Les toiles tailleurs

En cet avant dernier jour du CAP tailleur, il fut intensément question dans ma tête de la découpe des toiles et aux plastrons qui composent l’essentiel d’une veste de tailleur. Rigidifiant le lainage du devant de la veste, ces toiles ont d’autres propriétés, qui dépendent de la méthode de pause ou de l’esthétique générale de la veste. Ils forment le soubassement du veston. Alors que l’industrie les ont rendus légères, à grands coups  de thermocollage, les tailleurs ont toujours recours à d’ancestraux systèmes de piquotage, donnant du galbe au devants, formant la poitrine. Et tout ne se joue pas au fer, au contraire! Nous allons tâcher d’y voir plus clair, entre les différentes approches tailleurs (car évidement, autant de méthodes que de tailleurs). Accrochez vous, cet article en forme d’encyclopédie est réservé aux plus connaisseurs!

Récapitulons d’abord la hiérarchie. Tous les tailleurs utilisent en premier lieu la toile tailleur, ou toile de corps, constituée de laine vierge à 100%. Tissée grossièrement, elle contient encore beaucoup de suints, utiles au travail au fer. Il convient de la faire décatir plusieurs heures dans une bassine d’eau avant de la travailler.  Cette toile, malgré sa grossièreté de tissage, existe dans un nombre quasi infini d’épaisseur et de poids, permettant à chaque professionnel d’adapter son choix au lainage. Cette toile occupe une bonne partie du devant, y compris les revers lainage, lesquels sont brochés sur celle-ci à l’aide de points de chevrons (invisibles).

Vient ensuite le plastron, le plus souvent en laine et laine de chèvre et/ou laine et crin de cheval. Ces plastrons, plus petits, possèdent ce que l’on appelle du ressort, c’est à dire qu’ils réagissent avec vigueur aux tentatives d’écrasements. Ils ne se froissent donc pas et ont la mémoire de la forme.

Enfin, pour protéger la doublure intérieure des longs poils rêches et secs des plastrons, il est coutume de recouvrir une bonne partie de l’ensemble plastronnant avec un matériaux duveteux. Certains utilisent des ouatines de coton ou de polyester, d’autres de fins mohair ou du feutre etc…

Sur les schémas ci-dessous, j’ai tâché de résumer diverses méthodes de découpes et/ou d’assemblages des toiles composant le plastron. Les trois premiers exemples présentent, en plus d’une vue de face extérieure, trois intérieurs possibles. Les hachures oranges représentent  la ouatine qui cache tout le reste. Les hachures bleue figurent une bande (en percaline ou en doublure), coupée en droit-fil ou en biais, et qui permet de maintenir le roulant du revers à sa place. Il réalise une butée. Il est donc nécessaire de connaitre le type de boutonnage (2 ou 3 ou voire 4 boutons) pour régler le revers (à la différence des vestes de prêt-à-porter où les marchands modifient à l’envie et à grands coups de fer le revers). Les zigzags oranges représentent la liaison machine ou zigzag machine (qui permet de tenir une pince, par l’intermédiaire d’un petit bout de doublure en biais). Toutes les épaisseurs sont rendues solidaires par de grands points de chevrons (nous y reviendrons). De plus, le passement est représenté en rouge (largeur 1cm en réalité):

Trois possibilités donc:

A: la toile tailleur est coupée en plein biais. C’est une option assez peu vue, mais qui existe. Les avantages sont: déformer très facilement la toile à la clavicule (flèche) pour obtenir le travail de la souplesse à l’épaule; lutter contre la déformation en biais du lainage du devant. Évidement, la passement en bordure de veste (bande de coton en droit-fil, 1cm de large, glacée sur le bord tout autour de la veste, pour fixer notamment les arrondis de la veste, qui se sont pas en droit-fil. Ce passement est posé à cheval sur la toile tailleur et sur le lainage, au bord de la piqure de garniture intérieure) sera posé sans souplesse, à plat, pour contrebalancer l’effet diagonal. De même, l’arrêt de revers (hachure bleu) est posé en biais, car l’un sur l’autre, ils se compensent. L’inconvénient majeur est la non reprise du poids des poches, à cause du biais.

Ensuite, le plastron (chèvre laine) est coupé en droit-fil, et des crans sont réalisés en haut, pour permettre la déformation sous le fer de la clavicule. Avec la chaleur, l’humidité et le poids du carreau tailleur (le fer de 5, 7 voire 14kg), il est possible de fortement déformer cette zone, pour créer le ‘godet’.

Il est également possible d’y adjoindre un plastron annexe de crin de cheval/laine, avec beaucoup de ressort. Les deux plastrons, de forme quasi équivalente (l’un est plus petit de 1cm en périphérie) ainsi que le pied d’éléphant (la dernière petite partie que l’on dispose à l’épaule) donne de l’épaisseur aux plastrons, un effet d’armure, qui choque au premier abord, mais satisfait de nombreux amateurs. C’est la méthode utilisée par exemple chez Guilson à Paris.

NB: les sacs de poches (côté et poitrine) sont basculés derrière les toiles, soit après coup (et donc glacé), soit réalisés directement dedans (meilleur solidité alors).

B: Cette fois ci, la toile est coupée en droit-fil. Pour former l’épaule, un autre morceaux de toile tailleur (en biais ou en droit fil) est cousu en haut, ce que l’on appelle la plaque d’épaule. Avec la déformation au fer, cela permet de bien créer le ‘godet’. Sa découpe en rond et son accrochage à la toile permet éventuellement de prêt-former ce trop-plein de tissu. Ici, le passement est posé avec beaucoup de souplesse, voire des vagues (montage à l’italienne). Cela évite au plus haut point les effets de rides au bord de la veste, qui sont dûs (dans la méthode A) au rétrécissement du passement coton (et oui, encore une tuile à prévoir). Aussi, chez Camps, la ouatine descend très bas (ce qui est une bonne idée à mon goût).

Alors, le plastron chèvre/laine sera coupé en biais. Il est également possible d’y coudre une autre plaque d’épaule, ce que Camps de Lucca réalise. Ils disposent également un autre plastron chèvre/laine, plus petit, pour asseoir la forme. Il est également possible d’élargir la découpe du haut du plastron, pour ensuite chercher à la faire correspondre à la toile, moins large. L’effet est évident: un godet se crée qui sera résorbé par le travail à la main de piquotage. Et enfin le pied d’éléphant.

NB: les poches, par exemples, ne subissent pas le même traitement. La poche poitrine reste coincée entre la laine et les toiles, alors que la poché côté est basculée derrière et glacée. Pour la poche poitrine, je trouve que c’est clairement un inconvénient, tout mouchoir de pochette ou lunettes marquant alors un ‘bombé’ sur le devant.

C: Enfin, un variante de la méthode B, qui consiste non plus à réaliser une plaque d’épaule, mais une ‘quille’. Il s’agit de fendre le haut de la toile tailleur, et d’y insérer un biais en forme de triangle, que l’on zigzag. L’effet est immédiat et crée le ‘godet’. Cette méthode est indiquée dans les tissus très fins, ou le zigzag horizontal de la plaque d’épaule (B) pourrait marquer.  Si le tissu est fin, évidemment, le deuxième plastron sera éjecté du lot.

NB: ici, les poches peuvent être exécutée à l’inverse de la B. Mauvaise idée, la méthode A, à ce niveau, étant la meilleure (toutes poches à l’intérieur).

Évidemment, à propos des poches, elles peuvent être réalisées avant, ou après la mise sur toile. Personnellement, j’aime faire les poches côtés avant, puis les faire basculer et les glacer. Quant à la poche poitrine, je trouve que la réaliser directement dans la toile, une fois l’entoilage effectué, est un gage de solidité.

Pour ce qui est du ‘godet’ de clavicule, vous avez sans doute compris que c’est un élément essentiel. En effet, avec l’aide de l’épaulette (fine ou épaisse), ils compenseront le creux de la clavicule, cet os qui règle les mouvements de l’épaule et du bras. Ce ‘bombé’ créera sur le devant une ligne nette, qui ne marque pas l’os et donne de l’aisance (regardez les épaules des costumes deux boutons grande mesure Arnys de François Fillon: impeccable). Au moment de bâtir le dos et les devants ensembles, il s’agira de bien ‘jouer’ avec ce godet, avec un travail incroyable de la main disposée en creux, pour positionner la souplesse, travail dit ‘à l’italienne’, encore…

Tous les petits éléments de ce plastronnage sont finalement rassemblés ensemble, les uns sur les autres, au niveau de la poitrine et de l’épaule, comme le montre la première figure ci-dessous. Une ouatine recouvre donc ensuite le tout, avant le piquotage. Ce piquotage, composé de quelques centaines de points mains (de temps à autres à la machine) prend l’aspect de chevrons, d’où le nom du point. Il peut-être réalisé dans plusieurs sens: du milieu vertical à gauche puis à droite et la plaque d’épaule (1) ou du milieu horizontal vers le bas puis vers le haut et la plaque d’épaule (2). Voilà deux grandes écoles. Pour le biais qui arrête le revers, il est rapporté ensuite, et repiquoté, avec un point identique mais plus petit. Enfin, le revers est broché sur la toile, avec le même point, mais petit cette fois (que Camps, hélas, réalisent à la strobel-machine à ourlets invisibles). La méthode 1 permet une meilleur prise en main, et par grattage sous la main, un meilleur bombé naturel. La deuxième est plus adaptée au long plastrons et laisse le champ plus libre pour le travail au fer.

Voici donc un résumé, forcément partiel, de tout l’art qui se cache derrière la poitrine bien formée d’une veste de tailleur. Nous sommes très loin ici des vestes ‘mornes plaines’ du prêt-à-porter, où le thermocollant n’arrive jamais vraiment à créer une forme et à la maintenir. Au contraire, tout le pouvoir de la confection réside ici, dans ces quelques épaisseurs de matériaux, rendues solidaires et travaillées longuement sous le fer, pour dessiner l’empreinte du client, jeune ou âgé, dont les pectoraux ne sont jamais identiques ou au même endroit. J’espère avoir été aussi clair que possible, même si cela peut paraitre brouillon. Évidemment, le tailleur est une science vivante qui s’accommode assez peu de l’écrit…

Julien Scavini

Un costume vintage

Récemment, un jeune lecteur m’a écrit pour me poser une question à propos d’un ancien costume, qu’il a récupéré de son grand-père. Cette pièce qui fut réalisée par un tailleur de Savoie est pour notre goût contemporain (dont les sources sont principalement anciennes) difficile à utiliser, c’est pourquoi je me tourne vers vous.

Ce costume trois pièces est réalisé en velours noir. Le pantalon et le gilet sont de facture classique. En revanche, la veste arbore trois poches plaquées et ses revers sont généreux, dans la goût des années 70. La fermeture est réalisée par deux boutons sur l’avant et trois boutons aux pieds de manche (factices). Le dos présente une fente.

Le jeune homme pensait porter ce costume pour l’opéra ou encore un rendez-vous de travail.

De prime abord, je ne sus quoi répondre tant cette pièce est loin de mes a priori esthétiques. Si l’opéra ne me semblait pas le lieu approprié, où le frac et le smoking seraient plus ad hoc, il me fallait tout de même esquisser une réponse.

Les poches plaquées me font indéniablement penser à un usage sportif, même si à cette époque, il était d’usage de les placer sur nombre de modèles. De même pour le cran de revers classique (ou droit ou sport). Et le noir étant une couleur, traditionnellement réservée aux deuils ou aux cérémonies, j’émis l’idée que ce costume serait adéquat pour une soirée du motor-boat club, bref pour une soirée dans un environnement sportif… Pourquoi pas, mais à essayer de catégoriser une telle pièce, on en devient forcément restrictif, ce qui n’est plus dans le goût de l’époque.

Donc évidemment, que voir au delà de cette lecture classique? Faisons abstraction des poches plaquées et concentrons-nous sur l’élément le plus fort, le noir. Il oblige à porter ce costume dans des conditions spécifiques dont effectivement les soirées font parties. Le velours ras est une très belle matière, dont les reflets soyeux provoquent évidemment l’admiration. D’ailleurs, petite anecdote de tailleur: il est connu que les industriels cousent leurs velours avec le poil vers le haut (au lieu logiquement, de le disposer vers le bas). Car il se sont rendus compte, notamment pour les pantalons, que le poids de l’eau au séchage, arrachait les poils, d’où une durée de vie moindre, propice aux achats.

Bref, pour en finir avec ce complet, je finis par proposer toutes sortes de ports, surtout en soirée où il pourrait faire merveille. En journée, difficile d’arborer du noir. Peut-être serait-il possible de le porter pour le travail? Les classiques grinceront évidemment des dents, les limites de ce goût étant dépassées. Ceci dit, bien porté, il peut aussi être d’une grande élégance, bien loin de l’élégance à minima que nous cotoyons tous les jours!

MàJ: de récentes photos nous en disent plus. Le marchand à Paris est Ivy oxford Co. Je pense qu’il s’agit plus d’un faiseur que d’un tailleur, car je ne connais pas cette maison. En ce qui concerne la veste, la poche poitrine n’est pas plaquée, mais traditionnelle. Cela change-t-il grand chose? oui peut-être, attenuant l’effet sport. Quant aux revers, ils sont encore bien plus large que dessiné, ce qui en fait une belle pièce d’histoire du vêtement!

Julien Scavini

Quelques crans de revers

L’un des traits notables de style en ce qui concerne les vestes est d’abord et avant tout la forme du revers, et par là même, celle de son cran. Nous verrons que si son origine est d’un ordre usuel, comme souvent, l’histoire l’a consacré comme un ornement, certainement pas superficiel. De nombreux modèles existent évidemment, tellement que je ne pourrais en faire le tour. Notons simplement que l’histoire du revers commence naturellement avec le pourpoint, sorte de long habit à queue de pie, dont l’encolure pouvait présenter deux formes: une similaire au col officier (ou mao) et une plus proche du col châle.

Le premier des revers à cran, le plus courant est celui qui ne porte pas de nom en français, mais que les anglais nomment notch lapel. J’ai pris l’habitude de le nommer cran ‘sport’ ou droit, par opposition au cran aigu, plus formel. Il en existe évidemment plusieurs variantes, influencées il est vrai par la mode (ce qui nous le savons, n’a que peu de rapport avec l’art tailleur). Ce cran simple résulte d’une simple idée: le basculement du col officier. Essayez sur votre veste de faire revenir en plus les revers en position non pliée, et vous aurez sous le cou une sorte de col officier. Notez d’ailleurs que la boutonnière peut (si le col est bien coupé), correspondre avec un bouton (rarement cousu), permettant un boutonnage intégral de la veste.

Trois variantes donc du col sport: la version classique, hauteur moyenne (A1), la version à col bas, très années 80 (A2) et enfin la version appréciée aujourd’hui avec un cran haut, nommé folded up par les anglais (A3). Evidemment, ce col simple a donné naissance à de nombreuses études:Avec une patte d’attachement, pour donner chaud lorsque la veste est rabattue (D1), avec des angles arrondis, très à la mode dans les années 30 (D2), avec des contre-anglaises allongées (très ‘tailleurs’ et connoté chasse ou militaire)(D3), et enfin des contre-anglaises en pointes vers le bas (D4), très années 60 et récemment récupéré par Thierry Mugler, même si c’est une grosse erreur de goût, car l’effet tombant donne un air triste un n’importe qui portant cette veste.

L’autre grand modèle de cran de revers est le cran aigu, ou ‘revers de croisé’ (en anglais peak lapel). C’est un modèle un petit plus ardu à bien réaliser (en tailleurs) mais qui est bien plus formel:

Le premier (B1) est évidemment, le plus canonique, avec des pointes modérées, mais donnant un bel effet. C’est par exemple le revers typique du smoking. La version B2, avec ces anglaises à l’horizontal (en rouge) a fait beaucoup d’adeptes dans les années 50. La version outrée du revers en pointes (B3) fut adorée dans les années 30. Récemment Tom Ford l’a réutilisée. Le fait de décoller les contre-anglaises (B4) n’est en revanche plus utilisée depuis les mêmes années 30. Enfin, il est possible de voir quelques stylistes modifier le tracé en proposant une forte asymétrie (rouge et vert) des pointes (B5).

A Paris, sous l’influence de coupeurs talentueux, comme Joseph Camps, il fut tenté de créer quelque chose de nouveau, pour se différencier des coupes italiennes ou anglaises. La chose fut bien réussie à tel point que ces revers peuvent être nommés crans parisiens. Ils sont le résultat de la combinaison des deux cols cités auparavant: la brisure de l’anglaise (comme sur un cran aigu) et du petit cran sport où anglaise et contre-anglaise se séparent: J’en différencierais deux, le premier véritablement ‘Camps’ (C1), remarquable à son tracé perpendiculaire: le haut du revers (rouge) et le bas du col (vert) se terminent à 90°, ce qui donne une belle clarté à la coupe! Le deuxième (C2) est un dérivé du cran Camps imaginé par Francesco Smalto (ancien apprenti coupeur de Joseph Camps). Il a simplement étendu la largeur du revers, et refermé le cran. L’esthétique est plus féminine mais très recherchée également. C’est pratiquement ce col qu’Arnys utilise, regardez les revers de François Fillon pour vous en convaincre…

Autre famille de revers, ceux sans crans, appelés col châle. Notez que le nom du col recouvre alors celui du revers! C’est comme je vous l’ai dit l’un des plus anciens avec le col officier:Le premier est le plus classique (E1), avec un naissance simple, à l’instar d’un revers classique. Le modèle E2 est quant à lui une variation particulièrement appréciée pour les smoking même s’il n’est pas ma tasse de thé. Il est caractérisé par sa naissance marquée en arrondi.

La réalisation du col châle est en revanche plus ardue que les cols à crans. Historiquement, deux options se présentaient aux tailleurs: de couvrir le revers avec de la fourrure, donc pas de couture à faire visible; ou de réfléchir au positionnement d’un couture (entre les pans gauche et droit) qui est le plus souvent placée derrière le cou. Mais il exista des variations, comme les E3 ou E4. Vous voyez ici poindre les cols à revers, dont la nécessité fut exprimée par ce simple problème technique…

Peu à peu (c’est tout à fait notable sur les gravures de mode de la fin du XIXème siècle), le col chale s’est ouvert pour faire apparaitre anglaises et contre-anglaises (E5). C’est à cette époque aussi que l’on se piqua des revers à trottoir (E6) (le satin est bordé par la garniture de tissu). Notons enfin les revers ‘tyroliens’ qui s’épanchent sur la poitrine, rabattus par des boutons et marqués par l’abscence de col.

Bien évidemment, il ne saurait être réaliste de vouloir catégoriser l’ensemble de cols. Mais ce petit aperçu vous donne une idée de l’histoire complexe et souvent croisée des différents revers et de leurs utilités. Nous pouvons en revanche constater l’extrême pauvreté actuelle des types de revers, bien loin de ce que les stylistes appellent la révolution permanente. Evidemment, tous ces cols ne sont pas des réussites, mais leurs combinaisons sur des vestes simples ou croisées, avec peu ou beaucoup de boutons, ouvrent un champ quasi-infini de recherche…

Julien Scavini

Les souliers, partie 2

Ce soir, continuons l’un de mes premiers articles, consacré aux souliers et lisible à cette adresse. Intéressons nous tout d’abord à la technique, chose que j’avais à peine esquissée. Je vais tâcher d’être didactique et surtout à la portée de toutes les bourses.

Une chaussure de qualité, outre son cuir, se caractérise par sa méthode de montage, c’est à dire la façon dont la partie visible de la chaussure (la tige) se raccorde sur la semelle. La première approche, commune, consiste à thermocoller ou simplement coller les deux parties ensembles. Évidemment, cette technique n’a pas ma faveur, et les semelles de ce type étant généralement en caoutchouc, inutile de s’y attarder. Dans le niveau supérieur (à partir de 130€ comme je l’avais énoncé dans l’article 1), nous trouvons le célèbre cousu Goodyear, dont beaucoup s’interrogent sur la signification. C’est l’un des plus perfectionné système de montage, avec le cousu norvégien (courant sur les Paraboot, assurant l’imperméabilité de la chaussure). Il existe aussi le montage Blake, moins perfectionné, peut-être plus italien que l’anglais goodyear, mais relativement esthétique s’il est bien utilisé.

Bref, le cousu goodyear fut développé pour assurer une chose toute simple: le changement simple et rapide de la semelle d’usure, à une époque où les gommes et autres patins collants n’existaient pas encore. Si sa réalisation préliminaire est relativement ardue en méthode artisanale, les industriels ont su en tirer un bon compromis performant:

Voilà donc un schéma de coupe sur une chaussure (en fabrication artisanale). J’espère que la légende est claire. L’une des grandes différences avec la méthode industrielle est le ‘mur’, ici sculpté dans la masse de cuir de la première, que les industriels réalisent par moulage d’une pâte siliconée sur la première. Évidemment, technique industrielle et démarche artisanale ne sont pas comparables, mais toutes deux permettent une chose: le changement de la semelle d’usure lorsque celle-ci est finie. Le démontage de la couture petits-points permet son remplacement rapide, sans pour autant démonter le soulier entièrement, puisque la trépointe reste solidaire de la tige et de la première via le point goodyear. Voici donc pour la technique; un peu d’entretien maintenant.

Lorsque vous achetez une nouvelle paire de soulier, il convient de prévoir un budget additionnel non négligeable, et surtout non négociable: une paire d’embauchoir et un passage chez le cordonnier dans le mois qui suit l’achat.  Si vous avez un budget serré, faites comme moi, prenez des embauchoirs en plastique. Ils sont moins performants que ceux en bois, mais la fonction de maintient est à peu près la même. Pas de snobisme là dedans, à chacun suivant ses moyens et ses besoins… Ensuite, si vous portez votre paire deux fois par semaine en moyenne (et oui, avoir beaucoup de paires de souliers permet de ne pas trop les user) attendez un bon mois avant d’aller chez le cordonnier pour: poser un patin et un fer à l’avant (pour éviter que la semelle s’ouvre comme un artichaut avec le temps). Avec cela, vous partirez pour trois bonnes années de tranquillité à ce niveau!

Pour ce qui est du patin (G), deux options s’ouvrent à vous: le patin topy ou le patin en crêpe de caoutchouc. L’un est bon marché mais ne laisse pas respirer le cuir, l’autre est plus cher, dure moins, mais est parfait pour les souliers de qualité. Pour l’instant, je me contente du premier sur mes petits souliers. Quant au fer (F), prenez plutôt celui encastré, autour de la quinzaine d’euros.

Puis, tous les ans (cela dépend des coups de pieds), faites changer le talon gomme (B), vos chaussures seront en route pour un long usage! Quant à la partie A de la semelle, enduisez la généreusement de cirage marron, cette partie se dessèche énormément!

Pour ce qui est de l’entretien proprement dit, il vous faut plusieurs outils et produits:

  • crème délicate (ou surfine), genre Famago
  • cirage de la couleur (ou plus clair si volonté d’éclaircir), marque Grison ou Saphir uniquement!
  • une brosse à chaussures
  • une brosse à poils métalliques
  • un chiffon doux ou une polish.

Ensuite, l’entretien est relativement simple. A chaque port, un petit coup de brosse à chaussures avant et après. Une fois par mois (cela dépend du nombre de ports), une révision en détail: commencez par les nettoyer à la brosse et au chiffon, puis brossez vigoureusement la trépointe et ses petits-points (ils s’encrassent vite) avec la brosse métallique. Ensuite, vous constaterez certainement que des plis, des rainures, des rides, apparaissent à l’avant de votre chaussure. C’est tout à fait normal, cela s’appelle des plis d’aisance.Prenez la crème délicate, et déposez une goutte (seulement une goutte) à l’avant (1) et une autre sur les rides (2). Ensuite, appliquez avec un chiffon. Sur l’avant, cherchez à faire briller. Bien faire pénétrer dans les rides pour adoucir et faire ‘revenir’ le cuir. Éventuellement, mettez un peu de crème sur l’arrière, de temps à autre. Après une dizaine de minutes, passez un chiffon sec pour faire briller, voilà tout. En ce qui concerne le cirage, je n’en mets pas beaucoup, car il assèche le cuir, et amplifie les effets de ride (vous pouvez vous en dispenser). Disons que vous pouvez cirer dans une proportion de 1/4 par rapport au crémage, sauf en ce qui concerne la semelle (A). Ainsi, les plis de vos souliers s’adouciront et prendront avec le temps une jolie patine. Enfin, une fois tous les trois à quatre ans, faites changer la doublure intérieure des quartiers arrières (D) (une quinzaine d’euros), qui sont usées par le chausse-pied (autre instrument indispensable) et le talon.

Et pour les veaux-velours, un petite bombe d’imperméabilisant, de la bonne couleur, chez Grison, sera parfaite. Pensez aussi (désolé de vous faire dépenser tant, mais une paire de souliers, il faut la chérir, que voulez-vous, elle est vivante) à acquérir des semelles intérieures, elles garantissent le confort et surtout la pérennité de la première en cuir (qui ne noircira pas irraisonnablement)…

J’espère qu’avec ces conseils vous trouverez matière à vous exercer, et à faire fonctionner votre cordonnier. Et sachez bien que je ne fais pas ça par plaisir (quoique si un peu), mais par intérêt: mes petites Bexley durent pour certaines depuis 5 ans, alors que ce n’est pas la prime qualité. C’est une source d’économie certaine comme aurait dit Oscar Wilde. Et cet entretien est à la portée de toutes les bourses, du possesseur de Loding à celui de Lobb…

Julien Scavini


Voyage chez Camps de Luca

Mon court stage de découverte de l’environnement professionnel s’est déroulé le mois dernier au sein de l’atelier de Camps de Luca, célèbre tailleur parisien, sis au 11 place de la Madeleine à Paris. Fondé à partir de 1948, par regroupement de deux tailleurs, il s’est hissé au plus haut, formant avec Cifonelli le duo parisien au service de l’homme élégant. Notons par ailleurs que Joseph Camps est à l’origine de la méthode Camps, reconnue maintenant comme La méthode parisienne, marquée notamment par un cran de revers brisé, que Smalto (ancien coupeur de Camps) récupéra à son profit, et diffusa plus encore.

Camps de Luca, maintenant piloté par M. Marc de Luca et son fils M. Charles de Luca, occupe le deuxième étage d’un bel immeuble de rapport, à la façade richement décorée. Deux appartements regroupent la maison. Visualisons ensemble le plan:

A,B,C représentent les parties publiques: salons à destinations du client. D,E,F,G les ateliers en tant que tel. Découvrons la façade, avec au deuxième balcons les larges enseignes Camps de Luca / le vestibule d’entrée (A):

Revue de presse dans le vestibule / Le grand salon de deux points de vue (B) / Dans le salon d’essayage dans une cabine (C):

M. Charles de Luca en train de couper un drap dans la salle de coupe (D). Les éléments de la veste sont d’abord tracés sur du papier kraft, puis redessinés sur le tissu, auquel sont ajoutés des ‘relarges’ (car le tailleur garanti la retouche d’une veste, dans le temps, sur plusieurs dimensions). Deux points de vue de la grande salle de travail (E) où Antoine, Pauline et Fatma travaillent (ou discutent). Dans l’ancienne galerie de l’appartement (F), mon poste de travail au premier plan, avec Pauline:

La brodeuse automatique (salle G) (qui n’est pas utilisée pour broder les initiales des clients) inscrit Camps de Luca sur la doublure, au dessus de la poche ‘goutte d’eau’:

Antoine travaille sur la veste d’un client, une curieuse demande, certainement très agréable à réaliser (laine jaune moutarde, quatre boutons, bas à angle droit, poches plaquées à rabat, martingale, et pattes au bas des manches). Miqueline repasse une veste en cours de réalisation (il faut toujours repasser, et le pressage finale prend bien 2h avant la livraison) avec une pattemouille. Pour ma part, j’apprends les boutonnières à la milanaise avec Hortense qui testait le tissu jaune (de fait, les miennes sont bleus (la milanaise est en gris)). Enfin pour finir, la vue depuis le salon (B) sur la place de la Madeleine, quoi de plus magnifique comme lieu de travail?

Notons d’ailleurs que Camps de Luca figurera dans le prochain numéro de The Rake Magazine, ce qui est, pour les connaisseurs, une marque de qualité!

Julien Scavini

Petit tour du prêt à porter de l’été 2010 (màj3)

Une fois est relativement coutume sur Stiff Collar, nous allons dans les semaines à venir nous pencher sur quelques produits phares des maisons de prêt-à-porter que je considère. Si ce questionnement est relativement éloigné de l’Art tailleur et de ma pratique quotidienne en tant qu’apiéceur, il n’en demeure pas moins captivant en terme de nouveautés, de (ré-)inventions, ou simplement de coupes ou de couleurs. J’ai donc parcouru notamment la rue du Faubourg St Honoré à Paris et ses alentours, de maisons en maisons, pour rencontrer les vendeurs et les questionner sur leurs préférences, tout simplement. Les vestes -car c’est finalement l’élément le plus important du vestiaire à mon goût- ont focalisé mon attention. J’ai essayé de sélectionner des produits variés, dans des maisons diverses.

Ce soir, Dunhill, Dormeuil et Brooks Brothers. Après, Façonnable, Ralph Lauren et Crémieux, puis Breuer, Hackett et Old England et enfin Albert Art. J’aurais voulu vous présenter d’autres maisons, mais hélas, leurs services presses n’ont pas daigné me répondre, ou je n’ai tout simplement pas pu avoir des informations satisfaisantes.

Si toutefois en tant qu’amateur éclairé vous aviez à cœur de nous faire découvrir d’autres vestes d’entreprises tierces, n’hésitez pas à me contacter!

Donc tout d’abord Dunhill, cette célèbre maison londonienne que l’on ne présente plus, a toujours véhiculé une image extrêmement étudiée, très anglaise. Hélas ces dernières années, elle se diversifie, toujours dans la même gamme de prix, vers un chic modeux assez sombre, souvent inintéressant. Toutefois, j’ai réussi à trouver rue de la Paix un produit (presque) classique de belle facture (réalisé en toile tailleur et non thermocollé), avec un petit quelque chose du lord anglais en goguette: un blazer en laine navy deux boutons à cran aigu. Si les puristes ne seront pas complètement satisfait, le fait est que cette veste a de l’allure, complétée par ses boutons en argent. Vous n’aurez aucun mal à lui adjoindre un pantalon de flanelle gris clair et une belle chemise:Autre marque et surtout autre esprit, le grand drapier Dormeuil que l’on ne présente plus possède une ligne extrêmement diversifiée de prêt-à-porter et de demi-mesure. A tous ceux qui rêvent d’une veste fluide et légère, Dormeuil propose sa toute nouvelle création dans un tissu jouant subtilement avec la lumière. L’alliance de deux fibres d’une grande noblesse (le pur cachemire (70 %) et la soie (30%)) tissée en nattée (sorte de petit effet en mur de  brique, très fin, comparable à un oxford en coton) confère à la liasse Dream une allure très estivale (en 230gr tout de même!). Les couleurs sont fraiches et lumineuses (petits échantillons). Le modèle de la veste peut évidemment varier suivant votre tailleur, ou le modèle Dormeuil, mais l’esprit reste le même, élégance et bien être. En rosé avec un pantalon bleu marine et des moccassins légers, voilà un visuel engageant:Enfin pour ce soir, présentons un produit de l’immense maison Brooks Brothers, dont je parle trop peu: une veste de sport à poche plaquée. Je trouve que ce modèle à poches raportées est vraiment le plus chic pour l’été, même si certains le trouve très 60’s. Qu’importe, car réalisé dans un lin irlandais possédant un beau tombé, elle possède un petit quelque chose de plus. Elle arbore trois boutons et deux fentes dos et est fabriquée en italie. Petit plus non négligeable, elle est affichée aux alentours des 350€, un produit franchement attractif car classique! Avec une chemise à petits carreaux et un jean, elle peut faire merveille:Je vous laisse pour l’instant sur ces trois produits que j’ai apprécié, et vais continuer dans les jours suivants mes pérégrinations autour de la Madeleine, actuellement facilité il est vrai, par mon stage chez Camps De Lucca! La suite au prochain numéro! Je remercie Mme. Lepetit du service communication de Dormeuil SAS.

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Nous continuons donc ce jour, avec Ralph Lauren et Façonnable. Daniel Crémieux d’abord, dont l’emprunte ‘britons’ remonte aux années 80 joue de plus en plus son esthétique décalée, ouvertement ‘too much’ mais le plus souvent agréable à l’œil. Le label 38 signe la présence de la maison sur les divers articles qu’ils proposent, gamme maintenant étendue au féminin. Une belle réussite française, qui sait ce qu’elle aime, qui ne plait certes pas à tout le monde, mais… Bel effort l’année dernière avec le rapatriement de la production de polo de chine vers l’Europe occidentale. Cet été, l’article qui m’a le plus marqué (difficile à vrai dire tant les items sont variés et inventifs) est une veste en coton de chemise, en vichy bleu gansé de biais bleu. Non entoilé, voilà une petite chose pas inintéressante, à porter décontractée, et surtout légère (pour ne pas faire ‘trop’), avec un pantalon uni et une chemise à carreaux discrets:

Chez Ralph Lauren, difficile de s’y retrouver tant les marques et les labels sont diversifiés. Heureusement, le nouveau flagship du boulevard Saint Germain à Paris propose une lecture claire et différenciée au sein de ce grand bâtiment. Si j’ai du mal à accrocher sur les black et purple label, la gamme Polo Ralph Lauren m’a le plus souvent enthousiasmé pour sa recherche permanente et son brassage de références. Ce fut sur une esthétique d’aristocratie nouvelle Angleterre que monsieur Lauren se lança, déclinant des classiques anglais dans un répertoire américanisé, loin de l’authentique, mais toujours à la recherche de l’effet; honnêtement beaux effets, malgré l’hyper-commerce qui en est fait. L’article qui a accroché mon regard ce printemps est un croisé en seersucker. Curieux produit me direz vous, mais quel attrait:  Enfin pour ce jour, la prestigieuse maison française Façonnable basée à Nice, très présente aux États-Unis continue de décliner, avec sa nouvelle équipe dirigeante, l’allure de la Cote d’Azur des années 30/40. Déclinés dans une large palette de couleurs allant du bleu au blanc, les tons cette saison sont doux et clairs. Les tissus, du lin au coton, en passant par l’association subtile de la laine et de la soie donnent aux vêtements légèreté et souplesse pour un toucher soyeux. La veste qui m’a le plus enthousiasmé est une sorte de saharienne, le produit classique par excellence. Réalisée dans une magnifique laine grège, vous pourrez la compléter avec un chino et des richelieux bi-ton: 

Nous continuerons un jour prochain… Je remercie Mme. Ganme du service publicité et image de Façonnable.


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Découvrons ce soir deux autres maisons qui me sont chères. Commençons par la très réputée maison Breuer, toujours réputée pour ses cravates et qui s’est lancée voilà quelques temps dans le prêt-à-porter. Les couleurs y sont toujours très étudiées, des gris aux bleus en passant par les beiges dans des tons toujours légers, très italiens. La gamme n’est pas très étendue, mais cela suffit. Notons également le bon goût de la maison Breuer qui appelle régulièrement l’ami Floc’h pour esquisser des figurines représentatives des collections! Toujours un grand plaisir à regarder. Cet été, Breuer donc a réalisé une petite prouesse technique avec un blazer bleu en laine Loro Piana, traitée infroissable, et surtout totalement non doublé. Cette veste dite ‘foulard’ car non entoilée, non épaulée est une petite merveille. Jetez un coup d’œil à la fabrication du dos, notamment au raccord du pied de col, une prouesse que je vous dis! Et le blazer reste la tenue internationale la plus adéquate dans beaucoup de situations. Remarquons également les très jolies cravates en soie délavée, non doublé:Passons ensuite le channel pour découvrir les produits de Hackett, maison que l’on ne présente plus. Si la qualité n’est plus ce qu’elle était, le travail toujours renouvelé de ‘style’ est agréable à observer. En tout cas chez Hackett, vous trouverez des vestes, un nombre très important même! Que ce soit du blanc au bleu en passant par le lin et la laine, la proposition en terme de vestes – ce pivot de la tenue masculine – est parfaite. Après, chacun peut se faire son idée, pour ou contre l’ultra commerce, le fait est que les produits y sont variés et plutôt réussi. Cet été d’ailleurs, deux vestes ont retenu mon attention. La première d’entre elles est un modèle deux boutons en coton gratté, bleu marine avec des boutons blancs, et surtout des coudières en daim blanc. Je sais que ce genre de détails vieillissent vite, mais l’effet est superbe. Cela reste simple, sans fioritures et peut aller avec tout!Dans un genre similaire de veste à usages variables et très estivaux, j’ai aussi remarqué cette petite merveille en chevrons de laine et cachemire Loro Piana (encore eux, ces italiens bouleversent tout avec leurs feutres légers!). La version grise n’est pas tout à fait mis en avant par la communication de la maison, mais elle vaut le détour. Elle est qui plus est non doublée, ce qui lui confère une légèreté peu égalée. Avec un simple chino bleu ciel, pourquoi pas le must have de la saison, classiquement.

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Arpentons ce soir le haut du boulevard des Capucines à Paris pour trouver au 12 le célèbre magasin Old England, dont nous avons déjà parlé. Si le magasin vivote encore un peu, le fait est que les travaux s’enchainent (rayon féminin, devanture, actuellement rez-de-chaussée) d’une manière satisfaisante. Enfin ce grand navire de l’élégance parisienne reprend des couleurs, animé il faut le dire par une équipe dirigeante entreprenante! ‘Quality First, Sincerity et Confidence‘ figurent sur les armoiries depuis maintenant 140 ans. J’écrirai certainement un article plus tard sur le magasin lui même. Ce soir concentrons nous sur deux marques dont Old England d’abord. Surtout connu pour ses cravates, chemises et costumes, il existe aussi un petit choix de vestes sports classiques à la réputation éprouvée. J’ai retenu un modèle trois boutons en prince de Galles beige, un choix d’évidence pour les instants de détentes, à la ville comme à la compagne:

Autre enseigne marquante présente au sein de la maison, Albert Arts, évidemment. Là aussi, il y aurait à écrire sur la philosophie de cette maison par comme les autres, créée par le maître de l’élégance niçoise, M. Goldberg. Sports mécaniques et décontraction d’anglais en goguette, tels sont d’une certaine manière les principes esthétiques poursuivis par monsieur Albert. Deux blazers m’ont marqué, toutes deux légères. Des vestes ‘faciles’ pourrait-on dire. Réalisées dans des cachemires italiens (certainement Loro Piana encore) très doux et pas forcément fin d’ailleurs, elles ont une allure de décontraction évidente. Avec le petit drapeaux anglais pour signifier l’origine des produits (la promenade des Anglais à Nice), elles expriment quelque chose de très estival:

Le deuxième modèle (aussi en trois boutons à poches plaquées, plutôt court) est quant à lui disponible en demi-mesure dans un grand nombre de coloris, tous très chaleureux. J’ai choisi celle en cachemire vert d’eau. Curieuse couleur me direz-vous, mais vous serez sûr de pas croiser un produit similaire dans la rue… Je vous conseille d’essayer ce modèle, une réelle impression de légèreté s’en dégage, comme si vous portiez un simple sweatshirt…

Je remercie M. Geoffroy du service RP de Old England.

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Ici ce fini ce long article sur les diverses maisons de prêt-à-porter que j’apprécie… Ce fut un véritable de plaisir de découvrir tant de richesses, de découvertes et d’inventivités. Il me semble toujours vivifiant de regarder ce que les autres font, surtout dans le prêt-à-porter où la rapide évolution des modes brassent quantité de matières, de couleurs et parfois de coupes. Cela oblige à réfléchir à son propre travail.

Tentons maintenant un résumé général des produits. J’ai noté immédiatement dans toutes les maisons que l’heure était à la retenue. Les coloris sont sobres, très souvent uni. Quelques enseignes se sont tentés sur les carreaux, mais je pense que ce n’est pas l’époque, peut-être un effet ‘crise’. Les produits classiques sont en tout cas à l’honneur, même chez les plus avant-gardiste, comme le seersucker ou les simples lins. De même, les gammes ont rétréci, pour pallier à des ventes en difficultés.

Qui plus est, l’été reste une saison difficile pour l’élégant, les chaleurs le faisant défaillir… Le coton n’est jamais à recommander. S’il ne froisse pas beaucoup, il respire assez peu. Le lin respire mais froisse, sauf à le prendre dans de forts gramages. La laine reste finalement un bon compromis, les fresco ou les mohairs étant les plus indiqués, avec les mélanges soie/lin/laine. J’espère que ce petit tour vous aura ravi et donné quelques idées. Sans pour autant aller dans les maisons citées, vous pourrez aisément construire votre silhouette dans d’autres enseignes, l’important étant l’aisance et l’allure, l’un avant l’autre ou vise versa…

Julien Scavini

Dissertons sur le style

Si je n’aime pas trop les grands discours, il va être ce soir question du mot style, employé trop souvent à mon goût ou en tous les cas systématiquement dans un sens peu satisfaisant. Combien de fois n’a-t-on pas entendu un vendeur ou tout autre faisant vous expliquer que ce revers trop petit ou ce pantalon trop serré vous apporte du style ou encore mieux, que ça a, intrinsèquement donc, du style ! Je trouve pour ma part que ce terme recouvre souvent un péché d’audace inqualifiable. Je vais tenter de m’expliquer…

De mon point de vue d’architecte, le mot style est un terme grec qui signifie colonne, un style = une colonne, la colonne renvoyant dans les ordres architecturaux aux chapiteaux : toscan, dorique, ionique, corinthien, composite. Donc, en architecture, lorsque nous parlons de style, nous désignons en fait l’ordre : ce temple est dorique, parce que ses colonnes (ses styles) sont doriques. Ce sont les quatre ou cinq ordres – ou styles classiques – qui définissent toute la base du vocabulaire descriptif. Et surtout, ces ordres sont porteurs d’un sens plus grand qu’eux: le dorique représente la masculinité, la force, le ionique la féminité, solide et élégante et le corinthien par exemple la féminité vierge, la grâce et la finesse. Ces représentations sont issues de mythologie  comme le relate Vitruve : pour le corinthien, une demoiselle qui aurait oubliée son seau dans une fougère etc…

Pour qu’il y ait ordre, en architecture ou dans l’univers vestimentaire, il faut qu’il y ait un dispositif technique et sa résultante formelle, donc une production et aussi une reconnaissance, populaire et surtout savante, donc une institutionnalisation (l’autoritas des Beaux-Arts). Une idée, une envie dans la tête d’un tailleur (de pierres ou d’habits) peuvent déboucher sur deux phénomènes : son utilisation passagère donne naissance à une mode alors que son itération permanente  l’érige en style.

Mais quel style ? Le petit Larousse donne plusieurs pistes dans le sens que je défends : ensemble des caractéristiques, résultant de l’application d’un certain système technique et esthétique, propres aux œuvres d’une époque, d’une école, d’un artiste, etc. Je considère alors le style comme un mouvement d’envergure, quelque chose de global auquel nous referons. Et dans la garde robe masculine, je ne crois pas discerner beaucoup de styles : le classique (fait de laines naturelles ☺) et le contemporain (plus influencé par le plastique ☺). En voyez-vous d’autres ? Peut-être les styles anglais et italiens, mafieux, Ivy League? D’ailleurs Aristote ne s’y trompait pas lorsqu’il disait que la première qualité du style, c’est la clarté. D’autres y ont ajouté comme Baudelaire l’exigence de vérité.

Quel style: classique certainement, touche contemporaine pour la coupe de la veste, une allure décontractée…

Après, nous pouvons également entendre parler de style pour des maisons – j’entends par là des entreprises commerciales. Le style Cifonelli par exemple bien que je ne pense pas que ces honorables tailleurs utilisent pour eux-mêmes ce terme. Je préfère alors le synonyme d’esthétique : cette maison possède une esthétique bien à elle… Et ce n’est pas parce que cette entreprise de confection propose des vestes sans poche poitrine (pas Cifonelli bien sûr) que c’est un style : c’est un argument commercial tout au plus !

Descendons encore d’un niveau, à celui de l’individu… Notre époque libérale a érigé en centre de son intérêt -qui n’est plus commun- la personnification comme mode de fonctionnement. Tout le monde ne forme plus un, mais tout le monde est unique comme dirait Thatcher… Dès lors, chacun est un style. A en croire les commerciaux et les publicitaires, voire même tout un chacun (surtout dans les boutiques autour des Halles à Paris un samedi après-midi), il est de bon ton d’avoir du style, évidemment le sien. Une autre entrée du Larousse consacre ce fait : façon particulière dont chacun exprime sa pensée, ses émotions, ses sentiments, bref autant d’étalages différenciés d’une pudeur qui n’est plus.

Mais je peux concevoir qu’un gentleman, par sa mise, possède quelque chose de plus qui lui est personnel. Alors, si je peux me permettre, je dirai simplement que cette personne a une allure qui lui est personnelle, qu’elle a simplement de l’allure ou que son esthétique est très étudiée; qu’il a du panache et surtout qu’il a l’air naturel dans sa démarche. Je trouve cela un peu plus humble.

Il se trouve par ailleurs que quelques élégants se sont forgés une grande esthétique, à tel point qu’elle est reconnue de tous et admirée. Peut-être pouvons-nous alors parler d’un style personnel, propre aux artistes d’ailleurs (les seuls qui l’expriment d’une manière intéressante pour autrui). En tout cas, vous ne verrez jamais un gentleman revendiquer son style, cette activité est exclusive des voyous.

Style classique là encore mais dans une lecture osée, certainement joyeuse!

Le sens porté par un style renvoie donc inévitablement à un univers référentiel, à un corpus comme dirait les universitaires. Il n’est pas seul et ne peut dès lors par être pris comme tel. Il ne se limite pas à lui même et ne peut donc pas être utilisé comme qualificatif: cette pochette vous donne du style – faux, quel style? de l’allure au mieux! Utiliser le mot style d’une manière si courte est le signe d’une grande inculture! S’habiller dans un style anglais traditionnel, c’est référer, par exemple à l’élégance des princes d’Angleterre, et donc à l’univers de valeurs qui s’y rattache; alors que se vêtir dans un style italien très sprezzatura (pour reprendre un terme en vogue), ce serait plutôt rechercher ce petit côté villégiature sur la côte amalfitaine, bref, un positionnement existentiel dans tous les cas, chacun peut y rattacher ses propres envies. Il faut se positionner!

Enfin, j’espère que ces quelques pensées vous engageront dans le débat. J’ai tenté dans cette ébauche de proposer ma vision rationnelle du problème, du point de vu du gentleman passionné de beautés. Je m’arrête ici pour l’instant et termine sur cette citation d’Alain : le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l’on écrit sur les passions.

Julien Scavini

Quand les cloches reviennent…

… ce sont les enfants qui se régalent de chocolats! L’occasion ce soir pour Stiff Collar de présenter un répertoire peu courant, celui des bambins, évidemment caricaturé dans ses années d’intérêts: les années 30.

S’il est bien une tradition qui s’est perdue, c’est celle des portraits de familles, sauf pour quelques familles versaillaises, qui heureusement perpétuent cette tradition pleine de sens, et utile pour les futurs généalogistes. Commençons par mes propres archives, mon arrière grand père avec ses frères et soeur, pour une séance pour le moins maritime:Continuons donc sur le chemin des culottes courtes et des chaussettes par une petite pause entre deux têtes blondes des années folles, divinement bien habillés, dans un style un peu formel bon pour aller voir grand mère:Pour les petits garçons qui n’acquerront leurs premières paires de pantalons qu’aux alentours de 16 ans, le temps est aux bermudas dirait-on aujourd’hui, complétés par de hautes chaussettes de laine. Cela permettait de suivre au fur et à mesure l’évolution de la taille sans surcoût de tissu. La maille était plus à l’honneur que le tissage. Entre les pulls et autres cardigans, cela permettait une confection maison à l’aide d’un fuseau et de deux aiguilles à tricoter…

J’espère que la collecte des oeufs fut excellente pour les petits et les grands et que cet article vous rappelera peut-être d’heureux souvenirs, ou inspira les nouvelles générations…

Made in France

Ce court billet pour vous signaler qu’il se tient actuellement à Paris, dans l’ancienne bourse du commerce, sous le patronage de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, le salon Made In France consacré à la Haute-Façon. Sur deux jours et jusque demain soir (jeudi 1 Avril 17h), 80 exposants présentent leur travail, avec un point commun: la production en France, ou « production citoyenne ».

Inauguré par Mme. Agnes B. et le député Yves Jego, le salon est aussi l’occasion de colloques sur toutes les bonnes raisons de s’habiller « made in France ». Plusieurs intervenants ont présenté les thèmes suivants: la mode premier secteur exportateur; la sauvegarde de notre culture; la sauvegarde des savoir-faire; assurer la création et la relève. A ce sujet, l’Institut Français de la Mode expose des travaux d’étudiants dont une vingtaine de prototypes manufacturés par les exposants.

Une visite rapide m’a permis de rencontrer quelques confectionneurs en habillement masculin, citons les:

Évidemment, il est toujours triste de constater que certaines maisons n’ont pas encore de site internet, aussi succint soit-il… Belle initiative dans tous les cas que ce salon, l’occasion de rassembler pour les professionnels de l’habillement des fabricants français, une démarche qui rejoint celle de la Fabrique Française.