Pape émérite et surtout coquet

A l’heure où les peuples catholiques du monde attendent la fumée blanche et la prononciation au balcon de la célèbre phrase ‘Habemus Papam‘, intéressons nous quelques instants au vestiaire de Sa Sainteté Benoit XVI ! S’il est inutile d’évoquer de nouveau son fournisseur de chaussettes  – Gamarelli – (qui ne confectionne d’ailleurs pas que ces articles), il est notable que le pape avait un goût pour l’élégance, d’esprit d’abord, vestimentaire ensuite. Et c’est d’autant plus remarquable qu’il est allemand !

Si je ne suis pas un fan des curés en soutanes dans la rue (en revanche cela a de l’allure dans le cadre d’une messe solennelle à St Eugène), il est notable que Benoit XVI a laissé revenir ce vêtement qui avait été remplacé par le moderne costume – pantalon noir depuis Vatican II. Et s’il a beaucoup œuvré pour faire évoluer l’Église d’Occident en la rapprochant de celle d’Orient, des peuples juifs et musulmans (malgré de nombreuses incompréhensions mutuelles), il est et restera comme un vicaire du christ particulièrement conservateur. pape benoit 16 chapeaux

Et sur le plan vestimentaire, évidemment, cela ne me gène guère. C’est tout de même un grand plaisir pour les yeux que de voir tous les hauts prélats du Vatican en grandes couleurs, doublés par les Gardes-Suisses, tout autant bariolés. Nous n’avons plus l’habitude de voir tant de jolis nuances de nos jours, à part peut-être au 14 juillet lorsque les militaires aussi daignent se parer de milles coloris.

Bref, un pape attaché aux traditions et qui n’a pas hésité à exhumer de vieux atours pontificaux. Signe de cela, la nomination en 2007 de Monseigneur Guido Marini au poste de maître des cérémonies liturgiques pontificales. Cet ecclésiastique est favorable à un retour à la tradition vestimentaire. C’est surtout au niveau des accessoires que se manifeste cette envie, comme par exemple à travers l’utilisation d’imposantes mitres de la fin du 18ème siècles (cf. dessin du milieu).

Ensuite, le pape étant frileux (il suffit pour cela de voir le nombre de couches de vêtement qu’il porte : chemise, gilet et veston croisé, avec entre les deux certainement un petit thermolactyl), il a besoin de se couvrir la tête. Ainsi, comme repris dans les dessins en haut, vous pouvez observer un ‘Saturno’. Il s’agit d’un chapeau d’été, couramment porté à Castel Gondolfo et qui est uniquement un accessoire non-cérémoniel (à la différence du ‘Galero’). Aussi appelé ‘Cappello romano’, il est a priori en fourrure de castor ou en feutre, mais peut aussi être de soie rouge. Il est rehaussé d’or. Il est d’ailleurs notable à ce sujet qu’il n’était pas insensible aux dorures.

Autre petite trouvaille de charme beaucoup plus cérémonielle, la remise au goût de jour (car pour le coup, il avait complètement disparu des usages depuis les années 60) du ‘Camauro’. Il s’agit d’un bonnet de laine ou de velours de soie rouge, bordé de fourrure d’Hermine. Si l’on ira pas voir s’il s’agit de vraie ou de fausse fourrure, je ne peux m’empêcher de trouver beaucoup d’attrait à ce couvre-chef. Il ressemble un peu à un bonnet de nuit ce qui n’est pas le plus élégant, mais il constitue une attention remarquable, et amusante ! Attendons de voir si le suivant en perpétue l’usage …

MàJ : finalement la tradition ne se perpétue pas pour l’instant, comme le rapporte Le Chouan.

Julien Scavini

Un début de collection à la boutique

Le printemps arrive bientôt, et avec les nouvelles collections. J’ai eu le plaisir de recevoir ce matin la collection de cravates, pochettes et autres petits accessoires qui je l’espère, vous plairont. Le tout est réalisé en partie à la main, en Italie, pas un excellent petit façonnier. Dans la photo ci-dessous, vous pouvez découvrir quelques modèles de pochettes, 100% lin imprimé ou non, à 30€ :

collect

Les cravates sont d’un standard court, 145cm de long, 8cm de large. Dans le détail, les cravates classiques, à 80€ :

Deux modèles estivaux, 80% soie, 20% coton, aux motifs tissés :cravate coton et soie

Trois modèles en reps de soie lourd dont j’ai aimé l’aspect de ‘jean’, aux motifs tissés :reps

Trois modèles en soie imprimée motif ‘vieux madder’ :vieux madder

Puis, les cravates en grenadine, finement triplée et non doublé, avec une finition de cravate d’atelier, à 100€ :

grenadine

grenadines

MàJ: suite à diverses interrogations sur la construction de cravates non-doublés, il s’agit de cravates 3 plis et non 7 plis. Je pense que cette matière ne se prête pas à ça. Elles sont triplés comme des cravates ‘foulards’, c’est à dire que la triplure fine commence à la garde.

Venez aussi pour les nœuds-papillons, à nouer, à 40€ :papillons

Je vous propose également quelques grandes écharpes / étoles pour l’été, en lin imprimé, de toute beauté, à 120€.

A très vite, et bon week end ! Julien Scavini.

Allons chasser en Ecosse II

Suite de la retranscription de l’article d’Adam édition n°30 de juillet-aout 1954 sur la chasse en Écosse.

 » Les rabats sont très longs et poussés par des rabatteurs parmi lesquels se trouvent des femmes attirées par le côté sportif, presque toujours des étudiantes, parcourant  de très nombreux kilomètres dans un terrain particulièrement difficile, la bruyère mouillée arrivant au dessus du genou des marcheurs. Il faut 30 à 35 rabatteurs pour former une équipe efficace. Une bonne journée de chasse comporte une moyenne de six traques.

On perd peu de gibier parce que la grouse ne piète absolument pas (10 mètres au maximum). Elle reste sur place. Et les chiens sont d’excellents retrievers-labrador. Ils sont fournis par les gardes ou pas des éleveurs spéciaux qui viennent ramasser le gibier.

La chair de la grouse n’est pas appréciée par les tireurs français. Son goût un peu fort rappelle celui de la sauvagine, à l’exception des toutes jeunes, les pouillardes. Pour soigner ses invités, un locataire de moors n’a-t-il pas fait venir un chef d’un des grands restaurants de Paris, assisté de ses deux aides… Le résultat ne fut pas meilleur. Seul le salmis eut les honneurs d’applaudissements.

Les trois cuisiniers parisiens furent ensuite invités à préparer un dîner pour la Princesse Élisabeth, résidant au même moment en Écosse.  La soeur de la Reine en fut si satisfaite qu’elle les reçut dans la soirée pour remettre à chacun d’eux le menu signé de sa propre main.

portrait ecosse breeches

Sur les parties les plus élevées des montagnes, se trouvent de nombreuses hardes de cerfs qui sont tirés à l’approche, après de stratégiques reptations. On ne doit, en effet, les tirer qu’avec des certitudes de succès, c’est-à-dire à moins de 100 mètres. En raison du terrain dénudé, il faut profiter de toutes les petites dénivellations et de l’abri de la bruyère pour ramper, souvent pendant des heures, avant d’assurer son coup de carabine. Signalons aussi les lièvres, bleutés en été, devenant complètement blancs l’hiver.

A la dernière saison de chasse à la grouse de Downie Park assistaient notamment : M. et Mme Marcel Boussac, M. Pierre Etienne Flandin, Lord Granard, Major Caldwell, M. Henry Fayol, M. Vittorio Necchin (le roi des machines à coudre), Marquis Vistorino, MM. André et François Guirche, M. Sainteny, ancien Haut Commissaire de France au Maroc, Général Renaudeau d’Art … Tout près de 3000 grouses constituèrent le tableau général. Seront-ils également tentés par la pêche au saumon ? »

 

Allons chasser en Ecosse

La série des articles sur les essentiels stylistiques est presque terminée. Nous avons vu au cours des semaines passés de nombreux registres, avec les couleurs et formes adaptées. Il reste deux éléments, les manteaux, sur lesquels je reviendrai bientôt (dès que j’aurais quelques minutes de repos) et aussi les blazer. Pour ces derniers, à l’histoire complexe, je vous renvoie vers le numéro du mois de MONSIEUR qui m’a fait l’honneur d’une publication sur le sujet.

Aujourd’hui et la semaine prochaine, je vous propose une retranscription d’un article intitulé « The Glorious Twelve », issu du magazine Adam, édition n°30 de juillet-aout 1954.

« L’ouverture de la chasse à la grouse a lieu le 12 août immuablement. Ce jour-là, en Écosse, les moors voient arriver les locataires et leurs invités pour pratiquer ce sport de tir rapide, entre tous difficile. On calcule que la grouse peut atteindre des vitesses de 100km. à l’heure lorsqu’elle est bien portée par le vent dans un de ses longs vols. Elle épouse souvent les dénivellations  du terrain et celles-ci sont si variées dans ces régions que l’on tire aussi souvent au-dessous de soi qu’au dessus. La photographie en arrière plan de la figurine représente un paysage caractéristique de Downie Park, propriété de l’Earl of Airlie dans le comté d’Angus, au nord de Perth. Même par beau temps, le ciel est variable et cette vision de nuages est caractéristique d’une très belle journée.

C’est un sol complètement dénudé (bien que baptisé ‘The Forest’), recouvert de bruyère, qui tapisse de violet le décor de cette fameuse ‘glorious twelve’. La bruyère doit être brulée tous les sept ans, pour renouveler les jeunes pousses où la grouse trouve sa nourriture. Pendant la guerre, la densité en grouses avait diminué, parce qu’on ne brûlait pas les lots de terrain. On procède à cette opération par petites parcelles, chacune d’elles étant réservée à un coupe de grouses pour y élever sa couvée.

lande de bruyère ecosse

Les meilleurs tireurs affirment que le calibre 12 est celui qui convient le mieux au tir à la grouse et utilisent des cartouches rapides, ce que les Anglais appellent ‘high velocity’, avec du plomb n°6 car l’oiseau est plus gros qu’un perdreau et un peu moins qu’un faisan.

Les tableaux de grouses atteignent dans leurs records 1500 à 1800 oiseaux dans la journée, qui se sont rarement reproduits. Actuellement, pour une journée moyenne, il faut compter 150 paires, soit 300 oiseaux à 8 fusils. Un bon fusil varie entre 60 et 80 à 90.

Pour aller de battue en battue, comme le terrain est très accidenté, les Anglais ont des poneys qui sont des chevaux très sages et très adroits. Le cheval porteur conduit les porte-fusils. Ils sont munis de deux corbeilles latérales destinées aux cartouches et au gibier…. « 

Nous continuerons la semaine prochaine…

Vers une tenue un peu plus décontractée

Le reproche souvent fait à la veste est de ne pas être très pratique (pas assez légère ou souple, trop guindée ou pas assez chaude). Si l’argument ne tient pas toujours, il n’en demeure pas moins vrai que celle-ci peut ne pas paraitre adaptée à toutes les situations. Elle l’était, il suffit pour s’en convaincre de voir l’extraordinaire potentiel des coupes sports (dont beaucoup sont ré-inventés ces temps-ci par Cifonelli). Au delà de la veste, que mettre sur un pantalon sport pour sortir le week end, que ce soit à la ville ou à a campagne ?

La réponse la plus évidente est une maille : pull à col en V ou à col rond, col roulé, sur-chemise, cardigan, sweater à col châle, gilet etc. Le répertoire est l’un des plus vaste qui puisse être dans la penderie d’un homme. Les coloris sont préférentiellement ceux de la laine naturelle, soit ivoire. Les teintures naturelles à bases de lichens et autres petites plantes des landes de bruyères donnaient des coloris fauves ou feuille morte. Les accords sur des souliers marrons n’en sont que plus logiques ! Le marron, couleur de la décontraction par excellence. De nos jours évidemment on trouve des mailles bleues ou grises. Si les premières accompagnent admirablement des chinos bleu marine et des souliers marrons, de veau-velours par exemple, les secondes sont moins évidentes, car appellent presque immédiatement des souliers noirs, par idéal en telle circonstance.

bomber

Le pantalon reprend les modèles proposés la semaine dernière, avec comme pièce phare le chino de coton beige /mastic. Belle invention que ce chino exporté en Europe à la sortie de la seconde guerre mondiale par les américains, pour 1- se défaire d’un immense stock militaire et 2- permettre à l’Europe de faire face à sa pénurie de textile. Relisez l’article sur Old England à ce sujet.

Autre pièce maintenant incontournable que nos amis d’outre atlantique ont gentillement introduite chez nous : les field jacket. Veston sport par excellence, celui-ci dans ses versions civiles est court (porte à la taille du pantalon), possède une ceinture au niveau de celle du pantalon fait d’un matériaux élastique (caoutchouc ou jersey) ou alors des tirettes ajustables. Ce principe est repris en bas de manches pour empêcher l’air de rentrer. La fermeture se fait souvent avec un zip et la doublure peut-être adaptée à l’hiver ou à l’été. C’est en quelques sorte le ‘barbour’ américain. Pratique et versatile, il est souvent appelé ‘bomber’ bien que chez nous ce nom désigne plutôt un veston de cuir croisé à zip. C’est lui qui est représenté dans l’illustration du jour, en plus d’un pull ras de col type Aran venant d’îles irlandaises. Avec un chino et des bottines type chukka, rien de mieux ! (enfin si peut-être ;))

Dans Apparel Arts, que pouvons nous voir comme tenues décontractées ?  Difficile choix, car évidemment ce genre de tenue n’était pas monnaie-courante. 1- Au club de cricket ou de tennis, un monsieur en complet blanc, l’autre en veston sport. Mais un simple veston. A remarquer, le port de chaussettes blanches de sport, très américain. Ils le faisaient dans les années 60 y compris avec le costume ‘sack suit’. 2- Une tenue estivale pour le yachting. Ici c’est la chemise qui se transforme en veste, pour s’approcher de ce que l’on appelle un ‘saharienne’. 3- Tenue pour la plaisance encore. Mais en version pêcher, avec un pull de type St James et des souliers de toile, déjà existant à l’époque ! 4- Deux choses intéressantes ici : à l’arrière, un jeune homme portant un bomber similaire à celui dessiné aujourd’hui et au premier plan avec le club, le monsieur porte une bien étrange veste, qui a l’air d’être réalisée en jersey, c’est à dire une sorte de veste tricot. Je n’y vois pas de revers. Un cardigan amélioré peut-être…

Julien Scavini

Le dépareillé ‘campagne’

Si nous avons vu qu’à la ville il tout à fait admis de s’habiller de manière dépareillé, n’oublions pas que cette harmonie vient des tenues de campagne, jadis moins formelles que celle pour la cité. Dans la version dépareillée pour la ville, j’avais énoncé des pistes plutôt simples. Continuons ce jour avec un registre un tout petit peu moins urbain et plus ‘sport’ ou ‘chasse’.

La base sera ici encore -dépareillé oblige- le port de souliers marrons, richelieus et préférentiellement derbys. Par ailleurs, il serait tentant de voir dans le pantalon le pivot des tenues à partir de maintenant. Si dans les autres exemples – le costume ou le dépareillé simple avec pantalon de flanelle – aucune question ne se pose quant au pantalon et à sa couleur, dans le registre que nous étudions aujourd’hui, il est bon de mener la recherche plus loin.

Quels pantalons porter avec les tenues dépareillé ‘campagne’ ? Le velours premièrement, 1000 ou 500 raies, de couleur olive, jaune paille, ou whisky, c’est à dire orangé. Bref, des tons de feuilles mortes. Mais bien d’autres coloris peuvent être envisagés dans une optique moins classique, comme l’aubergine, le parme ou encore les bleus marines ou turquoise, pour une touche plus italienne. Il conviendra de faire attention à l’accord général des couleurs entres elles, pour développer une thématique autour d’une ou deux.

Ensuite, il possible de recourir aux pantalons de cavalry twill et autres whipcord, dans les tons olive ou beige. Ces ancêtres du chino sont agréables à porter car lourds, chaud et moins froissables que le coton. Certaines flanelles et petits tweeds chevrons se prêtent également au jeu. Attention alors aux accords de motifs entre le bas et la veste.

Bref, une fois le sort du pantalon fixé et je répète qu’il est important d’avoir quantité de bons pantalons, le choix du haut est aisé : pulls et mailles diverses ou veste. Suivant les moyens et le moment. Quelques fois les deux s’il fait froid, ou juste un pull doublé d’une parka…

dépareillé sport

Les vestes très ‘sport’ sont souvent à carreaux. Celles-ci s’éloignent des tissus trop classiques et sobres, donc très urbains pour s’approcher de ceux de la chasses, tweeds à plaids et autres tartans. C’est peut-être un peu moins dans le goût français ce genre de fantaisies. Les anglais font cela très bien, mais rarement avec discernement et bon goût, additionnant coloris de feuilles décomposées et assortiment cravate regimental/chemise bariolée. Les italiens en revanche ont su rebondir sur le sujet, nous proposant – bien loin de la forêt et de n’importe quelle chasse il faut bien l’avouer – des vestes à carreaux intéressantes, rehaussées de pantalons et pochettes assorties. Tout un art de la simplicité travaillée ! La figurine d’aujourd’hui en est inspiré, tant il est notable que cette approche a gagnée ! Ils ont aussi donner ses lettres de noblesse à la cravate en laine. Pas des plus classique, mais du plus bel effet, assurément.

Et que voyons nous comme vieux exemples dans Apparel Arts. 1- Des tenues de chasse dépareillées, d’inspiration très classique et rapidement ré-interprétable en situation moins ‘sportive’. 2- L’élégance décontractée même. Simple et efficace. Seul bémol pour la chemise à rayures avec une veste à carreaux. Comme souvent énoncé, l’opposition des motifs n’est pas le plus admirable. 3- Un costume de campagne, mais son collègue, en dépareillé, qui descend de son cheval, arborant une intéressante association de gris avec du marron. 4- Plus estival, mais dépareillé toujours. Des tonalités moins ‘feuilles mortes’, quelque chose qui se rapproche plus du dépareillé ‘urbain’. 5- Enfin deux messieurs – maitre et serviteur ?- l’un portant un cardigan sur un gilet, idée à retenir pour tester, l’autre en costume de tweed. Costume qui possède une grande facilité pour être porté dépareillé ! A la semaine prochaine 😉

Julien Scavini

Discrète annonce

… pour évoquer la mise en place d’un service de Grande Mesure. J’ai enfin trouvé la perle du tailleur : l’ouvrier apiéceur qui me secondera efficacement. Très joli service, pour la veste uniquement pour le moment, à partir de 2200€. Compter deux à trois mois de fabrication et au minimum trois essayages… Les prises de renseignements se font par mail et téléphone.

Julien Scavini

Les tenues de campagne

Dans la même veine toujours, étudions aujourd’hui les tenues de la campagne. Si comme je l’ai expliqué la semaine dernière, il est maintenant assez peu courant de croiser des personnes dont l’existence se partage – agréablement – entre ville et campagne, ce registre vestimentaire n’en demeure pas moins intéressant, car à l’origine de bien des modes passées et actuelles.

Bref, nous allons pour commencer étudier les tenues rurales avec costume. Et oui, car les plus élégants des campagnards portaient le costume dans les années 30 à 60. Quels élégants justement? On pourrait évoquer les médecins et pharmaciens, les notaires, quelques maires… bref des personnages avec des positions sociales clefs. Il va de soit de nos jours que cette petite élite des provinces s’est délitée et que cette hiérarchie ne vaut plus. Mais bon, on peut rêver.

Bref, à la campagne, deux options pour le costume :  celui un petit peu formel car uni, l’autre beaucoup plus sport, avec des carreaux pour la chasse. Revenons un instant sur les laines. Comme pour la ville, il existe des couleurs types qui viennent immédiatement à l’esprit : les marrons et les verts. Qui s’opposent donc aux gris et aux bleus. Cette dichotomie est simple ? Mais vous pouvez toujours l’outrepasser, ça s’appelle construire son propre style. coloris campagne

Ensuite, au delà de l’uni, il est possible de trouver des motifs : tweed de cheviot à fils mélangés, chevrons, tweed du Donegal avec ses nombreuses imperfections (remarquez le coloris : gris, toutes les règles ont leurs exceptions) ou encore les carreaux très ‘sport’. Bref, des unis, des petits motifs (grain de riz, caviar, fils à fils) ou des motifs certains (les carreaux). Dans ce registre, je ne crois pas la rayure tout à fait adapté. Elle me parait plus connotée ‘cité’. Vous me direz, tout dépend de la rayure… en effet.

coloris campagne

Alors continuons. Le costume pour la campagne peut être trois pièces, ‘tout du même’, ou alors avec un gilet dépareillé. On peut aussi imaginer une veste et un gilet ‘du même’ et un pantalon dépareillé. Il s’agit de se détendre, le concours d’élégance est moins absolu qu’en ville, vous pouvez plus ruser, vous amuser à coordonner couleurs et motifs. En restant dans les limites du tact et de la modération ! Alors première solution, un costume simple, de chevrons marrons. Un classique dont vous pouvez utiliser la veste seule. Question souliers, les répondes sont multiples. Comme évoqué la semaine dernière : avec un costume, on porte prioritairement des modèles noirs. Sauf qu’ici à la campagne, c’est pas le plus logique. Alors je réponds : souliers marrons. Mais c’est selon. C’est assez logique du reste : si vous êtes médecin, vous souhaitez tout de même porter des chaussures noires, car c’est un costume et vous recevez des patients. Vous pouvez porter une pochette, il n’y a pas de contre-indication. Observons :costume de tweed

Question chemise, l’exemple historique nous enseigne que la chemise blanche est adéquate. De nos jours, en poussant le bouchon de la règle un peu loin, on imagine plus aisément une chemise à petit carreaux, genre tattersall check, ou alors colorée ou ivoire. La cravate elle peut être club si la chemise n’est pas trop à carreaux. Attention aux oppositions de motifs. La encore, question d’approche personnelle. Les cravates à carreaux sont les bienvenues, pourquoi pas en laine. Aussi, vous pouvez recourir à des cravates unies, en tricot ou alors à des soies d’anciens madères imprimés, choix plutôt discret.

La seconde option, c’est le costume plutôt ‘sport’ ou disons carrément chasse. Celui-ci peut être complété d’un pantalon type knickers, mais l’usage est désué. Avec ce genre de costume trois pièces ‘tout de même’ ou dépareillé, attention aux fautes de goûts. Je pense que nos amis anglais en font souvent trop dans le genre. Les grands carreaux du costume suffisent, inutile d’être un arlequin. Observons :costume campagne tweed

Enfin, observons quelques images d’Apparel Arts comme base de comparaison. 1- Une scène typique, la chasse. On peut y voir beaucoup d’ensembles avec knickers. Certains sont dépareillés haut/bas, nous verrons cela la semaine prochaine. Notez les coloris : fauves et feuilles mortes, mais un peu de gris aussi. 2- Deux messieurs dans un club de sport, peut-être aviron. Nous ne sommes certainement pas à la ville, mais plutôt dans un cité comme Henley. Les messieurs sont en mode ‘off’ comme on dirait de nos jours, les coloris sont marrons, sauf le costume du gentleman en manteau. 3- Deux gentlemen très élégants , l’un en complet (on a du mal à voir si ce n’est pas un dépareillé) verdâtre et le second en complet knickers. Encore des couleurs de la forêt, sauf le petit gilet gris… Tout est une question d’entorse ‘sensée’ aux règles. 4- Deux messieurs qui chassent la encore.

Julien Scavini

Les tenues de ville, version dépareillées

La semaine dernière nous étudiions la mise urbaine par excellence : le costume. Ce fut l’occasion de réviser la version classique léguée par les anglais et qui – heureusement – a encore cours dans certains milieux socio-professionnels. Si l’on remonte cinquante ans auparavant, il est possible de faire deux grandes dissociations pour les tenues : la ville et la campagne. La différenciation entre les deux situations étant encore très marquées. De nos jours, cette séparation s’adoucie (en apparence). Le rite de passage de la ville – du travail – à la campagne – pour le loisir, la détente – est quasiment effacé.

Pour autant, regardons quelques illustrations d’Apparel Arts. Comme évoqué la semaine dernière, il existait déjà des manières de faire, d’être, de s’habiller pour se détendre, à son club, le samedi etc… Le costume pouvait être porté, dans des tons moins stricts comme les mélanges de gris et de marron, les marrons. Les motifs se faisaient plus présents : caviar, grain de riz et autres princes de galles fenêtrés de rouge par exemple. Avec ce genre de costume, des souliers marrons ou noirs étaient indifféremment portés, signe de la faiblesse de certains codes que l’on énonce ici ou la (et que du reste j’aime à reprendre à mon compte).

Que pouvons-nous voir sur ces illustrations ? Un homme tenant la portière à une dame, dans une tenue très décontractée (coloris, motif) mais pas forcément trop campagne encore / Deux hommes discutant, l’un en dépareillé, l’autre en costume vert, gilet croisé et souliers marrons (pas des banquiers, cela saute aux yeux) / Un jeune homme en prince de galles fenêtré rouge qui à l’évidence ne doit pas trainer de la sorte dans un cadre champêtre, mais qui possède en ville un caractère très ‘sport’ / Et enfin un homme chez un buraliste, avec un tenue de samedi idéale, ensemble marron.

A la ville, pour paraitre décontracté, on pouvait donc avoir recourt aux ensembles dépareillés, à la différence du costume, où tout est ‘de même’. Le dépareillé se construit assez généralement sur un pantalon de flanelle gris (tous les gris, du plus clair ou plus foncé) ou de certains laines froides – grises aussi – pour l’été. De temps à autres, les pantalons à petits chevrons marrons pouvaient être utilisés, mais cela donne des difficultés de coordination avec la veste. Au dessus de ce pantalon, une veste. Et là, grande liberté possible : à poches à rabats ou à poches plaquées, unie ou à motifs. Le plus souvent du reste, la veste à carreaux est utilisée, pour trancher sur le pantalon uni et apporter une bonne dose de peps. Cette version du dépareillé a encore tout à fait cours de nos jours. Avec souliers marrons s’il vous plait, il convient bien de souligner le caractère décontracté d’un tel ensemble.

Le dépareillé d’aujourd’hui a encore plus gagné en liberté d’expression. Il s’autonomise comme un genre à lui tout seul, bien aidé par le développement sans faille du ‘sportswear’. Si le pantalon de flanelle gris reste un incontournable, un autre tend à le remplacer : le pantalon bleu (en flanelle – rarement, ou en coton – le chino, souvent). Avec le bleu, les italiens ont su parfaitement mêler le marron. D’où l’écrasante mode actuelle pour le mélange (souvent réussi du reste) de bleu marine et de marron. On voit même apparaitre des souliers en veau-velours bleu. Évidemment, il fallait y penser.

Alors voyez suivant l’illustration du jour de quelle École vous êtes le plus proche. Tout est une question d’hybridation maîtrisée et de tact, suivant le moment, suivant les personnes que vous rencontrerez … A la semaine prochaine 😉

dépareillé urbain

Julien Scavini