Être élégant n’est pas seulement une question d’argent…

J’en oubliais presque l’article de ce soir tellement la veste en velours à galons me capte l’esprit! Bref, après une paire de manche à jeter et un revers qui ne laisse pas entière satisfaction, tâchons de nous divertir maintenant, dans la même lignée que cet ancien article!

Un ami cherchait ce week end à s’habiller d’un costume, pour ses premiers entretiens et congrès professionnels! La question était: que faire avec 300€ pour avoir, de la tête aux pieds, un costume, une chemise, une cravate, des souliers? La première idée fut d’aller chez les grands distributeurs, H&M en tête, qui de temps à autres propose quelques deux pièces de bonne facture. Hélas, rien.

Nous déambulions du côté des Halles lorsque nous vîmes des propositions de costumes à partir de 69€… Poussé par la curiosité, j’entrais suivi de mon ami, très dubitatif. Après un premier coup d’œil effrayé à la vue des laines ultra-bright, je me penchais plus avant sur les modèles du bas. Mon ami a la chance de posséder une morphologie standard, en taille 44FR. Je sortis donc un ensemble bleu marine à petits chevrons, dans un 100% laine plutôt fin. Je fus agréablement surpris par l’ajustement qui était presque parfait. En dehors des bas de manches et de pantalons, la silhouette était correcte! La dessus, nous rajoutâmes une sympathique cravate Yves Dorsay (NB: en polyester) bleue à pois blancs, total 99€. Pour la suite, j’avais repéré une paire de richelieus noirs, simples, chez Rudys, cette petite maison parisienne où les souliers tournent autour de 90€. Au final, et en dehors de la chemise blanche  et des chaussettes Gammarelli que nous chercherons plus tard, j’étais tout à fait satisfait de mes trouvailles…

Au fond, cette prise de position peut vous paraitre paradoxale. Je m’explique.

Il n’a jamais été dans mon but de faire l’apologie du cher, même si qualité rime inévitablement avec coût! Ce que ce je cherche à dire ici, c’est que pour être classique (ce que je recherche), il n’est point besoin de beaucoup d’argent. Se construire une identité de dandy coûte effectivement cher, entre complets Smalto et souliers Corthay. Vouloir être le plus présentable possible pour un premier travail constitue un but différent.

Bien souvent, les jeunes (et moins jeunes) en quête de ‘style’ tombent dans les erreurs de l’ultra mode, de l’ultra commerce, et achètent des souliers pointus en simili-cuir et des costumes brillants souvent portés avec des chemises blanches à col trois boutons et ganse rose (dans le genre Henrike Enko: vous savez, ces pubs à l’allure de marchands de drogue dans Monsieur). Car il est vrai, c’est ce ‘style’ en particulier que l’on trouve pour le moins cher, et les effets sur l’élégance masculine en générale sont désastreux! Où donc se situe le juste milieu si l’on a pas vraiment de moyens? …ou une envie mitigée de les gaspiller pour ‘ça’. Nous sommes, je pense nombre de mes lecteurs et moi même, des paniers percés en ce qui concerne le vêtement, et vivons sur un grand pied, à la manière d’Oscar Wilde l’élégant qui disait: « je vis tellement au dessus de mes moyens, qu’à vrai dire eux et moi vivons une vie séparée« .

Dès lors, je suis extrêmement content d’avoir pu, avec une somme très restreinte, habiller cet ami, que je ne considérerais pas comme mal vêtu si je le croisais anonymement dans la rue! Je joins une petite photo pour prouver que ce n’est pas si mal. Mais rassurons nous encore, Stiff Collar ne s’ébranle pas dans ses principes. La quête de qualité ne se fera jamais vers le bas, soyons en sûr. Et rien ne remplacera les produits issus d’une longue chaîne de techniques manuelles savamment maitrisées. Il n’est point question de dire que l’on atteint le summum à si bas coût. Seulement, si l’on cherche une tenue classique, discrète et de bon ton, il n’y a pas d’excuses! Cela, il faut s’en souvenir.

Julien Scavini

Manteaux pour l’hiver, II

Ce soir, suite de l’article de la semaine dernière consacré aux manteaux, avec quatre pièces, moins habillées, mais tout aussi courante.

Tout d’abord, le duffle-coat. Originellement, c’est un lourd manteau de pêcheur dont le drap était tissé, à peine désouinté, dans la ville de Duffel en Belgique. Il fut utilisé par la Royal Navy qui en équipa ses marins, et durant la seconde guerre mondiale, le maréchal Montgomery l’arbora, donnant à cette pièce le surnom de Monty Coat dans les pays anglo-saxons. Il est reconnaissable à ces fermoirs à brandebourg, en tresse de corde ou en cuir, avec des boutons en cornes ou en bois et surtout à sa capuche. Le duffle-coat fut une grande spécialité du magasin Old England dans les années 80 qui le vendait alors dans de nombreux coloris, surtout acidulés. Traditionnellement, il est plutôt de couleur clair. Quant au port de ce veston, Le Chouan des Villes recommande de ne plus le porter passé 25 ans. J’y rajouterai tout de même, qu’à la campagne, dans une situation décontractée, ou en sorti de terrain de sport, il peut être d’un agréable réconfort. En revanche, en ville, il peut faire passer les messieurs pour de vieux intellectuels!

Le deuxième manteau est lui un Ulster. C’est le classique par excellence du pardessus sportwear, aussi portable à la ville qu’à la campagne. Si certains anglais le conseillent en bleu marine, je le préfère en gros chevrons, dans les beige/marron. Il possède de grandes poches plaquées à rabat et une ceinture, bien souvent remplacée par une martingale dans le dos. Il est reconnaissable à son large col dû à la croisure, qui permet d’être porté déployé, et qui dès lors vous réchauffe le cou.

La troisième pièce est ce que j’appelle un rain coat. Classique d’entre les classiques, il peut se présenter en beige ou en bleu marine, toujours à épaules raglantes. Dans des tissus imperméables et caoutchoutés, il s’appellera plus précisément un Macintosh ou ‘Mac‘ (inventeur de la toile enduite de caoutchouc) et dans les gabardines plus légères, il prendra la dénomination de Slipon. La plupart du temps, les boutons sont dissimulés dans une gorge cachée. C’est un modèle sobre et élégant, dont le colorie clair et le poids léger le rendent  idéal aussi pour le printemps et les étés pluvieux.

Enfin, dernier modèle, peut-être le plus célèbre, le trench-coat, en français manteau de tranchées, du à l’anglais Thomas Burberry (du nom de la marque) et datant de 1857. Il fut popularisé par l’armée britannique qui en fit usage durant les premières guerres de ce siècle. Son passé militaire explique ces épaulettes, ceinturons et diverses boucles d’attache pour l’artillerie. Il me semble avoir lu un jour qu’un vrai trench pouvait être démontable, pièce par pièce, pour échanger celles déchirées au plus vite, ce qui explique les nombreux boutons rattachant des bas volets divers… Il est en tout cas le bienvenu comme coupe vent léger (au fond, il n’est pas vraiment chaud, sauf ceux doublés, mais c’est la triche!) par dessus vos costumes de travail. Si cette association se faisait beaucoup dans les terribles (du point de vue de l’élégance) années 80, je reste assez intéressé par cette association. Évidemment, l’effet est heureux quand le trench coat n’est pas noir, ce qui est en l’occurrence une ineptie.

Julien Scavini

Le travail du moment (MàJ)

Je sais que nombre d’entre vous sont des adorateurs des fabuleuses vestes d’intérieures. Figurez-vous que j’ai reçu commande d’un tel modèle, dans un velours bleu nuit, avec fermoir à brandebourg et galon autour des poches et bas de manches, suivant ce modèle:Si la veste a subi un premier essayage vendredi, je me suis levé ce matin aux aurores pour continuer et poser les fameux galons… un travail à s’arracher les cheveux, et surtout à se piquer les doigts moult fois, mais je suis plutôt satisfait:

MàJ: Après m’être arraché les cheveux sur les bas de manche, voici enfin la pièce qui prend forme! Plus qu’à rabattre les doublures manches:

Julien Scavini

Manteaux pour l’hiver, I

Ce soir, nous allons étudier quatre pièces de dessus, quatre pardessus idéals pour affronter le froid, qui est enfin arrivé, et la pluie, qui est hélas arrivée! Ces modèles sont les plus classiques possibles, issus de la grande tradition britannique du vêtement d’extérieur, pour la ville en particulier.

Prenons ces deux modèles ci dessus. Le premier est un Chesterfield typique. Classiquement réalisé en gris, souvent dans un chevron, il arbore toujours un couvre-col en velours, noir de préférence. L’histoire raconte que le duc de Chesterfield, en solidarité avec les nobles français qui se faisaient décapiter pendant la révolution, eut l’idée de faire poser du velours sur son col pour évoquer, par la brillance de cette matière, le caractère sanglant de l’acte révolutionnaire. Les boutonnières devant, pour plus de chic, sont à gorge cachée.

Le deuxième est un crombie-coat. Taillé dans un drap épais de laine bleue marine, il est également droit mais son boutonnage est plus simple. Rappelons que les manches d’un manteau ne sont pas obligatoirement à boutonnières, mais peuvent arborer, ou bien rien, ou bien une patte à bouton.

Le troisième modèle ressemblant au chesterfield dans sa coupe est en réalité un cover-coat. Il est, à la différence du premier, réalisé dans un drap plus léger comme des twills, et arbore aux bas des manches et de l’ourlet quatre surpiqures parallèles, appelées ‘railroading‘. Il est généralement beige, mastic ou encore olive et son couvre-col n’est pas obligatoirement en velours.

Enfin, le dernier modèle est un dérivé du très militaire ‘British Warm‘, un manteau croisé, en lainage épais avec des pattes d’épaules. Ici, cette version croisée à col châle pourrait être en cachemire, couleur poil de chameau, un must-have cet hiver!

La semaine prochaine, nous étudierons trois autres modèles.

Julien Scavini

Figurines II

Suite d’un exercice de style régulier de Stiff Collar, la publication de figurines seules, parlant d’elles mêmes du sujet que nous poursuivons: le vestiaire masculin. Ce soir, une série de quatre personnages, intitulée ‘hommes au travail‘. Un petit essai sur le goût du moment, entre cravate en tricotine et chemises à col blanc.

En marge de ce court sujet, je voudrais vous demander vos réactions et idées à propos de mon projet de demi-mesure. Si les choses se précisent, il s’agit de prendre le temps de la réflexion et de tester la cible potentielle, càd vous 😉 . Bref, je suis orienté vers une démarche de qualité, primant avant tout. Espérant aller au delà de la simple mesure industrielle entièrement réalisée machine et en dessous de la grande mesure réalisée main et couteuse, je projette de me placer à mi chemin, avec un produit: 1-entièrement entoilé traditionnel (pas de thermocollant), 2-fabrication française exclusivement, 3-doublure satin de soie (et non viscose, acétate ou bemberg; prédilection pour les matières naturelles), 4-boutons bois ou corne, 5-toutes finitions mains à la soie, y compris surpiqures et boutonnières à la milanaise. Le placement produit est donc serré aux alentours des 1600€ sur une sélection de tissus anglais. Qu’en pensez-vous? Je serais ravi de recueillir vos idées et critiques. Si vous voulez être mis au courant des développements du projet, envoyez moi vos coordonnées, en passant par le site dédié: http://www.scavini.fr/ (cliquez sur le logo). Merci par avance chers lecteurs. J’espère bientôt pouvoir vous apporter le meilleur de la demi-mesure!

L’homme américain est bien habillé!

Ne commencez pas à vous arrachez les cheveux: c’est sur ce constat que commença le rapport de la Fédération nationale des fabricants français du vêtement envoyée aux Etats Unis, au début des années 50. Alors que sur la vieille Europe, l’habillement a toujours été considéré comme un marqueur social dont les codes étaient jalousement gardés par une élite aisée dont le magazine Adam se faisait le défenseur, les américains ont développé avec le New Deal une importante industrie du vêtement et renouvelé en profondeur les techniques du ready-to-wear.

Basée sur la coupe à l’anglaise développée dans les années 30, l’élégance d’outre atlantique culmina avec le cinéma hollywoodien des années 40 dont Gary Cooper ou Clarke Gable sont des exemples importants. Quelque fois appelée american cut, elle consiste surtout en une réappropriation du confort (toujours le même) et d’un naturel plus facile à porter. La veste croisée perd un rang de boutons hauts pour devenir tel que nous le connaissons (2×4), et les tenues et allures sont plus souples. Le tailleur français Michel Schreiber, cité par Farid Chenoune, ouvre dans les années 50 une veste d’un client américain pour comprendre une chose importante: « moins il y a de choses dans un vêtement plus on se sent bien dedans ». Ce fut un révolution par rapport aux vestes cartonneuses confectionnées par les tailleurs à la mesure.

C’est à cette époque que naquit également le célèbre magazine Apparel Arts dont les illustrations inspirent toujours nombres de stylistes, illustrateurs ou encore élégants inspirés. Préfigurant Esquire, il était à destination exclusive des professionnels, notamment des revendeurs, qui apprenaient à la fois l’aménagement et le renouvellement des boutiques mais aussi le goût du moment ou comment marier matières et couleurs, chemises et cravates. Tout un système industriel était à l’œuvre pour améliorer les coupes et les tissus et proposer au plus grand nombre des façons à la fois qualitatives et économiques.

Je regardais récemment la fameuse série Mad Men se déroulant dans les années 50 et me remémorait donc cette phrase en titre.  Car il existait (et persiste toujours) chez nos amis américains une certaine idée du formalisme, même dans la classe moyenne, qui ne trouve plus guère d’échos chez nous. Le tuxedo y est encore, même s’il se retrouve souvent affublé de nœuds papillon de couleurs, un classique des soirées bon chic bon genre. De même que le respect des conventions vestimentaires entre semaine et week-end est une religion.

Le costume prêt-à-porter a, dit on, été inventé par Brooks Brothers. Sans savoir si la légende est vraie, notons que le sack-suit ou costume sac en français (costume en deux pièces tout de même, ou complet à veste courte dite tuyaux d’où le nom sac) fait véritablement parti de l’american way of life, avec sa pochette blanche horizontale, de même que l’inusable chino beige.

Petit coup de pouce (MàJ)

Court billet pour annoncer la naissance d’un nouveau blog dans l’univers du vestiaire masculin: For The Discerning Few. Les deux auteurs sont des passionnés, cela se sent. Son positionnement est plus ‘brandé’ que je ne le suis, mais c’est intéressant en complément! L’article sur Hackett ou encore Michael Bastian sont très bons. Vive la nouveauté alors 🙂

Autre coup de pouce, pour le compte du blog cette fois-ci. Stiff Collar est en lice pour la remise d’un prix de la Mairie de Paris: le Golden Blog Award. Si Vous désirez soutenir le travail exposé ici:

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Que le meilleur gagne!

Caractéristiques d’une bonne chemise

Comment repérer une bonne chemise? Ou encore quels détails mettre sur un modèle sur mesure? Autant de questions que nous pouvons nous poser, tant les possibilités sont importantes, et les trouvailles des stylistes inénarrables. Il existe quelques caractères classiques que nous allons ce soir expliquer.

Outre les cols à propos desquels un autre article a été publié ici, le reste de la chemise est à décrire:

  • En 2, la couture des boutons peut-être en X ou en patte d’oie (des flopées partent d’un trou vers les trois autres). A l’inverse, les boutons de veste sont cousus avec des flopées parallèles. Les boutons sont préférentiellement en nacre.
  • En 3, la dernière boutonnière doit être cousu à 90° des autres (qui sont verticales). Celle-ci est donc horizontale.
  • En 4, la gorge de boutonnage peut se présenter sous trois aspects: simple, surpiquée ou cachée. La gorge simple est ma préférée, elle est plutôt minimaliste, ne présentant aucune couture et tient seulement grâce aux boutonnières. La gorge surpiquée (quelque fois appelée à l’américaine) est la plus courante et présente un repli de tissu pour conférer un aspect symétrique au système de fermeture. Enfin la gorge caché est une trouvaille moderne pour dissimuler les boutons, surtout pour les chemises de smoking.
  • En 5, l’hirondelle est très importante. Dans le cas d’un bas de chemise classique (plutôt long avec une échancrure aux hanches), ce petit renfort de tissu est important.
  • En 7, les pinces aux bas de manches. Classiquement, on en trouve deux. Mais certaines maisons de qualité revendiquent cinq à sept petites pinces. Elles permettent de résorber l’aisance de la manche.

NB: D’ailleurs, un poignet de manche ne doit jamais être trop long, il ne doit sous aucun prétexte toucher la main, même si le vendeur vous le soutient. J’ai l’habitude de faire arrêter mes poignets après le petit os  qui ressort au niveau du poignet, du côté petit doigt de la main. La veste quant à elle s’interrompt avant  l’os, si bien qu’un sympathique centimètre apparait. Le fait est que l’on est plus à l’aise avec des manches courtes qu’avec des manches longues.

  • En 6, le poignet peut présenter diverses formes, poignet simple, poignet (double) mousquetaire, poignet napolitain ou poignet (simple) à boutons de manchette.
  • En 8 ou 9, la présence ou non d’un capucin. Ce petit bouton de rappel sert à fermer la longue fente qui descend au poignet. Il est assez chic de ne pas en avoir sur les belles chemises, particulièrement celles de smoking.
  • En 1, une couture milieu dos doit être présente, car cet empiècement haut est extrêmement important. De plus, cette couture doit raccorder les motifs avec précision. D’ailleurs, les motifs doivent aussi se raccorder entre cet empiècement et le haut de la manche.
  • En 10, le dos présente deux plis, ce qui est une bonne solution pour les chemises formelles et celles de travail, bref les belles chemises.
  • En 11, le dos présente un pli milieu dos, ce qui est la solution par excellence pour les chemises sport, celles qui ont notamment le col rabattu et boutonné.
  • Et donc en 12, le col boutonné doit présenter trois petits boutons, deux en pointe de col et un derrière, pour bien le maintenir (et empêcher de porter une cravate avec!).

Julien Scavini

Tristes musiciens

Je regardais hier soir le programme musical d’Arte qui retransmettait la clôture du festival de Lucerne. Hélas, je ne crains qu’aucun commentaire ne puisse être émis à propos, à la fois des spectateurs (en bien: j’ai vu un smoking, en mal: une chemise de bucheron col ouvert) et des musiciens de l’orchestre de Vienne, qui arboraient tous des habits ‘cravate blanche’ sans effets, sans gilet, quelques fois avec des nœuds papillons garantis dérivé pétrolier ou encore des chemises à cols rabattus à boutons visibles, bref, un méli-mélo bancal du plus mauvais effet. Quant au chef Gustavo Dudamel, il avait eu l’idée curieuse de mettre un gilet de smoking noir (trop long) avec sa queue de pie.

Diable mais qui conseillent les musiciens pour leurs tenues? Mêmes les plus illustres d’entre eux croient bons de faire fi des règles les plus traditionnelles. Si encore d’aucun avait inventé un dérivatif plus convaincant, plus réaliste au vu des efforts physiques que demandent la musique, alors je m’y plierai, mais jamais je n’ai rencontré une nouveauté de goût. Je finis même par me questionner sur les capacités et qualités d’interprétations de ces hommes de paille mal fagotés. Estimer faire de l’art nécessiterait de mon point de vue de s’habiller … avec art? Peut-être suis-je trop exigeant pour demander un smoking ou un habit?

A l’inverse, la même chaine de qualité donnait la semaine dernière, exactement à la même heure, une rediffusion du Palast Orchester. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une troupe de musiciens de revue, avec à sa tête le brillant et très germanique Max Raabe, qui interprète entre autres des chansons des années 30 à 50, en anglais et surtout en allemand. Outre ce répertoire qu’il est tout à fait délicieux d’écouter, les voir et les regarder constitue à n’en pas douter un moment d’extase. Tout y est! L’ambiance visuelle dont les décors art déco et les sonorités confèrent à cet orchestre un atout non négligeable. Max Raabe d’abord, est vêtu d’une queue de pie parfaitement coupée, à revers généreux, avec un gilet de coton ajusté et à la bonne longueur (plus court que le corsage de l’habit) et un col cassé très haut pour habiller son cou. Les musiciens ensuite, qui comptent parmi eux une femme en robe de soirée, revêtent un smoking croisé, noir ou blanc suivant l’occasion. Et point positif de plus, ils ont tous le même modèle, donc point de dissonance de coupe. Tous ont aussi un mouchoir de pochette plié de la même manière. Cela confère à l’ensemble une harmonie rarement vu dans une représentation musicale.

Il s’agit souvent d’un idée récurrente au sein des troupes de jazz et l’homogénéité des tenues suit un seul but: concourir à une unité d’esprit en tout, de la musique à la vue. De plus, le musicien ne peut pas être tenté de s’imposer aux autres (en élégance ou en musique) mais perçoit l’idée d’un esprit de corps, celui de l’orchestre.

Nous noterons également l’artiste allemand (encore un) Henry de Winter à propos duquel Ray Frensham a publié un article. Ici encore, l’attitude de l’artiste dépasse son cadre de travail car monsieur semble être un esthète jusqu’au bout, un vrai gentleman heureux dans ses tenues du meilleur classicisme.

Julien Scavini

Diverses méthodes d’entoilage

Essayons ce soir d’y voir plus clair dans les dénominations quelques fois trompeuses des vendeurs de prêt à porter et autres confectionneurs de semi-mesure à propos de leurs méthodes d’entoilage. Je voyais récemment sur le site de Cape Cod une gamme de prix comprenant des costumes ‘demi-mesure’ et ‘sur-mesure’. Si je doute franchement du fait que le tenancier propose un tel service (au sens de la loi, ‘sur mesure’ signifie trois essayages et une fabrication à la main et un atelier artisanal et géographiquement proche), ces deux catégories reprennent les anciennes dénominations de son site à savoir confection semi-traditionnelle et traditionnelle, bien plus intéressante en ce qui nous concerne. Que signifie ces deux termes?

Reprenons du début. Pour fabriquer un costume, que ce soit en confection ou en grande mesure, il faut disposer contre le lainage du devant de la veste, une toile de corps (ou toile tailleur), faire un entoilé. Cette toile (2), traditionnellement en laine grossière spécialement tissée pour cet usage, permet de rigidifier les deux devants, de leurs donner du corps et de la structure. Sur cette toile, qui va de l’épaule au bas de veste reposent: les épaulettes, les plastrons de poitrine, les revers, les poches etc… Cette toile est l’armature du veston. Appliquer celle-ci est une étape délicate, particulièrement sur les tissus à rayures, que l’on appelle ‘mise sur toile’.

Le plus courant dans le commerce est de sauter cette étape en thermocollant l’ensemble du devant (de coutures à coutures), y compris le revers, avec une toile thermocollante (1). Cette fine résille, souvent synthétique, est enduite de résines qui fondent sous l’effet d’une presse chauffante (ou d’un fer à repasser) pour adhérer au lainage. C’est une méthode rapide, mais qui ne dure pas dans le temps, la toile se décollant à la suite des différents lavages et surtout de la vapeur qui font pocher le tissu (apparition de bulles sous le lainage). Ce premier schéma illustre l’endroit d’une veste (devant+petit côté avec poches) et son envers thermocollé.

La deuxième méthode (ci dessous à gauche) qui est la plus courante chez les confectionneurs de demi-mesure haut de gamme est l’entoilé semi-traditionnel. Il consiste à créer un vrai plastron (3), avec diverses couches, comme le bougran ou le crin de cheval, sur la toile de corps. Mais il s’agit d’une toile particulière, enduite en bas de la veste et aux revers de résines thermocollantes (5). Les plastrons sont donc flottants, comme en grande mesure, mais le reste adhère au lainage, et le solidarise. C’est une méthode que je n’aime pas beaucoup mais qui est pourtant récurrente, les industriels maitrisant très bien le processus. La plupart du temps qui plus est, il n’y a même pas de toile de corps et les plastrons sont placés au dessus de la résille thermocollante qui couvre tout le devant. C’est le cas de pratiquement tous les costumes en prêt à porter haut de gamme en dessous de 1200€.

Enfin, la troisième méthode (ci dessus à droite), la plus chic, celle qui est quelque fois appelée ‘confection traditionnelle’, utilise une toile de corps, sur laquelle sont aussi additionnés des plastrons et qui est flottante jusqu’en bas. Dans cette technique, les revers sont brochés avec des fils aux points de chevrons (et non thermocollés) avec une machine appelée Strobel (4). C’est la méthode la plus durable, que peu d’usines réalisent bien que la demande soit de plus en plus importante. Ces pièces sont coûteuses à réaliser, et donc à acheter, mais durent plus longtemps. C’est ce qui se rapproche le plus de la grande mesure traditionnel, le terme étant ici plus adéquat.

Vous comprenez dès lors la jungle qui entoure toutes les dénominations commerciales et qui n’ont souvent qu’un seul but: se faire passer pour de la grande mesure, ou bespoke. Si toutes ces méthodes sont honnêtes et répondent à divers besoins, notamment en terme de coût, il convient de faire nettement la différence entre appellations. Le consommateur se doit d’être expert pour déjouer les tours marketings, internet est là pour ça!

MàJ: j’y repense, il existe aussi une offre de semi-entoilé (càd bas de veste thermocollé) avec des revers brochés au fils… C’est une option assez intéressante et plutôt répandue encore une fois, notamment par les maisons de demi-mesure qui se targuent d’avoir des revers qui ‘roulent’. Tout dépend de l’industriel qui est derrière…

Julien Scavini