On le dit ringard ou pire, de droite. On le pense disparu et mort. Pourtant, force est de constater que le mocassin à pompons continue de plaire, année après année.
La légende dit qu’il a été inventé en 1948 par le bottier du Massachusetts, Alden, à la demande d’un acteur d’Hollywood, Paul Lukas. Ce dernier avait ramené d’un voyage en Europe des pampilles en cuir qu’il voulait greffer sur un soulier. Après quelques essais naquit le mocassin à pompons que l’on connait encore aujourd’hui. Brooks Brothers copia rapidement le modèle, qui devient un must-have de l’élégance américaine, sous le nom tassel-loafer.

Le modèle classique est plutôt ample, rond et très confortable. Il n’a normalement pas besoin d’être fait, on plonge dedans directement. La forme est empruntée aux slippers, les souliers d’intérieurs, d’où est issu le mocassin jumeau : l’opera pump. La tige monte peu sur le pied, l’échancrure est assez prononcée, presque féminine. Ces pièces ont en commun d’être coupées d’une seule pièce.
La forme généreuse se reconnait au premier coup d’œil. Elle est épurée et ne présente pas de plateau cousu comme le mocassin classique appelé penny-loafer. Mais une couture décorative fait tout de même le tour de la partie avant, comme pour évoquer ce plateau. Les pampilles sont insérées directement sur le haut de la tige et un lacet décoratif, comme lié aux pompons, fait le tour de l’arrière.
Les bottiers pour rendre le modèle un peu plus à la mode ont tenté d’en affiner la silhouette, ce qui donne de mon point de vue un résultat maladroit. Le mocassin à pompons est joli s’il est assez ramassé, mais ce n’est que mon goût, je dois être trop conservateur. Les chausseurs le décline en de multiples formes, à bout carré, à semelle souple, non-doublé etc… Il est à la mode, donc il prend des formes multiples, du plus habillé au plus décontracté.

Question couleur, le tassel-loafer se décline dans tous les cuirs connus, veau, veau-velours voire même crocodile ou lézard chez Carmina. Avec un forme plus effilée que le modèle canonique. En veau-velours marine, c’est très racé me semble-t-il.
Du point de vue britannique, le mocassin noir est une légère curiosité. D’autant que le mocassin ne se porte pas – normalement – avec un costume. Chaussure semi-formelle, elle se prête préférentiellement au marron et ses déclinaisons et aux tenues sport. Toutefois, ce sont les américains qui ont inventé l’objet. Et ils le portent en box noir avec le costume. Alors, pourquoi se priver, d’autant que les italiens depuis longtemps ont cassé ce dogme. Il faut bien reconnaitre que les mocassins sont très confortables, et d’un grand chic.

Toutefois, est-ce une chaussure facile à porter? Est-ce une chaussure pour débutant? La réponse n’est pas évidente. J’en ai eu très tôt. Puis pendant une période, j’ai détesté les mettre, je trouvais l’allure trop féminine, le pied trop précieux. Et puis j’y suis revenu avec grand plaisir. Curieux. Ce n’est pas une chaussure anodine. D’autant plus qu’elle est un peu typé ‘fric’ ou ‘XVIème arrondissement’. Mais il faut aller au delà de ce cliché et faire confiance à son propre goût. Si l’on ne se sent pas sûr, un penny-loafer est déjà très bien. Si l’on est très sûr, il faut les porter en veau-velours vert avec un jean blanc. Il faut oser. C’est une chaussure classique.
Bonne réflexion.
Belle semaine, Julien Scavini















