Le bon tweed pour les highlands

Concentrons nous ce soir sur ce vêtement, ou plutôt cette étoffe si chère aux gentlemen, qu’ils soient farmers ou urbains, le tweed!

Si l’on en croit la légende, le mot tweed proviendrait du mot tweel en scots, signifiant tissage ou tissus, et non de la rivière du même nom que les premiers marchands ont confondu à cause du fort accent des écossais. Cette matière encore très artisanale est obtenue à partir d’une laine vierge cardée, qui possède encore tous les suints, c’est-à-dire les apprêts naturels graisseux qui confèrent aux poils des qualités d’étanchéités thermique et aquatique. Cette matière simplement travaillée, est encore de temps à autres nettoyée à même les ruisseaux et teintée à l’aide de mousses et autres herbes de la lande donnant des tons naturels (verts, marrons, orangés etc…) et mats.

Tissé artisanalement dans des crofts (fermes) dans les hébrides, il sort sur des métiers à tisser en (environ) 70cm de large, ce qui oblige à en utiliser deux fois plus et peut alors avoir l’origine géographique controlée d’Harris tweed, provenant des îles Lewis ou Harris. Mais il existe une infinie variété de tweed, dont le très célèbre Donegal irlandais, connu pour son poids moyen et son effet de chiné gris, avec des pointes de couleurs. Nous noterons également l’existence du reconnu saxony tweed dont la laine provient des moutons de saxe (à l’origine).

Le tweed reste pour autant un tissus choquant pour les non-initiés à cause de son touché très rêche et de son poids souvent jugé excessif. Au premier abord, vous pourrez avoir l’impression d’un matière en spontex alourdi… Mais bien sûr, c’est nécessaire pour aller chasser, lors de parties où l’attente et la patience le disputent souvent au froid cinglant, ou encore dans des relais ne possédant qu’un chauffage succinct. Ou même lors des derniers grands froids en France, quel plaisir que de sortir son complet en tweed, qui vous procure une réelle impression de chaleur!

Le code vestimentaire autorise le tweed à la campagne et rarement en ville, bien qu’il ait fait dernièrement une apparition comme tenue de week end. Il est en revanche la marque des étudiants et professeurs et rappelons nous du cousin de Charles Ryder dans Brideshead lui conseillant le bon tweed plutôt que le costume urbain pour Oxford.

Traditionnellement, le complet en tweed comprend un veston à trois boutons (voire quatre) avec une fente dans le dos. Le cran du col n’est pas placé trop haut pour permettre de le rabattre comme un col officier en cas de vent. Une patte peut permettre éventuellement de fermer la veste autour du cou ce qui redonne à la boutonnière de revers son usage. Le gilet quant à lui possède cinq à six boutons, dont une boutonnière verticale pour la chaine de la montre, ainsi que quatre poches (du type poche poitrine ou à rabats). Il arbore également souvent des revers, à l’instar de la veste. Le pantalon est pour sa part assez serré, et non doublé au royaume uni (ce qui gratte…). Les boutons sont en cornes et non en cuir, ces derniers étant l’apanage des tailleurs américains cherchant la ‘différence’. Les tissus habituels pour la chasse sont à carreaux (pour ne pas être confondu avec la végétation) et ceux plus urbains unis.

Deux bonnes maisons proposent à Londres des complets de tweed et se nomment Bookster et Cordings. Notons également les italiens de chez Beretta dont les vestes de tweed doublées de gore-tex sont d’un grand secours sous le crachin!

Tailleurs versus stylistes

Lorsque nous feuilletons d’anciens numéros de magazines d’élégance masculine, nous pouvons être surpris par les pleines pages consacrées aux nouvelles modes des tailleurs, dessinées pour les nouvelles saisons. Ces dessins présentaient à la fois des coupes et des nouveaux tissus, en accord avec les drapiers qui renouvelaient aussi leurs étoffes. Il était ainsi possible d’admirer la nouvelle coupe estivale croisée échancrée de chez Creed ou encore la nouvelle sélection de tissus Dormeuil exclusivement pour Larsen. Les tailleurs occupaient la scène de la communication et surtout de la création, renouvelant les coupes et dreperies, bref faisant le spectacle.

Depuis 1960 à peu près, le monde textile à vu l’apparition de ces super-créateurs que sont les stylistes. Ce nouveau métier a pu voir le jour grâce à la mécanisation des moyens de productions en prêt-à-porté, développés à l’origine par l’américain Brooks Brothers pour satisfaire, évidemment, un marché en pleine croissance et surtout en pleine démocratisation.

Mes ainés ont donc assisté complaisamment à la perte de métiers ouvriers spécialisés remplacés par les stylistes. Mais évidemment, l’indice de développement des pays s’exprime au travers de la mise en avant de métiers à plus fort rendements, ceux de la créations, de la communications, bref de l’intelligence.

Mise en scène Ralph Lauren

Les tailleurs se sont fait damé le pion par les grands groupes, dont nous pouvons saluer la création, surtout lorsqu’ils sont français, je veux penser à Breuer par exemple, ou à Façonnable qui a su se hisser aux plus hauts. Ces grands groupes maîtrisent un extraordinaire système technico-industriel, pouvant gérer de A à Z la chaine de confection, de la création à la vente, domaine qui peut-être génère le plus de revenu. Les stylistes ont le beau-rôle, je les envie d’un sens: combien de temps s’écoule-t-il entre le dessin et la création du vêtement, du prototype? Je fais pas parti de ces personnes qui voient une régression de l’intelligence dans la perte des métiers anciens, fussent-ils d’arts. Car la maîtrise technique qui s’est forgée, grâce à l’ingénierie au fil des ans, est fascinante. Avez-vous vu la machine à boutonnières sur la vidéo que j’avais présenté ici? N’est-ce pas incroyable! Pour autant, prendre le temps de broder une boutonnière à la main est un vrai plaisir! Ne soyons pas nostalgiques.

Pour autant, il est triste de voir les tailleurs déserter le terrain de la communication et même de la création. Certes, l’élégance nécessite discrétion et dignité, au service d’un art du temps et de la patience. Lorsque Ralph Lauren communique allègrement sur un imaginaire perdu, magnifiquement mis en scène, tout de même, nous ne voyons pas Camps de Lucca faire mine de nouveauté. Les tailleurs alors se confinent à une niches, peu évidente, car nécessitant de maitriser toute la chaine, de la coupe à la confection. Et je suis triste de constater que des tailleurs que je côtoie quotidiennement ne cherche pas à s’interroger sur leur coupe, qui finit par dater. Je vois des cols dont les anglaises sont trop basses (à la manière des années 80) ou des coupes sans lignes… Cela ne fait pas plaisir à voir. Encore plus lorsque nous constatons que ces vénérables artisans ne s’intéressent nullement à ce qu’ils voient dans la rue, sur les affiches…

Mise en scène Cifonelli 1

Sur les blogs et sites biens informés, nous nous évertuons à prétendre que l’homme: c’est l’invariant, l’immuable. C’est à la fois vrai, à la fois faux… Et les tailleurs, suivant leur génération, sont ancrés dans des modes passées. Ceci dit, Thierry Le Luron portait en 1980 des costumes qui n’auraient pas à pâlir devant des plus belles coupes actuelles.

Nous disons également assez souvent que le tailleur n’est pas styliste et qu’il n’a pas à décider à la place de son client, qu’il est son fidèle exécutant. Cela supose de connaitre, pour le client, des visuels actuels et de les imposer, ce qui n’est pas une tâche facile (mais peut-être plus facile que de donner du goût à son tailleur… pour certains). Pour autant, il existe deux exemples qui font mentir se prétexte sur la place parisienne: Djay et Cifonelli. Si le premier peut être taxé de beau parleur et de mauvais coupeur (ça dépend des goûts), il n’en demeure pas moins reconnu, parceque précisément, il a communiqué. Idem pour Cifonelli dont le récent coup d’éclat restera marquant de l’année 2009, avec la présentation de ces vestes ‘sport’ qui lui ont permis de renouveler une clientelle vieillissante. Que ce soit dans Monsieur ou sur Parisian Gentleman, nombreux sont les commentateurs avisés qui ont trouvé un intérêt dans ces modèles (même si l’on peut soulever que les modèles les plus réussis (Cortina et Travel) sont outrageusement copiés chez Arnys, mais passons). Et je salue cette démarche qui relance l’attention portée au bel ouvrage, celui qui est durable et dont l’esthétique correspond à l’époque, sans être trop ‘mode’. Bravo donc à cette maison pour ce rigoureux travail, bien médiatisé et qui fait découvrir un métier fossilisé que beaucoup n’imaginaient plus exister.

Mise en scène Cifonelli 2

Si les tailleurs pouvaient ouvrir les yeux sur le style, et les stylistes sur un art dont ils ignorent tout (ce qui est en l’occurrence un naufrage de l’intelligence où fond et forme sont séparés), ce serait un pas immense, car aucune création, aucune innovation ne peut naître sans débats, sans échanges, sans compréhension.

Du côté du board: le stroller

S’il est une tenue aussi formelle qu’inusitée, c’est bien du stroller qu’il s’agit. Ce complément du smoking se porte le jour uniquement, et se distingue ardemment du complet de ville. Totalement tombé en disgrâce, cet ensemble n’en demeure pas moins intéressant, complétant  admirablement le vestiaire de gentlemen, pour toutes les occasions où vous souhaiterez remiser votre costume, pour un vernissage ou même le mariage d’un ami.

Il se constitue d’un veston droit à un bouton (certaines fois deux ou trois) sombre voire noir, d’un gilet, droit ou plutôt croisé en gris clair (ou coordonné sur le veston), et surtout d’un pantalon à rayures, du même type que celui que l’on porte avec la jaquette. Il partage d’ailleurs ces codes avec le morning coat, à la différence que l’habit à basques longues est remplacé par une veste courte.

Ce vêtement a eu une histoire courte, notamment chez nos amis grands bretons où il est appelé Black Lounge, ne trompant pas sur sa couleur. Les américains qui le nomment stroller ont véritablement fait perdurer son usage, comme les japonnais pour qui le director’s suit représente l’élégance suprême des membres de conseils d’administration. Quant à nos amis germaniques, l’ancien chancellier Gustav Stresemann a donné son nom à cette version plus pratique du morning coat.

L’association du veston droit avec le pantalon formel à rayures constitue le stroller. Son usage diurne comme tenue semi-formelle a pris le pas de nos jours sur son ancien usage par les majordomes et autres employés de direction. Interressant pour changer du costume, n’est-il pas?

Début à Venise…

La reprise, quelle période difficile finalement, après tant d’agapes et voilà en plus que les soldes commencent, de quoi déborder tout bon gentleman! L’article de ce soir me permet de revenir sur le billet du Chouan consacré au blazer, notamment au modèle croisé 6×8, celui la même que portait le prince Charles.

Cela m’a rappelé le costume que portait le jeune et beau Tadzio dans Mort à Venise, cet incroyable film, autant que bizarre, de Visconti adapté du roman éponyme de Thomas Mann. L’action se déroule à la belle époque, en 1911, et illustre les affres sentimentaux du compositeur Gustav von Aschenbach vis à vis d’un jeune aristocrate polonais, en villégiature au Grand Hôtel des Bains de Venise. Au cours des promenades dans la cité des doges, le charmant Tadzio arbore un de ces croisés, très montant, d’une rigidité presque militaire, mais très bien mis en valeur par une coupe irréprochable (cintrage modérée, cran aigu folded up) et des accessoires à la hauteur du personnage: grand ruban papillon et mouchoir de pochette incroyablement positionné!

Gustav von Aschenbach a pour sa part une garde robe d’été (ça nous réchauffe en cette saison) irréprochable, composée de quelques complets, qu’il combine admirablement, inversant d’un jour à l’autre la veste sur le pantalon/gilet. Finalement, encore une preuve de l’intêret des trois pièces: avec deux  et combinés, vous pouvez vous vêtir quatre jour de suite différemment. Rajoutez un blazer, et la semaine est assurée! Peu de quantité, grande qualité!

Bonne Année 2010

Je souhaite que cette nouvelle année soit fructueuse pour tous, qu’elle vous apporte bonheur personnel et réussite professionnelle, et qu’elle vous prémunisse de la fameuse grippe, entre autres…

Pour ce qui est du blog, je tâcherai de maintenir comme dirait la reine, en prenant également un rythme d’un article par semaine… Je manque d’inspiration sinon ^^

Bonne journée!

Le vestiaire idéal (màj7)

Premier d’une longue série d’illustrations d’un vestiaire idéal (pourquoi pas celui que j’aimerai avoir, que nous aimerions avoir?), il constitue le cadeau de Stiff Collar pour cette semaine festive!

Je commence ce matin par les deux premières illustrations:– Costume de ville, pour l’après midi, peigné à carreaux bleu pâle, avec un gilet bleu prune, une chemise en oxford bleu pâle à col blanc, une cravate de soie et des richelieus bout golf noirs

– Costume de ville, pour le matin au bureau, en saxony marron, avec un gilet en poil de chameau, une chemise en fil à fil blanc cassé, une cravate en tricot de soie couleur bois de rose et des derbys marron noisette.

Voilà pour ce premier jour. N’hésitez pas à commenter ou à proposer certaines tenues… ! Joyeux Noël !

Deuxième publication:

– Costume de ville, flanelle feutrée gris moyen, une chemise blanche à fines rayures violettes, une cravate en reps de soie et des richelieus en veaux-velours  à bout droit.

– Costume de ville de week end, chevron ardoise, avec gilet bleu roi, chemise bleu clair, cravate en cachemire et des bottines noires.

Troisième jour:

– Tenue de campagne, veste en cavalry twill, gilet en lainage beige à petits carreaux foncés, chemise oxford beige et carré de soie en ascot, avec un pantalon de flanelle et des derbys marron

– Tenue de footing, veste en tweed à carreaux fenêtres olive, col roulé en mérinos, pantalon en flanelle brun marron et derbys en veaux-velours sur semelle de crèpe tendre.

Quatrième publication:

– Costume de soirée pour les cocktails et les vernissages, en barathea bleu prune, gilet crème en toile, chemise à rayures bleues et col blanc, cravate de soie à pois et souliers richelieus noirs à bout droit glacé.

– Tenue de diner chez des amis, veste lie de vin à col châle en grain de poudre, pantalon noir à galons, ceinture de même couleur que le veston, chemise blanche en piqué souple, noeud papillon de satin noir et escarpin en suède noir.

Prochain épisode, demain…

Suite aux recommandations bienveillantes du Chouan, je revoie ma copie 😉

– Donc, tenue pour le club sportif, sans veste trop grande cette fois-ci, pull crickett en laine blanc sous taché d’orange, sur chemise en vichy vert, pantalon en tartan et derbys à brides norvégiens, cravate club en ceinturons.

– Tenue pour le motor boat club, blazer regata, chemise en voile bleu, nœud papillon de soie à motif club, pantalon de flanelle et tassel loafer.

– Tenue d’intérieur, veste en velours de soie bleu à col châle paré de satin de soie à motifs imprimés, attaches à brandebourgs, chemise de popeline et cravate de soie, pantalon formel à rayures, et mocassins d’intérieur en velours brodés

– Tenue informelle, blazer croisé en sergé peigné, chemise en oxford royal, cravate de soie à motif club, pantalon de flanelle et derbys doubles boucles

à demain donc…

Dernière session de cet entre-deux fêtes:

– Tenue cravate blanche avec un frack en barathea bleu nuit et gros grain bleu également, chemise à col détaché cassé, nœud papillon et gilet en marcella blanc cassé, gants blancs, pantalon coordonné à double galon et opera pump à noeud en gros grain.

– Tenue cravate noire, avec une veste de smoking croisée à col châle en cachemire bleu nuit et gros grain bleu également, chemise et noeud papillon en marcella blanc, pantalon coordonné à simple galon et souliers richelieus vernis.

J’espère que cela vous a plu! Ce diaporama de tenues hivernales est maintenant terminé. J’ai tenté de présenter quelques essentiels d’un vestiaire masculin, pour à peu près toutes les situations de la vie courante, dans un esprit résolument hors-mode, mais avec quelques notions de style classique! Je vous souhaite, à tous, une excellente année 2010! A bientôt

L’ancêtre des habits et son sousbressaut

Suite à l’article sur les habits formels, voici deux exemples, l’un préfigurant ces vêtements contemporains, l’autre figurant son héritier le plus direct:
Le premier est donc la version originelle, présentée ici dans la mode de 1830, peu avant l’intronisation de la reine Victoria. C’est l’habit qui a donné à Beau Brumel la base du costume contemporain, raccourcit par rapport à cette version du « frac », caractérisée par sa coupe courte et horizontale à la taille. Ces ensembles étaient la plupart du temps en lainage, voire en velours de soie, avec un col châle très imposant, très rembourré, recouvert de fourrure ou de velours… Le col de chemise était haut, et entouré d’un ancêtre de la cravate lavallière. La coupe du frac était croisée, sur de nombreux boutons. Le dos présente par ailleurs en quatre partie, avec une couture courbe, parant de la taille et mourant dans les homoplates aux manches. Deux boutons sont présents dans le dos, pour placer une martingale (et même un détail plus ancien: une sorte d’étuis, de trousse de gens d’armes, analogue aux ‘bananes’), deux boutons qui sont conservés dans les queues de pie d’aujourd’hui, en ayant perdu tout usage…

Le pantalon était très serré, maintenu en bas par des passants entourant le soulier sous la semelle (plutôt des bottines à l’époque). Le pantalon était d’ailleurs si près du corps qu’il marquait fortement l’entrejambe, donnant, d’après la légende, l’idée au prince Consort de se faire poser un percing sur le sexe pour tendre le dit attribut avec une ficelle, percing toujours appelé ‘prince Albert’…

La version la plus contemporaine de cet habit est la tenue de cavalier, très représentée dans les conventions équestres. Le frac conserve sa forte croisure, mais avec un cran aigu cette fois-ci. Il est complété par un gilet et une culotte de cheval (la bien nommée) réalisée dans un lainage fort, de type cavalry twill ou whipcord. La lavallière complète toujours l’ensemble. Les pans intérieurs de la queue de pie sont recouverts de cuirs, pour éviter que la sueur acide du cheval n’abime le lainage, cuirs qu’il faut changer tous les deux ans en moyenne, à l’instar des ensembles de chasse à courre.

Un de ces habits de cavalier est actuellement exposé dans le hall de l’Association de Formation Tailleurs, avenue Victor Hugo dans le 16ème.

Les habits formels

Suite à de nombreuses demandes concernant le sujet des habits, voici ce court article pour clarifier les idées sur les noms et les formes de ces pièces bien souvent oubliées du vestiaire contemporain.

La confusion provient le plus souvent de la complexité des noms, entre dénomination anglo-saxonne et française. Je donnerai donc les deux pour être bien sûr que tout le monde comprenne. Commençons d’abord par les habits de soirées:

– Le premier est l’habit de soirée par excellence, réservé aux grands bals et aux soirées d’ambassadeurs, éventuellement aux premières d’opéra, mais c’est plus que rare. Son nom français est : habit ou frac ou queue de pie, ou encore cravate blanche. Son nom anglais est : frack (avec un k) ou white tie. Le veston arbore des revers de soie, à crans aigus et ne se boutonne pas à la taille (forme analogue au spencers). On le porte généralement avec un chapeau haut de forme et des souliers richelieus noirs. Le pantalon arbore deux galons parallèle sur le côté. La chemise est généralement une popeline empesée, pourquoi pas plastronnée, à col cassé. Le nœud papillon et le gilet sont en piqué de coton ou marcela blanc. Le gilet a un quadruple boutonnage bas et est très échancré, avec deux revers plats. Les gants blancs complètent la tenue. MAJ: le gilet en marcela ne doit pas dépasser du veston bien évidemment (ce qui est rare sur les nombreuses illustrations google). Le port de bretelles s’impose aussi pour soutenir le pantalon en place.

– Le deuxième est le plus connu: le smoking en français, ou dinner jacket en anglais, autrement appelé black tie (cravate noire). Exclusivement réservé à l’origine aux diners intimes (à la différence des diners d’État ou de grandes réceptions en queue de pie) d’où son nom, il est aujourd’hui une tenue de soirée de bon ton. Je renvoie à l’article sur les smoking pour plus de précisions. Le pantalon arbore un galon sur le côté. On le porte plutôt avec une chemise à col turn-down sur le continent, en popeline blanche, avec les boutons cachés éventuellement. Le nœud papillon est noir. Les souliers peuvent être des richelieus noirs vernis, ou des mocassins à gros nœud de soie noire, appelé opéra pump en anglais.

Ces jaquettes sont identiques dans la forme. Les anglais la nomment morning coat. C’est l’habit par excellence des matins londoniens de l’aristocratie et des courses à Ascot. Il se porte soit avec un haut de forme, soit avec un melon, gris plutôt. Le nom français est donc jaquette (et non pas queue de pie). Le veston s’attache par une bouton dit jumelle (double bouton à la taille). Les gentlemen peuvent le porter uni ou dépareillé. Le premier exemple fut arboré par le prince de Galles aux dernières courses, dans une version unie, avec gilet croisé, et cravate simple, sur chemise à col blanc. Le deuxième exemple est plus dans la tradition française des mariages, avec un pantalon rayé dépareillé et un gilet de couleur marquée en soie. La cravate lavallière complète la chemise à col lavallière. Les souliers sont le plus souvent des richelieus noirs, mais les bottines sont aussi un excellent choix.

Retenez donc la différence entre queue de pie (frack), pour les soirées royales et les chefs d’orchestres et jaquette (morning coat), pour les mariages et les courses. Leurs usages ne sont pas du tout identiques et il serait fâcheux de se tromper. N’hésitez pas à sortir ces vieux classiques pour vos événements familiaux de fin d’année (la queue de pie plutôt) ou vos mariages (la jaquette alors), ce sera du meilleur effet, sans que vous ayez besoin de vous mettre la tête au court bouillon pour trouver un vêtement dont le goût sera fortement discutable du point de vue de l’élégance.

MAJ: vous souhaitez trouver ces articles dans le commerce? Il faudra trouver la bonne crèmerie alors… Hackett propose de beaux Morning Coat et Brooks Brothers de sympathiques Frack. Old England peut vous venir en aide, comme d’ailleurs le service mesure industrielle de Handson…

Croisé en tartan

Hier lors de mes pérégrinations du côté de l’Opéra en ces veilles de fêtes, j’ai croisé (presque comme par hasard …) le magasin Old England du boulevard des Capucines et sa prestigieuse vitrine, qui admettons le, est de mieux en mieux! Le linéaire est parfaitement exploité, présentant à l’envie les plus belles flanelles et tweed, alors qu’il faisait moins cinq degrés dehors. Et au milieu de cette essence du meilleur goût, flairant parfaitement les vieux manoirs oxfordiens, trônait une petite curiosité, un must-have dirait les fashionnistas: un costume croisé sur quatre boutons en tartan, autant dire une merveille pour les soirs de fêtes qui s’annoncent.

L’attrait principal de cet ensemble, outre son tartan rouge proche du clan Fraser (famille arrivée de France avec les troupes de Guillaume le Conquérant vers 1066, installée entre Edimbourgh et Inverness), se remarque par sa croisure très marquée, rappelant les croisés du début du siècle, très montant, très formalisant qui donnent une belle allure, et montrent peu de la cravate. Bref, une belle pièce que je vous recommande d’aller voir!

L’emmanchure d’épaule

La naissance de la manche au niveau de l’épaule est véritablement une prouesse technique développée par les tailleurs au fil des siècles, qui consiste à raccorder des éléments planaires, coupés circulairement, pour créer une structure tridimensionnelle: la tête de manche! Et il convient évidemment de ne pas faire apparaitre de plis, de bosses, bref d’irrégularités au niveau du roulé de raccordement. Deux grandes écoles existent d’ailleurs à ce sujet, le spalla camisia italien (peu de rembourrage d’épaule, et une ligne fuyante, monté, dixit le traducteur: comme une chemise) et le plus courant, con rullino, càd (ndt) avec un roulé, plus ou moins accentué, plus ou moins profond, pouvant parfois donner lieu à d’horribles épaulés très marqués (un peu à la star trek), très apprécié de certains vieux tailleurs parisiens.

Mais bien souvent, un détail passe à l’attrape avec les confectionneurs: la hauteur de l’emmanchure, à savoir la hauteur séparant votre épaule de votre aisselle, mesure qui est souvent peu importante, à moins de stocker des masses adipeuses à cet endroit. Ce détail qui est l’apanage exclusif de la grande mesure (car il est impossible à faire en retouche sur du PàP, même de luxe, et rarement pris en compte dans la semi-mesure) permet de resserrer au maximum la tête de la manche, lui conférant une petite ouverture. Cette façon de coupe permet de gagner de manière inénarrable en confort et en aisance, dans les mouvements. Vous pourrez ainsi lever vos bras sans faire bouger les pans de la veste ou même les épaulettes. Votre veste restera en place, comme le montrait avec brio Fred Astaire, dont les emmanchures étaient soigneusement réduites.

Il existe un petit test simple pour apprécier le confort d’une veste grande mesure: lever les bras comme pour accrocher un tableau au mur, il ne faut pas que la veste bouge: Certaines professions ont d’ailleurs un besoin criant de bonne façon à cet endroit précis, notamment les musiciens, dont les violonnistes ou encore les chefs d’orchestres. Ils ont une nécessité évidente de lever les bras sans que cela fasse bouger leur frac ou leur smoking, car assis ou debout, cela est du plus mauvais effet, en particulier lorsqu’ils portent des chemises plastronnées et empesées. Pour pallier à ce problème, les bons tailleurs coupent la base de l’emmanchure sur la veste de manière plate, comme un méplat, ce qui crée après montage de la manche une sorte de repli de tissus, à la manière d’un soufflet qui permet de gagner en aisance et en capacité de mouvements. A gauche la coupe classique, à droite celle des musiciens:Bonne fin de semaine!

Et Stiff Collar s’excuse pour le long délai entre les articles, la période de l’Avant étant généralement mouvementée par les préparatifs festifs. Je prépare du reste un article pour Noël, richement illustré, qui je l’espère vous plaira…