Manches courtes

Non, nous n’allons pas aborder ce soir le sujet des chemisettes – je sens déjà les tomates pourries arriver – mais bien celui des manches de vestes, irrémédiablement trop longues ! Je crois qu’à tous les prêt-à-porter, je retirerai 1,5cm de longueur ; mais ils sont issus des mêmes tables de gradation.

Il est de tradition de laisser entrevoir 1 à 2 cm du poignet de chemise – tradition détestée en Asie, honnie chez les militaires – mais les tailleurs anglais nous ont appris cette règle, alors autant se la tenir pour dîtes. Dès lors, et comme les vestons en p.à.p. ont des manches généreuses, les chemises s’adaptent en étant plus longues encore, jusqu’à recouvrir la moitié de la paume de la main quelques fois.

Il n’existe pas vraiment de règle parfaitement tranchée en la matière, pour juger de la bonne longueur ou non au demi centimètre près. Soyons pratique : quel est le résultat de manches trop longues (même si la chemise dépasse, donc encore plus longue) : la sensation de chaleur. Il est un fait : recouvrir la veine qui relie la main au bras donne une abominable sensation de chaleur, ou du moins amplifie celle-ci. Et je crois que l’aisance dans ce cas est tout ce qui compte!

La plupart, sinon tous les vendeurs et petits tailleurs prennent la longueur de manche avec le bras coudé à l’horizontale. Je pense que c’est une erreur. Finalement, prêtez-y attention, nous sommes le plus souvent bras vertical, notamment en déplacement. Il convient à ce moment d’avoir de l’allure. Sinon, accoudé à votre bureau, la problématique est différente. Donc je prends la mesure bras tombant. Et comme repère, je me fixe sur le petit os (en fait le sommet du cubitus, opposé au pouce, sur la face externe du bras). J’imagine la veste s’arrêter au dessus, la chemise en dessous, d’où 1,5cm de différence. Rajouter exactement +1,5cm pour un port classique, question de volonté du client vis à vis de son tailleur.

Pour vérification, je place (bras vertical, comme sur l’illustration) la main perpendiculairement au bras, et la fait aller de droite à gauche. Elle doit frotter le poignet de la chemise, mais pas le faire remonter, encore moins la manche veste.

Alors je vois poindre d’ici les critiques : quoi, une manche comme ça? mais elle est trop courte? Oui en effet, la manche est courte, et toutes vos chemises seront irrémédiablement trop longues (je le sais d’expérience). Mais lorsque quelques vestons correspondront à quelques chemises, vous vous sentirez à l’aise, sans jamais de surchauffe à ce niveau et une aisance parfaite pour serrer des mains ou tenir votre sacoche à bout de bras. Évidement, bras coudé, cela fera court, mais cette posture est généralement admise devant un clavier d’ordinateur où c’est un avantage. Et puis personne ne remarquera jamais que vos manches sont plutôt courtes tant que l’harmonie générale est correcte : veste à la bonne taille ni trop longue ni trop courte. Quelqu’un qui est à l’aise et en confiance dans son costume se remarque ; quelqu’un qui a chaud sous un costume trop long, mal adapté ne sera ouvertement pas à l’aise. Monsieur Hulot lui était à l’aise 😉

Julien Scavini

Le dos, une question de fente(s)

Plis, plis d’aisance, fentes, ou encore plis fendus, autant de termes pour désigner le détail de coupe du bas du dos d’une veste. Et la question est récurrente : doit-on choisir une ou deux fentes ? Telle est la question, plusieurs écoles s’affrontent, chacune avec de bons arguments le plus souvent) :

Soyons clair immédiatement, le dos sans fente (ventless) convient aux vestes formelles (comme le smoking) ou aux costumes d’occasions spéciales. C’est l’option la plus ancienne, historique pourrait-on dire. Ce détail est toujours fort apprécié des gentiluomo italiens. En France, les messieurs appréciaient ce détail jusqu’à récemment.

La fente milieu-dos (single vent) est la plus controversée. La France et les Etats-Unis l’adorent pour toutes les vestes, sans distinction d’usage. C’est un détail que nous partageons en commun, conférant une allure ‘complet’ / ‘sack suit’ aux costumes (et qui me laisse un peu perplexe). C’est une solution qui fut adoptée à mi chemin entre le très formel (sans fente) et ce qui est jugé trop informel (deux fentes). Les anglais eux, font différemment. Ils allouent un registre unique à la fente milieu-dos : la veste sport. S’il ne s’agit pas d’une veste de costume, alors une seule aisance sera présente, cette tradition remontant aux lointaines norfolk jacket de chasse.

Enfin la double fente (side vent), de part et d’autre du dos, au niveau des petits côtés. C’est la solution adoptée par les anglais pratiquement dès les années 50 ; la plus confortable pour glisser les mains dans les poches ; la plus élégante à mon goût également, car elle confère une allure, une ligne au bassin.

Enfin petite note d’humour, faite entrer le blazer dans la catégorie de votre choix : formel militaire sans fente, sportwear avec une, urbain avec deux.

Notons par ailleurs la fente centrale en crochet (hook vent) qui est le détail le plus ancien ayant perduré jusqu’à nos jour :

Initialement présente sur les habits à taille, type queue de pie ou jaquette, elle crée un décalage de la symétrie. C’est une technique ancienne. Remarquons d’ailleurs que sur les beaux modèles, le pan (hachuré) est coupé d’une seule pièce, sans couture de taille.

Puis, l’évolution naturelle conduira les vestes courtes à abandonner la couture de taille. La fente centrale reste avec le décalage, la couture princesse (en arrondi vers les épaules) également. Ce détail fait très 1920, avec une fente remontant haut vers la taille.

Finalement, la fente crochet est restée très présente aux États-Unis, pour tout ce qui concerne les vestes sports type ‘Ivy League’, modèles en coton non-doublés le plus souvent.

Pour résumer, notons que l’école anglaise dissocie fortement deux types d’usages sur la fente unique et double ; que français et américains partagent une passion pour la fente unique ; et que les italiens conversent un usage traditionnel, même si l’école anglaise les influence maintenant fortement.

Julien Scavini

Le derby, une passion française

Il n’est pas un jour sans que notre vue et notre esthétique ne soit attaquée à la vue d’horribles chaussures de forme derby. Vous savez, cet horrible écrase-m*** que l’on trouve pour rien – et parfois beaucoup –  dans pratiquement tous les commerces de souliers. Cette forme ‘gauche’ est souvent molle, la plupart du temps avec une semelle collée, et elle reçoit rarement du cirage ou mieux, des embauchoirs.

Si Célio ou Eram vendent en quantité de tels modèles, il en est de même pour les maisons plus haut de gamme, comme Yves St Laurent ou Lanvin. J’ai noté également le bout très arrondis de ses souliers, me faisant penser aux Repetto.

D’autres milieux s’intéressent aux derbys, c’est à dire à ces souliers dont les quartiers de laçage sont rapportés SUR la chaussure, il s’agit des maîtres bottiers. Notons les frères Corthay avec leurs désormais célèbres Arca ou encore M. Delos dont un derby très élégant lui a permis d’obtenir le titre de MOF. Le derby est la mode, et ces derniers m’intéressent beaucoup, même si je n’en ai aucun.

Mais pourquoi diable la chaussure derby intéresse-t-elle tellement? Les usines chinoises en sortent des millions de paires, toutes plus atroces les unes que les autres, et il me semble que Paris en est la plaque tournante. Tout le monde en porte (pas moi, pas nous ?), que ce soit avec un costume ou avec un jean, en marron, en noir etc…

Il pourrait être émis que ce type de montage est plus simple… Ceci n’explique pas la passion des bottiers pour ce registre.

Il pourrait être émis que ce type fait moins bourgeois… Certainement dans l’inconscient collectif.

Il pourrait être émis que ce type n’est pas anglais… Et au fond, ce serait peut-être là qu’il faille aller chercher.

Alors que le richelieu est ouvertement plus bourgeois (une bourgeoisie travailleuse à l’anglo-saxonne, une bourgeoisie de bonnes mœurs), le derby s’affranchit de ce poids, d’où son utilisation par les grandes maisons et par la masse des consommateurs. Le derby fait jeune! Le richelieu, surtout à bout droit, fait papa!

Mais les bottiers parisiens eux, où se situent-ils? Certainement dans une tradition de l’école française, qui se construit, avec quelques trains de retards, contre l’école anglaise, dans un rapport du ‘je t’aime moi non plus’. Porter un derby fait main est certainement une note de grande élégance, tant la forme des corthay par exemple est racée. La ligne est scuplturale, en arc-boutant depuis le talon et en courbe droite jusqu’à l’étrave. Avec des lacets plats! Promenez-vous à Londres avec, vous ne passerez pas pour un anglais, ni un italien d’ailleurs. Et à Paris, vous défendrez ce que j’appelle maintenant, un style français. Un style français d’ailleurs qui était déjà très notable dans les années 50/60 où certains souliers de marque Unic étaient très proches stylistiquement des formes bottières d’aujourd’hui!

Quant à vous, portez-vous ces épouvantables derbys? pourquoi? Ou préférez-vous de solides richelieus anglais? Ou êtes-vous attirés par ces derbys d’un nouveau genre que les bottiers nous confectionnent? Dîtes nous…

Julien Scavini

Synonymes du mot ‘tailleur’

Trouvés dans un dictionnaire d’argot, ces synonymes du terme tailleur ( à noter que certains termes sont plus spécifiques, comme l’apiéceur qui est l’ouvrier du tailleur, spécialisé dans le montage des parties) :

pique-prune  –  frusquineur  –  gobe-prunes  –  pique-poux  –  pique-pouces (terme militaire) –  pompier  –  emmailloteur  –  apiéceur (terme actuel)  –  bœuf  –  fringueur  –  hirondelle  –  loqueur  – coupeur (terme actuel) –  pique-puce  –  tartare  – stoppeur (stoppeur-remailleur, terme actuel).

Julien Scavini

Cravate croate?

Le terme cravate viendrait d’une invention des mercenaires croates embauchés pour guerroyer par nos bons rois? Il semble que cela soit communément admis par les encyclopédies. Mais au delà de l’étymologie, nous pouvons constater sur les gravures qu’au travers des âges, le col, ou collet fut bien souvent fermé par un ruban de tissu, voire même quelques montages complexes comme les fraises. Celui-ci clôture l’encolure (les sens se télescopent), pour à la fois tenir les pans gauche et droit du vêtement et/ou tenir le cou au chaud et/ou soutenir une décoration et/ou servir d’objet d’apparat. Et c’est bien cette dernière fonction qui de nos jours prend le pas sur les autres, dernier bastion d’ornement pour l’ornement, d’inutile plaisir.L’ancêtre évident de la cravate, peu importe l’étymologie ici, est la lavallière (A). L’ancienne – pas l’actuelle qui tient plus de l’ascot – formée par un long ruban que l’on nouait sur le principe du nœud papillon – ou des lacets de chaussure – et dont les deux pans retombaient longuement de part et d’autre. Ce fin ruban entourait plusieurs fois le col avant d’être noué, parfois même sur le côté, et terminait parfaitement toutes tenues ‘ancien régime’. Il est souvent blanc, et a probablement conduit au nœud papillon blanc en coton marcella que l’on porte avec la queue de pie. C’est aux alentours du début du siècle que l’on inventa la ‘régate’ (B), ancien nom de la cravate actuelle. Cette proposition était elle-même issue des foulards que l’on se nouait négligemment autour du cou. La ‘régate’ était vendue nouée, enfin cousue, et se clipsait directement au bouton de col.

Jusqu’à nos jours, la cravate a bien évolué, en taille, en forme et en couleur. Étroites dans les 60’s, elle s’élargit dans les 70’s, se dilate et s’allonge dans les 80’s, se dénature dans les 90’s, sauf dans les bonnes maisons qui conservèrent leurs modèles. Aujourd’hui, une cravate classique fait 150cm de long pour 8 à 9cm au plus large. Il est possible de classer les cravates dans diverses catégories :

1- Les géométrales (tissées ou imprimées) : avec des pois, des losanges, des rayures horizontales, des petits carrés et autres petits motifs géométriques

2- Les régimentales (tissées) ou Club : inventés par les anglais, elles arborent les couleurs du club auxquelles elles correspondent. Les américains ont récupéré l’idée sous le nom Rep Tie, mais ont modifié l’orientation de rayures, pour ne pas froisser la perfide albion 🙂 Ce sont les préférées de Stiff Collar, dans les combinaisons les plus minimalistes possibles et des tons mats.

3- Les motifs (tissées ou imprimées) : avec des illustrations (Tintin, Milou, Winnie l’Ourson ou petits chiens, fer à cheval etc…), les écussonnées, les palmettes cachemires (paisley) etc…

4- Les imprimées ( donc imprimées) : souvent dans des soies fines, elles présentent plus de triplure que les régimentales qui sont en soie dure. Les motifs peuvent être peints dans l’esprit aquarelle. Les plus belles présentent d’importants motifs cachemires, souvent colorés, ou sinon des abstractions géométriques.

5- Les tricotines (donc tricotées et teintes) : sont souvent finies à l’horizontale en bas, elles sont très confortables en toutes saisons, très 60’s aussi.

Pour les bonnes maisons, il en existe une infinité. Citons Drakes of London, Brooks Brothers, Marinella, Charvet, Hermès évidemment, Hackett pour certains modèles estivaux lin et soie et Breuer qui est parait il le premier fabricant (sous-traitant) européen. Pour les amateurs de cravates en mailles, citons le travail d’un autre ami blogueur qui met en vente de beaux modèles vintages via le blog dédié Autour De Ton Cou. Et vous, quel est votre type préféré?

Enfin et d’une certaine façon, une cravate n’est pas brillante. Elle n’est pas en satin, elle n’est pas bling bling. Elle est mate car elle fuit le tape à l’œil. Elle est ornement sans être ostentation.

MàJ : le tailleur Alain Stark me signale qu’il organise le vendredi 10 juin 2011 une journée autour de la cravate. Des ouvrières spécialisées réaliseront sur demande et devant vous des cravates sur-mesure. Vous choisirez la soie ainsi que votre triplure, simple ou double épaisseur.

Julien Scavini

Visite du drapier Lafayette Saltiel

Pour travailler, un tailleur a besoin de nombreuses matières premières, très diverses. Car pour confectionner une veste, il faut non seulement le savoir faire du coupeur et de l’apiéceur mais aussi les fournitures :

le tissu, principalement en lainage, pour le veste elle-même ; la doublure souvent acétate ou en viscose ; la mignonnette qui est une doublure solide pour les manches (souvent banche à rayures) ; la toile tailleur, en laine pour soutenir les devants ; la toile de crin de cheval, pour rigidifier la toile et le galbe de poitrine; quelques fois une toile de laine et poil de chèvre pour renforcer la toile ; une paire d’épaulette en ouate ; du passement pour border l’intérieur de la veste ; du bougran (toile de coton forte pour rigidifier les poches) ; de la percaline (toile de coton pour réaliser les fonds de poches) ; de la toile de lin pour faire le col ; du feutre de laine pour mettre sous le col ; du fil ; du fil et du cordonnet de soie ; des boutons ; des craies ; des aiguilles ; un dès. (J’espère n’avoir rien oublié. Cela fait beaucoup de matériel tout de même, qui explique en parti le prix d’une veste grande mesure, car l’on peut aussi rajouter un fer à repasser, une demi-lune en bois, un jeannette etc…)

Tout ceci est réellement difficile à trouver maintenant, même sur internet. A Paris, deux fournisseurs alimentent les tailleurs, Socolatex (plus orienté haute couture féminine) et surtout Lafayette Saltiel Drapiers. Cette vénérable institution est née en 1925 de la fusion des drapiers Saltiel et de la mercerie Lafayette. Aujourd’hui, la maison est dirigée par le jeune Virgile Viret, qui a succédé à son grand père après des études d’informatique. Il a réalisé en 2009 l’intégration de l’ancien drapier/mercier Certain, qui se trouvait près de la Place des Victoire à Paris. Chez L.S.D. pour les intimes, les tailleurs peuvent tout trouver, et avoir l’assurance du suivi des références. Tous se fournissent ici, Arnys, Camps, Guilson, et beaucoup de professionnels de province ! Le service est rapide, efficace, et cher, évidemment, cette infrastructure demande du temps et de l’énergie. Mais la matière est de qualité, loin des articles qui déteignent, rétrécissent, se cassent etc…

Allons-y : depuis la rue (photo chipée au blog de La Chemise en Grande Mesure) :

Puis immédiatement à l’intérieur (photos cliquables à partir d’ici) : 

Où James (le coupeur de la maison) sert un client, devant des étagères garnies de diverses toiles tailleur :

Dans cette caverne d’Ali Baba, des milliers de tissus attendent le bon client :

Tous répertoriés dans ce genre de grands livres. Ici, c’est aussi le royaume du tissu vintage, certaines références datant de dizaines d’années :

Auparavant, pour couper les échantillons commerciaux, on se servait de cette presse à découper. Puis vint le temps des liasses industrialisées (en bas à gauche) et ici d’anciennes liasses Lafayette Saltiel. De nos jours, L.S.D vend toujours ses propres laines sous l’appellation Diplomate, en 290gr. La maison a aussi pris des licences de distributeur auprès des tisseurs John G. Hardy, J. J. Minnis, Loro Piana, Ermenegildo Zegna, Lesser & Sons, Vitale Barberis Canonico.

Le vieux stock L.S.D. compte de magnifiques tissus sports, d’incroyables cachemires, ou encore de récentes étoffes italiennes :

Ainsi qu’un nombre incalculable de doublures :

Ici également, il est possible d’acheter les fournitures ; coussin de repassage et garnitures de pantalons ; craies, aiguilles, dès ; jeannettes de repassage, fers à repasser :

Et puis évidemment les boutons pour finir la veste ; les épaulettes de hauteurs variables ; ou encore un sifran (planche en bois pour repasser les manches sans marquer de pli) et une planche à velours (tout en bas  à gauche), sorte de tapis de fakir, constitué de nombreux pics, pour repasser les velours sans les écraser…

J’espère que ce tour vous a intéressé. Vous pouvez encore vous informer sur Lafayette Saltiel Drapiers sur leur site internet : www.lafayette-saltiel.com

Julien Scavini

Cigarette versus Camicia

Aujourd’hui, rapide tour d’horizon des différentes possibilités de monter une manche. L’engouement actuel – et tout à fait intéressant pour les montages italiens – fait naître une curiosité mal étanchée par les divers supports à notre disposition. J’ai même lu récemment sur un blog des contre vérités terribles sur ce sujet complexe. Il m’a fallu moi-même beaucoup de temps pour comprendre, surtout par le montage, comment fonctionnent ces différentes solutions. Pour autant, je ne suis pas encore sûr de maîtriser à fond le sujet – c’est même évident – mais je vais tenter de vous livrer mes premières constatations, pour clarifier vos idées.

Rappelons d’abord qu’il existe autant de montages qu’il existe d’ateliers dans le monde, chaque tailleur aimant ses trouvailles. Certains, plus doués que d’autres, finirent par créer des Écoles de pensée, souvent associées à des régionalismes.

Le principe universellement reconnu pour monter une manche est le principe (que j’appelle anglais) de la tête de manche avec cigarette. Comme vous pouvez le voir sur le petit schéma ci-dessus (à gauche), la cigarette en rouge, permet de repousser le tissu de la tête de manche, pour donner son volume à celle-ci. En revanche, le montage inversé, d’origine Napolitaine renverse le principe, comme pour une chemise. La ligne est plus fluide, plus proche du corps.

Rappelons aussi qu’une épaule contient (quasi) systématiquement une épaulette (appelé idiotement padding par les francophones non francophiles). Car une épaulette est le seul moyen de ‘finir’ la toile qui recouvre les devants. C’est en effet l’épaulette qui protège et gère la transition à la fin de la toile. Après, cette épaulette peut être très fine, certes… Notons que les vestes thermocollées peuvent, du coup, se passer d’épaulettes assez facilement.

Donc une grande École – celle du montage à cigarette – fait face à une minuscule École en expansion constante ces derniers temps – celle du montage de chemise. La première est plus grande car elle est ramifiée. Elle est aussi intellectuellement plus satisfaisante, car plus compliquée, techniquement et mentalement. Elle demande plus de technique (même si l’autre aussi tout de même).

Des ramifications donc comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous:

La ligne 1 représente donc les montages avec enroulé ou cigarette, que les italiens appellent ‘con rollino’. La ligne 2 et sa case unique le ‘spalla camicia’. L’ampleur de la manche A est standard, c’est celle qu’une machine peut donner. La B demande plus de dextérité et la main est nécessaire pour répartir l’embu (le trop plein de tissu). Le C est le fameux épaulé Cifonelli, volumineux (qui ne se limite pas à ce détail seulement, voir ici). Notons d’ailleurs que le montage Cifonelli n’a rien à voir avec un montage italien. C’est un montage à l’anglaise, avec une technique propre à cet atelier. Enfin le montage D, plutôt Italien et même peut-être plus romain encore est aussi un montage ‘con rollino’, mais avec une cigarette très fine. J’ai entendu parlé de cigarettes en peau de chevreau. De ce fait, la tête de manche est très molle et présente souvent des fronces ou des bosses (ce que l’on fuit chez les autres tailleurs). Enfin, en ligne 2, le montage spalla camicia, plus reculé et donc plus près du corps, qui présente souvent de petites vaguelettes.

Voilà pour cette rapide étude technique.

Enfin, je lis souvent des questions de style attachées à ces problématiques techniques. Et je le dis, il n’y a absolument pas de type de physique pour telle ou telle manche. Seule l’occasion et/ou le tailleur expliquent un montage. Les seuls montages disponibles dans le commerce, y compris en demi-mesure, sont le A et le E. Les autres sont réservés à la grande mesure et aux porte-feuilles bien garnis. Ne cherchez pas l’introuvable hors de l’atelier artisanal spécifique qui le produit! Ne demandez pas non plus à votre tailleur de faire ce qu’il ne maitrise pas, c’est lui le chef 🙂

Enfin, est-ce que l’emmanchure ‘spalla camicia’ convient mieux aux hommes forts? Je ne sais pas. Je dirais non. Cela dépend de votre envie et surtout de votre envie de confort. Cette emmanchure est très adaptée aux vestes non-doublées et/ou sportswear. Plus adaptée qu’aux costumes, mais c’est une question de goût personnel…

Julien Scavini

C’est fait !

Comme je vous l’avais souvent annoncé, mon projet est enfin sur pied et les premières commandes ont été enregistrées… Je suis resté fidèle à la ligne directrice : la meilleure qualité possible avant la Grande Mesure des Maîtres Tailleurs. La première newsletter est partie ce jour, la voici. Retrouvez ces informations sur www.scavini.fr .

Bonne semaine. JS