Les mains dans les poches

Et voilà, je ne publie pas le lundi soir et les bourses chutent le mardi matin! Diantre!! Mes excuses.

Bref, ce matin, une fois n’est pas coutume, étudions la façon de mettre la main dans la poche du pantalon. Cette anecdote m’a été soufflée par un ami. Je me suis empressé de la répéter lors d’un mariage récent, ce qui a mis beaucoup d’amis dans un profond doute : comment mettre ma main dans ma poche ? La bien séance veut d’ailleurs que l’on n’ait pas les mains dans les poches, votre grand mère vous le dirait! Mais bon.

Alors, petit croquis, avec une veste à deux fentes :

En A, la démarche anglaise. S’ils ont inventé la veste à deux fentes, c’est pour s’en servir. Il faut aller chercher loin les fentes, puis y insérer les mains en ramenant les pans de la veste. Ils se replient, le résultat est net.

En B, la méthode française, c’est à dire, aucune méthode. On cherche l’entrée du pantalon en soulevant la veste. C’est encore plus évident avec les vestes à une fente que nous adorons (enfin pas moi!)

Et la C, à l’italienne. Forcément nos amis ritals sont démonstratifs. Donc, il repousse la veste en arrière, ce qui découvre les garnitures avec le magnifique doublage. C’est éminemment ostentatoire mais c’est moins net que la manière du prince William. Ici, le tissu froisse, l’étoffe s’exprime.

Et vous, quelle est la vôtre ? Vous avez un doute? C’est fait pour 🙂

En France, nous sommes des gaulois latinisé envahis par des germano-saxons. Donc, nous pouvons choisir la méthode italienne ou la version anglaise, les deux seules variantes élégantes à mon avis.

Julien Scavini

L’empire du dépareillé

Nous y sommes, troisième année pour Stiff Collar. L’occasion aujourd’hui de réfléchir sur la mode du moment, ou plutôt les orientations des habitudes vestimentaires des hommes alors que depuis trois ans la crise fait rage. Une crise qui touche assez durement l’industrie textile, surtout celle du milieu de gamme, précisément celle que nous fabriquons en Europe et en France, quand le très haut de gamme et le très bas de gamme (l’un à destination de l’autre et l’autre à destination de l’un, curieux non?) se portent bien.

Bref, je me promenais récemment rue Marbeuf à Paris connue pour son alignement de boutiques et de tailleurs – dont Cifonelli – pour homme. Le constat est simple : le look italien est partout. Si je trouvais cela admirable au début, force est de constater que cela est lassant à la longue, surtout lorsque les maisons françaises (Arthur & Fox, Hartwood, Smalto etc…) s’y mettent, s’en rien chercher de plus innovant, bien aidé, il faut le dire par Loro Piana qui semble fournisseur officiel de toutes ces enseignes.

Les italiens ont développé ce nouveau concept du ‘sport chic’ ; une fausse-nouvelle manière d’aborder le vêtement qui est directement issu du code anglais dépareillé : veste seule + pantalon. Le confort et la simplicité prime. Pourquoi pas au fond. Il faut bien admettre que le costume ‘tout de même’, déjà inventé pour sa simplicité est sur le déclin, de même que la cravate. Les gens recherchent du confort, pour se concentrer sur leur travail et/ou adoucir un quotidien plutôt éreintant, surtout en ville. Un confort qui est renforcé par des produits plus techniques, avec des zips, des inserts au laser, des plastifiants, des imperméabilisant etc…

Mais que signifie dépareiller ? C’est en effet une tâche plus ardue que d’enfiler un costume, surtout si l’on se donne la peine de réfléchir à sa mise. Car évidemment, il est possible d’enfiler un t-shirt sur un jean. Mais là, aucun art, aucune finesse ou recherche. C’est pourtant ce qui a longtemps caractérisé les civilisations humaines. En revanche, penser une veste seule est un travail, un vrai travail, peut-être même plus dur que le simple ensemble gris ou bleu. Quelle couleur donner à la veste, quelle coupe, quels motifs, quels détails sélectionner? Ce n’est pas aisé. La plupart du temps, la cravate n’est plus utilisée avec les ensembles dépareillés, cela enlève une épine du pied.

Au fond, je suis assez satisfait de cette nouvelle (pas si nouvelle, nous le verrons) approche. Elle permet plus que jamais de trouver un juste équilibre entre des pantalons assez peu coûteux (quoique certains jeans soient très onéreux) et de belles vestes. Je suis d’ailleurs ravi d’en confectionner à l’occasion. Et cela demande un travail de sélection du tissu encore plus poussé.

Il peut être noté qu’historiquement, le costume veste + pantalon identiques, ou ‘tout de même’ est une anomalie. Anomalie qui apparue vers 1920 pour se prolonger de nos jours, avec un pic autour de la seconde guerre mondiale et des 60’s. Jamais auparavant n’avait-on assisté à une telle unité. Cela n’était tout simplement pas la règle. Le pantalon collant arborait une couleur, quelque fois un motif, la redingote ou le paletot une autre. Et si l’on pousse jusqu’à l’ancien régime, les hommes arboraient autant de couleurs que les femmes (du moins à la cour), ils faisaient les paons.

Le dépareillé d’aujourd’hui, (belle) veste sur jean (puisque c’est la norme) ne pourrait-il pas être analogue à la combinaison jaquette sur pantalon rayé ? C’est la même idée, seule la notion d’élégance changeant.

Le développement du costume est l’aboutissement d’un long processus bourgeois, qui va de paire avec le développement du noir dans le vêtement. Le noir, non-couleur par excellence qui est également une anomalie. Enfin anomalie à moitié, car ce fut la couleur des gens d’église et de services (banquiers, notaires, lettrés etc…). Couleur qui fut adoptée au détour du 19ème siècle par la nouvelle bourgeoisie industrieuse, sous la forme du frac puis de la queue de morue. Finalement, le costume ‘tout de même’ n’est qu’une version plus courte, donc moi chère, de la jaquette, idéal pour les nouvelles classes…Et il est des environnements de travail où le dépareillé n’est pas tellement admis (la banque typiquement). Certains également n’osent pas franchir le pas, ils sont plus français qu’italiens 😉 C’est ici que les choses se compliquent. Pour quand même faire preuve d’un peu de fantaisie, certains hommes achètent alors des costumes vaguement sombres qu’ils mettent avec des souliers marrons. Il n’est plus rare de trouver dans les devantures des vestes aux boutonnières colorées ou des souliers aux lacets multicolores. La chemise blanche ne se fait plus bleu ou rose, elle incorpore seulement des parties de col noires ou fushia, des boutons sur le côté du col etc… Bref beaucoup d’hommes n’osent pas se défaire du petit costume bourgeois. Mais, ils le malmènent. La chaussette de couleur aussi se démocratise. C’est alors que le goût individuel se transforme paradoxalement en mauvais goût collectif. Et c’est un goût assez français, un style français presque et hélas.

Beaucoup de personnes n’acceptent plus les codes. Petite anecdote paradoxale : l’exemple le plus marquant que j’ai en tête est l’uniforme des agents de la SCNF. Il est affreux, coupé affreusement, dans un affreux tissu gris. Affreux. Pourtant, il s’agit d’un uniforme, mais on a voulu en faire un costume. Les anciens modèles forts militaires et noirs ou bleus étaient pourtant de toute beauté et très pratiques. Ils furent sacrifiés au prix d’une désacralisation de la fonction et/ou de la modernisation, c’est selon. Quant aux agents de conduite, ils peuvent être en t-shirt… La société, consciemment, cherche à affadir les frontières et les odieux marqueurs. Mais c’est évidemment un leurre, jamais les disparités et inégalités n’ont été aussi grandes.

Les gens aiment le changement. Les gens doivent être riches. A l’inverse la stabilité est souvent mère de la vertu dans les domaines financiers et économiques. Puisse la crise que nous traversons se révéler utile à ce niveau.

Enfin bref, terminons là ce monologue. Admettons que les vestes sports soient l’avenir en ce qui concerne les belles pièces. Dommage pour les pantalons qui soit dit en passant sont les pièces les plus difficiles à bien couper. Il reste à bien les porter, non pas trop courte comme c’est la mode, non pas trop sombre comme c’est la mode, non pas trop fantaisiste comme c’est la mode, mais avec goût et haut en couleur! Égayons-nous, évidemment, pour notre plus grand plaisir, notre plus grand bien! Et si l’on doit être en costume, alors tenons-en nous aux classiques !

Le vêtement est et restera un vecteur social, un élément signifiant de notre rapport à la société. Toute altération, tout affadissement de ce code, sous prétexte d’égalitarisme, ne peut-être que néfaste à la cohésion générale de nos sociétés, c’est mon avis… Qu’en pensez-vous ?

Julien Scavini

L’été de Stiff Collar … (suite et fin)

L’été de Stiff Collar est l’occasion, comme chaque année, d’un défilé de figurines…

Semaine 1 :Veston sport à poches plaquées, flanelle Turmeric de chez Holland & Sherry, 370gr ; chemise en voile blanc et cravate unie ; pantalon blanc en laine froide ; mocassins bicolores Alden.

Costume à cran aigu, en laine tropicale Gorina, 230gr ; chemise à col blanc et à rayures fines bleu, noir et vert ; nœud papillon gris clair à pois bleus et pochette blanche.

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Jour du 15 août, bonjour. Semaine 2 :

Chemise saharienne légère en mixte laine, chanvre et cachemire L.S.D, poches poitrines à double plis inversés, grandes poches plaquées à soufflets, manches courtes attachées et pattes d’épaulette ; ceinture en ocelot et boucle en vieux métal doré ; bermuda à revers en coton couleur cumin.

Veston croisé en laine Windowpane Check Holland & Sherry 400gr non doublé dos, blanc à carreaux bleus avec deux grandes poches plaquées ; pochette en soie fine ; cravate fine en doupion de soie ; chemise en voile de coton bleu léger ; pantalon bleu ciel et richelieus bicolores Edward Green.

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Semaine 3 :

Costume en caviar beige clair Super 120’s Dugdale Brothers 280gr, veste semi-doublée à deux boutons, poches et poches ticket, pantalon à patte de serrage et poche arrière à rabat ; chemise de coton à fines rayures rouge brique ; nœud papillon club rouge et marron ; pochette de lin beige roulottée marron et richelieus à bout droit en veau-velours Bowen.

Veston coupe-vent ‘Biarritz’ en montage de chemise, en seersucker Holland & Sherry 235gr, cinq boutons, coupe droite et grandes poches plaquées ; chemise blanche et pantalon rouge (MàJ) en cavalry twill de coton ; souliers … espadrilles ?

Bonne semaine …

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La rentrée est aujourd’hui, mais Stiff Collar prolonge quelque peu l’été avec la dernière figurine estivale. Dessiné sur l’ouverture de Tannhäuser, elle est… plutôt haute en couleur :Costume presque automnal, en laine Windowpane Check Holland & Sherry 400gr, veston à poches plaquées ; chemise à carreaux fins verts ; cravate unie bordeaux et richelieus en cordovan burgundy.

Veston trois boutons à col châle en chevron de cachemire Holland & Sherry 310gr ; pantalon laine et soie blanc rayé bleu ; chemise à fines rayures rouges et violettes ; nœud papillon bleu à pois violets et bottines balmoral Aubercy.

Fin de l’été. Hélas et déjà. Vive la reprise alors, notamment aux autres blogs qui m’entourent, Parisian Gentleman, Le Chouan des Villes etc… Et chers lecteurs, merci d’avoir été au rendez-vous pour ces quelques croquis un peu différent de l’habitude de SC. J’espère que cela vous a intéressé. A lundi! Julien Scavini

Visite chez Boggi Milano à Paris

Nouvelle venue dans la danse des enseignes à Paris, Boggi – Milano est arrivée boulevard Saint Germain à Paris. Bouclant le triangle Rive Gauche (boulevard Raspail / boulevard Saint Germain / rue de Sèvres) qui compte un grand nombre de maisons prestigieuses (Le Bon Marché, Arnys, Arrow, Ralph Lauren, Arthur & Fox, Sonia Rykiel, John Loob, Edward Green, Crockett & Jones, Berluti etc…), la nouvelle boutique fait face à la faculté de Médecine à Odéon. Nouvel arrivant dans un marché assez saturé, mais nouvel arrivant de poids, puisque la maison milanaise, fondée en 1939, est déjà présente dans 18 pays et possède une cinquantaine de succursales en Italie.

Nouvel arrivant attendu également! Car Boggi, c’est tout le style italien que l’on peut voir aux travers des images du Sartorialist ; un vrai style italien, et non une copie francisée à la Henrique Enko. D’ailleurs la quasi totalité du personnel de la nouvelle boutique vient d’Italie. La moitié des vestes sports sont à épaules spalla camicia. Comme si Pitti Uomo débarquait à Paris…

Nouvel arrivant attendu aussi pour ses prix. Voyez donc : chemises en popeline (4 cols divers) de 49 à 69€, cravates 39€, pantalons de flanelle véritable 119€, chinos 89€,  ceinture cuir ou tressée de cordes 39€, pull en laine 79€, polo 69€, veste matelassée 89€, souliers basquettes 129€ etc…

Mais c’est au niveau des costumes que Boggi fait trembler la place. Si les modèles à partir de 390€ (ou vestes sports pour un peu moins) sont thermocollés, ceux à partir de 795€ (gamme étendue à 895) sont entièrement entoilés, vérification faite sur place. Manufacturés en Italie, ils constituent une mini révolution. Je discutais encore récemment avec un ami et nous étions d’accord, trouver un costume entoilé à Paris à moins de 1200€ était impossible. La chose n’est donc plus vraie! Et en cela, un costume Boggi est bien supérieur à n’importe quel Hackett ou Dormeuil! C’est donc la nouvelle référence en terme de rapport qualité/prix. Pour les tissus, un peu de toutes les qualités, mais souvent du Loro Piana. Passons aux photos, que vous pouvez agrandir (désolé pour la piètre qualité) :


Les vitrines sont très intéressantes, sobres mais très instructives. L’espace du rez-de-chaussée est assez réduit, mais une fois au sous-sol, à l’instar de la boutique Brooks Brothers, l’achalandage est très très important. Vous trouverez de quoi vous y habiller de la tête aux pieds! Bref, une trouvaille à Paris! Allez-y faire un tour.

Enfin, le seul reproche que l’on pourrait leur faire est de ne pas compter les retouches, il vous faudra rajouter à l’addition, ce qui n’est pas la tradition en France, mais bon… Boggi, 112, boulevard Saint Germain, 75006 Paris, http://www.boggi.it/

Cet article clôt la saison 2010-2011, le mois d’août annonce les vacances. A priori, des figurines de mode seront publiées, simplement. Encore merci pour votre audience. Julien Scavini

Vestes dépareillées pour l’été

Si le répertoire des tweeds est très développé l’hiver, la saison estivale a elle aussi ses classiques, sport coats ou blazer. Mais leurs choix semblent souvent plus compliqués, peut-être est-ce dû au soleil et à sa lumière, qui normalement nous écrase… Nous préférons alors la clarté. Car si les motifs ne nous font pas peur d’habitude, nous avons tout de même quelques scrupules maintenant. Voici ce soir trois propositions toutes simples, classiques, presque des essentiels de la garde robe pour l’été. Les coloris sont volontairement unis, et cela pour faciliter les associations avec cravates et chemises. C’est la garantie de la longévité aussi, loin des caprices de la mode.

Vous pourriez donc avoir dans votre penderie, dans l’ordre, un blazer, une simili-saharienne, une veste couleur ‘ficelle’:Trois propositions simplismes donc. Le blazer tout d’abord, croisé ou droit (plus facile à porter), est bleu mais peut varier dans cette tonalité, comme ici dans une proposition de Brooks Brothers. Historiquement et au bord de la mer, on faisait confectionner des pantalons dans les anciennes voiles de pêcheurs, souvent de couleur vieux rose. Avec, espadrilles de toile et une chemise à rayures bleues, vous complétez l’ensemble simplement.

La saharienne – qui d’ailleurs n’en est pas vraiment une – avec ses nombreuses poches plaquées à rabats est très utile pour partir en vadrouille ou prendre l’avion. Vous pourrez fourrer à l’intérieur de celle-ci tous vos accessoires, téléphones, clefs, cartes, portefeuille etc. qui seront en sécurité et ne risqueront pas de tomber si vous défaites le veston. En blanc, elle se complète aisément d’un chino sable ou khaki, ou bien bleu. C’est une pièce en coton polyvalente!

Enfin, la petite veste toujours utile, celle à poches plaquées en laine moyenne de couleur ficelle. C’est l’accompagnatrice idéale du jeans. Comme elle reste unie, elle peut être complétée à l’envie et suivant le moment : carreaux, rayures, couleurs diverses, petits motifs etc.

Notons que ces propositions peuvent varier énormément, en restant sur la même base classique, grâce à une multitudes d’accessoires et souliers. Et vous, quel veston utilisez souvent? Avez-vous d’autres idées?

Julien Scavini

Blazer de régate

Lors des célèbres régates de Henley, dans l’Oxfordshire, il est traditionnel de sortir une autre pièce vestimentaire oubliée de son placard : le boating blazer quelques fois appelé rowing jacket, ou blazer de régate. Intéressons-nous aujourd’hui à cette curieuse veste dépareillée et bariolée, très estivale.

Traditionnellement, chaque club sportif possédant ses couleurs, il les décline sous toutes formes, de la cravates regimental à la veste en passant par les boutons de manchettes et les rubans de canotiers. Il s’agit en quelque sorte de l’ancêtre des maillots d’équipes qui peuvent valoir si chers à l’heure actuelle. Chaque club, pour se reconnaitre, éditait donc un tissu pour couper… des blazers. Ceux-ci étaient parfois même rehaussés d’armoiries à la poitrine. D’ici provient l’une des origines du blazer bleu ; bleu car sans appartenance particulière… Le boating blazer donc, se présente principalement sous la forme d’une veste droite à trois boutons, sans fente et à poches plaquées. Il est confectionné soit un tissu à bandes verticales (et il existe dans ce répertoire de nombreuses variantes très très très (trop) colorées), soit dans un drap uni (rouge, jaune, vert etc) dont les bords sont sous-tachés (gansés) d’une autre couleur (principalement le blanc). L’effet est immédiat, you’re a sport !

Difficile de nos jours de trouver une veste de régate, plus difficile encore de l’associer dans une tenue, sauf pour les harmonies de coloris les plus minimalistes. Ces articles peuvent être dénichés occasionnellement, au détour de collections comme chez Hackett ou Ralph Lauren. Sinon des spécialistes existent, comme Walters à Oxford ou New & Lingwood à Londres, ou encore Jack Wills. Autrement, ils peuvent être confectionnés sur mesure, faut-il encore pouvoir trouver le tissu. Enfin, ils sont admirablement complétés par le canotier (straw boater, que l’on peut acheter sur le site de Darcy Cloth) ou la casquette regimental (rowing caps).

Julien Scavini

L’homme le plus élégant du monde est …

Pour Stiff Collar, l’homme, que dis-je l’être supérieur, le plus élégant du monde est Sa Majesté l’empereur du Japon, plus connu sous un nom qui ne se prononce pas, Akihito. Fils d’Hirohito, il accéda au trône en 1989 et ouvrit alors l’ère Heisei du calendrier administratif nippon.

Récemment, je regardais la chaîne d’information continue NHK World lorsque j’aperçus la cérémonie de remise des lettres de créance des ambassadeurs à l’Empereur et fus saisi par l’implacable netteté des habits au palais de Tokyo. La jaquette, ou morning coat, y est portée mieux que partout ailleurs, à la fois par le personnel et par sa majesté – normal me direz-vous -. Il m’a même semblé que l’esthétique et la rigueur dépassaient de loin celles du palais de Buckingham.

Si les membres de familles royales sont souvent habillés pour le mieux, je trouve que rien ne surpasse en maitrise et en classicisme les mises de l’héritier du Trône du Chrysanthème. Car il n’a pas un physique facile, étant petit, fort et – surtout avec le temps –  légèrement voûté. Il possède également un cou très court. Bref, une physionomie pas évidente à habiller. Et pourtant, et pourtant, quelle prestance! Ses tailleurs ont réussi la gageure de la lui procurer. Même si la précision et le maintien japonnais aident beaucoup.Ces trois tenues que j’ai dessiné ce soir représentent un peu la quintessence de son répertoire. Il pourrait être aisé de rapprocher celui-ci de la garde robe d’un autre royal gentleman, le duc de Windsor, frère ainé abdicateur de George VI. Ils ont un peu les mêmes physiques courts et se ressemblent en jaquette. Mais au japon, point de motifs bariolés, point de vestes sport.

Trois tenues donc. A la ville, il me semble qu’il porte systématique le costume veste croisé sur pantalon large et droit. Ses vestons sont coupés sur deux boutons fonctionnels. Ce qui passerait pour un vieux croisé des années 80 prend ici tout son sens et augmentant le V des revers. Additionné à une veste courte, cela fait oublier sa taille. Et il ne se sert pas, malgré son rang ô combien important, de talonnettes comme M. Sarkozy.

Le costume d’apparat est aussi issu d’une tradition britannique. Il est d’ailleurs marquant de voir à quel point les codes anglais ont été intégrés à la culture japonaise, et pas de travers en plus! Costume donc constitué d’une queue de pie portant décorations, à l’instar de nombreuses Maisons européennes.

Enfin, toutes cérémonies appellent le port de la jaquette et là encore d’une divine façon. La couture de taille permet d’épouser les formes au mieux. Le pantalon à rayures, le gilet croisé, les gants, le haut de forme complètent l’ensemble.

J’entends souvent dire que telle ou telle tenue n’est pas adaptée à telle ou telle morphologie. Souvent par excès de pudeur. Tout peut aller à tout le monde pourvu que ce soit revendiqué et évidemment, bien coupé! Nous le voyons ici.

Julien Scavini

Nick Carraway

Sous ce nom ne se cache pas une personne réelle, mais plutôt un caractère de fiction : Nick Carraway, le voisin à West Egg de Gatsby, et aussi le narrateur du roman éponyme de Francis Scott Fitzgerald, publié en 1925. Je m’intéresse ce soir à l’adaptation cinématographique de 1974 avec Robert Redford.

Si Gatsby est bien évidemment le personnage clef du roman, je trouve tout aussi passionnant d’observer l’évolution de ce personnage secondaire qu’est Nick, voisin du héros et cousin éloigné de l’héroïne jouvencelle. Joué par l’acteur Sam Waterston, il incarne le petit bourgeois qui réussit bien comme broker sans avoir toutefois l’assiette financière des grandes fortunes qui l’entourent. Il loue pour 80 billets un charmant petit pied à terre au bord de l’eau, dans le plus pur style côte est. D’ailleurs, ce roman (ce film) développe et brode sur ce thème jusqu’à incarner un pan entier de la mythologie WASP. Même si la mythologie se finit mal.

Bref, Nick personnage simple et aux moyens limités. Mais divinement habillé pour les besoins du film, par le maître du répertoire, un autre héros des mythes contemporains américains, M. Ralph Lauren en personne, qui fut conseillé costume sur le film. Les publicités Polo RL continuent d’ailleurs de sortir tout droit du film et de son ambiance… Même si le spectre des années 70 déforme quelque peu (mais après tout pourquoi pas) la lecture stylistique des 20’s.

Et donc de découvrir M. Carraway au début du film, sur son cannot en complet blanc, certainement laine/lin ou lin/coton et veste à poches crevées. Puis, l’une des tenues les plus célèbres du cinéma, blazer sur cravate club, pantalon blanc et chemise blanche. Et enfin complet gris et spectator shoes (bicolores). Le trait le plus notable sur ces illustrations sont les chemises à rayures multiples et colorées. Si Gatsby, en retournant son dressing donne à voir des tuniques unis et pastels, il en va autrement de Nick qui arbore de fines rayures, dont les dernières, blanc/beige sur fond jaune, un mélange finalement assez délicat. Et si je me suis souvent méfié des chemises à rayures multiples, certainement pas assez minimalistes à mes yeux, je reconnais volontiers que cela peut-être très élégant, très fin et même plutôt délicat et recherché!

Julien Scavini

Les méthodes de doublure

Qu’il fait chaud, mais qu’il fait chaud! En ces temps incertains où les orages doivent arriver, impatiemment guettés comme au milieu des plaines africaines, il est bon de s’interroger sur sa veste de costume. Comment en effet concilier prestance au travail et modération thermique? Pour ceux d’entre nous qui travaillent à la clim’, aucun problème. Mais pour les autres? Notons également que l’air conditionné, vendu depuis les années 50 par nos amis américains trouve actuellement, dans la crise de l’énergie sa limite. Le premier ministre japonnais a en effet et depuis quelques semaines décrété un ‘cool biz’ – comprenez être cool au travail, c’est-à-dire venez sans veste – en raison de l’arrêt de nombreuses centrales nucléaires, et du manque d’électricité qui en découle. Les grandes tours de bureaux, révolution moderne du travail, se transforment alors en immense grille-pain.

Le coton peut-être un atout, bien qu’il respire assez mal. Mais il a l’avantage sur la laine, de s’entretenir mieux, notamment le pantalon, qui s’il est bien fait, pourrait supporter un cycle en machine. Les coupes amples (pas trop grandes!) facilitent aussi la vie, avec une sensation moindre sur la peau. Chemises et costumes trop cintrés sont à proscrire, alors que l’hiver ils sont intéressants.

Enfin et surtout, que mettre à l’intérieur. Comment alléger au maximum la veste? Choisir un coton léger (240gr) peut déjà être une base. Passez ensuite à la doublure. Quatre grandes options s’offrent à vous : A – la doublure intégrale, évidemment la plus courante, en viscose, en acétate, en polyester, en soie etc. Elle permet de réaliser les ‘propretés’, càd camoufler les coutures et l’intérieur (fonds de poches, toiles, coutures, etc).

B – le non-doublé dos, quelque fois appelé 1/4 dos. C’est déjà une avancée. Vous conservez la jouissance des poches de la garniture, et un empiècement doublure finit le haut du dos.

C – le non-doublé. Ici, plus de doublure pour camoufler les fonds de poches etc. Une grande garniture de tissu double le devant, dans laquelle sont réalisées les poches portefeuille. Les poches extérieures possèdent des fonds de poches (donnant sur l’intérieur) en tissu, à la manière des poches de pantalons. C’est une jolie méthode qui donne à voir, tout en étant relativement minimaliste! Les ‘propretés’, càd les coutures sont camouflées par des ganses ou surpiquées-couchées comme dans une chemise.

Dans ces trois méthodes, vous bénéficiez de l’entoilé et d’une épaulette, ces méthodes n’étant pas contradictoires.

D – le non-doublé intégral, quelque fois appelé veste foulard. Ici, il n’existe plus aucune poche à l’intérieur. De même la toile disparait, comme les épaulettes. Le montage de la tête de manche est plutôt comme une chemise. La structure disparait, la veste est molle, effectivement comme un foulard, ce qui peut être idéal pour des cachemires bi-faces bi-colores.

Julien Scavini

Dans l’état, à l’avenir

L’activité tailleur a démarré, enfin après tant de temps. Les soldes commencent bientôt. Mais s’il n’est pas question de prendre part à ce phénomène (il n’y a pas de stock à liquider), j’aimerai en profiter pour faire l’annonce de la mise en place d’un tarif plus doux pour le non-doublé (mais entoilé), option des plus confortables. A partir de 1400€

J’en profite également pour promouvoir une nouvelle offre de grande mesure cette fois-ci. Étant donné le temps qu’il faut pour réaliser un costume, cette offre est limitée à un ensemble par mois. Cela vous permettra de goûter au plaisir de la coupe maison (dessin). Je préfère exclusivement réaliser celle-ci en non-doublé, ce qui est l’avenir à mon avis (mais entoilé), dans des tissus de poids. A partir de 2500€.

Enfin, j’en profite pour évoquer la mise en place d’un service de chemiserie en demi-mesure industrielle, seulement en projet de sourcing actuellement. J’aimerai tenir la fourchette des 90/100€.

Julien Scavini