Le pantalon en détails

Le pantalon est certainement le parent pauvre de la culture générale sur l’art tailleur. Si les sujets sur la veste et quelques fois le gilet viennent en tête des articles et desiderata des lecteurs, cette longue pièce couvrante constituée de deux jambes est pourtant une pièce d’intérêt. Mais elle est difficile à décrire finalement. Nous allons essayer ce soir d’expliquer quelques grandes lignes de coupes et de détails, qui pourront vous être utiles lors de vos visites chez le tailleur.

Sur cette première image, on peut constater une coupe droite traditionnelle, à poches en biais (de 4 à 7cm de décalage sous la ceinture). La braguette peut-être à zip ou à boutons. Le devant présente deux pinces (ou aucune). La ceinture ne possède pas de passants de ceintures, mais un tirant à bouton. Au dos, nous trouvons deux poches passepoilées classiques à fermeture par boutonnière. La ceinture dos arbore un V d’aisance au milieu, adapté pour le port avec des bretelles. Il est possible de faire réaliser les bas de son pantalon avec un ourlet simple ou un revers. Pour ma part, j’aime les revers un peu haut, aux alentours de 5cm.

Ici, le devant présente un pli (en non une pince). Ce pli peut-être orienté vers l’intérieur (à la française) ou l’extérieur (à l’italienne). Le pli donne de l’aisance et évite au pantalon de coller, surtout aux lainages qui peuvent présenter un effet stretch à la longue, surtout en position assise. Les poches sont un modèle sport, apprécié des De Luca par exemple. Le tirant de ceinture est maintenant à glissière (avec une bride comme les ceintures), ce qui est plus solide que celui à boutons. Les poches arrières sont à rabat, qui peut être ou non boutonné. Ces poches à rabat en accolade inversée sont une bonne option pour les pantalons sports, comme ceux pour le golf. Par ailleurs, le dos présente deux pinces, ce qui est fortement indiqué dans le cas de fessiers marqués.

Sur ce modèle, le devant présente deux plis, ce qui est le nec plus ultra de l’aisance. Évidement, un tel pantalon sera également un peu large en bas (+ de 22cm) pour obtenir une ligne homogène, le seul point négatif étant son petit aspect ‘daté’ (certainement une question de mode…). Ici, les poches sont passepoilées et verticales. Ce genre de montage est idéal pour les pantalons de smoking, même s’ils n’ont pas vraiment besoin de poches… Pour ce qui est du dos, vous pouvez choisir de ne disposer qu’une poche, à droite si vous êtes droitier par exemple. Le fait est que ces poches ne sont pas d’un grand intérêt. Essayez de mettre un portefeuille la dedans et vous ressemblerez à un sac. Mais un pantalon sans poche fait un peu plus féminin. En revance, sur un pantalon en lainage fort, comme un whipcord ou un cavalry twill (le genre de pantalon que vous désirez garder trente ans), choisissez peut-être aucune poches dos, car c’est irrémédiablement un point de faiblesse! Un troisième type de poche dos peut-être passepoilée avec une languette de boutonnage.

Sur l’avant du pantalon, à droite sous la ceinture, peut aussi être disposé une poche gousset. C’est un petit logement grand comme une carte de crédit (d’ailleurs très pratique pour elle) que certains bons confectionneurs affectionnent. Cette petite poche gousset peut aussi avoir un rabat en accolade inversée, ce qui est du dernier chic! J’ai vu à Saville Row un tailleur porter un pantalon à deux plis avec bretelles et poche gousset à rabat, extraordinaire!

Enfin, vous pourrez demander, puisque c’est devenu la norme aujourd’hui, des passants de ceinture. En grande mesure, nous en disposons habituellement sept dont un ardillon. L’ardillon est un passant recourbé en forme de boucle qui surgit du bas de la ceinture au dessus la braguette, et qui sert à y bloquer la boucle de ceinture. C’est la plus merveilleuse invention du pantalon, qui évite que la ceinture ne tourne autour de la taille! Et pour ce qui est de la fermeture au niveau du pont de la braguette, les tailleurs recommandent deux crochets métalliques et un bouton de rappel. Les boutons ont en effet tendance à sauter, même avec une couture au fil de lin.

Voilà pour ce petit aperçu des possibilités d’un pantalon en terme de détail. Je rajouterai encore la possibilité de faire réaliser une baguette. Il s’agit, uniquement sur les pantalons dépareillés (qui ne constituent pas un costume), comme les pantalons de flanelle, de coucher la couture coté extérieure, et de la coudre, ce qui crée une baguette le long de la jambe. C’est un détail de goût. Enfin, si la mode des pantalons est aux modèles serrés, préférez tout de même l’aisance, car la laine n’est pas comme le coton et ne se comporte pas très bien lorsqu’elle est près du corps, surtout avec des vrais chaussettes qui montent jusqu’aux genoux, et qui agripperont le pantalon d’une désagréable manière une fois assis!

Enfin je finirai sur une petite question: dit-on un pantalon, ou un paire de pantalons au pluriel pour désigner une pièce unique??? C’est comme la salade verte, un mystère dirait Jean Carmet!

Julien Scavini

Être (ou ne pas être) un ayatollah de la règle

Samedi après-midi ensoleillé, carrefour de la rue du Bac et des boulevards Saint Germain et Raspail, devant la boutique Barbour par le Jockey Club: beaucoup de blazers! Il est vrai que beaucoup de messieurs, souvent d’âge mûr, avaient décidé à l’unisson de sortir cette pièce toute simple de leur garde robe. Je les observais, notamment deux, se présentant au même instant devant le feu piéton: l’un, au bras de sa dame, portait un vieux blazer, plutôt déformé, avec un pantalon de flanelle clair et des chaussures marrons, dans l’esprit de Mephisto. Le deuxième plus jeune, cherchait ostensiblement la netteté dans ses atours, avec un blazer bien plus structuré, un pantalon de flanelle foncé et des souliers bien ciré mais noirs.

M’est alors venue une question: lequel préférais-je? Difficile débat qui s’ouvrait alors dans ma tête, propice aux pires disputes entre mes deux hémisphères. Devons-nous considérer, du point de vu l’élégance, un respect parfait du code (blazer + chaussure marron) mais concession au confort (vieux modèle affaissé et chaussure à grand confort) ou rature du code (blazer + souliers noirs) pour affirmer une certaine stature toute ostentatoire? Évidemment, la thématique du blazer n’est qu’un prétexte.

Si une certaine sympathie m’est immédiatement apparu pour le premier, je ne pouvais m’empêcher de penser que mon irritation à la vu du second et de ses richelieus noirs trop bien cirés était trop exagérée. Même si: à quoi bon mettre tant de soin à s’apprêter et à entretenir ses chaussures pour à la fin commettre un tel impair? Si nous voulons paraitre guindés, autant que notre idéologie personnel le fait envisager, alors autant sortir en costume. Si au contraire, nous acceptons la décontraction du moment, alors le marron se serait imposé. Mais bien souvent, les cuirs noirs sont plus faciles d’entretiens, certes…

Alors devons nous rester couché sur l’autel du code classique anglais? Ne serait-ce pas quelque peu un signe d’échec? Ou au contraire, faut-il élaborer une hiérarchie d’approche? Par exemple, vous êtes invité à une petite soirée entre amis. Vous avez passé la journée en blazer avec des souliers marron, mais que faire pour se présenter le soir? Changer toute la tenue pour permettre les souliers noirs (qui je le rappelle, sont un peu plus indiqués pour le soir) ou alors mettre des souliers noirs avec la même tenue? Ou arriver à l’identique? Où est la limite? Et dès lors je me fais prendre dans un jeu difficile, qui consiste à jongler avec des règles, d’époques différentes, de valeurs différentes, de sociologies différentes…

Un ami me le faisait justement remarquer, lui qui préfère de loin les impairs à mes règles, pour satisfaire à l’originalité: »si tu es tout le temps habillé pareil, c’est idiot et triste« . Lui même serait le premier à reconnaitre que Paris est une belle cité, surtout grâce aux ordonnancement d’Haussmann… Vous admettrez le comble tout de même.

Je sais que ça et là, certains érudits critiquent mes dires, ou ceux d’amis, nous mettant dans les cases des dictateurs sartoriaux. C’est à dire que dès lors que l’on s’exprime, il convient d’avoir une posture, même si celle-ci devient vite exagérée. Le tout est de respecter l’avis de chacun et d’être clair dans ses choix. Je préfère une école britannique du dualisme ville/campagne à une approche italienne basée sur les hybridations, c’est vrai. Mais j’apprécie une autre approche, même celle qui consiste à mettre des chaussettes blanches avec des mocassins foncés dans le genre Ivy League, si l’idée est affirmée et référencée. Il n’y a rien de pire que les pré-supposé (même si j’en ai très certainement) et autres inventions personnelles. La pire idée est de croire que l’on peut réfléchir tout seul, imaginer tout seul; d’autres sont bien souvent passés avant qui vous feraient irrémédiablement passer pour un philistin. Tâchons de rationaliser nos discours, je m’y efforce, l’histoire se chargera d’en modifier le cours…

Julien Scavini

Début à Chicago…

Nous voici tous installés dans la nouvelle année (celle qui au fond est plus valable professionnellement, à compter du 1er septembre qu’à compter de la naissance du Christ), bref l’occasion pour Stiff Collar de revenir après une courte pause propice aux réflexions les plus variées. Et pour ce retour, plongeons en douceur dans un excellent film : Les Incorruptibles (The Untouchables), récemment diffusé par France3. Si l’histoire d’Eliott Ness s’est beaucoup construite sur l’appropriation populaire d’une réalité du super-héros, cette adaptation de Brian De Palma réalisée en 1987 est tout à fait délicieuse du point de vu de l’élégance.

Avant les vacances, il fut question du film Gastby le Magnifique, dont les très typés costumes masculins furent signés par Ralph Lauren, ici Giorgio Armani  a officié. Ceux deux grands stylistes furent finalement lancés par le Septième Art, ce dernier ayant été reconnu pour sa collaboration sur le film American Gigolo avec Richard Gere. Si l’on pourra reprocher à sa garde robe d’être quelque peu marquée par les années 80 (cols bas et beaucoup d’ampleur sur les vestes), les choix stylistiques furent intéressants. D’Al Capone (joué par un Robert De Niro très cabotin) en pardessus beige à col noir en passant par George Stone (Andy Garcia) en blouson de cuir clair et Eliott Ness en complets sombres, tout y est fidèle à l’esprit des années 30, nous plongeant avec suspense dans l’histoire de la traque des contrebandiers d’alcool.

L’illustration de ce soir a pris beaucoup de temps à réaliser car elle déborde quelque peu du cadre habituel et figure le canyon de La Salle Street, décor des films successifs Les Incorruptibles et Les Sentiers de la Perdition.

Le style gangster est très marqué par son inversion des codes classiques, utilisant à la ville les couleurs de campagnes – notamment le marron – ou encore rejetant la chemise blanche pour le noir ton sur ton. Le Chouan des Villes en fit un article très érudit. Également, nous noterons cette prédominance des costumes droits à crans pointus, dont les revers étaient plutôt généreux. Les films noirs des années 30 et 40 et beaucoup de réalisations récentes s’installant dans cette époque font la part belle à ces coupes que j’apprécie tout particulièrement!

Julien Scavini

L’été de Stiff Collar. 1… 5. (MàJ5)

Sur les cinq lundis que compte ce cher mois d’Août et un peu de Septembre, j’ai décidé de réitéré le petit exercice de style, plutôt plaisant, du vestiaire idéal. Enfin plus qu’idéal cette fois-ci, car il préfigure ma garde robe. Ce sera un petit aperçu de pièces de dessus, pour la ville et la campagne, deux répertoires qui me sont chers. J’ai décidé de citer quelques maisons de qualité pour référencer les produits cités de manière purement fictive le plus souvent.

Ce soir deux classiques évidents, le costume droit et le croisé.

Le costume droit deux boutons à cran aigu, avec gilet croisé à cran aigu et pantalon à deux plis, réalisé en flanelle Harrisons, ~350gr; avec chemise de popeline blanche Turnbull et Asser; nœud papillon bleu à pois Harvie et Hudson; pochette de lin blanc chez Lanvin.

Le costume croisé 4×6, avec poche ticket et pantalon à deux plis, réalisé en laine feutrée à rayures craies chez Loro Piana, ~400gr; avec chemise à fines rayures rouges foncées, léger col spread chez Arthur et Fox; cravate à motif cachemires chez Etro; pochette en lin/soie verte chez Marc Guyot; richelieus noirs à bouts droits chez Crockett et Jones.

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Ce soir, le même principe, un costume droit et un croisé, en inversant le système des rayures, mais dans les tons bleus cette fois-ci. Plus que tout autre couleur de lainage, les bleus rendent excessivement bien sur un homme, sans distinction de sa couleur de cheveux ou de peaux. Le bleu, à la différence  souvent du gris, rayonne, éclaire même la personne, même s’il est choisi très foncé. Sa caractéristique principale par rapport à l’anthracite est qu’il possède de la profondeur, cela en fait donc un coloris de choix!

Le costume droit deux boutons à cran aigu avec poche ticket, avec gilet droit et pantalon à deux plis, réalisé en pin stripe Dormeuil ~330gr; avec une chemise blanche sur mesure de chez Courtot; un nœud papillon à rayures club de chez Old England; une pochette en coton et soie Balthazar; et des richelieus noirs à bout droit de chez George Cleverley.

Le costume croisé 4×6 et pantalon à deux plis et revers (5cm), réalisé dans une toile de laine Holland et Sherry, ~350gr; avec une chemise bengal blanche rayée bleu Ede et Ravenscroft; une cravate violette en velouté de soie Marinella et une pochette pourpre en soie de chez Crombie.

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Ce soir et avec un peu d’avance sur le programme, sortons du registre urbain pour celui du voyage extra-muros. L’idéal de tout élégant en goguette est de pouvoir arborer la tenue adéquate. Et été oblige, imaginons une chaude et exotique destination, par exemple les Indes et les hauts plateaux du Darjeeling (quoiqu’encore, il y fasse frais) ou plus simplement les îles Eolies, bref un lieu où le soleil mérite d’être réverbéré, mais où il faut être chic, et donc exagérer, en rajouter, ce que j’ai décidé de faire visiblement ce soir.

Le costume droit trois boutons à cran sport avec poches plaquées, gilet droit et pantalon à deux plis, réalisé en kid mohair blanc Holland et Sherry ~250gr; avec une chemise en lin bleu à col blanc de chez New et Lingwood; un nœud papillon bleu nuit de chez Charvet et une pochette en lin blanc Hackett.

La saharienne dans un mélange laine, lin et soie de chez Drapers ~240gr avec son ceinturon en cuir et son bermuda à revers, réalisé dans une toile mohair Gorina, ~250gr; avec une chemise légèrement grise Arnys; une cravate couleur de la tourbe Brunello Cucinelli; de longues chaussettes de coton (dont la marque ne me vient pas à l’idée maintenant) et des richelieus bi-matières cuir et lin chez Edward Green.

Alors je sais, ce dernier ensemble est quelque peu suranné dans son esthétique, mais c’est ce qui est drôle, au moins en illustration. Après, pour le modèle de la saharienne, je réfère aux vestes d’officiers britanniques, américains ou français, ou même encore des bobbies de Londres qui sont à mon goût les seules expressions vraiment construites de cette fameuse pièce, trop souvent détournée pour de simples vestons froissés de prêt-à-porter.

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Retour à Paris, mais vestiaire campagnard ce soir: un trois pièces et une veste dépareillée. Le trois pièces est en glen check, un dérivé du prince de galles, une étoffe dont l’utilisation comme je l’ai déjà écrit est versatile. Aussi bien à la ville qu’à la campagne, je le trouve pour ma part plus à l’aise dans ce dernier registre, étant plus synonyme de ‘sport’ que de business.

Le costume droit trois boutons à cran sport et poche ticket, gilet droit à revers et pantalon à deux plis, réalisé en glen check plaid noir et blanc Porter et Harding ~370gr; avec une chemise blanche de chez Hilditch et Key; une cravate en tartan de chez Cordings; une pochette en cachemire pourpre glanée du côté de Burlington Arcade et des richelieus à bout droit en veaux-velours de chez Emling.

La veste droite à deux boutons et revers à cran sport, en plaid de laine Ralph Lauren ~400gr avec son pantalon à tirants et poche gousset en cavalry twill de chez Gorina; une chemise à gros carreaux de chez Charles Tyrwhitt; un noeud papillon sur mesure en flanelle vert d’eau de chez Charvet et une pochette en fibres d’ortie chez Colette.

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Le tour du vestiaire sport continue, avec deux nouvelles tenues aptes aux promenades champêtres.

Le costume droit trois boutons à cran sport et poche ticket et pantalon à deux plis, réalisé en serge couverte couleur poil de chameau Robert Noble ~420gr; avec un pull à côtes en soie marron des Laines Ecossaises, une chemise blanche à col button down de chez Albert Arts; une cravate couleur de la paille à petits écussons chez Ralph Lauren et une pochette à motifs cachemire Sulka.

La veste droite à trois boutons et revers à cran sport, poches côtés à soufflets et rabats et poches ventrales, en chevrons fenetrés Porter et Harding ~400gr avec son pantalon knickers à tirants et deux pinces; un gilet en lin et laine à légers carreaux de chez Dormeuil; une chemise à tattersall check de chez Mettez; un noeud papillon en doupion de soie de la même maison; une pochette lavande en cachemire de chez Marc Guyot et des richelieus à bouts golf fantaisie en cuir grainé marron foncé chez Church’s.

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Dernière partie de cet été de Stiff Collar, ce soir retour aux mondanités! Pour ce faire, deux costumes qui pourrait convenir pour une invitation avec le dress code: tenue de ville, en croisé ou droit.

Le costume croisé 4×6 dont les poches de la veste sont sans rabats et un pantalon à deux plis, réalisé en flanelle bleu nuit rayé rouge chez Harrison, ~320gr; avec une chemise en oxford blanc chez Lucca; une cravate bleue avec de discrets points chez Breuer; une pochette blanche en soie de chez Balthazar et des richelieus John Lobb.

La tenue ‘black lounge’ (déjà citée ici), plus formelle qu’un costume et moins importante que le smoking, avec une veste droite à trois boutons et cran aigu, avec son gilet croisé à cran aigu dans une laine barathea anthracite Scabal ~450gr; le pantalon à deux pinces en laine noire à rayures multiples chez Zegna ~390gr; une chemise de popeline blanche à poignets singe cuff chez Hermès; un nœud papillon bleu de minuit chez Yves Saint Laurent et une pochette en lin blanc bordée de noir Dior.

J’espère que ce court tour d’horizon vous aura intéressé, peut-être même passionné. C’est une toute petite vision des meilleures pièces qu’une garde robe doit contenir, pour être parfaitement adapté à toutes les situations. Évidemment,  les goûts et les couleurs ne se discutent pas. En revanche, les coupes et assemblages de motifs doivent être étudiés avec minutie. Vous aurez constaté par ailleurs une présence important de costume croisé. Il revient à la mode parait-il, Jeremy Hackett l’a récemment annoncé sur son propre blog. Une chose est sûre, il est autrement plus formel et élégant que les versions droites mais doit être parfaitement ajusté sous peine de ressembler à un sac. Et avec, you will be more english than englishmen themselves! Tel pourrait être a devise de Stiff Collar!

Bonne semaine. Julien Scavini

Les vacances sont là!

Derniers jours du mois de Juillet, dernier jour de cet été à Paris; demain Biarritz. Il est temps pour moi de prendre congé de la capitale et de retrouver le calme de l’arrière pays Basque. Mais rassurez vous, je reste fidèle au poste!

Certains lecteurs m’ont récemment demandé quels étaient mes projets pour la suite. Je suis plutôt réservé sur le sujet, mais disons que j’aimerai assez vite m’installer. Les demandes sonnantes et trébuchantes d’amis me forcent à considérer cette voie avec intérêt. Évidemment, pas pour faire de la grande mesure dans l’immédiat, bien que j’en garde à l’esprit le souhait. En revanche une belle petite-mesure pour commencer, entièrement finie à la main par mes soins me comblerait entièrement. Reste à trouver, outre des fonds, un industriel me permettant de mener à bien ce projet. J’aurais aimé faire confectionner en France, hélas, trois fois hélas, connaissez vous des fabricants produisant de l’entoilé traditionnel ici? Je lance l’appel d’ailleurs…

Après trouverez-vous peut-être que je me lance tôt? Peut-être, mais nous ne débutons jamais assez tôt! Et comme me disait M. Guilson en m’encourageant « vous raterez peut-être une veste, mais on est tous passé par là, lancez vous, vous verrez bien ». Qui ne tente rien n’a rien! Qui plus est, j’ai les idées assez arrêtées, même trop parfois, cela me joue des tours avec mes patrons. Alors comme disait M. le Roy, nous verrons!

D’ailleurs, en parlant de jeunes qui se lancent, je tiens à signaler – mais d’autres blogs sérieux l’ont déjà fait – le site commercial Mes Chaussettes Rouges.com, importateur français et en ligne des chaussettes Gammarelli. L’un des associés, qui entretient aussi le site Mes élégances, est sorti d’HEC l’année dernière et a eu ce courage, cela fonctionne bien! Il m’avait proposé une rencontre, qui fut un rare moment d’élégance et de bon ton. Je le salue!

Il me reste maintenant à vous souhaiter de bonnes vacances, pour ceux qui partent et à rassurer les autres qui travaillent – j’ai connu cela en agence d’architecture, le travail devant l’ordinateur en plein mois d’août trop chaud : je vais continuer mes articles. Car vraiment, se mettre derrière sa palette à dessin et son blog note le lundi soir revêt maintenant pour moi quelque chose de sacré. Un rare moment de détente et de plaisir! Je vous souhaite donc une bonne semaine, avec ce dessin inspiré de Gatsby Le Magnifique: une élégante jaune, un élégant rose! Tout ce que j’aime et poursuis, notamment professionnellement: une élégance intemporelle.

Julien Scavini

Le smoking blanc

Grande question ce soir, qui avait été soulevée par un lecteur – plutôt rude d’ailleurs – à la suite du long article sur le smoking. Cette tenue du soir est rarement bien portée et constitue pour beaucoup de puristes une hérésie. Pourtant, il est possible de réussir correctement cette mise, qui peut être, l’été, extrêmement adéquate. Non pas que le blanc repousse la chaleur – le soir, il n’y a plus de soleil – mais il correspond bien à l’esprit de certains lieux de villégiature anciennement fréquentés par nos amis d’outre manche comme la côte d’azur ou encore la perse. Mais il peut aussi être de bon ton pour un simple diner dans le jardin, ou plutôt apéritif au milieu du rotin.

Bref, le smoking blanc est d’abord et avant tout un dépareillé. N’est blanche que la veste! Et je tiens beaucoup à ce détail. Le pantalon, le nœud papillon, le cummerbund ou le gilet sont noirs. En fait, il s’agit du smoking normal, en grain de poudre noir, dont vous interchangez la veste. Après, il est possible que cette veste blanche soit droite ou croisée, mais ses revers seront en satin de soie blanc aussi. Enfin crème, car la laine blanche, ça n’existe pas. Yves Saint Laurent avait fait un smoking pour femme noir avec les revers blancs; c’était exquis, mais juste pour les femmes. Ici nous défendons une tradition britannique.

Nos amis d’outre atlantique ont une préférence visiblement pour le col châle, qui a connu un pique d’utilisation au cours des années 60/70. J’aurais tendance à dire que cette version est peut-être plus américaine qu’anglaise, très Miami ou New York estival. Il me semble aussi que dans le film ‘Attrape moi si tu peux‘ est donnée une fête de mariage dans un jardin sudiste, où tous les convives sont en smoking blancs. Cela donne une esthétique très ‘brooks brothers’, très policée.


Enfin, une erreur à ne pas commettre (pourtant c’est chic) est le port du spencer, cette veste très courte qui est habituellement réservée aux militaires ou pire, aux maitres d’hôtels et serveurs. Je regardais récemment l’adaptation des nouvelles de PG Wodehouse, Jeeves et Wooster dans laquelle le jeune maitre décidait d’arborer un spencer blanc acheté à Deauville lors de l’été 1930. A force de persuasions et surtout de félonies, Jeeves son valet finira par le lui faire retirer!

Julien Scavini

Galerie de chapeaux estivaux

Un court billet, tout en illustration ce jour, pour présenter quelques chapeaux d’été. Commençons par le modèle habillé, le chapeau des siciliens. Puis la casquette à protège cou (que l’on peut voir dans certains Tintin, c’est un vieux modèle); le canotier haut à bande noire; le canotier bas à bande en paille, sur le modèle de celui que dessina Dior dans les années 30; la casquette de yachtman; le panama original à rouler; et la casquette à quilles en paille.

Quel costume l’été?

Pour faire suite au précedent article qui avait fait couler beaucoup d’encre sur le port du polo manche courte et du bermuda, nous allons ce soir nous intéresser aux costumes estivaux. Car évidemment, quand il fait, la tentation est grande de faire tomber la veste, mais ce n’est pas recommandé par la rédaction. Et surtout, au delà du costume, la coupe étant une question de goût, quelle matière?

La problématique de la couleur peut aussi être posée. Pour un costume de travail, difficile de se passer des gris et des bleus. Ils peuvent simplement être sélectionnés dans des coloris plus clairs. Également, il est possible de revêtir aussi des tons beiges, mais jamais marron en ville. La veste sport ou les blazers légers peuvent également être combinés avec des pantalons de flanelles légères ou de laines vierges, ou de coton blanc.

Par ailleurs, notons que le nec plus ultra des coloris estivaux est le blanc, plutôt le blanc cassé, complété par de nombreuses variantes allant du crème au caramel. En trois pièces, cela peut-être exquis. Les anglais, avec ces couleurs, ne jouent jamais le total ‘look’, ne s’habillent pas de la tête aux pieds en blanc, préférant les dépareillés. De la bouche d’un anglais, ce ‘style’ est italien!

Enfin et surtout, la matière. D’abord, je vais détruire beaucoup d’idéaux largement répandus dans l’opinion: non au coton et au lin. Oui à la laine. Et oui, techniquement, rien n’est plus fin que la laine, rien n’est plus léger (en dehors des polyester et de la soie). Le coton a un défaut (à part le tissage seersucker): il est tissé serré et n’est donc pas aéré, très peu utile pour les jours de chaleur. Le lin quant à lui, froisse, vous le savez bien. Et par ailleurs, ce qui est peu connu, le lin se gorge d’eau en milieu humide (je pense aux régions de bords de mers) et dès lors ne respire plus. Par ailleurs, les cotons et les lins sont lourds (300gr bien souvent). Aussi, un tailleur refuse de travailler ces tissus, qui sont terribles sous l’aiguille et et le fer.

Il ne reste que la laine, dont les fibres peuvent allier deux qualités: finesse et légèreté. En dehors des laines vierges et des tissages légers, il existe deux catégories de laines spécifiques pour l’été: les laines fresco et les mohair.

Les fresco d’abord désignent une catégorie de tissages techniques. Les fils de laine, avant leur tissage ensemble, sont sur-tordus, sont enroulés sur eux-même. Une fois tissé, le plus souvent sur une armure toile (très aérée), le drap a un comportement étonnant, avec beaucoup de nervosité. On dit que ses fibres frisent, ce qui est une image pour signifier la réaction du fil retors.

Ensuite les mohairs sont des laines de chèvres. De ce point de vue et comme beaucoup d’amis, vous devez trouver cela bizarre. Mais le poil de chèvre a un avantage de plus par rapport au lainage de mouton: il a du ressort et est très rigide. Le tissage en toile de kid mohair est d’une grande légereté (220gr) et est trés aéré. C’est une merveille, que je recommande véritablement, même si elle est un peu chère! Si il est possible de trouver des costumes en fresco dans le commerce (notamment chez Arthur et Fox à Paris), ceux en mohair sont plus difficile à dénicher. Mais allez-y les yeux fermés, en plus, ça ne froisse quasiment pas!

Julien Scavini