-Rungis se développe en relation avec l’international, le siège social français est déménagé à Massy Palaiseau.

Au tournant des années 2000 est introduit une nouvelle politique : la montée en gamme. La marque Guy Dormeuil est renommée Dormeuil et sera distribuée de manière exclusive dans de nouvelles enseignes en propre. Côté tissu, les qualités s’améliorent, comme le montre le lancement de la fabuleuse liasse Pashmina (baby cachemire et soie). Et en 2005, le rachat de la filature Minova dans le Yorkshire consacre cette volonté d’aller vers le segment ‘high end’ en contribuant au maintien des traditions et à la préservation de l’héritage textile de la région mis en péril par la crise. En janvier 2011, le service logistique de Dormeuil historiquement basé en France a été intégré à cette unité afin d’optimiser les flux logistiques. Le Yorkshire est à ce jour le point de départ des milliers d’expéditions quotidiennes à travers le monde. Nos différentes réorganisations/optimisations nous permettent de faire -plus que jamais- face aux incertitudes du marché et d’envisager l’avenir avec sérénité et ambitions…

Le groupe est aujourd’hui composé de deux entités distinctes : Dormeuil SAS et Dormeuil Mode. Dormeuil SAS est en charge de la commercialisation du tissu Dormeuil et a 8 bureaux à travers le monde : Londres, Paris, New Delhi, Shanghai, Tokyo, Melbourne, New York. La maison mère est basée en France depuis 1972. Dormeuil Mode se consacre quant à elle à la distribution de vêtements en prêt-à-porter et en demi-mesure. Les produits sont exclusivement distribués dans les points de vente Dormeuil afin de privilégier les collections et le développement des boutiques. Les produits sont vendus dans six boutiques et corners à Paris et en France. Il a été question au cours de l’année 2011 que la société Smuggler s’associe à Dormeuil Mode en récupérant la jouissance de son réseau de distribution. Ce projet a finalement été abandonné en raison de divergences de positions et de visions. La marque Dormeuil Mode appartient donc encore et toujours à la Famille Dormeuil.

Julien Scavini

Une jolie trouvaille

Je ne suis habituellement pas un fan de velours côtelé pour les pantalons. Je n’ai jamais tellement aimé, même dans des couleurs franches d’aujourd’hui. Pourtant, lors d’une visite chez un fournisseur célèbre de Montmartre, je suis tombé sur une coupe intéressante, de chez Hermès dont j’ai fait l’acquisition. Il s’agit d’un velours côtelé gris souris dont la trame de fond est rouge, un peu brique. Le rendu est subtil et assez enthousiasmant je dois dire. Qu’en pensez-vous ?

Julien Scavini

Visite chez le tailleur Guilson (MàJ)

Voici le compte-rendu de l’entretien que j’ai eu avec maître André Guillerme-Guilson, début janvier, dans sa boutique du 3, rue Saint Philippe-du-Roule. Je publie la première partie ce lundi, la seconde la semaine prochaine.

Monsieur Guillerme s’est installé en 1959 après son service militaire. À l’époque, il est estimé que 10 000 tailleurs exerçaient en France. Dans le 19ème arrondissement, où il habitait (sa mère était couturière), on comptait rien que dans la rue de Flandres six ou huit tailleurs, ou en boutiques ou en étage. Lui s’installa justement passage de Flandres, dans un petit local de 12m2, il installa sa table et sa machine, pour un an. Ensuite, il trouva mieux, au 51, rue Mabeuge, à la place d’un tailleur arménien dont la veuve lui confia la gérance libre. Puis quelques années plus tard, il déménagea un peu plus bas dans la rue, jusqu’en 1973, quand sa fille est née. A cette époque, l’activité du sur-mesure baissait et pour compenser, monsieur ‘Guilson’, qui s’appelait encore Guillerme, lança du prêt-à-porter. Cela ne fonctionna pas du tout et l’activité fut contrainte à la fermeture. Le tort de faire trop de chose me dit-il. Cette année là fut difficile et sans travail avec une petite fille, il s’essaya à la confection, mais sans conviction ni vitesse. Il alla alors voir le tailleur Smalto, lancé depuis quelques années déjà par le roi du Maroc. En tant qu’artisan, pas d’assédic. Celui-ci lui confia donc exceptionnellement quelques pièces à faire à la maison, pendant un an.

La boutique Guilson, avec les nombreux diplômes en vitrine

Mais cela ne lui convenait pas tellement. Quand on s’installe à 20 ans, difficile de travailler pour quelque d’autre. L’indépendance est un trait de caractère fort, agréable parfois, mais qu’il faut s’avoir gérer et ménager. Il chercha alors une place de vendeur dans le 16ème arrondissement, quartier où il souhaitait se ré-installer. Il trouva, d’abord chez Barnes (maintenant Arthur & Fox), en plein boum de la petite-mesure industrielle. Les costumes à 990Fr dépotaient. Dans 35m2 avenue Victor Hugo, l’activité battait son plein le samedi, lorsque cet arrondissement vivait encore. Harrison alors le débaucha pour une nouvelle boutique rue de la Pompe, pour une petite année car il cherchait toujours une nouvelle boutique.

Ce fut chose faite, rue Boissière quelques mois plus tard. Un ami, qui fut son client, M. Pinçon s’associa avec lui, chacun partageant une partie de son nom pour créer une enseigne à la consonance anglo-saxonne Guil-Son, Guilson. Dans cette boutique, il resta 25ans, en regrettant maintenant car le 16ème n’est plus un quartier pour le luxe. Il eut peu de bons clients, sauf quelques-uns qui, par exemple partant en croisière tous les ans, faisaient réaliser toute la panoplie, smoking blanc, blazer croisé, casquette etc… Pour compenser, il s’essaye de nouveau au prêt-à-porter, mais pour dame, sans gagner vraiment d’argent encore une fois.

Monsieur Guilson devant un modèle de cape à l’indienne (une création) puis à sa table de coupe

Le propriétaire, voulant faire passer le loyer de 3000Fr à 35 000Fr par mois, conduit l’affaire au procès mais M. Guilson gagne et empoche de l’argent. Avec, il trouve par hasard un ‘trou’ rue Saint Philippe du Roule qu’il peut alors ré-aménager de fond en comble. Sa femme visite ce beau mais sombre volume avec cave et après travaux, il emménage ! Et il ne regrette pas le 8ème arrondissement ! Vraiment. Surtout ce quartier avec beaucoup de bureaux et de nombreuses personnes qui travaillent, qui gagnent leur vie, qui sortent le midi. Alors qu’il fallait attendre parfois des mois pour faire un nouveau client dans le 16ème, ici c’est tous les mois.

Monsieur Guilson n’a jamais voulu être en appartement. Déjà dans les années 60, les tailleurs –dont la tradition française de discrétion les poussait à s’installer en étage- descendent, à l’instar de Max Ezvelline ou Elie di Fiore. La boutique profite du passage et les badauds regardent la vitrine. Cela impressionne et amuse monsieur Guilson qui observe depuis sa table de coupe…

Partie II

En ce qui concerne les références, peu d’inspiration lui viennent des grands ateliers qu’il n’aimait guère. Toujours cette volonté d’indépendance. Mais poussé par une ancienne relation de travail, il entre à la chambre syndicale des tailleurs, et découvre un peu le milieu. C’est par ce biais qu’il arriva à la présidence de la Chambre Syndicale des Tailleurs, un peu malgré lui, mais finalement avec plaisir. Pas tellement d’idées syndicales, mais de l’entregent. Au niveau des grands maîtres, Francesco Smalto évidemment pour qui il travailla l’a marqué. Sur chaque pièce, il relevait scrupuleusement le patronage, notamment ce revers si caractéristique, haut et large, venant d’eux (et surtout de Joseph Camps).

Mais c’est un détail de coupe. Car la vraie coupe n’est pas unique, ne peut-être ‘griffée’, car elle doit s’adapter à la morphologie dit-il. Pour une personne forte, une veste Smalto, ça n’ira pas. Il faut suivre le client, le tailleur doit habiller tout le monde ! Une personne âgée qui s’affaisse, un client avec une poitrine sportive, ça oblige à changer. Au début, c’est moins simple, les premiers essayages sont durs, mais après c’est beau, c’est fait pour lui. Même si la coupe Guilson, ça a toujours été simplement deux ou trois boutons, les poches en biais et la poche anglaise (ticket) avec deux fentes.

Une veste avant le premier essayage, seul la ‘mise sur toile’ a été réalisée / Les tissus en attente pour la coupe / Les patrons en carton

Ensuite, le tailleur peut aussi se faire créateur. Ce fut le cas avec l’un de ses clients les plus mémorables : Thierry Mugler. Et oui, comme quoi. Le créateur parisien faisait faire beaucoup de costumes et tenues diverses, avec ses marques : découpes et pinces nombreuses, col officier et allure à la Luky Luke (manches et jambes artificiellement arquées). Ce fut l’occasion de tester l’art tailleur dans d’autres registres. Personnage pour qui monsieur Guilson a beaucoup d’admiration, car l’inverse était aussi vrai, Thierry Mugler se sentant ‘tellement à l’aise’ dans ses vestons dixit l’intéressé. Les rassemblements de tailleurs à travers le monde, et notamment en Paris pour le dernier congrès mondial en 2001, sont aussi l’occasion de tester l’inventivité. Lors du défilé à Paris, le tailleur brésilien César (ancien formateur de l’aft, apiéceur chez Camps ou Smalto) réalisa des croquis qui servirent de base à des modèles originaux, comme cette veste en soie à ceinturon intégré que l’on peut voir ici. Sinon parmi les classiques, les plus belles pièces qu’il ait eu le privilège de réaliser restent les habits (queue de pie), notamment ceux pour les chefs d’orchestre ou pour un violoniste. De telles pièces à taille, si difficile à régler tant l’ajustement est près du corps relèvent à l’heure actuelle de la gageure, surtout quand gilet, pantalon et veston doivent coïncider parfaitement.

Mais pour qu’une réalisation soit belle, le tailleur doit avoir le bon apiéceur, en fait le bon ouvrier, et ça, c’est pas donné ! Monsieur Guilson dispose de deux apiéceurs extérieurs, qui viennent récupérer le travail de manière hebdomadaire. Il réalise en effet la coupe et le premier montage (tissu contre toile) pour le premier essayage. Une fois les réglages effectués, l’apiéceur récupère ces morceaux et crée la veste en elle même, ramenant un buste formé et fini ainsi qu’une paire de manche et un col séparé. Reste à Monsieur Guilson à les bâtir, faire un essayage sur le client (le deuxième donc) puis à finir la pièce. Une boutonniériste passe et exécute son ouvrage, et le costume est prêt à livrer, après un troisième contrôle. Évidemment, un culotier réalise aussi à l’extérieur les pantalons. La boutique Guilson eut jusque quatre ouvriers, mais cela demande du temps de gestion et de la responsabilité alors que cette fameuse indépendance, toujours, refait surface. Le maître tailleur se souvient d’ailleurs avec beaucoup d’émotion et de sympathie de son ancien ouvrier, Brahim Bouloujour qu’il présenta au Meilleur Ouvrier de France (couronné de succès) et qui depuis s’est installé à son propre compte (maison Brano).

Des cols et des poches / La maestria du tailleur aux ciseaux / Ses ouvriers

Enfin, il y a l’aventure de l’AFT, à savoir Association de Formation Tailleur. Tout commence lorsque la chambre des métiers, lassée de voir ses tailleurs-enseignants se disputer (un classique entre tailleurs), décide de liquider la formation. A tel point que les meubles et les machines finissent sur le trottoir. Poussé par quelques personnes notamment monsieur Sauvage à la Chambre de Commerce et d’Industrie, sa proposition d’école est reçu positivement début décembre 2005 par le conseil régional qui lui demande de créer la structure avant la fin du mois. Il prend alors un premier crédit personnel pour financer le local et le matériel. Six mois plus tard et après un changement de majorité, les subsides sont directement coupés et M. Guilson prend un deuxième crédit pour assurer le fonctionnement. Quelques bénévoles assurent les cours, c’est le cas des tailleurs à la retraite Paul Sevillia (Avilla) et Siciot, ainsi que d’une ancienne d’atelier, Germaine Boulé. Mais gérer une école présente des difficultés nouvelles car il faut à la fois gérer un personnel enseignant et des élèves divers et variés, mais aussi encadrer et définir une pédagogie. Les problèmes étant fait pour être surmontés, l’école forme toujours aujourd’hui une petite dizaine d’élèves par an, pour un coût qui dépasse hélas encore les rentrées financières, aucune subvention n’étant versée. Il s’agit donc plus d’un fardeau que d’une solide rente, mais la passion du métier et de la transmission assure la différence. Certains ateliers prennent des stagiaires comme Smalto ou Camps de Lucca, et d’autres embauchent des anciens élèves comme Cifonelli ou monsieur Guilson lui-même. Il donne ainsi, via un contrat de professionnalisation, une expérience supplémentaire aux plus passionnés !

Quand à moi, il n’hésite jamais à me soutenir dans mes développements et à me donner des conseils et des astuces lorsque le besoin s’en fait sentir, sur une manche ou tout autre problème de coupe. Une assistance nécessaire et heureuse ! Je l’en remercie encore.

Julien Scavini

République bananière

J’étais récemment sur les Champs-Élysées pour un événement réunissant les élégants de Paris autour de MM. Corthay et Jacomet et à cette occasion, j’ai visité le nouveau grand flagship d’une marque américaine bien connue outre-atlantique : Banana Republic. Je l’avais découverte il y a une dizaine d’année à New York et en avais gardé un bon souvenir. Cette enseigne fait partie du groupe Gap depuis 1993. C’est en quelque sorte la variante haut de gamme, Gap étant plus orienté adolescent. J’ai donc découvert cet espace immense au numéro 22, véritablement immense en sous-sol, présentant des collections hommes et femmes.

Banana Republic est une marque jeune créée en 1978. A l’instar de Paul Smith, Ralph Lauren ou Jeremy Hackett, ses deux créateurs Patricia et Mel Ziegler ont débuté avec la commercialisation de vêtements anciens ou militaires retouchés. Les envies d’origines faisaient la part belle aux imprimés léopards et aux matières usées. Les thèmes de prédilection étaient : le voyage et les safaris. L’un recouvrant l’autre du reste. Deux boutiques d’inspirations nouvelles ouvrirent près de San Francisco, profitant de l’atmosphère hippie de cette partie des Etats-Unis. Les vêtements et autres bagages étaient présentés au milieu d’un faux décor de savane sur un fond de jazz. Les prix étaient modérés !

Et c’est ce qui reste de Banana Republic (tristement, la plupart des articles sont made-in-PRC). Les prix y sont plutôt doux pour une qualité pas inintéressante. Le positionnement a quelque peu changé et l’on est maintenant loin de l’atmosphère bohème de la côte ouest. Les collections sont en effet plus directement inspirées par Ralph Lauren. Le ‘preppy style’ étant très à la mode, de beaux modèles de shawl sweaters sont présentés. Sinon, j’ai repéré des costumes pour à peine plus de 100€, ce qui comblera d’une certaine manière les moins aisés. L’ensemble est en fait plutôt agréable et je suis ravi que la parité Euro/Dollar soit pour une fois respectée. Pour quelques pièces classiques comme les chinos, les chemises à cols boutonnés, c’est en effet une bonne adresse et je suis content de pouvoir en profiter sur Paris ! Aurions-nous du reste une marque de cette envergure ou rapport qualité/prix en France ? Peut-être pourrions-nous citer Cyrillus, créée justement à la même époque (1977), en avez-vous d’autres à l’esprit ?

Julien Scavini

La cravate blanche

Nous sommes de nos jours habitués à voir des cravates aux tons colorés, aux motifs chamarrés et aux matières variées. Mais ce ne fut pas le cas pendant longtemps. Étudions rapidement cette évolution.

Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, il était courant d’arborer des cravates blanches en lin fin : de la baptiste. Plutôt qu’une cravate, il s’agissait plutôt d’un ancêtre du nœud papillon : la lavallière (la vraie, pas celle au nom usurpé des mariages d’aujourd’hui). Les pans, plutôt ou moins dentelés, retombaient de part et d’autre après avoir fait plusieurs fois le tour du cou, autour d’un col de chemise haut. C’est habituellement cette version que l’on portait en-cours à Versailles, jusqu’à Louis XVI, sous des versions diverses.


Le blanc était donc prépondérant, et c’était les vêtements qui arboraient les couleurs. Replacez ce principe aujourd’hui : votre costume en soie de couleurs et votre cravate blanche ? Quoique cela ferait un peu Kenzo ou autre non ?

A partir de ces faits, entrons dans les hypothèses, mes recherches étant encore partielles. Ce serait les allemands les premiers qui ont ‘inventé’ la cravate noire. Plus précisément, ce serait les romantiques allemands. Occupant des métiers intellectuels, ils auraient manqué de fonds pour entretenir les fines bandelettes de lin blanc. Vous l’avez sans doute constaté, les cols de chemises blanches se salissent (jaunissent) très vite. Alors que la cravate blanche nécessitait un entretien intensif que seule l’aristocratie pouvait s’offrir, ces jeunes artistes eurent recours, en complément du drap de laine noir à cet artifice plus ‘utilitaire’ (amusante caractéristique allemande). En France, des romantiques comme Balzac eurent recours également à la cravate violette (cravate équivalent ici encore à lavallière).


En Italie, à la même période (1790 / 1830), les mouvements révolutionnaires et démocratiques pour l’unité du pays se développaient. Regroupés sous forme de sociétés secrètes appelées Carbonari, les membres arboraient en signe de reconnaissance des nœuds avec des impressions de motifs cachemires, en provenance d’Inde. Là encore, une autre piste toujours actuelle, de cravate colorée naissait. Et depuis, toutes les folies sont possibles, des plus sombres anglaises aux plus vives américaines, en passant par les amusantes françaises.

Aujourd’hui, la cravate blanche n’est plus représentée que ponctuellement. ‘Cravate blanche’ d’ailleurs est le code pour le port de l’habit (queue de pie). Le noeud, de coton marcella (nid d’abeille) a remplacé la baptiste de lin. Cette sorte et cette couleur de nœud, sous forme de lavallière simplifiée, est encore utilisée en deux occasions : pour l’habit de chasse et pour l’habit de concours d’équitation. Deux soubresauts hélas. Pourtant, avec le retour du goût pour les vêtements colorés, cela pourrait être une alternative assez minimaliste.

En tout cas, certainement pas de nœuds en satin blanc ! Je ne vois aucune utilité à ces affreusetés, aucune !

Julien Scavini

Clap de fin (MàJ)

Pour Old England. Comme je vous l’avais annoncé il y a quelques semaines, le magasin Old England fermera ses portes fin mars, après avoir soldé son stock. Vous pouvez d’ors et déjà vous y rendre pour profiter des soldes privées, qui débutent à moins 50%. Tout doit disparaitre, alors évidemment entre écharpes, chaussures et costumes, vous pourrez trouver votre bonheur, que ce soit les produits de la griffe ou encore d’Albert Arts. Albert Goldberg donc, qui en rachetant le grand magasin du boulevard des Capucines espérait le relancer, ferme l’historique enseigne, pour la revendre de nouveau au groupe Richemont. Si l’on ne discutera pas de la plus valus engrangée, on regrettera cependant une fin si triste.

Je n’ai jamais été tellement client de ce magasin sauf à l’époque du corner Hackett, comme beaucoup que je connais. Pourquoi, je ne saurais le dire. Peut-être n’aimais-je pas l’ambiance, les prix aussi et certainement. Profitons de l’article de ce soir pour nous remémorez l’histoire d’Old England, qui se confond avec l’histoire de la mode en France. Histoire très intéressante que j’ai découvert dans le livre So British publié aux Éditions du Regard et portant précisément sur cette succursale (le livre fut certainement commandé par Richemont pour relancer la ligne).

Les lignes suivantes sont un résumé et parfois une reprise directe du propos de cet ouvrage :

L’anglomanie

Juste avant la révolution française, certains comme le régent Philippe d’Orléans manifestèrent leur penchant pour le goût anglais. Son fils, Philippe Égalité pour s’opposer à son cousin Louis XVI marqua justement ce goût pour les mœurs anglaises en arborant des fracs de drap (et non de soie), des bottes de cuir, des culottes de peau etc… Durant la terreur puis sous l’Empire, le souvenir du Grand Siècle français s’estompa, et les façonniers de New Bond Street travaillèrent, améliorèrent, défirent. Brummel continua encore de saper l’habit, pour aller vers plus de simplicité. Il aimait les bleus éteints et les tons caramel, mais c’était encore trop de frivolité. Et cette nouvelle simplicité gagna. Mozart écrivit en 1778 « On peut aller partout avec un costume noir. C’est pratique, c’est un costume de campagne et de gala en même temps« . Le noir gagna du terrain au grand désespoir de Balzac ou de Baudelaire, et heureusement que les femmes sauvèrent la société de la neurasthénie, bien aidées en cela par Offenbach en maître de musique.

C’est en 1867 qu’Alexandre Henriquet, ancien acheteur au Bon Marché, eut l’idée de reprendre un magasin de mode écossaise installé au 35, boulevard des Capucines. Il avait senti le vent venir avec l’avènement du neveu de Napoléon, futur nouvel empereur des français. Si le premier haïssait l’Angleterre, le second l’avait en modèle. Le second empire marqua l’avènement d’une société bourgeoise en mal de stabilité. Merveille, les anglais avaient parfaitement ignorés notre révolution et les allemand grondaient ! En 1867, Old England se retrouve en plein triomphe britannique – politique, économique, colonial, vestimentaire. Le personnage du gentleman fait son entrée. Henri-Frédéric Amiel écrit à son propos :  » Le gentleman est l’homme maître de lui-même qui se respecte et se fait respecter. Son essence est celle de a souveraineté intérieure« .

Vers 1880, le nouveau et actuel local est inauguré au coin de la rue Scribe et du boulevard. C’est alors le plus beau de Paris. Le crédo d’alors était « illustrer une certaine idée de l’art de vivre britannique ». L’enseigne est souvent citée dans la littérature, preuve de son enracinement dans la bonne société, chez Balzac dans Un début dans la vie, dans les notes d’Edmond de Goncourt, chez Mauriac dans Thérèse Desqueyroux ou dans Les conquérants ; plus proche de nous chez Claude Roy dans La traversée du pont des Arts ou Georges Perec dans Les choses.

Old England, c’est aussi l’avènement du vêtement pour tout le monde. Pas encore de démocratisation ici, mais un aperçu du prêt-à-porter. Avec l’avènement de la mode des paletots, le journaliste Auguste Luchet déplore : « Le temps sculptural des Staub et des Kléber n’est plus ; il est mort avec le frac et la redingote ajustée. Le paletot-sac à toutes les épaules l’a supprimé. Il n’y a plus de mesures maintenant, il y a des tailles. On est plus un client, on est un quatre-vingt… » Mais pour autant, le magasin était réputé pour ses tailleurs émérites – le département enfant en compta jusqu’à 12 ! OE fut le premier grand magasin de grand luxe à vendre du PàP – en modestes proportions ceci dit, jusqu’aux années 50 (en 1930, le sur-mesure représentait 80% des ventes).

En choisissant l’Angleterre, les fondateurs d’Old England choisirent la pérennité contre l’éphémère et le genre serein contre le convulsif. Sans pour autant choisir la forme contre le fond, car l’art de vivre britannique n’était pas plus figé que l’Angleterre était inerte. La matière commandait : la laine, la soie, le coton, le chanvre, les peaux, les plumes et les écailles…

Le désenchantement du style anglais ?

La seconde guerre mondiale jeta sur Old England un voile de crêpe. Angleterre n’était plus à remarquer, pire elle était l’ennemi. Les approvisionnements furent rendus impossibles, les étalages se vidèrent, les employés furent licenciés, même si tout fut entrepris par M. Henriquet pour garder les meilleurs d’entre eux au service. Pour autant, le magasin en réchappa, y compris les grandes armoiries de l’escalier. Malgré son occupation sur la moitié de sa superficie par le cercle des officiers de la Werhmarch, l’ensemble architectural pu retrouvé son intégrité au sortir de la guerre. Mais le chemin fut difficile et des années de vache maigre se succédèrent, alors que les surplus militaire américain envahissaient Europe de l’ouest, blouson d’aviateur en tête. Une pièce plus particulièrement retint l’attention, et devint un classique de la maison Old England : le duffle coat. Originellement, ce lourd manteau de pêcheur dont le drap était tissé, à peine désouinté, dans la ville de Duffel en Belgique, fut utilisé par la Royal Navy qui en équipa ses marins, et durant la seconde guerre mondiale, le maréchal Montgomery l’arbora, donnant à cette pièce le surnom de Monty Coat dans les pays anglo-saxons. Reconnaissable à ces fermoirs à brandebourg, en tresses de corde ou en cuir, avec des boutons en cornes ou en bois et surtout à sa capuche, il devint une grande spécialité du magasin Old England qui le vendait alors dans de nombreux coloris, y compris en blanc, modèle apprécié par Jean Cocteau. Les années se succédèrent, avec un magasin entièrement rénové, à l’extérieur avec de splendides vitrines en acajou de cuba et à l’intérieur avec des présentoirs modernes, en verre et chêne de Hongrie.

Puis Mai 68 arriva, et avec lui son lot d’incertitudes sociales. Celles-ci s’exprimèrent aussi dans le vêtement où confort, modernité et économie étaient les maîtres mots. Terrassé par l’invasion du jean américain, un siècle d’apprentissage de codes d’élégance et de techniques de confection était remis en question. Mais au contraire, ces bouleversements jouèrent en faveur du grand magasin anglais alors que d’héroïques élégants continuaient à aller à Savile Row et dans les meilleurs enseignes britanniques du monde entier pour se vêtir. Julien-Maurice Henriquet présida à la traversée de ces époques difficiles mais disparut en 1986. Jean-Marie, son fils, ancien des Chargeur Réunis ou de Paribas prit alors la direction, et ce jusqu’en 1999, date de la cession au groupe de luxe Richemont.

Le magasin, resta un ‘corner’ d’Angleterre en France. Tout pour la parfaite dame et le parfait gentleman pouvait y être trouvé en plus des vêtements: du thé aux biscuits, en passant par les parfums et les instruments de toilettes. C’était un grand magasin au sens propre. Les chemises Turnball et Asser y étaient vendues en exclusivité sur le sol français, constituant avec la boutique d’Hilditch & Key rue de Rivoli les deux pôles d’une élégance à l’anglaise, d’un classicisme abouti et recherché. Durant cette période, le nombre de marques différentes augmente au sein d’Old England, notamment avec l’entrée du groupe Hackett-Dunhill dans Richemont. Puis une page se tourne lorsque ce dernier, dans un élan de restructuration, cherche à céder la belle enseigne du boulevard des Capucines…

Une nouvelle ère …

Dans un monde de la mode où tout a changé depuis le renouveau de la maison Gucci initié par Tom Ford en 1993, l’ère n’est plus aux petits revendeurs, mais à des modèles économiques intégrés, faisant place à de vastes flagship, moins nombreux, mais plus puissants et iconiques. Les marques cherchent leur propre visibilité, et les grands magasins multi-marques ferment. Hackett déménage, Brunollo Cucinelli ouvre sa propre boutique, de même que les souliers Crockett & Jones ou Edward Green. Que reste t il alors pour Old England ? Alors que l’historique magasin des Quatre Temps à la Madeleine subit ce triste sort et ferme à son tour, il était crucial pour ce grand navire d’être sauvé du péril.

C’est alors qu’Albert Goldberg rachète au groupe Richemont le grand magasin du boulevard des Capucines à Paris. L’enseigne vivote et les équipées de vendeurs tournent en rond dans un espace trop encombré. Les travaux commencent. Le premier étage d’abord, entièrement dédié à la femme est dépoussiéré. Les tons sont clairs, l’humeur niçoise se fait jour. Puis la moitié c’est au tour du rez-de-chaussée, avec un immense et très contemporain corner Albert Arts. Les modèles font la part belle aux plus fines flanelles et cachemires italiens. Les tons sont doux, plutôt dans les bleus, et les finitions exceptionnelles. Les blazers sports sont par ailleurs si fins que vous n’avez par l’impression de les toucher. Beaucoup des rayons sont évacués pour garder majoritairement le vêtement. Chapeaux, cravates, foulard et écharpes complètent les habits de dessus. Les produits sont mieux positionnés et la griffe Old England prend tout son sens. Le magasin est érigé comme une véritable marque.

Mais malgré tout, le succès n’est pas au rendez-vous. Peut-être à cause d’un manque flagrant de communication (certains bloggeurs ont bien connu le responsable de la presse du magasin, grand bavard et personnage amical qui s’est fait limogé après avoir organisé une soirée en l’honneur de James Sherwood et de son livre sur Savile Row). Pourtant, à l’heure où le style anglais perd la main au profit de l’école italienne, les produits OE et AA étaient très bien positionnés. Le local était peut-être – certainement- trop grand. Pourtant la visibilité était bonne. On sait maintenant que les rendements financiers dans le textile sont faibles, en particuliers avec de tels coûts dû à l’emplacement, mais est-ce la raison d’une telle fermeture ? L’appât du gain l’a-t-il emporté ? Nous ne saurons pas. Une chose est sûre, un grand magasin d’ultra-luxe va remplacer Old England, 2000m² de montres suisses… A croire que décidément en France, nous ne produisons plus rien, nous n’achetons plus rien, et au mieux nous vendons du rêve aux chinois… avec ça !

Heureuse pensée : les services des monuments historiques ayant eut le nez creux, les façades sont classées. Les glaces aux gros logos rouges Old England resteront donc…

MàJ : on m’informe aux premières lueurs du jour qu’un incendie aurait eu lieu cette nuit chez Old England ! Je ne trouve pas de confirmation officielle encore.

Julien Scavini

Bonne année 2012

Chères lectrices, chers lecteurs,

Stiff Collar est heureux de vous présenter ses vœux pour l’année 2012 !

Je profite aussi de l’occasion pour remercier tous les lecteurs, amis et clients fidèles pour l’affection et le soutien que vous m’avez témoigné depuis le lancement du blog, il y a deux ans et demi et de mon activité plus récemment.

2012, à en croire l’opinion s’annonce comme une année difficile. Tâchons ici par et dans nos échanges ainsi que dans la rue par notre attitude, d’adoucir voire mieux, d’embellir notre quotidien et de ne pas trop nous laisser atteindre par l’ordinaire.

Si mes bonnes résolutions se résument à (réussir à) se coucher plus tôt, je vous souhaite à tous une année élégante et pleine de grâce. Que notre sillage deviennent une empreinte !

Julien Scavini

Pendant les fêtes … 1.2.3.4.5

Entre deux fêtes, il est traditionnel (et les traditions, on les respecte ici, même quand elles sont récentes !) pour Stiff Collar de faire son petit défilé. Ne dérogeons pas cette semaine à la règle. Premier épisode ce soir.

– Veste 3 boutons à épaulé rentré, à petit cran tailleur en poil de chameau Holland & Sherry, poches plaquées ; pantalon vert tendre en laine Gorina, bas serré et cousu rond, double pince, poche gousset à rabat ; chemise à fines rayures violettes et col blanc, boutonnage tunique ; papillon vert sapin à palmettes cachemires violettes et derby deux œillets. Gants en pécari.
– Gilet long à col châle, boutonnières passepoilées et poches plaquées à soufflets, tirettes d’ajustage. Tissus contrastants, poil de chameau et palatine orangée (velours lisse) ; chemise à fines rayures parme vieilli.

Joyeuses fêtes ! Et à demain !

– Surtout ‘ancien régime’ simplifié, en pied de poule Drappers, épaule montage de chemise et col raglan, boutonnières passepoilées et grands rabats de poches pris dans la taille ; chemise à petits carreaux rouges, cravate en cachemire brique.

– Pantalon en peignet Holland & Sherry avec poche révolver, cardigan en soie bicolore, chemise à petits carreaux verts, foulard violet, gants d’agneau glacé, parapluie roulotté bicolore marron et crème et derby deux œillets.

La suite, moins ‘sport’ demain. Bonne journée.

– Costume deux pièces à veste deux boutons en flanelle J.J. Minnis anthracite, chemise à fines rayures rouges et noires et col blanc, pochette blanche et chapeau de feutre, gants en cuir lisse et richelieus fantaisies noirs. Cravate noire à palmettes cachemires rouges contrastantes.

– Manteau raglan à col châle, poches inclinées et dos à complication en drap de laine rouge à carreaux discrets Holland & Sherry, chemise à petits carreaux beiges et col blanc, cravate de cachemire.

– Polo Coat ici en registre ville, croisé avec ses deux grandes poches ‘boite-aux-lettres’, surpiqures machines, parements de bas de manches et martingale dos en gros chevrons de laine Dugdale Bros, chemises à discrets carreaux parme clair, cravate violet foncé à pois blancs.

– Costume en flanelle bleu horizon Dormeuil, veste trois boutons à épaules rentrées, chemise à boutonnage ‘tunique’ grise à fines rayures bleues et noires et col blanc, nœud papillon club et pochette bleu turquin, gants et souliers richelieus ‘one cut’ noirs (ces derniers patinés bleu à la base de l’empeigne).

A demain pour le dernier jour de la semaine…

Dernière publication de l’année. Encore une pour Stiff Collar! Un bon cru, les choses allant de mieux en mieux – enfin j’espère 😉     Le dernier dessin de la semaine ce soir, idéal pour la nuit de la Saint Sylvestre !

– Veste d’intérieur en mélange laine et orylag Holland & Sherry, revers et parements de manches en twill de soie matelassé, chemise plastronnée et faux col cassé, nœud papillon et gilet de coton marcella (piquet de coton), pantalon de l’habit en granité noir à double galonnage et souliers d’opéra.

– Manteau du soir, granité noir Gorina à revers et parementures de manches en faille de soie, chemise plastronnée à col rabattu avec nœud papillon de smoking.

Je vous souhaite une merveilleuse fin d’année ! Et de bonnes festivités ! A lundi. Julien Scavini