La jaquette dans tous ses états

Le mariage récent de Peter Phillips et Harriet Sperling fut, comme il se doit dans la famille royale britannique, une belle occasion de sortir les jaquettes. Ou plutôt, devrais-je écrire, toutes les jaquettes. Car si le vêtement était bien de rigueur, presque aucun des invités masculins ne le portait tout à fait selon la règle ancienne.

Ici, un pantalon inattendu. Là, un gilet de couleur. Ou une chemise bleue, bref, bien des messieurs prenant leurs aises avec le protocole classique. Chez chacun ou presque apparaît une petite licence, discrète ou franchement assumée. La jaquette demeure, mais son uniformité se délite.

Voilà qui est fort intéressant. Car un code n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il est connu, puis doucement détourné. Contemplons donc ces messieurs, un par un, et voyons dans quels états ils ont mis la jaquette.

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En ce beau jour de printemps à peine pluvieux, commençons par le marié : Peter Phillips, petit-fils d’Élisabeth II et fils de la princesse Anne.

La jaquette est coupée dans un drap noir très contemporain, c’est-à-dire parfaitement lisse, sans grain apparent. Le tissu semble d’ailleurs de belle qualité, car le noir prend par endroits de légers reflets bleutés, signe d’une fibre fine et profonde.

Pour le pantalon, Peter Phillips a choisi un coutil à raies grises et noires peu contrastées. L’ensemble reste donc sobre. Le pantalon paraît toutefois un peu trop long. Quel tailleur ose livrer cela ?

Le gilet est plus intéressant : croisé, coupé dans un beau drap bleu ciel, il présente surtout un détail remarquable, ce petit bord blanc que les Anglais appellent un slip, et qui détache le gilet sur le fond de la chemise. Voilà une finition que l’on rencontre rarement sur un gilet croisé.

Enfin, le marié porte une chemise bleue à col et poignets blancs, une tradition qui semble décidément s’ancrer au Royaume-Uni. La cravate est belle, quoique peut-être un peu trop peu contrastée.

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Le prince William fait un choix assez voisin : jaquette noire unie, pantalon discrètement rayé, gilet croisé bleu ciel et chemise bleue à col blanc. La cravate est, elle aussi, piquée d’une épingle. L’ensemble est plus maîtrisé, mais toujours dans cette volonté d’assouplir le grand code de la jaquette par quelques détails plus personnels.

Petite fierté au passage : la robe de Kate est signée Roland Mouret, créateur français installé à Londres, que j’avais eu l’occasion de côtoyer sur le plateau de la finale de Cousu Main, saison 1. Fier !

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Jack Brooksbank à gauche, et Edoardo Mapelli Mozzi à droite, les maris des princesses d’York. Le premier semble porter une jaquette bleue gansée, le second une jaquette noire, elle aussi bordée d’un galon. C’est, en soi, un joli détail. Mais encore faut-il que le reste soit à la hauteur.

Chez M. Brooksbank, l’ensemble paraît assez bancal. La cravate, très claire, s’efface presque entièrement. Le gilet croisé, coupé dans un tissu de costume bleu marine, manque de relief, tandis que le pantalon uni, d’une couleur difficile à définir, n’apporte rien. Sans grand intérêt, oserais-je dire.

Chez M. Mapelli Mozzi, la combinaison est plus étonnante encore. Que penser de cette cravate vert sapin, parfaitement convenable pour un vendredi au bureau, associée à un gilet jaune poussin et à une chemise bleue ? Quant au pantalon, trop peu taille haute, d’un gris trop clair, et venant tomber sur un mocassin italien, je ne sais trop qu’en dire.

Ces deux tenues illustrent parfaitement le fameux « en même temps » : je dois porter une jaquette, et en même temps je voudrais la moderniser. Mais à ce compte-là, autant faire couper la jaquette et le pantalon dans le même tissu. Ce serait au moins plus cohérent, et sans doute plus élégant.

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Ah, mais parlons de notre bon roi Charles. Ici, rien à redire. Sa jaquette noire gansée est toujours fidèle au poste, accompagnée d’une chemise blanche et d’une cravate grise délicatement semée de petits motifs. Le pantalon de coutil reste sobre, comme il nous y a habitués depuis quelque temps déjà. Des bretelles semblent le maintenir bien en place : tout cela est net, précis, rutilant.

Je remarque surtout le gilet, assez inédit à mes yeux. Il est droit, à revers, et paraît coupé dans un drap de coton et de soie, ou dans quelque étoffe légèrement ouatée, avec un peu d’épaisseur. Le gilet droit est assez rare chez le roi avec la jaquette, plus encore lorsqu’il possède des revers. La forme est pourtant parfaitement classique dans cet usage.

La couleur écrue est, elle aussi, plus inhabituelle. Mais elle apporte une note très printanière et compose avec le noir une harmonie finalement fort élégante. J’aime beaucoup.

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Le cousin germain du roi Charles, David Armstrong-Jones, porte enfin un ensemble de jaquette parfaitement canonique : jaquette et gilet coupés dans le même drap, chemise blanche, cravate à pois et pantalon de coutil au dessin impeccablement britannique.

Je ne dis pas que je préfère nécessairement cette tenue à celles que nous venons d’examiner. Je constate simplement que la jaquette, dans sa forme la plus orthodoxe, se porte ainsi.

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Le beau-frère du marié, Mike Tindall, a choisi une jaquette noire portée avec un pantalon de coutil discret, un gilet croisé gris perle et, lui aussi, une chemise bleue. Décidément, le col bleu a gagné : les ouvriers peuvent se réjouir ! N’y voyez toutefois qu’un trait d’humour un peu daté, et surtout aucune conclusion politique sérieuse.

J’aime beaucoup, en revanche, les revers de cette jaquette, généreux, amples et imposants. Ils donnent à l’ensemble une vraie présence.

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Le beau-père du marié, Sir Timothy Laurence, vice-amiral, a choisi une cravate jaune semée de petits fanions de marine. Ça alors, quel humour ! Une fantaisie discrète, assez typiquement anglaise. Il ne faut jamais trop se prendre au sérieux.

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Terminons enfin par une interprétation classique de la jaquette, mais non dépourvue d’expressivité. Voyez Samuel Chatto, petit-fils de la princesse Margaret, et donc petit-neveu de la reine Élisabeth II, pour ceux qui auraient quelque peine à suivre la généalogie royale britannique.

Jaquette noire, pantalon de coutil bien affirmé, beau gilet croisé gris perle et chemise blanche : l’ensemble est parfaitement composé. La cravate est certes un peu désuète, avec ses motifs cachemire verts et mauves sur fond rouge, mais on ne saurait lui reprocher de manquer de classicisme.

Une petite pochette aurait achevé la tenue. Mais la chaîne de montre est déjà fort plaisante. Il paraît que Samuel Chatto est artiste. Je connais des artistes bien moins respectueux de l’étiquette !

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Au fond, cette cérémonie montre assez bien ce qu’est devenue la jaquette : non plus un uniforme strictement reproduit, mais un cadre dans lequel chacun tente d’introduire un peu de lui-même. Un gilet de couleur, une chemise bleue, une cravate fantaisiste, un pantalon moins orthodoxe : la règle demeure, mais elle se relâche.

Tout n’est pas heureux, loin de là. Certaines libertés modernisent avec élégance ; d’autres donnent seulement l’impression que l’on n’a pas voulu choisir entre le grand apparat et la tenue de bureau. Mais c’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant. La jaquette n’est pas morte : elle se débat, elle s’adapte, elle cherche sa place.

Et finalement, dans tous ses états, elle conserve encore beaucoup d’allure.

Belle semaine. Julien Scavini

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