Commençons le cours

Je vais vous présenter au fil des prochaines semaines, le cours – dans les grandes lignes – que je donnais l’année dernière à l’École des Tailleurs sur l’élégance masculine. Ce cours s’appuie en très grande partie sur les images d’Apparel Arts intégrée à ce blog. Il s’adresse en priorité à un auditoire non-éclairé. Il est donc très basique. Débutons…

L‘élégance masculine possède ses propres règles. Je vais essayer de vous présenter celles-ci, structurées d’après mes lectures diverses (cf. bibliographie). Vous pouvez tout à fait les rejeter, c’est votre droit le plus absolu. Mais vous pouvez aussi vous interroger. D’où viennent ces règles ? Principalement de l’Angleterre de George V et de George VI, soit approximativement entre 1900 et 1950, avec un âge d’or que les amateurs situent vers 1930. Comme toutes les expressions humaines, l’habillement a été érigé en art. Et cet art s’est doucement sédimenté, couches par couches, au fils des époques jusqu’à nos jours.

Et si l’on fait exception de la période contemporaine ayant vu l’avènement du post-modernisme et la destruction des canons, a priori, un art est régie par des règles internes et externes. Ainsi, en peinture il existe des règles de maniement du pinceau et des règles de présentation des œuvres et des sujets. Des règles pour la forme, des règles pour fond. De nos jours, ces règles ont été remplacées par le diktat du talent, du génie personnel. A prix d’un travail personnel plus immense et encore plus élitiste. L’artiste n’est plus dans le canon, il est le canon. Chaque artiste définit donc le sien. Seuls les plus grands créent plus ou moins des canons à l’usage des autres : je pense à Le Corbusier en architecture, et aux suiveurs, néo-corbuséen de plus ou moins grand talent. Le styliste est l’artiste du vêtement. Il crée son propre référentiel et travail dedans. Avec plus ou moins – la encore – de succès. introduction cours

Bref, ici nous ne formons pas des stylistes, mais des artisans, des faiseurs. Vous avez déjà bien assez d’apprendre des gestes pour en plus devoir créer votre vocabulaire formel. Il en est tout autant pour vous cher lecteur. Vous avez déjà certainement bien assez de choses à penser pour ne pas devoir rajouter une strate complexe au sujet de votre façon de vous vêtir. Pour autant, sentir le t-shirt de la veille puis l’enfiler en même temps qu’un pantalon de survêt’ serait trop facile. Un peu d’effort est nécessaire, une question d’humanité, de chemin vers l’art. Vivre en beauté disait Saint-Laurent. Heureusement pour vous, des canons existent en mode masculine. Certes ils sont datés, certes, ils ne s’adaptent plus forcément à toutes les situations. Mais nous allons voir de quelle manière les faire évoluer, les bousculer. Car ils sont flexibles. Retenez bien cette notion. Les règles de bon sens de l’habillement doivent être vues comme une facilité d’esprit, un ensemble flexible et adaptable. Non un carcan : vous n’aurez rien compris.

Les élégances sont plurielles. A partir des mêmes bases, les résultats peuvent varier du tout au tout. La règle ne conduit pas à l’uniforme, bien au contraire. Elle n’est qu’ordonnancement de la liberté. Ordonnance que vous pouvez refuser. Mais que vous refuserez mieux si vous en connaissez le chemin et donc l’opposé où aller… Mais de toute manière, vous suivrez une autre ordonnance si vous refusez la précédente, à moins de préférer le chaos, mais je laisse ça aux plus fous.

L’idée est simple, chaque semaine un thème, ville, campagne, sport, soir etc. Dans chaque thème les règles, les exceptions, les possibles, les illustrations et les pistes d’évolutions. Dans chaque thème, il sera intéressant de mettre en perspective la version historique, grâce aux images d’Apparel Arts, et une version actualisée. Nous pourrons évoquer les changements intervenus ainsi que parler des différentes analyses suivant les pays.

Le but est de prendre un peu de plaisir dans l’apprentissage. Ensuite, simplement, calmement, la mise en place et l’analyse personnelle que vous en ferez vous donnera toute la liberté possible et se transformera en plaisir : celui de suivre au plus près avec gourmandise, ou au contraire de vous écarter avec malice du droit chemin…

Julien Scavini

Les voeux de Stiff Collar

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, permettez moi de vous présenter mes vœux pour 2013.

Je souhaite que cette année soit heureuse pour vous et vos proches, qu’elle apporte paix, santé et prospérité !

Pour ma part, je continuerai à jongler tant bien que mal entre mon activité professionnel et le blog, pour vous apporter chaque semaine un nouveau petit caillou sur le chemin semé d’embûches de l’élégance.

voeux 2013

Amicalement. Julien Scavini

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

Pour bien commencer l’année, je vous joins deux vidéos explorant la fabrication des tweeds Molloy & Sons :

Figurines de fêtes !

Comme chaque année, je vous présente avec plaisir – chaque jour de la semaine entre Noël et Nouvel-An – une collection de figurines habillées de tenues variées. Commençons ce jour.

NOEL 2012 1

A gauche, appelons le : Francis porte un costume en tweed Donegal Holland & Sherry 340gr. Une chemise crème et une cravate en grenadine jaune. Souliers en veau-velours tabac blond Bowen. A droite, appelons le : Philippe porte un costume de flanelle vert sapin Gorina 450gr, avec un gilet de la même flanelle mais couleur chamois. Cravate orangé à petites palmettes cachemire et une chemise à carreaux. Les derbys proviennent de chez Church’s et la pipe a été culottée au Riesling 😉

Bonne soirée en famille ! Bon réveillon !

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

Jour de NOËL ! Joyeux NOËL ! J’espère que vous avez tous bien réveillonné, et que le diner fut gargantuesque 😉

NOEL 2012 2

A gauche, appelons le : Edgar porte un gilet tricoté de laine vierge bicolore et un pantalon de moleskine rouge brique Holland & Sherry 650gr. La chemise est rayée bicolore, rouge et bleu. Les souliers sont de type bucks en veau-velours bleu marine et à semelles de caoutchouc de chez Fairmount. Francis porte lui un blazer en cavalry twill Gorina 420gr avec un pantalon de flanelle J.J. Minnis de 400gr ; une chemise rayée bleu et une cravate club, ainsi que des richelieus Bowen  en veau-velours. A demain.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

NOEL 2012 3

Philippe porte un costume à motifs têtes de clous anthracite de chez Dugdale Bros’ en 280gr, avec une chemise rayée rouge et un nœud papillon dans les mêmes tons. Les souliers sont des derbys noirs 5 œillets des chez Alden. A droite, appelons le : Henri porte un costume croisé en fins chevrons bleu marine Drapers 340gr, une chemise bleu ciel et une cravate et pochette dans les tons violet. Les richelieus sont de type balmoral de chez Markowski.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

NOEL 2012 4A gauche, Philippe porte une veste en pied de poule coupée dans un drap William Halstead 320gr, sur un pantalon plus gilet en flanelle Gorina 450gr. La chemise est à petits carreaux rouge -rouille et la cravate en laine et soie à rayures club. Les souliers, des derbys viennent de chez Shipton & Heneage. Edgar porte lui un cardigan à manches à grosses côtes tressées rouge -rouille avec une chemise jaune à rayures blanches. Le pantalon est un velours 500 raies de chez Holland & Sherry en 650gr couleur biscuit. Les chaussettes rouge -rouille sont complétées de souliers en veau-velours à semelle de gomme. Un fin whiskie et un foulard jaune / rouge complètent l’ensemble.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif?w=153&h=12&h=12

NOEL 2012 5Avec une journée de retard, pardon. A gauche, Henri porte un smoking droit à cran pointu en grain de poudre Bateman Ogden 340gr et revers en faille de soie. La chemise est en popeline simple, le nœud en soie et les richelieus vernis de chez Crockett & Jones. A droite, Francis porte une veste d’intérieur en velours de coton et soie rouge, parement du col châle en soie à petits motifs imprimés et fermoirs et décorations en cordelette tressée.  Le pantalon de smoking est en grain de poudre également (barathea), les chaussettes mi-bas en fils d’Écosse et les souliers vernis de chez Alden.

J’espère que cette série vous a -plu -intéressé -amusé -inspiré… ? Je vous souhaite une bonne fin de semaine, et un bon réveillon ! A très vite. Julien Scavini

Stiff Collar se parfume

Aujourd’hui et à l’approche des fêtes, je vais faire un petit tour des parfums élégants et raffinés que j’ai eu le plaisir d’essayer ou dont on m’a dit beaucoup de bien. Parisian Gentleman avait déjà fait un article sur le sujet, qui sur le moment m’avait paru décalé, mais qui au fond avait été très utile, j’avais par exemple découvert Grey Flannel de Geoffrey Beene. Curieux parfum du reste. Bref à moi de vous présenter ma petite sélection, à découvrir. Difficile de vous les décrire, je ne suis pas très doué pour parler d’odeurs. Une caractéristique à l’ensemble : la note de cœur y est caractéristique d’une plante, le parfum ‘presque simple’, a l’instar des essences de fleurs ou de fruits, directement utilisées. J’accroche en effet moins aux parfums dont on ne sait vraiment ce qu’ils contiennent.

parfum 1

Le premier est GREEN IRISH TWEED de la célèbre maison franco-anglaise Creed. Cette fragrance aurait été créée en 1985, ce n’est donc pas un grand classique historique. Odeurs : Verveine, Iris, feuilles de Violette.

Le second est VETIVER ORIENTAL de Serge Lutens. Le meilleur Vétiver qui soit d’après l’un de mes clients. Le flacon est élégant du reste. La maison Lutens est jeune (l’an 2000) mais le créateur expérimenté.

Le troisième, un classique parmi les Eaux de Cologne, unisexe qui plus est : GENTIANE BLANCHE de chez Hermès. Un classique très simple, qui reste. Discrétion et raffinement pour cette essence, l’une de mes préférées. Bien mieux que Terre d’Hermès ! Dans la même série, Eau d’Orange Verte, mais un cran en dessous.

parfum 2

Le premier de cette deuxième série, un flacon que je finis et avec lequel j’ai eu énormément de plaisir : ABSINTHE VERTE de la jeune maison Kilian. Kilian Hennessy, comme son nom l’indique est l’héritier de la famille des spiritueux du même nom et pour une fois dans ce genre de cas, il a du talent ! Absinthe Verte est composée en grande partie de Lavande. Et c’est l’un des rares parfums où cette essence, subtile tient ! Un must have.

Deux, DOURO, EAU DE PORTUGAL de chez Penhaligon’s. Un délice frais mais pas si simple à décomposer car complexe : Neroli, Bergamote, mousse de Chêne etc… Un archi-classique méconnu d’une maison célèbre ! Loin des sentiers battus.

Enfin, EXTRACT OF LIMES de Geo. F. Trumper. Maison plutôt londonienne et difficile à trouver sur Paris mais enfin sur internet on y arrive. L’une des meilleures essences de Citron que j’ai eu l’occasion de tester. Il reste et dure sur la peau.

Voilà. J’espère vous avoir fait découvrir quelques essences que vous ne connaissiez pas. Essayez les si vous croisez une parfumerie… A voir et à sentir. Bonnes fêtes ! Julien Scavini

Le gilet dépareillé

L’idée même du gilet dépareillé m’a toujours paru curieuse. Avec la jaquette, il s’agit du complément essentiel. Aussi, avec un costume de tweed uni, un petit gilet épais en tattersall est idéal. Mais pour le reste je me suis souvent interrogé. Et puis un client m’a demandé un gilet gris clair droit pour mettre avec un costume anthracite. Why not. Et le résultat était plutôt pas mal.

Alors je me suis interrogé et ai fait quelques recherches. Car si l’on met assez peu de nos jours de costumes trois pièces, avoir un petit gilet avec un costume, qu’il soit appareillé ou non, peut présenter beaucoup d’avantages. Vous pourrez le porter pour le mariage d’un ami en complément de votre costume de travail, ou alors à une soirée d’anniversaire, ce sera plus habillé !

03 Mise en page _ LayoutDans un numéro du magazine Adam des années 50, j’ai trouvé ces deux options pour des gilets dépareillés. Ainsi, avec un costume droit, qu’il soit à crans pointus ou à crans normaux, il est possible de faire faire un petit gilet droit ou croisé. Et au delà de la différence de tonalité (bleu ciel sur bleu marine, gris clair sur gris foncé) vous pouvez jouer sur la couleur. Ainsi, en complément d’un costume anthracite, nous pourrions imaginer un petit gilet aubergine, de lin et coton, ou en shantung de soie ; et avec un costume bleu marine – le plus simple possible – un gilet rayé bleu ciel et blanc, pourquoi pas avec une rayure à l’horizontale ? Bref, imaginez les possibles. Un gilet n’est pas une pièce onéreuse. Et cela apportera à votre costume uni une touche de fantaisie qui reste dans les limites du goût et des usages !.

Julien Scavini

Une dernière petite chose m’sieur

Retour aux séries de références cette semaine, avec un choix qui en surprendra plus d’un. Car il est de notoriété publique que le héros est l’homme le plus mal habillé du monde, souvent comparé du reste à un célèbre homme politique français. Mais si le dernier affectionne la bouteille, le premier lui aime le cigare. Enfin lorsque l’on dit cigare, il vaut mieux entendre morceau de tabac mouillé. Reconnaissable entre mille à son imperméable défraichi et à sa Peugeot 403, je veux bien sûr vous parler de l’inspecteur Columbo, interprété par Peter Falk.

Et oui, choix surprenant n’est-il pas ? Je me suis en effet lancé depuis quelques semaines dans une intégrale des épisodes de la série, qui je le rappelle, a débuté en 1968, c’est dire l’ancienneté ! (cela fera plaisir à mes lecteurs les moins jeunes :)) Un premier épisode pilote où Columbo était déjà mal fagoté : imperméable beige froissé, costume de type sack-suit beige/rose sans grande forme et rarement fermé, souliers marrons et ceinture noire, cravate de grenadine verte.

J’ai débuté cette intégrale avec l’idée de pouvoir comparer, non pas les tenues de l’inspecteur, mais celles des méchants et personnages secondaires. Car les derniers épisodes datent de 2003. Cela en fait donc l’une des séries avec le plus de longévité (même s’il y eut une interruption d’une décennie 1978-1989).

Columbo

Et les méchants justement, dans la première partie que j’ai regardé (1968 à 1973), sont géniaux ! Le travail des costumiers(ères) est notable à plus d’un titre. D’une part, ils sont tellement typiques de l’époque que c’en est une source d’inspiration extrêmement importante : revers très généreux, grands cols de chemises que ne renierait pas Marc Guyot, nœuds de cravate généreux. Typique ! Et puis les accords sont souvent osés : princes de galles, carreaux, rayures ou laine/tweed/soie etc… Bref, les méchants ressemblent à des méchants avec beaucoup d’allure, de la même manière que chez James Bond, sauf qu’ici, le fin limier à la petite question fait effet de contraste par rapport à eux.

Qui sont les tueurs ? Des grands bourgeois : le grand psychanalyste, le général, le fils de bonne famille, l’architecte, le chef d’orchestre… Bref, pas n’importe qui. Et justement, la garde-robe souvent va avec le personnage. Ça et les automobiles.

Les décors ne sont pas en reste non plus. A la manière d’Arabesque, les meurtres ont toujours lieu dans la haute société (les assassinats chez les pauvres sont ils sans mobile dissimulable? Il faudrait demander à Julie Lescaut). Dès lors, les visites dans les grandes propriétés de Los Angeles et de ses alentours recèlent bien des surprises architecturales : maison d’architecte ici, panorama touristique là etc..

Bref, Columbo, malgré l’apparence rebutante du héros est une référence en terme d’élégance masculine, car les recherches menées par les habilleurs(euses) sont de très haut niveau et marquées par leur époque, ce qui permet, au fil des épisodes, de tracer presque une histoire du vêtement masculin contemporain. Il y aurait un thèse à faire sur le sujet… A bon entendeur.

Julien Scavini

Remerciement à un Parisian Gentleman

J’écris ce court billet pour remercier publiquement M. Hugo Jacomet – alias Parisian Gentleman pour ceux qui ne sauraient pas – d’avoir organisé hier soir, chez Ralph Lauren boulevard St Germain, une soirée en l’honneur de M. James Sherwood, historien passionné de l’élégance britannique et des tailleurs du Row en particulier.

Je le remercie d’autant plus que l’événement fut un franc succès, où j’ai pu rencontrer nombre d’entre vous, lecteurs et amis. Je voudrais aussi souligner le caractère exceptionnel de l’événement qui était ouvert à tout un chacun (sous réserve d’inscription). Car ce genre d’événement mondain est souvent réservé aux mêmes petits cercles.

Et je rajouterais même que je trouve ahurissant qu’il faille un indépendant, bénévole de surcroit et passionné d’élégance, pour organiser une fête pareille. Où sont les magazines, Monsieur et Dandy dans cette histoire ? Le premier propose bien une chronique mondaine en photo dans ses colonnes, mais uniquement pour célébrer l’entre-soi, autour de stylos et champagnes hors de prix, entre autres… Alors qu’hier soir, jeunes, moins jeunes, élégants et rockeurs, riches et moins riches étaient réunis dans une atmosphère délicieuse, avec champagne et petits-fours !

Alors encore merci cher Parisian Gentleman ! Avec une illustration 😉

Hugo Jacomet

Julien Scavini

La cravate 7 plis

Snobisme ou effet de mode, telles sont les deux premières idées qui me venaient à l’esprit lorsque j’entendais parler de cravates 7 plis. Je trouvais bien celles d’Arnys magnifiques, mais cela tenait plus aux matières et couleurs qu’au montage. Et puis je m’y suis intéressé. Car après avoir réalisé une première cravate – une 3 plis non-doublée – simplement pour le plaisir, un client en l’a voyant m’a dit : c’est superbe, mais je la prendrai seulement si elle était 7 plis. Piqué au vif j’ai été. Je me suis donc remis à l’ouvrage. Et cela n’a pas été si simple.

Premièrement car l’on trouve excessivement peu d’informations techniques sur le sujet. La cravate 7 plis semble être une invention récente, et absolument pas un modèle historique. Un ami collectionneur de mode vintage me dit n’avoir jamais vu une cravate 7 plis dans les modèles anciens. Je rappelle que les cravates existent réellement depuis le début du 20ème siècle. Et deuxièmement, car personne sur les forums et blogs divers ne semble réellement comprendre le fonctionnement des pliures. Car parle-t-on du nombre de plis ou de pans ? Il y a déjà là une différence. Ensuite, celles-ci peuvent être doublées ou non-doublées, cela influe sur le nombre total de plis, car un petit dernier (pour la propreté) n’est pas nécessaire dans le premier cas. En plus d’être doublées, elles peuvent être triplées, c’est à dire posséder une toile (de laine ou de coton ou de soie) pour alourdir l’ensemble.

Plusieurs marques en font. Les plus connues sont celles de Marinella, mais toujours en version triplées et doublées. Alain Figaret en propose aussi. Et Arnys évidemment, en non-doublées et non-triplées, version atelier avec son gros fil blanc. Drakes par ailleurs propose des cravates 3 plis non-doublées, mais entoilées à partir de la bride pour assurer un meilleur tombé de la soie imprimée, très fine. Je dois la raccourcir pour un client, j’en saurais plus sur la qualité interne mais elle est superbe.

Je me suis donc essayé au patronage de la cravate 7 plis. Et ce ne fut pas si facile. Car il y a toute une petite gymnastique d’esprit à mettre en place, entre ce qui est vu, les premiers plis, et ce qui sera à l’intérieur, pour rigidifier l’ensemble. Le résultat est très satisfaisant. Testé dans deux matières (une en laine et soie, et l’autre en soie), le tombé est superbe, et le petit point de rabattement le long des bords est amusant à faire. Mais pas de roulotté main, car je n’y arrive pas, trop technique. Un petit repli propre suffit je pense. Mais pas de réelle production encore, juste des tests. Une photo ? ICI.

Je finis avec ce schéma que j’ai réalisé pour vous aider à comprendre la différence. J’ai tâtonné pour trouver le patronage, aussi il ne peut représenter une réponse technique et définitive, juste une aide à la compréhension. Ainsi, entre une 3 plis simple et une 7 plis, vous comprendrez mieux. Et dans mon patron, la 7 plis en est vraiment une :

Vous constatez dans le modèle 7 plis la consommation beaucoup plus important de matière. Tous les petits plis, bien repliés, constituent la triplure de la cravate, lui conférant un tombé idéal et un peu d’épaisseur. La 3 plis, pour le même résultat sera triplée. Enfin en ce qui concerne l’appellation réelle, il semblerait plutôt, surtout dans le sens anglais, que le terme ‘cravate 7 plis’ désigne surtout une cravate avec de nombreux replis, que ce soit 6 (version assez courante apparemment) ou 12… A voir. Quant à moi, je m’interroge toujours sur ce que je dois produire, 3 ou 7 plis, doublées ou pas …? That’s the question. Une chose est sûre, la 7 plis recherche une certaine finesse d’esprit, l’art du pliage de la cravate au plus haut degré. Et ça, c’est très satisfaisant.

En marge de l’article, je voudrais vous donner le lien vers un documentaire d’Arte sur un des whisky d’Islay : Bruichladdich. C’est ici et pour une semaine encore.

Julien Scavini

Les chemises Scavini

En marge des articles sur la chemise, j’aimerais vous faire part du lancement maintenant officiel – après une longue période de mise au point – d’un service de chemiserie en mesure industrielle. Sur un choix plutôt petit de tissus pour le moment (environ 300) le temps de roder l’affaire, j’apporte ce service en complément des honorables institutions précédemment citées, à partir de 160€, d’après l’idée de Jamas Darwen qu’une belle chemise vaut 1/10 d’un beau costume.

Évidemment pour ce prix, le col et les poignets sont entoilés (avec deux niveaux de rigidité, souple ou raide) et les boutons sont en nacre, fine ou épaisse. Les baleines sont amovibles (ou pas) et le choix de cols et des poignets est vaste : col classique ou mini, col rond on très rond, col tab-collar à pointes rectangulaires ou rondes, col italien ou italien très ouvert, cols hauts ou boutonnés, col requin comme dans Apparel Arts etc… Confectionné en France, un petit plus.

On finit sur la chemise, les bons faiseurs

Dernier article consacré aux chemises, celui sur les bons faiseurs, hélas de plus en plus rares. Alors évidemment, à Paris, nous sommes obligés de citer les deux maîtres chemisiers de la place : Courtot et Lucca. Ces deux maisons excellent par leur savoir-faire et aussi par leurs prix, très attractifs pour ce service : en moyenne à partir de 210€ la chemise. Ce qui, pour une chemise réalisée avec deux ou trois essayages à partir d’une toile, est un prix plus que compétitif. Courtot, 113 rue de Rennes dans le 6ème et Lucca, 58 boulevard des Batignolles dans le 17ème. Par contre, je sais que chez Courtot, il faut maintenant compter plus de 3 mois pour une première commande, renommée oblige, 1 mois par la suite (information rapportée par plusieurs clients).

Je note aussi l’existence du chemisier Charles Demagne, au 61, rue de la Boétie Paris 8ème, qui propose un service grande mesure en plus de la mesure industrielle, pour un prix égal aux précédents cités si je me souviens bien, ayant rencontré un jour la tenancière, fort sympathique et très prolixe en informations diverses.

Enfin, en grande mesure, toujours à Paris (hélas je n’en connais aucun en province), notons Halary, Charvet et Arnys. Des grands. Pour les deux derniers, il faut compter au moins 500€ si ce n’est plus. Hermès propose également des chemises d’une jolie façon, mais en prêt-à-porter uniquement. Je crois que Marc Guyot réalise aussi des chemises en petite-mesure italienne de qualité.

Côté prêt-à-porter, cela devient difficile. La grande institution parisienne est Alain Figaret. Mais j’ai appris récemment – pour le compte d’un client – qu’ils ne réalisaient plus le changement des cols… aïe! Quête de la meilleure rentabilité? C’est fou comme les marques françaises peuvent être attirées par le très moyen, au lieu de chercher vers le haut. C’est un petit service, pour une minorité de clients pointilleux certes, mais tout de même, cela en dit long sur l’esprit d’une maison. Alors que reste-t-il?

Les anglais. Évidemment, citons Hilditch & Key, 252, rue de Rivoli Paris 1er, mais la qualité a un peu baissé, appréciation rendue par de nombreuses personnes de mon entourage. En revanche, l’institution qui fait parler d’elle est Turnbull & Asser, mais hélas uniquement à Londres, comme T.M. Lewin sur Jermyn Street.

Enfin en véritable prêt-à-porter, je dois dire n’avoir été jamais déçu par les chemises Hackett, avec cols entoilés il fut un temps, et par celles de Brooks Brothers. Mais c’est plus une question de tissus – épais et donc durables – que de façon.

MàJ : un employé d’Alain Figaret, qui fait son travail avec passion, me signale qu’ils peuvent bien changer les cols… Informations contradictoires alors. Il faudrait mettre les collègues au parfum. Quant à Courtot, tout semble rentrer dans l’ordre, avec un délais raisonnable d’un à deux mois.

Julien Scavini