Un pantalon se termine invariablement, en haut, par une ceinture. Cette ceinture cousue, car je parle là de la partie terminale du pantalon et non de l’accessoire en cuir, fait traditionnellement 4cm de large. Les pantalons de paysans et d’ouvriers ont tendance à être bien plus large, pour apporter un soutien lombaire. Les deux pans gauche et droites se rejoignent à l’arrière où ils sont cousus ou bien partiellement cousus, pour donner une certaine souplesse. Devant, ils se chevauchent pour se boutonner ou s’agrafer l’un à l’autre.
La ceinture est coupée en droit-fil, c’est à dire dans la verticale du tissu, sens toujours le moins déformable, le moins extensible. De la vertical, la ceinture se retrouve donc à l’horizontal pour garantir l’indéformabilité de la taille du pantalon. Celui-ci serre bien sans s’agrandir.
Généralement, un pantalon se coupe avec un petit peu d’aisance par rapport à la taille du client. Ainsi, si l’on mesure 88cm, il est bon de coudre un pantalon qui fait 89 à 90cm de tour de ceinture suivant le désir de chacun. Certains aiment être serrés, d’autres aiment être au large. C’est une affaire de goût.
Il est surtout vital d’avoir un peu de mou lorsque l’on s’assoit. Sinon, gare aux maux de ventre. Comme les pantalons ne sont pas élastiques (du moins historiquement, car dans les années 60, de nombreuses marques se développèrent sur la mode du pantalon stretch dit ‘élastis’, comme Bruno Saint Hilaire), il fallut bien inventer des systèmes pour facilement serrer ou desserrer le pantalon. Le ceinturon en cuir fut donc inventé.
Pour faire tenir le ceinturon en place, les tailleurs disposèrent autour de la ceinture du pantalon un certain nombre de passants, petits languettes de tissus. Classiquement, ils sont au nombre de 6 à 8. Plus 1 : le porte ardillon disposé devant au dessus de la braguette. Celui-ci sert à maintenir l’ardillon, c’est à dire la partie mobile de la boucle de ceinture, le pivot, à sa place.

Les jolis pantalons des tailleurs ont des passants de ceintures qui sont cousus de part et d’autre de la ceinture. C’est à dire que les extrémités des passants disparaissent sous la ceinture et dans la doublure en haut. C’est plus fin que le manière industrielle de coudre le passant à vif, laissant toujours quelques effilochures.

Une autre façon de serrer la ceinture a été développée, peut-être même antérieure à la ceinture de cuir : les ajusteurs latéraux. Ceux-ci se présentent sous la forme de languettes de tissus qui s’ajustent au travers d’une boucle métallique. Il y a un ajusteur de chaque côté. Les vieux pantalons qui présentaient un dos montant pour bretelles pouvaient avoir un seul ajusteur, situé derrière.

Notons également que les ajusteurs peuvent se présenter sous la forme de pattes boutonnables. Ce dispositif peut se présenter sous deux aspects: classique sans élastique, ou moderne avec élastique intégré. Je n’avais jamais été vraiment convaincu jusqu’à ce qu’un client me demande cela. La patte à bouton émerge d’une découpe dans la ceinture. A l’intérieur de cette ceinture tunnel est placé un élastique relié à la patte. Et bien je dois admettre que ce détail est super pratique. Car si l’on ajuste la ceinture en boutonnant au plus serré, il est possible de garder une belle souplesse lorsque l’on s’assoit, l’élastique joue son rôle à plein ! C’est une vraie trouvaille je dois avouer !

Pour aller plus loin, je note aussi que certains industriels et tailleurs ont décidé de ne plus coudre de ceinture intégrée. Le pantalon se termine ainsi tout simplement. la rigidité à l’horizontal, la fameuse indéformabilité de la ceinture est alors apportée par la doublure intérieure, qui est en droit-fil. C’est aini qu’Uniqlo coud ses chinos ou que le tailleur STEED réalise ses pantalons, voyez plutôt.
Enfin se pose la question du style. Est-il préférable de porter une ceinture ou vaut il mieux l’abandonner?
D’aucun émet l’hypothèse que la ceinture en cuir a tendance à couper la silhouette en deux alors que les tirettes ont l’avantage d’être plus minimalistes…? C’est un point de vue dogmatique. Car je n’ai jamais trouvé que le style d’une personne était altéré par cette démarcation.
Une chose est sûre, si votre pantalon est à la bonne taille, la nécessité de serrer est faible. Ceinture comme ajusteurs sont alors superflus et ne servent principalement qu’à décorer, qu’à habiller le pantalon. La ceinture de cuir constitue un accessoire qui, s’il rappelle le cuir des souliers, est très élégant. Et l’été, la ceinture peut être un ruban coloré ou tressée. Les ajusteurs sont par ailleurs si rare en prêt à porter qu’ils sont alors un point positif du sur-mesure.
Bref, je peux lister tous les arguments que possibles, chacun doit se faire sa propre idée… Suivant l’usage, vous pouvez aussi varier les plaisirs. Avec tel costume la ceinture, avec tel autre, en particulier trois pièce, des tirettes. Le tweed va bien avec une ceinture de veau-velours et le pantalon de velours-côtelé avec des tirettes. C’est selon…
Bonne semaine. Julien Scavini





















