La semaine dernière, rue Saint-Dominique, je suivais un homme de haute taille, assez élégant, ce qui n’est plus commun. Il portait un jean bleu, des chaussures sombres et un blazer que je pris naturellement pour bleu marine. Seulement voilà, quelque chose clochait. À chaque changement de lumière, je cherchais le bleu. Bleu nuit peut-être ? Bleu encre ? Un marine vraiment très, très foncé ? J’ai fini par me rapprocher un peu avant que nos chemins se séparent, et je dus finalement me rendre à l’évidence : son blazer était noir. Tiens donc !
Le blazer noir est une curieuse figure de style. Pour le puriste, il serait même presque une contradiction dans les termes. Le blazer classique est bleu marine. Droit ou croisé, avec boutons de métal ou de corne, il appartient à cette grande famille des vêtements dépareillés qui ont lentement quitté les clubs sportifs et les ponts des bateaux pour rejoindre la ville.
Certes, les Anglais ont produit des blazers rouges, verts, jaunes, parfois rayés comme des stores de véranda ou chargés d’écussons. Que les Américains adorent copier. Le noir toutefois est plus rare. Le noir appartient traditionnellement à d’autres chapitres du vestiaire masculin : le smoking, l’habit, la robe d’avocat, et bien entendu le costume noir, qui peut vite faire « cheap« . La mode féminine l’a de son côté et depuis longtemps adopté comme une évidence.
Le blazer noir semble revenir. SuitSupply en propose plusieurs interprétations et on commence à le voir davantage, notamment porté très simplement avec un jean. Simon Crompton, de Permanent Style, s’est lui-même essayé à l’exercice avec une veste noire en tweed chevron.
A mon collaborateur je relatais l’homme que j’avais suivi et cette remarque lui traversa l’esprit : le noir est peut-être la couleur qui exige le plus beau des tissus. Cela paraît paradoxal. On pourrait croire qu’une couleur aussi radicale se suffit à elle-même. C’est tout le contraire. Le noir ne pardonne rien. Prenez une laine peignée un peu plate, un tissu quelconque avec le léger lustre des costumes industriels, et immédiatement la veste noire ressemble à une simple veste de costume séparée de son pantalon. La tarte à la crème du mauvais chic. Il ne manque plus que les chaussures pointues.
Un blazer noir doit donc prouver son pedigree.
Un tweed noir ou anthracite très profond fonctionne formidablement. Une flanelle aussi. Un beau drap peigné d’aspect cachemire peut donner cette profondeur particulière que le noir réclame. Un tissu très lisse peut convenir également, mais il faudra alors qu’il possède quelque chose de plus : de la soie, un fil particulier, une richesse de surface qui accroche doucement la lumière. Car le noir a besoin de relief.
Crompton arrive finalement à la même conclusion en choisissant un chevron. Ce n’est pas seulement une texture décorative : le dessin du tissu indique immédiatement que nous ne sommes pas devant une veste de costume esseulée.
La coupe peut aider aussi. Une épaule napolitaine, des poches plaquées, des boutons de corne sombre, éventuellement un peu de souplesse dans le porté, ou d’ampleur. Bref, tout ce qui éloigne la veste de l’uniforme professionnel de l’industrie du luxe, et la rapproche d’un véritable vêtement de loisir. Et alors, cela fonctionne bien.
Avec un jean bleu, un certain panache se dégage. Avec un pantalon gris foncé, c’est une sobre allure urbaine chic qui apparait. Dans ces deux cas, le noir remplace le bleu marine en un clignement d’œil, sans problème. Il faudrait tenter avec un pantalon de laine crème. Ça commencerait à devenir plus démonstratif.
Je ne conseillerais certainement pas le blazer noir comme première veste dépareillée. Le bleu marine reste infiniment plus facile. Puis le brun ou le vert. Mais lorsque l’armoire est déjà bien remplie et que les blazers bleus commencent à former un beau contingent sur les cintres, pourquoi pas ?
À une condition toutefois : ne pas mégoter sur le tissu. Un beau noir doit avoir de la matière. Sinon, il n’est que noir.

Aberration d’une époque qui ne connaît plus que le noir et le gris. Alors allons-y pour le blazer ! Un blazer c’est bleu marine. Et si possible avec un pantalon gris. On peut imaginer une veste noire avec un pantalon gris, mais n’appelons pas cela blazer. Plutôt ensemble dépareillé post moderne…
Tout a fait d’accord. Meme l’excellent Poirot en est l’exemple, il porte plus souvent du noir que du bleu- trop sport- sans pour autant donner l’impression d’être comparable à un serveur.
Chez Gieves amd Hawkes, le blazer cashmere noir est un must