Profession de foi

En cette période électorale propice à toutes les prises de parole, je voudrais moi aussi ajouter ma petite pierre à l’édifice, mais attention, je ne suis candidat à rien ! Si ce n’est un peu plus d’élégance partagée…

Cela fait longtemps que je veux écrire une courte chronique sur les voies de l’élégance ; j’entends les méthodes et styles employés par certains hommes pour se vêtir. Si l’on a toujours énoncé que l’élégance était d’abord une question de discrétion, force est de reconnaitre que la prime à la discrétion va de nos jours aux moins élégants. Promenez-vous en survêtement et t-shirt et vous serez discret, incontestablement. A l’inverse de nos amis italiens qui ont repris le flambeau de la mode masculine, que les anglais, par déliquescence sociale ou autre ont perdue. Les transalpins n’ont pas hésité à s’emparer d’un vestiaire britannique classique pour en exagérer le fond et la forme. Du flegme, nous serions passés aux rodomontades. Pourquoi pas, car au final, il s’agit de faire des affaires, et si le style italien plait plus, alors … Ce qui me gêne, c’est en quelque sorte cet excès.

Je lisais récemment sur un excellent blog une belle approche du terme chic. Force est de constater que ce mot est employé pour beaucoup de choses, sans beaucoup de sens. Une sorte de Beau qui ne voudrait pas l’être ? Il me fait indéniablement penser à cet autre élément lexical terriblement années 80 : sophistiqué ! Ce qui était beau alors était ce qui était sophistiqué. Cela signifiait à la fois une recherche sur la forme poussée, au service d’un fond très étudié. Au final, cela servait surtout à vendre, des costumes aux proportions excessives et des cravates excessivement aquarellées. Puis vint l’ère Slimane qui versa dans un autre excès, celui du ridulement petit et monochrome.

D’un excès à l’autre, je crains précisément que nous soyons actuellement dans une autre forme d’anglomanie italienne. Les traditions anglaises se sont déréglées, soit. Faut-il à ce point dépasser la mesure pour autant? Et de voir des messieurs se ruer sur des costumes aux revers de 12 centimètres qui se plaignent quand les crans – des revers – ne sont pas si haut qu’ils pourraient tomber dans le dos.

Alors en vérité je vous le dis, attention à toutes les formes d’excès. Gardez le sens commun et celui de la mesure. Telle est ma consigne. Et si d’aventure vous étiez tentés d’aller à l’extrême, comme je le dis souvent à mes clients, choisissez l’extrême moins un ! Par exemple, est-il de bon ton de faire un revers de six centimètres ? Alors faites en un de six moins un et serrez les dents, ça passera. Je ne cherche pas à adoucir tous les discours, mais à éviter l’enfermement de certains élégants dans des élégances carcans. Si la mode change, vous aurez alors à jeter tous les revers. Non pas qu’il ne faille pas avoir de style, mais ce style pourrait être fait d’une plus grande diversité, deux ET trois boutons, bas revers ET ourlets simples, épaules classiques ET napolitaines. Rester l’arbitre des élégances, c’est regarder du centre en plusieurs directions, sans forcément trancher.

Et repensez à ce mot chic. Remplacez le par l’adjectif raffiné. Avec ce terme, plus de référence au bon goût (italien par le moment ?) subjectif mais une assurance, celui de la recherche du fin, du subtil et du délicat. Voici finalement, ma profession de foi, une position à la française ?

Julien Scavini

Bonnes Fêtes de Pâques

Bonsoir mes amis, comme chaque année, un dessin unique, sur le thème d’une photographie d’enfant avec leurs œufs de Pâques. L’année dernière, à bord du Normandie, cette année, sur le terrain de Saïgon en 1939, en attendant l’embarquement pour Paris à bord du Dewoitine 338 ‘Ville d’Orléans’. Avec 15 passagers, le vol de 6 jours fera escale à Bankok, Akyab, Calcutta, Allahabad, Jodhpur, Karachi, Djask, Bouchik, Bagdad, Damas, Beyrouth, Castelrosso, Athènes, Naples, Marseilles puis l’arrivée au Bourget…

Triste PS : j’apprends de source plutôt informée qu’Arnys aurait été vendue. LVMH via Berluti acquéreur. 15million d’euros sont évoqués… Les sources sont concordantes, le bruit assez important. Vérité ou esbroufe ? Triste fin pour la maison qui me passionne le plus à Paris … Renseignement pris à un haut niveau chez LVMH, aucun commentaire, mais seulement que ‘A ma connaissance la famille qui détenait Arnys voulait vendre le fond de commerce mais pas la marque qui ne vendait d’ailleurs plus grand chose : Mitterrand est mort depuis longtemps. Très bel emplacement pour une belle boutique à venir… Nous ou un autre, je préfère que ce soit nous !

Julien Scavini

Lettre d’un autre monde

Assez peu inspiré ces temps-ci en terme de sujet, je vais faire court aujourd’hui. J’ai pris à midi le temps d’aller admirer, car c’est le terme qui convient, la nouvelle boutique Tom Ford près des Champs Elysées à Paris. Cela faisait déjà un bon moment que j’attendais de pouvoir admirer ses pièces, qui n’étaient pas encore accessibles dans la capitale, en dehors de quelques pièces idiotes chez Colette. Je partais donc avec entrain, d’autant que j’ai toujours beaucoup aimé les créations du dit-monsieur. Je vous en avais d’ailleurs parlé au tout début de ce blog.

Tom Ford pour homme, c’est un mélange pas inintéressant de belle façon classique et d’empreinte ‘mode’. Regardez les photos bien disposées sur son site internet pour vous en convaincre. Cols châles aux proportions généreuses, crans aigus bien profonds et quelques fois tweed assez heureux. Tout cela, encore plus excitant car le créateur respecte assez scrupuleusement la hiérarchie classique ‘costume/ville’ ‘tweed/sport’ et ‘sortie/formel’. Ainsi, les costumes de villes sont typiques des années 30, avec de beaux revers en pointes. Les vestes sport ont un beau cran ouvert et le plus souvent des poches plaquées. Les emmanchures sont hautes, les étoffes fines, la boutonnière du revers à la main. Ceci dit, pour 5 à 7000 euros le deux pièces, c’est la moindre des choses.

Mais Tom Ford pour les hommes, c’est au delà du classique une bonne grosse touche de culture fashion. L’on est pas ici dans le classicisme des italiens comme Canali ou de l’allure bon chic bon genre de Ralph Lauren. Non, il s’agit plutôt d’une tentative – c’est pour cela que je trouve la méthode adroite – de mise à jour d’avant-garde des classiques masculins. Pas de vestes aux proportions farfelues. Pas de montages délirants. En cela, Tom Ford crée des vêtements portables à la différence de nombres de stylistes. Libre à nous ensuite de ne pas mettre des sleepers en velours ou des chaussettes blanches ou encore des cravates à pois énormes. Pardonnez l’illustration, volontairement canonique du point de vue de sa collection. Je note enfin que les costumes Tom Ford sont loin d’être absolument cintrés et super près du corps. Bien au contraire, ils sont plutôt du genre mous car très légers. Ils sont confortables dans le sens d’une ampleur maîtrisée. Cela se voit, cela se sent.

Enfin, parlons de cette boutique rue Français 1er, dans le triangle d’or. Hélas, assez petite – 350m2, une broutille pour un grand flagship – ne propose pas beaucoup, et donc un choix a été opéré. Et ce choix n’est pas dans le sens des belles intentions que je vous décrivais. Il est plutôt orienté clientèle internationale bling-bling (évidemment finalement) et les pièces sont noirs, noirs, noirs ou grises. L’ensemble manque de fantaisie mais s’adaptera parfaitement aux grosses lunettes de soleil blanche, à la rolex et au range rover sous le soleil de Deauville ou de Dubai. (A l’exception d’une incroyable robe de chambre en soie gansée). Bref, cette boutique n’est pas faite pour nous, lecteurs et même simple français. Car qui gagne autant en France pour se payer un tel luxe. Bref, une boutique pour chinois et russes 🙂

Julien Scavini

Le bal de l’X

Vendredi soir avait lieu à l’Opéra Garnier l’un des évènements les plus mondains de la saison, le bal de l’Ecole Polytechnique. En avant soirée, j’ai eu l’occasion de regarder de plus près l’uniforme d’un des élèves. L’occasion intéressante d’observer une pièce à taille de plus près ; les tuniques militaires étant toujours captivantes à regarder, avec leur allure rigoureuse et leurs gros boutons dorés.

Alors, faisons un peu d’histoire. L’École Polytechnique fut officiellement créée durant la Révolution Française mais elle reste pour autant associée à l’Empire. En effet, Napoléon 1er lui conféra le statut d’école militaire, obligeant par là l’élite des ingénieurs à servir sous les drapeaux. Notons d’ailleurs que l’ingénierie fut originellement une activité des militaires, plus précisément, le génie. Cela remonte de l’époque romaine, où les ‘ingénieux’ concevaient de l’architecture et des machines, notamment de guerre. Vitruve nous ayant laissé dans son livre le De Architectura une somme de connaissance sur l’époque. Quelques architectes passèrent par l’Ecole Polytechnique, dont Jacques Nicolas Louis Durand, le père du rationalisme architectural. Mais je digresse.

Le 121ème bal ayant eut lieu samedi, ce fut l’occasion de voir dans Paris et son métro des hommes en uniforme, chose assez rare maintenant que nous vivons dans une société relativement démilitarisée. Qui pourrait citer le nom d’un général de nos jours ? Bref, j’ai eu l’occasion de regarder sous toutes les coutures une de ces tuniques, faite d’une épaisse serge de laine noire.

L’uniforme est constitué d’une tunique croisée, à sept boutons dorés, dépourvue de poche extérieure et ceinturée à la taille. Elle se complète d’un pantalon droit à plis avec un triple galonnage rouge en baguette. Les souliers sont des bottines type équestre à élastiques. La chemise possède un col cheminée court et des poignets mousquetaires, sur lesquels sont fixés des boutons de manchette dorés aux armes de l’École. Enfin, quelques accessoires, un bicorne placé dans l’axe du chef, des gants blancs et une épée. Pour parfaire la tenue, un faux col est fixée à l’intérieur du col officier. Mais pour des raisons pratiques, ce faux col est en fait un morceaux de plastique blanc, ce qui donne bien chaud au porteur de l’uniforme.

Et c’est ici la limite de la tradition. Il devient assez hasardeux de conserver la forme d’un héritage sans en préserver le fond. A l’instar de ce col en plastique, la tunique elle-même a subi les affres de la modernisation et est maintenant dépourvue de couture de taille. L’effet est moins net, la structure est rigide et non pas fluide comme peuvent l’être les pièces ajustées. Ceci dit, c’est une critique à la marge, l’effet restant assuré ! Le fabricant de ces pièces de série : Balsan, heureusement encore une entreprise française qu’il convient de saluer.

Pourtant, il fut une époque où tailleurs et militaires, notamment cadet de l’X avaient en commun. A l’instar de la médecine où il faut passer une certaine note pour être reçu dans le numerus clausus, il faut à Polytechnique passer la barre du tailleur, c’est à dire une certaine note permettant d’être reçu et par là même de filer se faire confectionner son grand uniforme !

Julien Scavini

Succession Cambo Tailleur -MàJ-

Court billet également ce soir, pour vous parler de la succession d’un tailleur ‘Cambo Tailleur’, juste à côté de chez moi, avenue Emile Zola dans le XVème arrondissement de la capitale. M. Elkienbaum, installé là depuis 1946 et son retour des camps est hélas récemment décédé. Sa veuve est intéressée à l’idée de vendre à bon prix le stock de tissu (30€ le coupon ?) et pour ainsi dire de donner les quelques cravates restantes (quelques shantung, des cachemires etc). Si certains sont intéressés, vous pouvez laisser un message de réponse. Si plusieurs personnes souhaitent venir, elle ouvrira la boutique, par exemple le samedi matin dans deux semaines ? A bon entendeur.

MàJ : sauf information contraire, l’échoppe devrait être ouverte samedi 24 mars, de 11h à 13h. Cambo Tailleur, 12 Avenue EMILE ZOLA 75015 PARIS.

Julien Scavini

Les gants

Un client me demandait récemment si je pouvais l’éclairer sur les diverses qualités de gants et lui donner quelques conseils. Je fus bien dépourvu car la bise était déjà venue. Et je n’avais hélas pas de réponse immédiate. J’ai creusé un peu la question, je vais tâcher d’amener quelques éléments de réponse ici, vous incitant à continuer le débat après.

Premièrement, il est nécessaire de porter des gants d’un cuir similaire à celui des souliers : gants noirs avec souliers noirs, gants marrons avec souliers marrons. Dans cette catégorie, on pourrait dissocier gants de cuir lisse et gants de croute de cuir (veaux-velours), à associer chacun avec le même type de cuir de souliers, mais c’est déjà un raffinement. Pour pousser plus loin le bouchon, il serait également élégant d’avoir la même couleur de peau pour la ceinture et le bracelet montre, histoire d’être logique jusqu’au bout. Bon, mais je vous l’accorde, en dehors de l’association de cuirs noirs, indispensable selon moi, il est tout à fait possible de croiser les types de marrons.

Les peausseries ensuite. Le plus courant est le cuir de veau ‘pleine fleur’, c’est-à-dire un cuir non poncé, directement coupé car exempt de défauts. Le veau, car son cuir est fin, ce qui est appréciable pour des gants souples. Il y a également le chevreau ou l’agneau dont les cuirs sont très recherchés. Sinon, la grande masse de production provient de la vache ou vachette, souvent dans des cuirs corrigés, c’est-à-dire recoupés dans l’épaisseur. Enfin, notons le cuir de porc pour des gants de piètre qualité. A l’opposé, le cuir de pécari, sorte de petit sanglier d’Amérique du sud, est très recherché pour ses effets piquetés. Quant à la catégorie des cuirs-velours, ou veaux-velours, elle est vaste. Parfois appelée suédine, ou cuir-suède, ou encore nubuck, elle est suivant les qualités issue d’un traitement par ponçage de l’envers du cuir (la peau côté chair). La profondeur de cette matière, souvent comparée aux flanelles pour les costumes est très appréciable mais vieilli un peu moins bien qu’un cuir lisse.

La façon ensuite. Permettez-moi d’émettre un avis à propos des procédés actuels de fabrication. Je n’en peux plus de voir à longueur de rayons de grands magasins des gants cousus par l’extérieur. Ces modèles sont reconnaissables à leur cousu petit-point sur les bords et une fin de doigt en X. En effet, les coutures sont inversées et se trouvent donc à l’extérieur. Et c’est une fadaise ! Ah mais quelle idée de mettre des coutures à l’extérieur. C’est une simplification des fabricants. Car normalement, cette méthode est réalisée uniquement dans le cas de gants non-doublés, pour que la couture ne soit pas désagréable contre les doigts. A ce moment là c’est chic. Le piqué-bord peut être joli, je le concède, mais il faut qu’il soit logique. Car finalement, il n’existe plus aucune différence entre un gant pas cher et un gant de prix, les deux sont doublés, les deux sont cousus par l’extérieur. Et cela fait des grosses mains. Non, nous voulons de la finesse, de la délicatesse.

Car le raffinement voudrait que l’on recherche la façon la plus délicate, celle où les coutures sont soigneusement dissimulées à l’intérieur sous la doublure, de soie le plus souvent. Cette dissimulation, c’est un art ! J’en veux pour preuve que l’armée de l’air, pour ses pilotes de chasse, se fournie encore à Millau, la ville incontournable pour ce métier (et pour la mégisserie) de gants à la finesse extrême, facilitant la tenue minutieuse du manche.

Et pour finir, quatre liens vers Millau :

Que pensez-vous de cette idée de finesse alors ? Je sais que je ne vais pas être très populaire à dire cela, mais c’est mon crédo : raffinement et délicatesse.

L’illustration de la semaine : jaquette de mariage noire gansée, pantalon de pied de poule (pour un style très 30’s), cravate club comme cela se faisait (et oui) et chemise blanche.

Julien Scavini

Le haut du pantalon

Cette semaine, suite et fin du tour du pantalon, une pièce ô combien difficile à couper et aux détails si nombreux, et souvent si minimalistes. Je lisais récemment sur un autre blog que le pantalon à plis ne pouvait se concevoir qu’avec des revers. Comme je vous l’ai dit la semaine précédent, il est possible d’ériger des dogmes personnels, c’est une marque de talent, mais il faut bien se garder de les faire passer pour absolu. Le pantalon de jaquette par exemple doit être ample, avec des plis, mais sans revers…

Le haut devant du pantalon peut être parfaitement plat, c’est de loin l’option la plus courante de nos jours, et qui du reste est historiquement la plus valide. Jusque dans les années 20, les pantalons arboraient des devants plats, sans plis, mais en revanche avec beaucoup de bassin, signe stylistique du temps où les hommes étaient dessinés comme des garçonnets. Puis, les années 30 et le mythe du bel homme grand et fort virent arriver les plis, un puis deux puis trois etc. J’ai déjà vu un pantalon 1940 avec un pli faisant 8cm ! (en fait 4 x2 car c’est un repli).

Le vocabulaire est ici important. Je parle bien de plis devant, souvent appelés pinces. C’est un peu la même chose, mais pour avoir les idées claires, je dissocie les termes. Les pinces sont plutôt présentes sur l’arrière, mais alors il ne s’agit plus d’un repli mais d’une couture.

La sobriété du devant sans pli est un avantage indéniable. Les pantalons sans plis font jeune ! Oui, mais ils ont l’inconvénient d’être un peu plus serré et par là même de faire disparaitre le pli central (autre sens de pli ici). Pour un pantalon seul, j’aime mieux. En revanche, avec le costume, avoir de l’aisance : c’est bien !

De nos jours, le pli a perdu de son lustre. Pour ma part, je l’adore, surtout en double, juste histoire d’être à contre courant de la mode. C’est dit ! Le double pli, c’est à dire un gros au niveau du pli du pantalon (1,5cm x2) puis un petit (0,5cm x2) vers la poche. Ils permettent de pincer plus fortement la taille (à la limite un avantage lorsque l’on veut aussi des vestes cintrées) et de donner de l’aisance aux cuisses, surtout en station assis.

Les plis peuvent avoir deux orientations : vers l’intérieur à la française et vers l’extérieur à l’italienne. L’un et l’autre sont discutables. Notons seulement que vers l’intérieur, c’est beaucoup plus classique. Cela crée une belle silhouette, autant de face que de profil. Le profil des pantalons à plis est beau. L’inconvénient est le côté bouffant au niveau de la braguette. La version vers l’extérieur est une invention contemporaine, peut-être bien du prêt-à-porter italien. Elle a l’avantage de lisser la braguette pour ne pas avoir cet aspect bouffant, mais l’esthétique est moins raffinée. Ceci dit, je pense que cette option a été développée car les hommes ‘portent’ maintenant au milieu (logique en PàP). ‘Le poignard’ n’est plus logé à droite ou à gauche. Une explication … ? La pince, dans les deux cas est normalement cousue sur 3cm à partir de la ceinture et se libère plus ou moins progressivement.

La suite. Le pantalon doit avoir un bon bassin. De manière générale, le pantalon ne doit pas être serré. Lorsque je vois les publicités du prêt à porter avec des hommes en costume, j’ai l’impression qu’ils portent des pantalons en stretch. Ça tiraille partout, aux cuisses, aux mollets (cela va de paire avec des pantalons trop courts du reste) et évidemment aux fesses. Et oui, mine de rien, les hommes aussi ont des fesses. Et n’écoutez pas le vendeur vous dire que la poche côté ouvre normalement pour l’aisance, cela n’a rien à voir. S’il n’y peut rien, soit ; mais pas de balivernes.

Généralement, la belle ligne à l’arrière du pantalon veut que le pli parte du plus fort de la fesse en ligne droite jusqu’à la chaussure. Le pli central en ‘droit fil’ structure alors la silhouette. Les fesses ne doivent pas être mises en évidence, les genoux ne doivent pas être à l’étroit et la poche ne doit pas servir de ‘relarge’.

Par ailleurs, abordons l’épineuse question des pantalons taille haute. C’est une sorte de lubie du moment. Il faut bien se retirer une idée de la tête, un pantalon à taille haute sans bretelles, ça n’existe pas. J’ai déjà tenté, bonjour la catastrophe. Car la taille haute correspond aux tissus mous du ventre. Donc debout, pour bien faire tenir le pantalon en place, il faut serrer, pourquoi pas avec des ajusteurs sur les côtés. Mais dès que l’on s’assoie, la ceinture serre horriblement et surtout butte dans les côtes. Bref, cela ne marche pas. Avec ceinture ou side adjusters, il vaut mieux se rabattre sur une mesure de ‘montant’ plus classique, pour arriver juste au dessus des hanches, vers le nombril, voilà la bonne option !

Julien Scavini

Le bas du pantalon

Cet après-midi, je vais tenter d’énoncer les diverses manières de terminer un bas de pantalon, plusieurs lecteurs m’ayant questionnés sur le sujet suite à divers articles et prises de position. Comme à l’habitude sur Stiff Collar, restons encyclopédiques.

Bien ! le bas du pantalon, toute une histoire. Sa largeur d’abord est un grand sujet de questionnement, et l’histoire ne nous apprend pas grand chose justement, le pantalon long étant une invention relativement moderne. Autrefois, la culotte était préférentiellement utilisée et celle-ci s’arrêtait aux genoux. Avec, l’on portait soit des chausses hautes (bottes) soit des bas de soie finissant sur une chaussure à boucle ou un mocassin. Sauf pour la paysannerie, qui justement utilisait des sortes de culottes longues voire des braies. Mais depuis environ 1830, l’usage du pan-long s’est répandu. Il fut originellement ‘collant’, c’est à dire marquant les cuisses et les mollets. Il fallait agrandir une cuisse pour loger les choses de la vie et certains modèles possédaient une sous-patte passant en dessous de la chaussure et servant à tendre l’étoffe. Très esthétique, mais du dernier inconfort. De nos jours, il n’y a guère plus que les matadors qui utilisent la culotte (longue) et le bas de soie.

Puis, au tournant du siècle dernier, le pantalon s’est élargi. La coupe droite militaire, héritée des campagnes de 1870 en France est un fait notable. Vers 1910 / 1920, les pantalons devinrent plus actuels, mais avec des hanches marquées. Leur largeur en bas était assez similaire à ce que l’on trouve maintenant. En revanche, dans les années 30, le pantalon couvrait les trois quart de la chaussure, et les knickers (Knickerbockers) hérités des anciennes culottes avaient le vent en poupe. Certains étudiants, dans les milieux oxfordiens testèrent les ‘Oxford bags’, pantalons plus que patte d’eph’ faisant au moins 45cm de largeur en bas.

La coupe parfaitement droite subit encore des modifications dans les 70’s mais resta globalement inchangée jusqu’à nos jours. Actuellement, il est conseillé dans les ouvrages spécialisés de couvrir la moitié du soulier. C’est un jugement de valeur très personnel qui doit amener chacun à prendre position. Pour une conformation standard (taille 50, 1m80 par exemple), je pourrais conseiller 22cm pour un pantalon en laine de costume, 21 pour un pantalon en laine sport et pourquoi pas 19 dans un coton. Mais attention, plus vous serrez, moins le pli sera marqué.

Le bas du pantalon maintenant. Plusieurs options s’offrent à vous tant dans la forme que dans les mesures. Pour les formes hors du commun, il y a le pli fendu terminé par une abeille (broderie en triangle) (A) ou le bas fendu sans repli (B). Plus classiquement, il y a le revers (C). Il peut mesurer entre 3 et 5cm suivant votre goût, mais il est vrai que quitte à avoir un revers, autant qu’il se voit. (D) une option classique à Paris, le demi-revers uniquement positionné sur l’avant. Enfin (E), l’ourlet simple.

A propos du revers, nous noterons que son invention remonte à Edouard VII qui aurait fait des revers à son pantalon un jour de pluie et de boue à la campagne, pour éviter de tâcher ses bas. Et que le fils de ce monarque s’en est pris quelques années plus tard à un visiteur qui lui rendait visite dans son palais de Londres avec des pantalons à revers en lui demandant ‘trouvez-vous ma maison humide pour arborer un retroussis au pantalon ?’ Classiquement donc, le revers est plutôt connoté campagne, les pantalons de ville en étant dépourvus. De nos jours, c’est selon le goût. Et inutile d’en faire une règle absolue : ni le costume croisé, ni celui à rayures ou que sais-je encore ne s’accorde plus qu’un autre au revers.
La largeur du bas maintenant. En 1, nous visualisons un bas classique, de 24 ou 25cm typique du tombé des années 30 anglaises. Cette largeur est encore indiquée pour les pantalons formels comme celui de la jaquette par exemple. En 2, nous voyons l’erreur contemporaine. Le pantalon fait la même longueur que précédemment, mais sa largeur a fortement diminuée, il butte donc sur le haut de la chaussure et casse vingt fois ! Si l’on veut un bas étroit, il faut raccourcir le pantalon, comme en 3. C’est la mode anglaise, ou quand le pantalon tutoie le haut du soulier. Sur le continent, on aime les pantalons franchement plus longs, surtout sur l’arrière. Donc l’idéal chez un tailleur ou un bon retoucheur, c’est de faire exécuter le bas en biais. Pour cela, il existe deux méthode, le biais complet permettant d’effleurer l’avant du soulier et d’emboiter l’arrière (4). La seconde, à la manière de Smalto, consiste à obtenir un avant horizontal puis à partir en biais depuis la couture vers l’arrière (5). MàJ: il est possible de réaliser la (4) avec un revers, mais le biais sera moindre, car l’effet est plus dur à obtenir.

J’espère que ce rapide tour des possibles vous sera d’une grande aide lors de vos prochains achats ou commandes. La semaine prochaine, nous verrons le haut du pantalon.

Julien Scavini

Le drop à l’essai !

Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…

Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.

Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.

Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.

Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…

De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :

  • En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
  • En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.

Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.

Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.

Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …

Julien Scavini

Dormeuil, à cheval …

… un pied de chaque côté du Détroit. Car l’histoire de Dormeuil s’est toujours inscrite entre l’Angleterre et la France. Jules Dormeuil, créateur de la Maison en 1842, avait décidé d’importer du tissu ‘Made in England’ afin de le redistribuer à la coupe. Ses descendants ont ensuite choisis de créer et de fabriquer leurs propres tissus, toujours certifiés ‘Made in England’ comme le mentionne la très reconnue lisière parlante inventée par Dormeuil.

J’avais il y a quelques temps publié une information qui s’est révélée être erronée. Non, Dormeuil Frères n’a pas été vendu. Voici la réponse de la maison Dormeuil, que j’ai décidé de publier en article pleine-page, enrichie de quelques notes supplémentaires.

Après 170 d’existence la famille Dormeuil est toujours seule à la tête de l’entreprise familiale. A ce jour, Dominic Dormeuil (5e génération) est président du groupe. La 6ème génération est également aux affaires dans la Maison. L’enseigne Dormeuil a été fondée en 1842 par Jules Dormeuil, rejoint en 1858 par ses deux frères, Auguste et Alfred. Bientôt sont imaginés le fameux blason avec ses trois têtes de béliers et l’immense siège social du 4 rue Vivienne à Paris. Comme me le disait le tailleur Stark ‘on était encore reçu par des pages en livrée lorsque l’on avait rendez-vous au siège‘ il y a une dizaine d’année.

De 1880 à 1920, c’est la découverte de nouveaux horizons, en Asie d’abord à la recherche des meilleurs cachemires et soies, en Amérique après pour l’ouverture de nouveaux marchés. En 1913 est inauguré le bureau de Tokyo, aujourd’hui encore plus important marché pour Dormeuil Frères. En 1926 est inauguré le grand flagship Dormeuil House sur Golden Square à Londres.

L’histoire de Dormeuil s’écrit d’abord dans l’innovation. Ainsi, la marque fut leader chez de nombreux tailleurs avec ses liasses Sportex et Tonik. Il y eu aussi le Frilex. Ces laines recevaient des traitements mécaniques pour les rendre plus légères, moins froissables, plus aérées, plus pratiques. Aujourd’hui arrêtées, elles signèrent les belles heures de l’élégance masculine. En 1960, l’activité de sur-mesure déclinant, la ligne de prêt-à-porter est lancée sous le nom ‘Guy Dormeuil’. En 1974, alors que la plateforme d’Orly-Rungis se développe en relation avec l’international, le siège social français est déménagé à Massy Palaiseau.

Au tournant des années 2000 est introduit une nouvelle politique : la montée en gamme. La marque Guy Dormeuil est renommée Dormeuil et sera distribuée de manière exclusive dans de nouvelles enseignes en propre. Côté tissu, les qualités s’améliorent, comme le montre le lancement de la fabuleuse liasse Pashmina (baby cachemire et soie). Et en 2005, le rachat de la filature Minova dans le Yorkshire consacre cette volonté d’aller vers le segment ‘high end’ en contribuant au maintien des traditions et à la préservation de l’héritage textile de la région mis en péril par la crise. En janvier 2011, le service logistique de Dormeuil historiquement basé en France a été intégré à cette unité afin d’optimiser les flux logistiques. Le Yorkshire est à ce jour le point de départ des milliers d’expéditions quotidiennes à travers le monde. Nos différentes réorganisations/optimisations nous permettent de faire -plus que jamais- face aux incertitudes du marché et d’envisager l’avenir avec sérénité et ambitions…

Le groupe est aujourd’hui composé de deux entités distinctes : Dormeuil SAS et Dormeuil Mode. Dormeuil SAS est en charge de la commercialisation du tissu Dormeuil et a 8 bureaux à travers le monde : Londres, Paris, New Delhi, Shanghai, Tokyo, Melbourne, New York. La maison mère est basée en France depuis 1972. Dormeuil Mode se consacre quant à elle à la distribution de vêtements en prêt-à-porter et en demi-mesure. Les produits sont exclusivement distribués dans les points de vente Dormeuil afin de privilégier les collections et le développement des boutiques. Les produits sont vendus dans six boutiques et corners à Paris et en France. Il a été question au cours de l’année 2011 que la société Smuggler s’associe à Dormeuil Mode en récupérant la jouissance de son réseau de distribution. Ce projet a finalement été abandonné en raison de divergences de positions et de visions. La marque Dormeuil Mode appartient donc encore et toujours à la Famille Dormeuil.

Julien Scavini