Court billet également ce soir, pour vous parler de la succession d’un tailleur ‘Cambo Tailleur’, juste à côté de chez moi, avenue Emile Zola dans le XVème arrondissement de la capitale. M. Elkienbaum, installé là depuis 1946 et son retour des camps est hélas récemment décédé. Sa veuve est intéressée à l’idée de vendre à bon prix le stock de tissu (30€ le coupon ?) et pour ainsi dire de donner les quelques cravates restantes (quelques shantung, des cachemires etc). Si certains sont intéressés, vous pouvez laisser un message de réponse. Si plusieurs personnes souhaitent venir, elle ouvrira la boutique, par exemple le samedi matin dans deux semaines ? A bon entendeur.
MàJ : sauf information contraire, l’échoppe devrait être ouverte samedi 24 mars, de 11h à 13h. Cambo Tailleur, 12 Avenue EMILE ZOLA 75015 PARIS.
Un client me demandait récemment si je pouvais l’éclairer sur les diverses qualités de gants et lui donner quelques conseils. Je fus bien dépourvu car la bise était déjà venue. Et je n’avais hélas pas de réponse immédiate. J’ai creusé un peu la question, je vais tâcher d’amener quelques éléments de réponse ici, vous incitant à continuer le débat après.
Premièrement, il est nécessaire de porter des gants d’un cuir similaire à celui des souliers : gants noirs avec souliers noirs, gants marrons avec souliers marrons. Dans cette catégorie, on pourrait dissocier gants de cuir lisse et gants de croute de cuir (veaux-velours), à associer chacun avec le même type de cuir de souliers, mais c’est déjà un raffinement. Pour pousser plus loin le bouchon, il serait également élégant d’avoir la même couleur de peau pour la ceinture et le bracelet montre, histoire d’être logique jusqu’au bout. Bon, mais je vous l’accorde, en dehors de l’association de cuirs noirs, indispensable selon moi, il est tout à fait possible de croiser les types de marrons.
Les peausseries ensuite. Le plus courant est le cuir de veau ‘pleine fleur’, c’est-à-dire un cuir non poncé, directement coupé car exempt de défauts. Le veau, car son cuir est fin, ce qui est appréciable pour des gants souples. Il y a également le chevreau ou l’agneau dont les cuirs sont très recherchés. Sinon, la grande masse de production provient de la vache ou vachette, souvent dans des cuirs corrigés, c’est-à-dire recoupés dans l’épaisseur. Enfin, notons le cuir de porc pour des gants de piètre qualité. A l’opposé, le cuir de pécari, sorte de petit sanglier d’Amérique du sud, est très recherché pour ses effets piquetés. Quant à la catégorie des cuirs-velours, ou veaux-velours, elle est vaste. Parfois appelée suédine, ou cuir-suède, ou encore nubuck, elle est suivant les qualités issue d’un traitement par ponçage de l’envers du cuir (la peau côté chair). La profondeur de cette matière, souvent comparée aux flanelles pour les costumes est très appréciable mais vieilli un peu moins bien qu’un cuir lisse.
La façon ensuite. Permettez-moi d’émettre un avis à propos des procédés actuels de fabrication. Je n’en peux plus de voir à longueur de rayons de grands magasins des gants cousus par l’extérieur. Ces modèles sont reconnaissables à leur cousu petit-point sur les bords et une fin de doigt en X. En effet, les coutures sont inversées et se trouvent donc à l’extérieur. Et c’est une fadaise ! Ah mais quelle idée de mettre des coutures à l’extérieur. C’est une simplification des fabricants. Car normalement, cette méthode est réalisée uniquement dans le cas de gants non-doublés, pour que la couture ne soit pas désagréable contre les doigts. A ce moment là c’est chic. Le piqué-bord peut être joli, je le concède, mais il faut qu’il soit logique. Car finalement, il n’existe plus aucune différence entre un gant pas cher et un gant de prix, les deux sont doublés, les deux sont cousus par l’extérieur. Et cela fait des grosses mains. Non, nous voulons de la finesse, de la délicatesse.
Car le raffinement voudrait que l’on recherche la façon la plus délicate, celle où les coutures sont soigneusement dissimulées à l’intérieur sous la doublure, de soie le plus souvent. Cette dissimulation, c’est un art ! J’en veux pour preuve que l’armée de l’air, pour ses pilotes de chasse, se fournie encore à Millau, la ville incontournable pour ce métier (et pour la mégisserie) de gants à la finesse extrême, facilitant la tenue minutieuse du manche.
Que pensez-vous de cette idée de finesse alors ? Je sais que je ne vais pas être très populaire à dire cela, mais c’est mon crédo : raffinement et délicatesse.
L’illustration de la semaine : jaquette de mariage noire gansée, pantalon de pied de poule (pour un style très 30’s), cravate club comme cela se faisait (et oui) et chemise blanche.
Cette semaine, suite et fin du tour du pantalon, une pièce ô combien difficile à couper et aux détails si nombreux, et souvent si minimalistes. Je lisais récemment sur un autre blog que le pantalon à plis ne pouvait se concevoir qu’avec des revers. Comme je vous l’ai dit la semaine précédent, il est possible d’ériger des dogmes personnels, c’est une marque de talent, mais il faut bien se garder de les faire passer pour absolu. Le pantalon de jaquette par exemple doit être ample, avec des plis, mais sans revers…
Le haut devant du pantalon peut être parfaitement plat, c’est de loin l’option la plus courante de nos jours, et qui du reste est historiquement la plus valide. Jusque dans les années 20, les pantalons arboraient des devants plats, sans plis, mais en revanche avec beaucoup de bassin, signe stylistique du temps où les hommes étaient dessinés comme des garçonnets. Puis, les années 30 et le mythe du bel homme grand et fort virent arriver les plis, un puis deux puis trois etc. J’ai déjà vu un pantalon 1940 avec un pli faisant 8cm ! (en fait 4 x2 car c’est un repli).
Le vocabulaire est ici important. Je parle bien de plis devant, souvent appelés pinces. C’est un peu la même chose, mais pour avoir les idées claires, je dissocie les termes. Les pinces sont plutôt présentes sur l’arrière, mais alors il ne s’agit plus d’un repli mais d’une couture.
La sobriété du devant sans pli est un avantage indéniable. Les pantalons sans plis font jeune ! Oui, mais ils ont l’inconvénient d’être un peu plus serré et par là même de faire disparaitre le pli central (autre sens de pli ici). Pour un pantalon seul, j’aime mieux. En revanche, avec le costume, avoir de l’aisance : c’est bien !
De nos jours, le pli a perdu de son lustre. Pour ma part, je l’adore, surtout en double, juste histoire d’être à contre courant de la mode. C’est dit ! Le double pli, c’est à dire un gros au niveau du pli du pantalon (1,5cm x2) puis un petit (0,5cm x2) vers la poche. Ils permettent de pincer plus fortement la taille (à la limite un avantage lorsque l’on veut aussi des vestes cintrées) et de donner de l’aisance aux cuisses, surtout en station assis.
Les plis peuvent avoir deux orientations : vers l’intérieur à la française et vers l’extérieur à l’italienne. L’un et l’autre sont discutables. Notons seulement que vers l’intérieur, c’est beaucoup plus classique. Cela crée une belle silhouette, autant de face que de profil. Le profil des pantalons à plis est beau. L’inconvénient est le côté bouffant au niveau de la braguette. La version vers l’extérieur est une invention contemporaine, peut-être bien du prêt-à-porter italien. Elle a l’avantage de lisser la braguette pour ne pas avoir cet aspect bouffant, mais l’esthétique est moins raffinée. Ceci dit, je pense que cette option a été développée car les hommes ‘portent’ maintenant au milieu (logique en PàP). ‘Le poignard’ n’est plus logé à droite ou à gauche. Une explication … ? La pince, dans les deux cas est normalement cousue sur 3cm à partir de la ceinture et se libère plus ou moins progressivement.
La suite. Le pantalon doit avoir un bon bassin. De manière générale, le pantalon ne doit pas être serré. Lorsque je vois les publicités du prêt à porter avec des hommes en costume, j’ai l’impression qu’ils portent des pantalons en stretch. Ça tiraille partout, aux cuisses, aux mollets (cela va de paire avec des pantalons trop courts du reste) et évidemment aux fesses. Et oui, mine de rien, les hommes aussi ont des fesses. Et n’écoutez pas le vendeur vous dire que la poche côté ouvre normalement pour l’aisance, cela n’a rien à voir. S’il n’y peut rien, soit ; mais pas de balivernes.
Généralement, la belle ligne à l’arrière du pantalon veut que le pli parte du plus fort de la fesse en ligne droite jusqu’à la chaussure. Le pli central en ‘droit fil’ structure alors la silhouette. Les fesses ne doivent pas être mises en évidence, les genoux ne doivent pas être à l’étroit et la poche ne doit pas servir de ‘relarge’.
Par ailleurs, abordons l’épineuse question des pantalons taille haute. C’est une sorte de lubie du moment. Il faut bien se retirer une idée de la tête, un pantalon à taille haute sans bretelles, ça n’existe pas. J’ai déjà tenté, bonjour la catastrophe. Car la taille haute correspond aux tissus mous du ventre. Donc debout, pour bien faire tenir le pantalon en place, il faut serrer, pourquoi pas avec des ajusteurs sur les côtés. Mais dès que l’on s’assoie, la ceinture serre horriblement et surtout butte dans les côtes. Bref, cela ne marche pas. Avec ceinture ou side adjusters, il vaut mieux se rabattre sur une mesure de ‘montant’ plus classique, pour arriver juste au dessus des hanches, vers le nombril, voilà la bonne option !
Cet après-midi, je vais tenter d’énoncer les diverses manières de terminer un bas de pantalon, plusieurs lecteurs m’ayant questionnés sur le sujet suite à divers articles et prises de position. Comme à l’habitude sur Stiff Collar, restons encyclopédiques.
Bien ! le bas du pantalon, toute une histoire. Sa largeur d’abord est un grand sujet de questionnement, et l’histoire ne nous apprend pas grand chose justement, le pantalon long étant une invention relativement moderne. Autrefois, la culotte était préférentiellement utilisée et celle-ci s’arrêtait aux genoux. Avec, l’on portait soit des chausses hautes (bottes) soit des bas de soie finissant sur une chaussure à boucle ou un mocassin. Sauf pour la paysannerie, qui justement utilisait des sortes de culottes longues voire des braies. Mais depuis environ 1830, l’usage du pan-long s’est répandu. Il fut originellement ‘collant’, c’est à dire marquant les cuisses et les mollets. Il fallait agrandir une cuisse pour loger les choses de la vie et certains modèles possédaient une sous-patte passant en dessous de la chaussure et servant à tendre l’étoffe. Très esthétique, mais du dernier inconfort. De nos jours, il n’y a guère plus que les matadors qui utilisent la culotte (longue) et le bas de soie.
Puis, au tournant du siècle dernier, le pantalon s’est élargi. La coupe droite militaire, héritée des campagnes de 1870 en France est un fait notable. Vers 1910 / 1920, les pantalons devinrent plus actuels, mais avec des hanches marquées. Leur largeur en bas était assez similaire à ce que l’on trouve maintenant. En revanche, dans les années 30, le pantalon couvrait les trois quart de la chaussure, et les knickers (Knickerbockers) hérités des anciennes culottes avaient le vent en poupe. Certains étudiants, dans les milieux oxfordiens testèrent les ‘Oxford bags’, pantalons plus que patte d’eph’ faisant au moins 45cm de largeur en bas.
La coupe parfaitement droite subit encore des modifications dans les 70’s mais resta globalement inchangée jusqu’à nos jours. Actuellement, il est conseillé dans les ouvrages spécialisés de couvrir la moitié du soulier. C’est un jugement de valeur très personnel qui doit amener chacun à prendre position. Pour une conformation standard (taille 50, 1m80 par exemple), je pourrais conseiller 22cm pour un pantalon en laine de costume, 21 pour un pantalon en laine sport et pourquoi pas 19 dans un coton. Mais attention, plus vous serrez, moins le pli sera marqué.
Le bas du pantalon maintenant. Plusieurs options s’offrent à vous tant dans la forme que dans les mesures. Pour les formes hors du commun, il y a le pli fendu terminé par une abeille (broderie en triangle) (A) ou le bas fendu sans repli (B). Plus classiquement, il y a le revers (C). Il peut mesurer entre 3 et 5cm suivant votre goût, mais il est vrai que quitte à avoir un revers, autant qu’il se voit. (D) une option classique à Paris, le demi-revers uniquement positionné sur l’avant. Enfin (E), l’ourlet simple.
A propos du revers, nous noterons que son invention remonte à Edouard VII qui aurait fait des revers à son pantalon un jour de pluie et de boue à la campagne, pour éviter de tâcher ses bas. Et que le fils de ce monarque s’en est pris quelques années plus tard à un visiteur qui lui rendait visite dans son palais de Londres avec des pantalons à revers en lui demandant ‘trouvez-vous ma maison humide pour arborer un retroussis au pantalon ?’ Classiquement donc, le revers est plutôt connoté campagne, les pantalons de ville en étant dépourvus. De nos jours, c’est selon le goût. Et inutile d’en faire une règle absolue : ni le costume croisé, ni celui à rayures ou que sais-je encore ne s’accorde plus qu’un autre au revers.
La largeur du bas maintenant. En 1, nous visualisons un bas classique, de 24 ou 25cm typique du tombé des années 30 anglaises. Cette largeur est encore indiquée pour les pantalons formels comme celui de la jaquette par exemple. En 2, nous voyons l’erreur contemporaine. Le pantalon fait la même longueur que précédemment, mais sa largeur a fortement diminuée, il butte donc sur le haut de la chaussure et casse vingt fois ! Si l’on veut un bas étroit, il faut raccourcir le pantalon, comme en 3. C’est la mode anglaise, ou quand le pantalon tutoie le haut du soulier. Sur le continent, on aime les pantalons franchement plus longs, surtout sur l’arrière. Donc l’idéal chez un tailleur ou un bon retoucheur, c’est de faire exécuter le bas en biais. Pour cela, il existe deux méthode, le biais complet permettant d’effleurer l’avant du soulier et d’emboiter l’arrière (4). La seconde, à la manière de Smalto, consiste à obtenir un avant horizontal puis à partir en biais depuis la couture vers l’arrière (5). MàJ: il est possible de réaliser la (4) avec un revers, mais le biais sera moindre, car l’effet est plus dur à obtenir.
J’espère que ce rapide tour des possibles vous sera d’une grande aide lors de vos prochains achats ou commandes. La semaine prochaine, nous verrons le haut du pantalon.
Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…
Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.
Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.
Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.
Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…
De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :
En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.
Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.
Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.
Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …
… un pied de chaque côté du Détroit. Car l’histoire de Dormeuil s’est toujours inscrite entre l’Angleterre et la France. Jules Dormeuil, créateur de la Maison en 1842, avait décidé d’importer du tissu ‘Made in England’ afin de le redistribuer à la coupe. Ses descendants ont ensuite choisis de créer et de fabriquer leurs propres tissus, toujours certifiés ‘Made in England’ comme le mentionne la très reconnue lisière parlante inventée par Dormeuil.
J’avais il y a quelques temps publié une information qui s’est révélée être erronée. Non, Dormeuil Frères n’a pas été vendu. Voici la réponse de la maison Dormeuil, que j’ai décidé de publier en article pleine-page, enrichie de quelques notes supplémentaires.
Après 170 d’existence la famille Dormeuil est toujours seule à la tête de l’entreprise familiale. A ce jour, Dominic Dormeuil (5e génération) est président du groupe. La 6ème génération est également aux affaires dans la Maison. L’enseigne Dormeuil a été fondée en 1842 par Jules Dormeuil, rejoint en 1858 par ses deux frères, Auguste et Alfred. Bientôt sont imaginés le fameux blason avec ses trois têtes de béliers et l’immense siège social du 4 rue Vivienne à Paris. Comme me le disait le tailleur Stark ‘on était encore reçu par des pages en livrée lorsque l’on avait rendez-vous au siège‘ il y a une dizaine d’année.
De 1880 à 1920, c’est la découverte de nouveaux horizons, en Asie d’abord à la recherche des meilleurs cachemires et soies, en Amérique après pour l’ouverture de nouveaux marchés. En 1913 est inauguré le bureau de Tokyo, aujourd’hui encore plus important marché pour Dormeuil Frères. En 1926 est inauguré le grand flagship Dormeuil House sur Golden Square à Londres.
L’histoire de Dormeuil s’écrit d’abord dans l’innovation. Ainsi, la marque fut leader chez de nombreux tailleurs avec ses liasses Sportex et Tonik. Il y eu aussi le Frilex. Ces laines recevaient des traitements mécaniques pour les rendre plus légères, moins froissables, plus aérées, plus pratiques. Aujourd’hui arrêtées, elles signèrent les belles heures de l’élégance masculine. En 1960, l’activité de sur-mesure déclinant, la ligne de prêt-à-porter est lancée sous le nom ‘Guy Dormeuil’. En 1974, alors que la plateforme d’Orly-Rungis se développe en relation avec l’international, le siège social français est déménagé à Massy Palaiseau.
Au tournant des années 2000 est introduit une nouvelle politique : la montée en gamme. La marque Guy Dormeuil est renommée Dormeuil et sera distribuée de manière exclusive dans de nouvelles enseignes en propre. Côté tissu, les qualités s’améliorent, comme le montre le lancement de la fabuleuse liasse Pashmina (baby cachemire et soie). Et en 2005, le rachat de la filature Minova dans le Yorkshire consacre cette volonté d’aller vers le segment ‘high end’ en contribuant au maintien des traditions et à la préservation de l’héritage textile de la région mis en péril par la crise. En janvier 2011, le service logistique de Dormeuil historiquement basé en France a été intégré à cette unité afin d’optimiser les flux logistiques. Le Yorkshire est à ce jour le point de départ des milliers d’expéditions quotidiennes à travers le monde. Nos différentes réorganisations/optimisations nous permettent de faire -plus que jamais- face aux incertitudes du marché et d’envisager l’avenir avec sérénité et ambitions…
Le groupe est aujourd’hui composé de deux entités distinctes : Dormeuil SAS et Dormeuil Mode. Dormeuil SAS est en charge de la commercialisation du tissu Dormeuil et a 8 bureaux à travers le monde : Londres, Paris, New Delhi, Shanghai, Tokyo, Melbourne, New York. La maison mère est basée en France depuis 1972. Dormeuil Mode se consacre quant à elle à la distribution de vêtements en prêt-à-porter et en demi-mesure. Les produits sont exclusivement distribués dans les points de vente Dormeuil afin de privilégier les collections et le développement des boutiques. Les produits sont vendus dans six boutiques et corners à Paris et en France. Il a été question au cours de l’année 2011 que la société Smuggler s’associe à Dormeuil Mode en récupérant la jouissance de son réseau de distribution. Ce projet a finalement été abandonné en raison de divergences de positions et de visions. La marque Dormeuil Mode appartient donc encore et toujours à la Famille Dormeuil.
Je ne suis habituellement pas un fan de velours côtelé pour les pantalons. Je n’ai jamais tellement aimé, même dans des couleurs franches d’aujourd’hui. Pourtant, lors d’une visite chez un fournisseur célèbre de Montmartre, je suis tombé sur une coupe intéressante, de chez Hermès dont j’ai fait l’acquisition. Il s’agit d’un velours côtelé gris souris dont la trame de fond est rouge, un peu brique. Le rendu est subtil et assez enthousiasmant je dois dire. Qu’en pensez-vous ?
Voici le compte-rendu de l’entretien que j’ai eu avec maître André Guillerme-Guilson, début janvier, dans sa boutique du 3, rue Saint Philippe-du-Roule. Je publie la première partie ce lundi, la seconde la semaine prochaine.
Monsieur Guillerme s’est installé en 1959 après son service militaire. À l’époque, il est estimé que 10 000 tailleurs exerçaient en France. Dans le 19ème arrondissement, où il habitait (sa mère était couturière), on comptait rien que dans la rue de Flandres six ou huit tailleurs, ou en boutiques ou en étage. Lui s’installa justement passage de Flandres, dans un petit local de 12m2, il installa sa table et sa machine, pour un an. Ensuite, il trouva mieux, au 51, rue Mabeuge, à la place d’un tailleur arménien dont la veuve lui confia la gérance libre. Puis quelques années plus tard, il déménagea un peu plus bas dans la rue, jusqu’en 1973, quand sa fille est née. A cette époque, l’activité du sur-mesure baissait et pour compenser, monsieur ‘Guilson’, qui s’appelait encore Guillerme, lança du prêt-à-porter. Cela ne fonctionna pas du tout et l’activité fut contrainte à la fermeture. Le tort de faire trop de chose me dit-il. Cette année là fut difficile et sans travail avec une petite fille, il s’essaya à la confection, mais sans conviction ni vitesse. Il alla alors voir le tailleur Smalto, lancé depuis quelques années déjà par le roi du Maroc. En tant qu’artisan, pas d’assédic. Celui-ci lui confia donc exceptionnellement quelques pièces à faire à la maison, pendant un an.
La boutique Guilson, avec les nombreux diplômes en vitrine
Mais cela ne lui convenait pas tellement. Quand on s’installe à 20 ans, difficile de travailler pour quelque d’autre. L’indépendance est un trait de caractère fort, agréable parfois, mais qu’il faut s’avoir gérer et ménager. Il chercha alors une place de vendeur dans le 16ème arrondissement, quartier où il souhaitait se ré-installer. Il trouva, d’abord chez Barnes (maintenant Arthur & Fox), en plein boum de la petite-mesure industrielle. Les costumes à 990Fr dépotaient. Dans 35m2 avenue Victor Hugo, l’activité battait son plein le samedi, lorsque cet arrondissement vivait encore. Harrison alors le débaucha pour une nouvelle boutique rue de la Pompe, pour une petite année car il cherchait toujours une nouvelle boutique.
Ce fut chose faite, rue Boissière quelques mois plus tard. Un ami, qui fut son client, M. Pinçon s’associa avec lui, chacun partageant une partie de son nom pour créer une enseigne à la consonance anglo-saxonne Guil-Son, Guilson. Dans cette boutique, il resta 25ans, en regrettant maintenant car le 16ème n’est plus un quartier pour le luxe. Il eut peu de bons clients, sauf quelques-uns qui, par exemple partant en croisière tous les ans, faisaient réaliser toute la panoplie, smoking blanc, blazer croisé, casquette etc… Pour compenser, il s’essaye de nouveau au prêt-à-porter, mais pour dame, sans gagner vraiment d’argent encore une fois.
Monsieur Guilson devant un modèle de cape à l’indienne (une création) puis à sa table de coupe
Le propriétaire, voulant faire passer le loyer de 3000Fr à 35 000Fr par mois, conduit l’affaire au procès mais M. Guilson gagne et empoche de l’argent. Avec, il trouve par hasard un ‘trou’ rue Saint Philippe du Roule qu’il peut alors ré-aménager de fond en comble. Sa femme visite ce beau mais sombre volume avec cave et après travaux, il emménage ! Et il ne regrette pas le 8ème arrondissement ! Vraiment. Surtout ce quartier avec beaucoup de bureaux et de nombreuses personnes qui travaillent, qui gagnent leur vie, qui sortent le midi. Alors qu’il fallait attendre parfois des mois pour faire un nouveau client dans le 16ème, ici c’est tous les mois.
Monsieur Guilson n’a jamais voulu être en appartement. Déjà dans les années 60, les tailleurs –dont la tradition française de discrétion les poussait à s’installer en étage- descendent, à l’instar de Max Ezvelline ou Elie di Fiore. La boutique profite du passage et les badauds regardent la vitrine. Cela impressionne et amuse monsieur Guilson qui observe depuis sa table de coupe…
Partie II
En ce qui concerne les références, peu d’inspiration lui viennent des grands ateliers qu’il n’aimait guère. Toujours cette volonté d’indépendance. Mais poussé par une ancienne relation de travail, il entre à la chambre syndicale des tailleurs, et découvre un peu le milieu. C’est par ce biais qu’il arriva à la présidence de la Chambre Syndicale des Tailleurs, un peu malgré lui, mais finalement avec plaisir. Pas tellement d’idées syndicales, mais de l’entregent. Au niveau des grands maîtres, Francesco Smalto évidemment pour qui il travailla l’a marqué. Sur chaque pièce, il relevait scrupuleusement le patronage, notamment ce revers si caractéristique, haut et large, venant d’eux (et surtout de Joseph Camps).
Mais c’est un détail de coupe. Car la vraie coupe n’est pas unique, ne peut-être ‘griffée’, car elle doit s’adapter à la morphologie dit-il. Pour une personne forte, une veste Smalto, ça n’ira pas. Il faut suivre le client, le tailleur doit habiller tout le monde ! Une personne âgée qui s’affaisse, un client avec une poitrine sportive, ça oblige à changer. Au début, c’est moins simple, les premiers essayages sont durs, mais après c’est beau, c’est fait pour lui. Même si la coupe Guilson, ça a toujours été simplement deux ou trois boutons, les poches en biais et la poche anglaise (ticket) avec deux fentes.
Une veste avant le premier essayage, seul la ‘mise sur toile’ a été réalisée / Les tissus en attente pour la coupe / Les patrons en carton
Ensuite, le tailleur peut aussi se faire créateur. Ce fut le cas avec l’un de ses clients les plus mémorables : Thierry Mugler. Et oui, comme quoi. Le créateur parisien faisait faire beaucoup de costumes et tenues diverses, avec ses marques : découpes et pinces nombreuses, col officier et allure à la Luky Luke (manches et jambes artificiellement arquées). Ce fut l’occasion de tester l’art tailleur dans d’autres registres. Personnage pour qui monsieur Guilson a beaucoup d’admiration, car l’inverse était aussi vrai, Thierry Mugler se sentant ‘tellement à l’aise’ dans ses vestons dixit l’intéressé. Les rassemblements de tailleurs à travers le monde, et notamment en Paris pour le dernier congrès mondial en 2001, sont aussi l’occasion de tester l’inventivité. Lors du défilé à Paris, le tailleur brésilien César (ancien formateur de l’aft, apiéceur chez Camps ou Smalto) réalisa des croquis qui servirent de base à des modèles originaux, comme cette veste en soie à ceinturon intégré que l’on peut voir ici. Sinon parmi les classiques, les plus belles pièces qu’il ait eu le privilège de réaliser restent les habits (queue de pie), notamment ceux pour les chefs d’orchestre ou pour un violoniste. De telles pièces à taille, si difficile à régler tant l’ajustement est près du corps relèvent à l’heure actuelle de la gageure, surtout quand gilet, pantalon et veston doivent coïncider parfaitement.
Mais pour qu’une réalisation soit belle, le tailleur doit avoir le bon apiéceur, en fait le bon ouvrier, et ça, c’est pas donné ! Monsieur Guilson dispose de deux apiéceurs extérieurs, qui viennent récupérer le travail de manière hebdomadaire. Il réalise en effet la coupe et le premier montage (tissu contre toile) pour le premier essayage. Une fois les réglages effectués, l’apiéceur récupère ces morceaux et crée la veste en elle même, ramenant un buste formé et fini ainsi qu’une paire de manche et un col séparé. Reste à Monsieur Guilson à les bâtir, faire un essayage sur le client (le deuxième donc) puis à finir la pièce. Une boutonniériste passe et exécute son ouvrage, et le costume est prêt à livrer, après un troisième contrôle. Évidemment, un culotier réalise aussi à l’extérieur les pantalons. La boutique Guilson eut jusque quatre ouvriers, mais cela demande du temps de gestion et de la responsabilité alors que cette fameuse indépendance, toujours, refait surface. Le maître tailleur se souvient d’ailleurs avec beaucoup d’émotion et de sympathie de son ancien ouvrier, Brahim Bouloujour qu’il présenta au Meilleur Ouvrier de France (couronné de succès) et qui depuis s’est installé à son propre compte (maison Brano).
Des cols et des poches / La maestria du tailleur aux ciseaux / Ses ouvriers
Enfin, il y a l’aventure de l’AFT, à savoir Association de Formation Tailleur. Tout commence lorsque la chambre des métiers, lassée de voir ses tailleurs-enseignants se disputer (un classique entre tailleurs), décide de liquider la formation. A tel point que les meubles et les machines finissent sur le trottoir. Poussé par quelques personnes notamment monsieur Sauvage à la Chambre de Commerce et d’Industrie, sa proposition d’école est reçu positivement début décembre 2005 par le conseil régional qui lui demande de créer la structure avant la fin du mois. Il prend alors un premier crédit personnel pour financer le local et le matériel. Six mois plus tard et après un changement de majorité, les subsides sont directement coupés et M. Guilson prend un deuxième crédit pour assurer le fonctionnement. Quelques bénévoles assurent les cours, c’est le cas des tailleurs à la retraite Paul Sevillia (Avilla) et Siciot, ainsi que d’une ancienne d’atelier, Germaine Boulé. Mais gérer une école présente des difficultés nouvelles car il faut à la fois gérer un personnel enseignant et des élèves divers et variés, mais aussi encadrer et définir une pédagogie. Les problèmes étant fait pour être surmontés, l’école forme toujours aujourd’hui une petite dizaine d’élèves par an, pour un coût qui dépasse hélas encore les rentrées financières, aucune subvention n’étant versée. Il s’agit donc plus d’un fardeau que d’une solide rente, mais la passion du métier et de la transmission assure la différence. Certains ateliers prennent des stagiaires comme Smalto ou Camps de Lucca, et d’autres embauchent des anciens élèves comme Cifonelli ou monsieur Guilson lui-même. Il donne ainsi, via un contrat de professionnalisation, une expérience supplémentaire aux plus passionnés !
Quand à moi, il n’hésite jamais à me soutenir dans mes développements et à me donner des conseils et des astuces lorsque le besoin s’en fait sentir, sur une manche ou tout autre problème de coupe. Une assistance nécessaire et heureuse ! Je l’en remercie encore.
J’étais récemment sur les Champs-Élysées pour un événement réunissant les élégants de Paris autour de MM. Corthay et Jacomet et à cette occasion, j’ai visité le nouveau grand flagship d’une marque américaine bien connue outre-atlantique : Banana Republic. Je l’avais découverte il y a une dizaine d’année à New York et en avais gardé un bon souvenir. Cette enseigne fait partie du groupe Gap depuis 1993. C’est en quelque sorte la variante haut de gamme, Gap étant plus orienté adolescent. J’ai donc découvert cet espace immense au numéro 22, véritablement immense en sous-sol, présentant des collections hommes et femmes.
Banana Republic est une marque jeune créée en 1978. A l’instar de Paul Smith, Ralph Lauren ou Jeremy Hackett, ses deux créateurs Patricia et Mel Ziegler ont débuté avec la commercialisation de vêtements anciens ou militaires retouchés. Les envies d’origines faisaient la part belle aux imprimés léopards et aux matières usées. Les thèmes de prédilection étaient : le voyage et les safaris. L’un recouvrant l’autre du reste. Deux boutiques d’inspirations nouvelles ouvrirent près de San Francisco, profitant de l’atmosphère hippie de cette partie des Etats-Unis. Les vêtements et autres bagages étaient présentés au milieu d’un faux décor de savane sur un fond de jazz. Les prix étaient modérés !
Et c’est ce qui reste de Banana Republic (tristement, la plupart des articles sont made-in-PRC). Les prix y sont plutôt doux pour une qualité pas inintéressante. Le positionnement a quelque peu changé et l’on est maintenant loin de l’atmosphère bohème de la côte ouest. Les collections sont en effet plus directement inspirées par Ralph Lauren. Le ‘preppy style’ étant très à la mode, de beaux modèles de shawl sweaters sont présentés. Sinon, j’ai repéré des costumes pour à peine plus de 100€, ce qui comblera d’une certaine manière les moins aisés. L’ensemble est en fait plutôt agréable et je suis ravi que la parité Euro/Dollar soit pour une fois respectée. Pour quelques pièces classiques comme les chinos, les chemises à cols boutonnés, c’est en effet une bonne adresse et je suis content de pouvoir en profiter sur Paris ! Aurions-nous du reste une marque de cette envergure ou rapport qualité/prix en France ? Peut-être pourrions-nous citer Cyrillus, créée justement à la même époque (1977), en avez-vous d’autres à l’esprit ?
Nous sommes de nos jours habitués à voir des cravates aux tons colorés, aux motifs chamarrés et aux matières variées. Mais ce ne fut pas le cas pendant longtemps. Étudions rapidement cette évolution.
Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, il était courant d’arborer des cravates blanches en lin fin : de la baptiste. Plutôt qu’une cravate, il s’agissait plutôt d’un ancêtre du nœud papillon : la lavallière (la vraie, pas celle au nom usurpé des mariages d’aujourd’hui). Les pans, plutôt ou moins dentelés, retombaient de part et d’autre après avoir fait plusieurs fois le tour du cou, autour d’un col de chemise haut. C’est habituellement cette version que l’on portait en-cours à Versailles, jusqu’à Louis XVI, sous des versions diverses.
Le blanc était donc prépondérant, et c’était les vêtements qui arboraient les couleurs. Replacez ce principe aujourd’hui : votre costume en soie de couleurs et votre cravate blanche ? Quoique cela ferait un peu Kenzo ou autre non ?
A partir de ces faits, entrons dans les hypothèses, mes recherches étant encore partielles. Ce serait les allemands les premiers qui ont ‘inventé’ la cravate noire. Plus précisément, ce serait les romantiques allemands. Occupant des métiers intellectuels, ils auraient manqué de fonds pour entretenir les fines bandelettes de lin blanc. Vous l’avez sans doute constaté, les cols de chemises blanches se salissent (jaunissent) très vite. Alors que la cravate blanche nécessitait un entretien intensif que seule l’aristocratie pouvait s’offrir, ces jeunes artistes eurent recours, en complément du drap de laine noir à cet artifice plus ‘utilitaire’ (amusante caractéristique allemande). En France, des romantiques comme Balzac eurent recours également à la cravate violette (cravate équivalent ici encore à lavallière).
En Italie, à la même période (1790 / 1830), les mouvements révolutionnaires et démocratiques pour l’unité du pays se développaient. Regroupés sous forme de sociétés secrètes appelées Carbonari, les membres arboraient en signe de reconnaissance des nœuds avec des impressions de motifs cachemires, en provenance d’Inde. Là encore, une autre piste toujours actuelle, de cravate colorée naissait. Et depuis, toutes les folies sont possibles, des plus sombres anglaises aux plus vives américaines, en passant par les amusantes françaises.
Aujourd’hui, la cravate blanche n’est plus représentée que ponctuellement. ‘Cravate blanche’ d’ailleurs est le code pour le port de l’habit (queue de pie). Le noeud, de coton marcella (nid d’abeille) a remplacé la baptiste de lin. Cette sorte et cette couleur de nœud, sous forme de lavallière simplifiée, est encore utilisée en deux occasions : pour l’habit de chasse et pour l’habit de concours d’équitation. Deux soubresauts hélas. Pourtant, avec le retour du goût pour les vêtements colorés, cela pourrait être une alternative assez minimaliste.
En tout cas, certainement pas de nœuds en satin blanc ! Je ne vois aucune utilité à ces affreusetés, aucune !