Pourquoi fait-on des surpiqures?

Il est assez classique de trouver au bord des costumes de légers petits points, en particulier le long du bord devant, du revers, du col et des poches. Ce petit point est un détail technique et historique, devenu maintenant pour beaucoup une question esthétique. Pourtant il est normalement bien utile.

La laine est une étoffe qui possède naturellement beaucoup de gonflant. C’est à dire qu’une fois repassée, malgré un pli marqué au fer, la matière va avoir tendance à l’estomper et à retrouver son état initial. C’est tout l’inverse pour une feuille de papier. Une fois pliée, il sera à jamais impossible de la retrouver plate sans marque. Les fibres auront été cassées. On utilise la laine pour faire des vêtements luxueux, précisément pour cette qualité de gonflant. Le corollaire est que la laine drape bien, qu’elle est fluide.

Seulement voilà, si la laine apprécie gonfler, il est difficile d’obtenir des bords de veste très nets dans le temps. C’est pourquoi depuis des temps immémoriaux, les tailleurs réalisent un petit point au bord pour tenir le pli et la couture. Ainsi, le bord de la veste est d’abord piqué à la machine, puis lors de la mise en place du bord net, une discrète piqure main est exécutée. Idem pour les rabats de poches : le bout de tissu est piqué machine avec le bout de doublure, et lorsque l’on retourne pour façonner un joli rabat, on exécute un petit point.

Ce petit point à la main chez les tailleurs s’appelle « le point perdu ». Car il doit être très très discret et fin, à 1mm du bord pour les vêtements habillés ou à 5mm pour les vestes sports et gros tweeds. Les techniciens parlent eux du « quart de point arrière ».

Toutefois et depuis des décennies, l’industrie a développé des machines pour ne pas avoir à faire à la main ce point long et fastidieux. Deux machines existent : la machine AMF pour American Machine Factory et la machine Columbia. D’où les deux appellations en industrie : point AMF ou point Columbia. Les deux procédés diffèrent, aussi ne sont-ils pas utilisés aux même endroits. Le point Columbia présente à l’envers une succession de chainettes (des points qui s’enchainent les uns les autres, plutôt grossier) alors que le point AMF montre un envers délicat très similaire à ce qui se fait à la main. Ainsi, le point AMF est généralement utilisé pour le bord des vestes et le point Columbia pour poser les doublures ou faire le bord des poches de pantalons. Le point AMF est plus compliqué à mettre en œuvre, car la machine doit d’abord ‘avaler’ une longueur limitée de fil, disons 50 à 70cm seulement, qu’elle restitue comme à la main ; alors que la machine Columbia fonctionne à partir d’une bobine de fil. Le point Columbia est plus économique à mettre en œuvre du strict point de vue de l’industrie.

La surpiqure visible au bord de la veste est donc un point AMF. Parfois, d’une précision difficile à distinguer d’un point main. Si la machine est parfaitement réglée, ce point est très plat. Si la couleur est en parfaite correspondance, alors le point est à la fois très plat et invisible.

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Évidemment, des stylistes en mal d’inspiration ont trouvé drôle à une époque de tendre ce fil, avec pour effet de faire gondoler les surpiqures. C’est devenu un élément de style, d’abord de costumes de créateurs genre Dolce & Gabbana puis des costumes médiocres. La bonne surpiqure ne doit pas gondoler ou très très peu.

Cette surpiqure a un coût important, car elle est longue et précise à faire. C’est pourquoi de nombreux faiseurs l’ont aussi abandonné. Cet abandon purement économique est doublé d’une question de style : un costume sans surpiqure étant parfois considéré comme plus épuré, à l’instar de Dior et de la haute couture. Toutefois, pas de surpiqure est toujours mieux qu’une surpiqure de couleur…

La surpiqure permet à la veste de garder un bord très net, et surtout permet de renforcer la toile intérieure dans le cas de costumes entièrement entoilés. C’est pourquoi les bons faiseurs italiens, Brioni, Pal Zilera, Canali et d’autres ont toujours gardé ce point de détail, plus technique qu’esthétique en fait. La surpiqure n’a réellement de raison d’être que si le costume en entièrement entoilé. Car avec ce procédé artisanal de montage, l’intérieur très fluide ne permet pas à la laine de bien tenir son pli. La surpiqure est quasi obligatoire pour un costume entoilé, pour éviter qu’au but de 6 mois les bords manquent de netteté.

En revanche, lorsque le costume est thermocollé ou semi-traditionnel (un dérivé du thermocollage), la colle présente à l’intérieur de la veste et surtout de son bord tient la laine qui ne bougera pas. Les industriels utilisent un passement thermocollant pour tenir le bord ad-vitam. Dans cette vidéo Youtube, à 2min26, vous verrez une dame appliquer ce ruban collant sur les coutures du devant. A ce moment là, la surpiqure est en effet superflue!

Belle semaine, Julien Scavini

Conflit sartorial

Récemment, un ami me pointait une nouvelle page facebook déclinant à l’envie des petites blagues sur le thème sartorial. L’humour est similaire à celui  de Rosace, qui chaque semaine dépeint une situation cocasse, mettant souvent en relief la vanité et le tapage vestimentaire. Si Croquis Sartoriaux recourt aux dessins, Sartorial Meme – c’est son nom – recourt aux photomontages, pour pointer les dérives des élégants. Pour ceux qui se demandent ce que signifie l’anglicisme ‘meme’, wikipédia donne la définition sur cette page. Si l’humour y est la plupart du temps fort amusant, les piques deviennent parfois méchantes. C’est l’écueil principal de l’humour corrosif, surtout parlant d’élégance, qui peut devenir si l’on y prend pas garde, inélégant. Taper sur les amateurs de costumes De Fursac ou du style The Kooples peut être blessant. Surtout qu’il y a pire…

La plus grande des élégances est de ne pas le faire remarquer à ceux qui n’en ont pas ai-je toujours pensé. C’est un paradigme qui peut d’ailleurs se décliner à l’envie.

Pour exemple, Sartorial Meme a récemment mis en ligne ce détournement de la couverture du livre de Rose Callahan, intitulé I am Dandy.

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Nous serions au XIXème siècle, le personnage de la photo détournée, le dandy parisien Massimiliano Mocchia di Coggiola, aurait pu demander en duel l’auteur de ce billet. Même pour un bien innocent combat de cannes. Mais la magie d’internet est de rendre anonymes les auteurs. La magie d’internet est en même temps de pouvoir écrire soi-même ses tribunes. Ce qu’à fait notre cher dandy, dans un billet très drôle, très osé voire excessivement piquant, à lire ici.

L’excès bien sûr caractérise les deux bords ici en présence. Et m’amuse. Il est étonnant de voir à quel point le vêtement peut soulever la fougue. Viscéralement. Comme si le monde en dépendait. Certes, vivre en beauté comme disait Saint-Laurent est impératif, mais il me semble inutile de se mettre dans de tels états. Chacun fait bien comme il veut tant que c’est dans le respect de l’autre.

L’élégance est justement un respect de l’autre, mais les élégances sont plurielles et nul n’est prophète en la matière.

Ce débat d’anciens et de modernes, d’orthodoxes et d’avant-gardistes, de précis et de fantaisistes n’en finira jamais. Lisez avec délice cet article scanné dans le Vogue Homme de novembre 1988. Il est de la main de Farid Chenoune, LE spécialiste de l’élégance masculine depuis la publication de sa bible Des Modes et des Hommes. Il n’est pas tendre avec les classiques gnangnans de mon genre. J’aurais fini sur un cintre au vestiaire à le lire. Son sujet est à la fois très classique, ses références érudites mais sa thèse est progressiste. Le pauvre Prince Charles que les élégants adulent en prend pour son grade. Alors que Bryan Ferry est donné comme exemple d’une simplicité sophistiquée…

Délicieuses batailles…

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Je vous souhaite une excellente – et amusante – semaine. Julien Scavini

Chaussettes hautes et pantalons étroits

C’est une problématique récurrente lors de l’essayage des pantalons : le mollet accroche et le pantalon se bloque en dessous du genoux. C’est particulièrement vrai lorsque l’on passe de la position assise à debout. J’ai moi-même souvent rencontré ce désagrément, et l’on se retrouve à faire quelques pas comme si le pantalon était devenu un knickers. Parfois il faut taper un peu du pied pour faire redescendre la jambe sur la chaussure. Le mal contemporain!

Cette question du pantalon qui se bloque sur le bas de jambe a trois causes : un mollet fort, un pantalon étroit et des chaussettes hautes, les mi-bas.

Tout cela est surtout causé par l’étroitesse actuel de nos culottes. La majorité des pantalons – à la demande des clients – sont coupés sur environ 19cm en bas. Et parfois moins, 18,5, 18 voire 17 sont parfois demandés. Ainsi ajustés, les pantalons sont très collant au mollet. En position debout, c’est assez joli, mais un fois assis, le mollet s’élargit et bloque la jambe qui ne veut pas retomber.

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Lorsque le pantalon, fait 21 cm ou plus, il n’y a aucun problème. Cette allure à l’ancienne fait bon ménage avec les mollets forts et les chaussettes mi-bas.

Le problème est en plus renforcé lorsque le pantalon est d’une matière non-lisse, comme la flanelle. Avec un super 150 fluide, le pantalon glisse un peu mieux.

Les clients se tournent alors vers moi pour exiger une solution. Que puis-je dire? Soit couper le pantalon plus ample, soit se passer parfois de chaussettes hautes.

Pour ma part, c’est ce que je fais. Avec mes pantalons les plus étroits et les plus rugueux (comme mes costumes en flanelle), j’abandonne les mi-bas et je recours aux petites chaussettes. Labonal en produit d’excellente en coton ouaté, de toutes les couleurs, qui tiennent relativement bien le mollet sans s’affaisser. Et pour les esprits chagrins qui pensent au mollet mis à nu, il n’en est rien. Un pantalon étroit n’arrive pas à monter haut et se bloque passé la cheville, ne découvrant que de manière rarissime la jambe.

La chaussette mi-bas est la plus confortable et la plus érudite des manière d’habiller le pied. Mais elle fait meilleur attelage avec des pantalons un peu ample. A l’inverse, un pantalon slim s’accordera mieux avec une petite chaussette. Il est possible de penser à une saisonnalité sur ce point : mi-bas élégant qui tient chaud l’hiver avec des pantalons à 20cm (il faudra un peu taper du pied parfois, et alors!) et chaussette l’été lorsqu’il fait chaud, avec des modèles plus affutés.

La vie d’élégant est pleine rebondissement!

Belle semaine, Julien Scavini

Marcel Proust, l’élégance de l’éternel jeune-homme

Comme le précédent sur Robert de Montesquiou, cet article a été écrit par mon collaborateur Raphaël.

Le 15 février 2017, le monde des Arts et des Lettres est en ébullition. Le Point titre Et soudain apparaît… Marcel Proust. Dans un court document audiovisuel du mariage d’Élaine Greffulhe apparaît alors un jeune homme, l’espace d’une seconde ou deux.

Son visage est voilé par l’ombre de son chapeau melon, on devine une fine moustache, l’homme descend les marches d’un escalier. La sphère proustienne s’hystérise. On doute de la véracité de la trouvaille du professeur Jean-Pierre Sirois-Trahan. Le reste du monde s’agite, reblogue, retweete, partage encore et encore l’article où Proust est décrit ainsi :

« Un homme seul, en redingote gris perle et chapeau melon, descend précipitamment les marches de l’église où a lieu la cérémonie. Tout tend à faire penser qu’il s’agit de Proust, explique Jean-Pierre Sirois-Trahan. La silhouette et le profil lui correspondent, même s’il est toujours difficile d’identifier avec certitude quelqu’un sur un film de ce type, surtout si on ne le connaît que par des photographies où il pose […] Il est vrai que l’apparition est brève. Mais outre la ressemblance physique, plusieurs faits convergent […] Autre indice décisif : sa tenue. Les habits qu’il porte, élégants mais qui tranchent avec ceux des autres hommes de cette noce, correspondent à ceux qu’il portait à l’époque, où il est un dandy à la mode anglaise.

S’agit-il bien de Marcel Proust ? Bien malin celui qui peut l’affirmer ! En revanche on peut être certain que Proust se serait étouffé de colère dans la poudre contre l’asthme qui formait un nuage compact dans sa chambre. Énervé d’abord qu’on le qualifie de « dandy anglais » (qui sont-ils, qu’est-ce ?) et ensuite qu’on se trompe en l’affublant d’une redingote.

Bien sur, dans son enthousiasme, la journaliste du Point s’est emportée en décrivant ainsi Marcel Proust. Elle n’a pas pris le temps de se souvenir que Proust surprenait ses contemporains en restant éternellement recouvert de nombreuses couches de vêtements, y compris à l’intérieur. Alors dévaler les marches sans manteau !

L’écrivain frileux était aussi attaché au mot juste. Il n’aurait sans doute pas aimé que l’on appelle son pardessus une redingote. Il n’aurait pas plus aimé qu’on dise de lui qu’il porte redingote et chapeau melon ensemble… En effet, au début du XXème siècle, la redingote ne se porte qu’avec un haut de forme, et le melon, chapeau moins formel, avec une jaquette ou une veste courte. Proust, capable d’un aussi grossier fashion faux-pas ?

Soyons un peu plus sérieux, et tâchons de rendre justice au jeune homme à l’orchidée. Plus que de scruter désespérément une demie seconde de film, demandons-nous comment s’habillait Marcel Proust. Quels autres témoignages nous renseignent sur sa garde-robe ? Quel portrait les vêtements de Marcel Proust dessinent-ils ?

Le tout dernier portrait de Marcel Proust ne lui rend pas justice. Un visage grave, épuisé, et de grandes poches sous les paupières closes. Le reste du visage est couvert d’une barbe fournie.

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Marcel Proust sur son lit de mort, par Man Ray

 

On a du mal à y voir celui surnommé « le petit Proust ».  Toute sa vie, il renvoie à ses contemporains l’image d’un éternel jeune homme. Alors qu’il regarde la foule se presser pour enterrer Proust à la Madeleine, Maurice Barrès se serait exclamé : « Mais Proust, Marcel Proust, mais c’était notre jeune homme ! ».

Ce fameux jeune homme, né en 1871,  pose sur les photos de classe du lycée Condorcet avec une coupe en brosse, vêtu d’un pardessus clair, assez quelconque. Rien ne laisse deviner l’homme de salon, qui saisira l’essence et les milles finesses de la vie mondaine de la Belle Époque.

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Classe de rhétorique au lycée Condorcet (1887-1888)

 

À 20 ans, 1890-1891, l’homme que l’on connaît du portrait de Jacques Émile Blanche se dessine. Une fine moustache sous son nez, surplombé des paupières qui semblent si lourdes. Une raie sur le côté, des cheveux qui ondulent. Proust pose ici en redingote, dont le revers est orné de moitié par de la soie. Il porte une cravate surprenante. Je pense qu’il s’agit d’un nœud lavallière. Difficile de documenter précisément l’objet. Les catalogues commerciaux des Grands Magasins du Louvre nomment l’objet le Colin ou le Sénateur

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Sur le portrait ci-dessous, la silhouette Proustienne se précise. C’est celle du jeune homme à la mode – l’on disait alors à la page. S’il rêvet probablement la même redingote, contrairement au portrait précédent, Proust porte maintenant une cravate à plastron, sur sa chemise un col droit (probablement à coin cassés). Il orne la cravate  d’une épingle. En comparaison de celle portée par Robert Proust, à droite, cette épingle est assez voyante.  Est-ce une fantaisie d’homme du monde ?

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Marcel Proust et Robert Proust vers 1890-1891

Les autres clichés de ces années là montrent un Proust plus détendu, dans des tenues moins formelles… Peut-être sa place est suffisamment définie dans la société du faubourg Saint-Germain. Proust apparait avec le visage que l’on connait du Jeune homme à l’orchidée. Il porte un complet veston, l’ancêtre de notre costume contemporain. Un noeud papillon sombre accompagne une chemise à col cassée. C’est une tenue décontractée. Pour la fin du siècle, rien de flamboyant. La fleur qui orne sa boutonnière n’est pas non plus un accessoire surprenant.

 

Il y a une grande sobriété dans le choix des vêtements de Marcel Proust, durant sa vingtaine.  Par la suite, et jusque dans les années vingt, il garde le vestiaire de sa trentaine qu’il use jusqu’à la corde. Paul Morand raconte ainsi une visite Proustienne :

« […] Il est venu sonner, à minuit et j’ai trouvé devant la porte du petit rez-de-chaussée que j’habitais rue Galilée, c’était au mois d’Août 1915, un homme dans une pelisse, avec une figure très pale, une barbe qui repoussait comme de la moisissure de fromage, très bleue, autour du menton, des grands yeux très  bistrés, des cheveux noirs épais, des dents magnifiques et une voix très douce, très insinuante mais en même temps avec beaucoup d’autorité.

Il était habillé… J’avais devant moi un personnage de 1905… Il était habillé, il avait un chapeau melon gris – je le vois encore, sa pelisse avec un vieux col de loutre, tout usé, une cravate qui ne tenait pas à son col, le col  tenait mal à la chemise, il avait la chemise empesée que l’on avait à ce moment là, il se battait continuellement contre cette chemise qui baillait sous sa cravate, la cravate remontait sur le col, les manchettes étaient tournées à l’envers… Il avait une canne comme on avait à se moment là,  une canne de théâtre, en bois d’amourette, des souliers avec des empeignes de daim gris, bref, exactement la mode de 1905 […] « 

Peut-être Morand est-il un peu cruel lorsqu’il décrit Proust comme figé dans le temps, même s’il est vrai que le romancier ne sort plus beaucoup dans « le Monde ». En revanche, le tailleur de Proust semble être, lui, de son temps. Sur la photographie suivante, tous les éléments de sa tenue sont à la mode des années vingt (la largeur du revers, la longueur de la veste comme celle du pantalon).

Sans doute est-ce là toute l’essence du style de Marcel Proust : porter des vêtements dont les usages et les couleurs évoquent avec nostalgie d’autres décennies. De ce sentiment, son œuvre littéraire en est certainement empreinte : le monde compassé, lent et poussiéreux des salons de La Recherche.

D’accord,  le romancier porte ici une jaquette pour se promener, avec une chemise à col droit. C’est parce qu’il suit l’étiquette d’avant guerre. Peut-être que Marcel Proust ne voulait pas souffrir d’apparaître incorrect au monde,  « ce monde dont il a tant souffert car il était un tendre, car il était un snob » en disait François Mauriac…

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Marcel Proust sur la terrasse du jeu de paume 1921

Cette étude et ces photos ne permettent finalement pas de mettre en évidence une quelconque volonté de faire du genre ou d’être très différemment vêtu du reste des hommes d’alors. Ainsi, il serait possible d’affirmer que l’usage du mot dandy pour caractériser Proust est exagérée. Mais qu’en même temps, l’homme ne cadre pas tout à fait avec les gentlemen d’alors. Il me faudrait achever cet article en confessant que se plonger dans l’univers de Marcel Proust, c’est avant tout prendre le risque de se noyer, tant la littérature abonde sur le sujet.

NB : Cette incursion en terre Proustienne s’est notamment appuyée sur la vente Proust, chez Sotheby’s en 2016, ainsi que sur le documentaire, Marcel Proust, portrait souvenir (1962).

De nombreux ouvrages incontournables existent : le très réçent dictionnaire de Bastianelli ou celui de Bouillaguet et Rogers. De façon plus anecdotique, d’autres ouvrages sont plaisants. Ils permettent de se plonger dans l’univers Proustien plus légèrement, comme celui de Laure Hillerin, Proust pour Rire, chez Flammarion.

Bonne lecture !

Ourlet ou revers ?

Lorsqu’un client sort de la cabine d’essayage, invariablement, je pose les deux même questions : la ceinture est-elle bien ajustée et voulez-vous un ourlet simple ou un revers?

L’ourlet invisible consiste à couper le tissu 5 centimètres plus loin que le bas, et à retourner ce tissu à l’intérieur. Ce trop plein de tissu est ‘glacé’, autrement dit fixé, à l’aide de points qui prennent seulement l’épaisseur du tissu. Des points invisibles réalisés à la machine ou à la main. Le revers consiste en un pliage de tissu qui fait apparaitre une bande à l’extérieur.

Le revers fait classiquement 3cm de haut, c’est ainsi que l’aiment les vieux messieurs. De manière contemporaine, 4cm semble une plus juste valeur, avec un peu plus de présence. 5cm est beaucoup à mon goût mais je reconnais que cela donne une impact visuel intéressant. Bien sûr, 4,5cm est aussi possible. La complication est toujours possible…

Curieusement, beaucoup de clients passés la quarantaine s’étonnent que je propose les revers. Souvent, la femme qui les accompagne s’étouffe en trouvant que cela fait vieux. Indéniablement. Et je réponds que les jeunes adorent ça, ce qui remet les pendules à l’heure. Car oui, les plus jeunes apprécient beaucoup le revers.

Je suis à peu près sûr qu’en volume, je fais au moins 40% de bas revers. La courte majorité revient donc à l’ourlet, mais sans netteté.

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Si beaucoup ont un avis tranché sur la question, un certain nombre toutefois s’interroge sur l’opportunité de l’une ou l’autre finition. Les hésitations sont parfois longues. Que répondre à mon niveau, ce n’est pas simple. Bien sûr, il serait possible de dire que le revers est plus opportun sur un vêtement décontracté alors que l’ourlet simple est plus formel. Mais ce qui est vrai à Londres est inverse ici. Le revers fait assez formel. Alors, c’est un peu la roulette.

Comme le disait John Slamson de Parisian Gentleman en visite récemment, ça dépend un peu de l’humeur du jour et de l’âge du capitaine. Je dois dire que pour moi même, je choisis au petit bonheur la chance. Certaines fois, le revers m’inspire, d’autres, la simplicité de l’ourlet me plait.

Quant à savoir si le revers tasse ou si l’ourlet allonge… C’est des fadaises. Tout est encore une fois une question de goût personnel. J’écoute toujours bien sûr avec attention les empilements argumentaires à ce sujet. Les architectes prétendent aussi que telle couleur repousse les murs et que telle autre les écrase. C’est assez subjectif.

Alors laissez-vous faire. Devant un miroir lors d’un essayage, tous les petits détails prennent des proportions délirantes. Au fond, le bas du pantalon, on ne le voit plus dès qu’on le porte. Alors, relativisons.

Belle semaine, Julien Scavini

 

Décès du tailleur André Guilson

Chers amis, c’est avec tristesse que je vous annonce le décès du tailleur André Guillerme, plus connu sous le nom d’André Guilson, du nom de sa boutique. La maladie a eu raison de sa gentillesse et de sa bonne-humeur, à l’âge de 79 ans.

J’avais eu le plaisir de faire un reportage dans sa boutique, que vous pouvez retrouver ici : https://stiff-collar.com/2012/01/30/visite-chez-le-tailleur-guilson/

Tous les élèves de l’Association de Formation Tailleur se souviendront longtemps de l’homme, qui a beaucoup fait pour pérenniser le métier et donner à des jeunes comme moi l’opportunité de l’apprendre.

Ses obsèques auront lieu vendredi 27 avril à 15h au cimetière Voltaire, à Suresnes.

Julien Scavini

Les cols de chemises (et leur hauteur)

Pour rebondir sur l’article du mois dernier consacré à la chemise de week-end, intéressons nous cette semaine aux cols des chemises. Les modèles sont légions, pas une chemise n’a le même col qu’une autre. Les fabricants regorgent à ce sujet d’inventivité.

POINT 1 : comment appeler les cols ?

Toutes les marques donnent des noms à leurs cols : col Eton, col Oxford, col X, col Y. D’autres donnent des nationalités : col italien, col anglais, col slovaque, col iranien (blague!). Autant le dire, c’est des idioties. La plupart des cols ont été développés au début du XXème siècle et la plupart l’ont été par les anglais. Donc a priori, pour moi, la plupart des cols sont anglais. Du coup, c’est un mauvais point de repère.

Le col le plus classique, celui des bons faiseurs à l’ancienne, de Jermyn Street à Londres ou Charvet à Paris peut être appelé logiquement : col classique. James Darwen dans Le Chic Anglais estime que les pointes de ce col font 7cm environ. Jeremy Hackett donne le parfait exemple de ce col classique (lui d’ailleurs les aime très souples apparemment).

Le col est un peu plus ouvert (appelé col italien la plupart du temps) est celui qui plait le plus actuellement. Juste compromis de forme, il vient épouser les revers de la veste et permet de loger des petits ou gros nœuds de cravate. Il me semble que Thomas Pink ou Hast utilisent ce col abondamment, comme un certain nombre d’autres maisons.

Le col qui semble coupé tangentiellement au cou, donc assez ouvert est dit cut-away. C’est archi anglais comme modèle, des faux-cols au début du siècle précédent étaient déjà comme ça. Mais certains disent col italiens aussi. Curieusement. Ce col est relativement petit d’aspect, car ses pointes forment un angle obtus.

Si le col est encore plus évasé, on parle alors de cut-away full spread, pour écart maximum. Très racé, les pans de la cravates apparaissent alors de chaque côté du nœud. Ralph Lauren ou Daniel Crémieux apprécient mettre en valeur ce col.

Enfin, les autres cols, tab-collar boutonné sous la cravate par une patte, à pointes rondes, à pointes très rondes (appelé parfois col club), ainsi que d’autres sont trop nombreux et trop variés pour les décrire parfaitement.

POINT 2 : la dimension des cols varie-t-elle?

Oui, pour un modèle de col, il est possible de faire varier les dimensions. C’est là que la question devient plus complexe. A partir des modèles classiques décris auparavant, il est possible d’appliquer des modifications de dimensions.

Un col est constitué d’un pied de col et d’une retombée de col (la partie visible). Le pied de col classique fait 25mm devant et 31mm derrière. La retombée couvre le pied de col à l’arrière et s’évase devant suivant un dessin qui le caractérise. Généralement, à la pointe, le col fait 7 / 7,5cm donc.

Il est possible d’agrandir un peu la dimension du col et du pied. Ainsi, le standard grand chez les chemisiers est 30mm devant et 36mm derrière, pour une retombée mesurant à la pointe entre 7,5 et 8cm.

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Les chemises que je me commande ont depuis longtemps toutes le même col, un modèle assez classique et un peu haut, d’après une chemise que j’avais acheté dans un magasin sans prétention il y a des années. J’ai testé plusieurs fois d’autres cols, ouverts, très ouverts, en les aimant, mais jamais de manière aussi nette que ce col précis.

En creusant un peu le sujet, j’ai pris goût à ce standard de col un peu haut. La raison m’apparait assez simple, j’ai un cou long, et un col un peu haut l’habille mieux. Je trouve aussi les modèles un peu haut assez racés. D’ailleurs, les maisons un peu en vue, comme Drake’s, Berg & Berg et d’autres italiens proposent tous des cols hauts. Y compris lorsque le col est boutonné. Le col boutonné Bonne Gueule est tout petit, alors que le col boutonné G Inglese est immense. Question de goût.

Le col haut n’impose pas un nœud de cravate plus gros :

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Toutefois, il semble clair que le marché français n’aime pas ce col, comme j’ai pu en discuter avec d’autres marchands / fabricants. Et même plus, le marché français aime les cols plus petits que le standard. Il suffit de voir les propositions de De Fursac et consort. Même Arthur & Fox propose des cols moyens à petits.

Il me semble tout  de même que les faiseurs qui se donnent du mal et cherchent à proposer des belles chemises font des pieds de col haut.

Et vous?

POINT 3 : le col doit-il passer sous la veste?

Pas nécessairement. Un col classique ne peut pas aller jusqu’au revers de la veste, car il est placé plus en avant. Un col cut-away standard aura aussi du mal à épouser parfaitement le bord de la veste.

Si le col est haut, il ira plus facilement jusqu’à la veste.

Tout est une question de goût personnel. Il n’y aucune obligation ni dogme. Pour certain, c’est une question de vie ou de mort que le col de chemise épouse les revers. Pour d’autres, la question cruciale est d’avoir un petit col qui va bien avec une cravate slim… Tant que l’ensemble est harmonieux.

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POINT 4 : la forme du visage est-elle en rapport avec la forme du col?

Là encore, je ne vois pas comment scientifiquement étayer un argumentaire  prouvant par A+B que telle forme va à tel visage. Surtout que d’une époque à l’autre, les paradigmes changent et les argumentaires aussi. Dans les années 70, la mode était aux cols très généreux. Dans les années 80 et 90, les petits cols cut-away ou classiques plaisaient.

C’est une question d’appréciation personnelle et d’expérience. Il est possible de se sentir mieux avec tel ou tel col. Le col très ouvert par exemple, est particulièrement typé sur tout le monde, que le cou soit large ou mince, le porteur grand ou maigre ou petit ou gros. C’est une question d’appropriation. Si vous voulez ressembler à une publicité Ralph Lauren, c’est le col qui faut. Si vous voulez ressembler à une publicité The Kooples (c’est possible?), vous choisirez plutôt un petit col. Et dans dix, quand la mode aura changé, vous changerez de chemises.

Voici quelques pistes pour vous aider à choisir votre col et la chemise qui va avec!

Belle semaine, Julien Scavini

Les poches plaquées

Il existe classiquement deux manières de faire des poches sur une veste : par crantage (c’est à dire, dans le vocabulaire tailleur, cranter égale poinçonner ou percer) ou par application.

Dans la première variante, l’ouverture de la poche donne sur un sac dissimulé à l’intérieur de la veste. Cranter le tissu revient donc à y pratiquer un ouverture propre pour laisser passer la main. Il existe deux sortes de poches qui permettent de traverser l’étoffe : la poche de poitrine, avec sa patte légèrement oblique, et la poche passepoilée. Les passepoils sont deux petites bandes de tissu qui bordent l’ouverture (je l’avais expliqué ici). En général, entre les deux passepoils est intégré un rabat de poche, mobile. Ces deux poches sont assez longues et périlleuses à réaliser. Il faut en effet percer adroitement le tissu, sans déchirer notamment les coins des poches qui feraient alors apparaitre des fils à vif. La poche pourrait craquer si elle est mal réalisée.

Tout aussi long mais bien moins fastidieuses sont les poches appliquées ou plaquées. La forme légèrement arrondie est à la fois décorative et utile, elle est le sac de poche. Dans l’autre type, il y a dissociation entre l’allure de la poche (deux lignes ou un rectangle sur la poitrine) et sa contenance. Les deux ne font qu’un avec la poche plaquée. C’est donc un modèle assez utilitaire, commun, à l’inverse des poches crantées qui sont plus érudites, qui cherchent à dissimuler l’utile, donc à embellir.

Toutefois, les tailleurs ont cherché à rendre belle cette poche plaquée, à allier l’utile à l’agréable. Les vareuses d’ouvriers ont généralement des poches plaquées basiques, plutôt carrés simplement cousues à la machine. Les tailleurs ont cherché le raffinement, par la courbe, plus dure à bien faire, et l’application aux petits points dissimulés.

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De gauche à droite : poches crantées (passepoilée en bas et poitrine en haut) ; poches plaquées traditionnelles ; poches plaquées contemporaines.

Les livres de coupe classiques ont tendance à présenter des poches plaquées en forme de U, assez pataude et très années 50. C’est ce que j’ai appris à faire à l’AFT par exemple (un vieil article sur les poches ici). Une belle poche plaquée conventionnelle. Il faut toutefois remarquer que de nos jours, les tailleurs italiens et les usines bien inspirées proposent des modèles plus arrondis. Les napolitains sont même devenus maîtres dans cet art de la poche plaquée tout en rondeur.

Sur une veste conventionnelle, il y a normalement trois poches. Une à la poitrine et deux sur les côtés plus bas. Il est donc possible et faisable d’avoir trois poches plaquées sur sa veste, une petite et deux grandes. Toutefois, il me semble que si l’on aime les pochettes, il est préférable de recourir à une poche poitrine normal, qui a tendance à moins gonfler à cause de la pochette. La petite poche plaquée devient vite anormalement joufflue sinon.

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Une veste avec des poches plaquées est plus ‘sport’ qu’une veste à poches normales. Les vestes dépareillées se prêtent mieux aux poches plaquées, bien que quelques élégants aiment aussi en avoir sur leur costume, pour donner un air nonchalant, décontracté et italien. Il semble que les auteurs anglais parlant d’élégance désapprouvent la poche plaquée, synonyme de laisser-aller. Une poche est « crantée » dit James Darwen. Donc c’est une affaire de goût et de tenue. La vieille baderne X sera outrée que le blazer du monsieur Y d’à côté soit à poches plaquées, le dit monsieur Y s’offusquera lui du port de souliers noirs avec le blazer de monsieur X. On est tous le mauvais goût d’un autre.

Côté saison, les poches plaquées ne sont pas plus été qu’hiver. Un beau tweed sera très sympathique avec, comme un lin frais et aéré.

Le veston croisé peut aussi avoir des poches plaquées. S’il y en a trois (celle de la poitrine), alors il ne sera pas possible de placer convenablement les deux boutons décoratifs qui font tout le charme et l’allure du croisé. Dommage. Deux poches plaquées sont suffisantes je crois ; elles sont déjà très osées sur le croisé je dirais. Qui a dit que le vestiaire masculin manquait de variété. Diantre, que de combinaisons.

Belle semaine, Julien Scavini

La chemise de week-end

En consultant les sites de vente de vêtements pour pour homme, je ne cesse de tomber sur la dissociation de produit ‘chemise habillée’ et ‘chemise décontractée’. J’ai fini par conclure moi-même que cette différence devait être fondamentale dans la penderie masculine. D’un côté du blanc et du rayé, blanc, bleu, de temps en temps rouge ou rose, de l’autre, de l’uni, oxford, chambray, denim et des carreaux, vichy, tartans, mais aussi des points et petits motifs semés.

La dissociation a du sens, c’est vrai, et va dans le sens de mon propos habituel, sur l’usage et l’instant. Je ne peux dès lors pas trouver cela curieux.

Pourtant, force est de constater que dans ma propre penderie, je ne crée pas ou peu cette dissociation.

J’ai beaucoup de chemises. C’est mon petit plaisir. Si j’ai des costumes relativement classiques comme je le disais la semaine dernière, j’ai pas mal de chemises. Je trouve des coupons au Marché Saint-Pierre (chez Sacré Coupon le plus souvent) à Montmartre et me fait réaliser des chemises par mon atelier français*. J’ai donc pas mal de choix. Toutefois, rien d’extravagant, beaucoup de rayures plus ou moins larges et espacées, un peu de carreaux, des unis simples, blanc, bleu ciel, lavande, etc…

Pour moi, toutes ces chemises sont portables semaine et week-end. A vrai dire, le questionnement vient plutôt de comment l’associer. La chemise bleu ciel ou rayée bleue va autant avec un costume qu’avec un chino et un pull-over. La chemise à carreaux genre tattersall va autant avec un costume de tweed qu’avec un velours. La chemise vichy rouge égaye autant un costume simple qu’un chino beige. Ainsi de suite. Je les utilise toutes et c’est l’association qui fait l’instant.

J’ai peu de chemises spécifiquement week-end, à part peut-être un gros tartan spécial Noël (dont j’ai déjà parlé), deux ou trois vieux modèles auxquels j’ai retiré le col pour faire des tuniques, et des chemises à manches courtes Monoprix pour l’été (je porte peu de polo).

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Mes chemises habituelles font bien l’affaire le week-end, lorsque je suis en pantalon de velours ou en chino. Point besoin de particularité à mon sens. Peut-être car j’aiguille plutôt mes dépenses vers l’officiel – la semaine – et moins vers le décontracté?

Il me semble – mais je peux me tromper – que le week-end, le goût classique ne commande pas de fantaisie particulière. La segmentation de marché, si elle est logique du point de vue de la collection et de l’orientation de l’acheteur, butte sur la réalité. Les bonnes chemises se portent tout le temps.

Alors certes, j’ai plutôt tendance à mettre des chemises un peu anciennes le week-end, plutôt que les neuves et les blanches, histoire de préserver le beau pour la semaine avec le costume. La chemise décontractée est-elle dès lors plutôt orientée vers celui qui ne porte pas de costume, et cherche dès lors une belle chemise un peu différente? En mesure, rares sont les clients à me demander des chemises particulières (velours fin, lin, points et petits motifs).

Mon fabricant de chemise me disait aussi récemment que de plus en plus de marques demandaient des cols ultra-souples pour les chemises décontractées. Pour en avoir quelques unes de prêts-à-porter variés, je dois avouer être souvent agacé par le manque d’allure et la mollesse de ce genre de col. Autant je préfère que les baleines soient cousues à l’intérieur (pour éviter de les perdre), autant je ne comprends pas ce désir de souplesse. Qu’apporte-t-il sinon du négligé?

Bref, la chemise, un marché mystérieux.

Belle semaine, Julien Scavini

* le prix des chemises ‘mesure’ dans ma boutique est de 140€ l’unité puis 500€ les 5. Et 300€ les 3 sur des tissus fournis par le client.