Figurines II

Suite d’un exercice de style régulier de Stiff Collar, la publication de figurines seules, parlant d’elles mêmes du sujet que nous poursuivons: le vestiaire masculin. Ce soir, une série de quatre personnages, intitulée ‘hommes au travail‘. Un petit essai sur le goût du moment, entre cravate en tricotine et chemises à col blanc.

En marge de ce court sujet, je voudrais vous demander vos réactions et idées à propos de mon projet de demi-mesure. Si les choses se précisent, il s’agit de prendre le temps de la réflexion et de tester la cible potentielle, càd vous 😉 . Bref, je suis orienté vers une démarche de qualité, primant avant tout. Espérant aller au delà de la simple mesure industrielle entièrement réalisée machine et en dessous de la grande mesure réalisée main et couteuse, je projette de me placer à mi chemin, avec un produit: 1-entièrement entoilé traditionnel (pas de thermocollant), 2-fabrication française exclusivement, 3-doublure satin de soie (et non viscose, acétate ou bemberg; prédilection pour les matières naturelles), 4-boutons bois ou corne, 5-toutes finitions mains à la soie, y compris surpiqures et boutonnières à la milanaise. Le placement produit est donc serré aux alentours des 1600€ sur une sélection de tissus anglais. Qu’en pensez-vous? Je serais ravi de recueillir vos idées et critiques. Si vous voulez être mis au courant des développements du projet, envoyez moi vos coordonnées, en passant par le site dédié: http://www.scavini.fr/ (cliquez sur le logo). Merci par avance chers lecteurs. J’espère bientôt pouvoir vous apporter le meilleur de la demi-mesure!

L’homme américain est bien habillé!

Ne commencez pas à vous arrachez les cheveux: c’est sur ce constat que commença le rapport de la Fédération nationale des fabricants français du vêtement envoyée aux Etats Unis, au début des années 50. Alors que sur la vieille Europe, l’habillement a toujours été considéré comme un marqueur social dont les codes étaient jalousement gardés par une élite aisée dont le magazine Adam se faisait le défenseur, les américains ont développé avec le New Deal une importante industrie du vêtement et renouvelé en profondeur les techniques du ready-to-wear.

Basée sur la coupe à l’anglaise développée dans les années 30, l’élégance d’outre atlantique culmina avec le cinéma hollywoodien des années 40 dont Gary Cooper ou Clarke Gable sont des exemples importants. Quelque fois appelée american cut, elle consiste surtout en une réappropriation du confort (toujours le même) et d’un naturel plus facile à porter. La veste croisée perd un rang de boutons hauts pour devenir tel que nous le connaissons (2×4), et les tenues et allures sont plus souples. Le tailleur français Michel Schreiber, cité par Farid Chenoune, ouvre dans les années 50 une veste d’un client américain pour comprendre une chose importante: « moins il y a de choses dans un vêtement plus on se sent bien dedans ». Ce fut un révolution par rapport aux vestes cartonneuses confectionnées par les tailleurs à la mesure.

C’est à cette époque que naquit également le célèbre magazine Apparel Arts dont les illustrations inspirent toujours nombres de stylistes, illustrateurs ou encore élégants inspirés. Préfigurant Esquire, il était à destination exclusive des professionnels, notamment des revendeurs, qui apprenaient à la fois l’aménagement et le renouvellement des boutiques mais aussi le goût du moment ou comment marier matières et couleurs, chemises et cravates. Tout un système industriel était à l’œuvre pour améliorer les coupes et les tissus et proposer au plus grand nombre des façons à la fois qualitatives et économiques.

Je regardais récemment la fameuse série Mad Men se déroulant dans les années 50 et me remémorait donc cette phrase en titre.  Car il existait (et persiste toujours) chez nos amis américains une certaine idée du formalisme, même dans la classe moyenne, qui ne trouve plus guère d’échos chez nous. Le tuxedo y est encore, même s’il se retrouve souvent affublé de nœuds papillon de couleurs, un classique des soirées bon chic bon genre. De même que le respect des conventions vestimentaires entre semaine et week-end est une religion.

Le costume prêt-à-porter a, dit on, été inventé par Brooks Brothers. Sans savoir si la légende est vraie, notons que le sack-suit ou costume sac en français (costume en deux pièces tout de même, ou complet à veste courte dite tuyaux d’où le nom sac) fait véritablement parti de l’american way of life, avec sa pochette blanche horizontale, de même que l’inusable chino beige.

Petit coup de pouce (MàJ)

Court billet pour annoncer la naissance d’un nouveau blog dans l’univers du vestiaire masculin: For The Discerning Few. Les deux auteurs sont des passionnés, cela se sent. Son positionnement est plus ‘brandé’ que je ne le suis, mais c’est intéressant en complément! L’article sur Hackett ou encore Michael Bastian sont très bons. Vive la nouveauté alors 🙂

Autre coup de pouce, pour le compte du blog cette fois-ci. Stiff Collar est en lice pour la remise d’un prix de la Mairie de Paris: le Golden Blog Award. Si Vous désirez soutenir le travail exposé ici:

> votez sur cette page <

Que le meilleur gagne!

Caractéristiques d’une bonne chemise

Comment repérer une bonne chemise? Ou encore quels détails mettre sur un modèle sur mesure? Autant de questions que nous pouvons nous poser, tant les possibilités sont importantes, et les trouvailles des stylistes inénarrables. Il existe quelques caractères classiques que nous allons ce soir expliquer.

Outre les cols à propos desquels un autre article a été publié ici, le reste de la chemise est à décrire:

  • En 2, la couture des boutons peut-être en X ou en patte d’oie (des flopées partent d’un trou vers les trois autres). A l’inverse, les boutons de veste sont cousus avec des flopées parallèles. Les boutons sont préférentiellement en nacre.
  • En 3, la dernière boutonnière doit être cousu à 90° des autres (qui sont verticales). Celle-ci est donc horizontale.
  • En 4, la gorge de boutonnage peut se présenter sous trois aspects: simple, surpiquée ou cachée. La gorge simple est ma préférée, elle est plutôt minimaliste, ne présentant aucune couture et tient seulement grâce aux boutonnières. La gorge surpiquée (quelque fois appelée à l’américaine) est la plus courante et présente un repli de tissu pour conférer un aspect symétrique au système de fermeture. Enfin la gorge caché est une trouvaille moderne pour dissimuler les boutons, surtout pour les chemises de smoking.
  • En 5, l’hirondelle est très importante. Dans le cas d’un bas de chemise classique (plutôt long avec une échancrure aux hanches), ce petit renfort de tissu est important.
  • En 7, les pinces aux bas de manches. Classiquement, on en trouve deux. Mais certaines maisons de qualité revendiquent cinq à sept petites pinces. Elles permettent de résorber l’aisance de la manche.

NB: D’ailleurs, un poignet de manche ne doit jamais être trop long, il ne doit sous aucun prétexte toucher la main, même si le vendeur vous le soutient. J’ai l’habitude de faire arrêter mes poignets après le petit os  qui ressort au niveau du poignet, du côté petit doigt de la main. La veste quant à elle s’interrompt avant  l’os, si bien qu’un sympathique centimètre apparait. Le fait est que l’on est plus à l’aise avec des manches courtes qu’avec des manches longues.

  • En 6, le poignet peut présenter diverses formes, poignet simple, poignet (double) mousquetaire, poignet napolitain ou poignet (simple) à boutons de manchette.
  • En 8 ou 9, la présence ou non d’un capucin. Ce petit bouton de rappel sert à fermer la longue fente qui descend au poignet. Il est assez chic de ne pas en avoir sur les belles chemises, particulièrement celles de smoking.
  • En 1, une couture milieu dos doit être présente, car cet empiècement haut est extrêmement important. De plus, cette couture doit raccorder les motifs avec précision. D’ailleurs, les motifs doivent aussi se raccorder entre cet empiècement et le haut de la manche.
  • En 10, le dos présente deux plis, ce qui est une bonne solution pour les chemises formelles et celles de travail, bref les belles chemises.
  • En 11, le dos présente un pli milieu dos, ce qui est la solution par excellence pour les chemises sport, celles qui ont notamment le col rabattu et boutonné.
  • Et donc en 12, le col boutonné doit présenter trois petits boutons, deux en pointe de col et un derrière, pour bien le maintenir (et empêcher de porter une cravate avec!).

Julien Scavini

Tristes musiciens

Je regardais hier soir le programme musical d’Arte qui retransmettait la clôture du festival de Lucerne. Hélas, je ne crains qu’aucun commentaire ne puisse être émis à propos, à la fois des spectateurs (en bien: j’ai vu un smoking, en mal: une chemise de bucheron col ouvert) et des musiciens de l’orchestre de Vienne, qui arboraient tous des habits ‘cravate blanche’ sans effets, sans gilet, quelques fois avec des nœuds papillons garantis dérivé pétrolier ou encore des chemises à cols rabattus à boutons visibles, bref, un méli-mélo bancal du plus mauvais effet. Quant au chef Gustavo Dudamel, il avait eu l’idée curieuse de mettre un gilet de smoking noir (trop long) avec sa queue de pie.

Diable mais qui conseillent les musiciens pour leurs tenues? Mêmes les plus illustres d’entre eux croient bons de faire fi des règles les plus traditionnelles. Si encore d’aucun avait inventé un dérivatif plus convaincant, plus réaliste au vu des efforts physiques que demandent la musique, alors je m’y plierai, mais jamais je n’ai rencontré une nouveauté de goût. Je finis même par me questionner sur les capacités et qualités d’interprétations de ces hommes de paille mal fagotés. Estimer faire de l’art nécessiterait de mon point de vue de s’habiller … avec art? Peut-être suis-je trop exigeant pour demander un smoking ou un habit?

A l’inverse, la même chaine de qualité donnait la semaine dernière, exactement à la même heure, une rediffusion du Palast Orchester. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une troupe de musiciens de revue, avec à sa tête le brillant et très germanique Max Raabe, qui interprète entre autres des chansons des années 30 à 50, en anglais et surtout en allemand. Outre ce répertoire qu’il est tout à fait délicieux d’écouter, les voir et les regarder constitue à n’en pas douter un moment d’extase. Tout y est! L’ambiance visuelle dont les décors art déco et les sonorités confèrent à cet orchestre un atout non négligeable. Max Raabe d’abord, est vêtu d’une queue de pie parfaitement coupée, à revers généreux, avec un gilet de coton ajusté et à la bonne longueur (plus court que le corsage de l’habit) et un col cassé très haut pour habiller son cou. Les musiciens ensuite, qui comptent parmi eux une femme en robe de soirée, revêtent un smoking croisé, noir ou blanc suivant l’occasion. Et point positif de plus, ils ont tous le même modèle, donc point de dissonance de coupe. Tous ont aussi un mouchoir de pochette plié de la même manière. Cela confère à l’ensemble une harmonie rarement vu dans une représentation musicale.

Il s’agit souvent d’un idée récurrente au sein des troupes de jazz et l’homogénéité des tenues suit un seul but: concourir à une unité d’esprit en tout, de la musique à la vue. De plus, le musicien ne peut pas être tenté de s’imposer aux autres (en élégance ou en musique) mais perçoit l’idée d’un esprit de corps, celui de l’orchestre.

Nous noterons également l’artiste allemand (encore un) Henry de Winter à propos duquel Ray Frensham a publié un article. Ici encore, l’attitude de l’artiste dépasse son cadre de travail car monsieur semble être un esthète jusqu’au bout, un vrai gentleman heureux dans ses tenues du meilleur classicisme.

Julien Scavini

Diverses méthodes d’entoilage

Essayons ce soir d’y voir plus clair dans les dénominations quelques fois trompeuses des vendeurs de prêt à porter et autres confectionneurs de semi-mesure à propos de leurs méthodes d’entoilage. Je voyais récemment sur le site de Cape Cod une gamme de prix comprenant des costumes ‘demi-mesure’ et ‘sur-mesure’. Si je doute franchement du fait que le tenancier propose un tel service (au sens de la loi, ‘sur mesure’ signifie trois essayages et une fabrication à la main et un atelier artisanal et géographiquement proche), ces deux catégories reprennent les anciennes dénominations de son site à savoir confection semi-traditionnelle et traditionnelle, bien plus intéressante en ce qui nous concerne. Que signifie ces deux termes?

Reprenons du début. Pour fabriquer un costume, que ce soit en confection ou en grande mesure, il faut disposer contre le lainage du devant de la veste, une toile de corps (ou toile tailleur), faire un entoilé. Cette toile (2), traditionnellement en laine grossière spécialement tissée pour cet usage, permet de rigidifier les deux devants, de leurs donner du corps et de la structure. Sur cette toile, qui va de l’épaule au bas de veste reposent: les épaulettes, les plastrons de poitrine, les revers, les poches etc… Cette toile est l’armature du veston. Appliquer celle-ci est une étape délicate, particulièrement sur les tissus à rayures, que l’on appelle ‘mise sur toile’.

Le plus courant dans le commerce est de sauter cette étape en thermocollant l’ensemble du devant (de coutures à coutures), y compris le revers, avec une toile thermocollante (1). Cette fine résille, souvent synthétique, est enduite de résines qui fondent sous l’effet d’une presse chauffante (ou d’un fer à repasser) pour adhérer au lainage. C’est une méthode rapide, mais qui ne dure pas dans le temps, la toile se décollant à la suite des différents lavages et surtout de la vapeur qui font pocher le tissu (apparition de bulles sous le lainage). Ce premier schéma illustre l’endroit d’une veste (devant+petit côté avec poches) et son envers thermocollé.

La deuxième méthode (ci dessous à gauche) qui est la plus courante chez les confectionneurs de demi-mesure haut de gamme est l’entoilé semi-traditionnel. Il consiste à créer un vrai plastron (3), avec diverses couches, comme le bougran ou le crin de cheval, sur la toile de corps. Mais il s’agit d’une toile particulière, enduite en bas de la veste et aux revers de résines thermocollantes (5). Les plastrons sont donc flottants, comme en grande mesure, mais le reste adhère au lainage, et le solidarise. C’est une méthode que je n’aime pas beaucoup mais qui est pourtant récurrente, les industriels maitrisant très bien le processus. La plupart du temps qui plus est, il n’y a même pas de toile de corps et les plastrons sont placés au dessus de la résille thermocollante qui couvre tout le devant. C’est le cas de pratiquement tous les costumes en prêt à porter haut de gamme en dessous de 1200€.

Enfin, la troisième méthode (ci dessus à droite), la plus chic, celle qui est quelque fois appelée ‘confection traditionnelle’, utilise une toile de corps, sur laquelle sont aussi additionnés des plastrons et qui est flottante jusqu’en bas. Dans cette technique, les revers sont brochés avec des fils aux points de chevrons (et non thermocollés) avec une machine appelée Strobel (4). C’est la méthode la plus durable, que peu d’usines réalisent bien que la demande soit de plus en plus importante. Ces pièces sont coûteuses à réaliser, et donc à acheter, mais durent plus longtemps. C’est ce qui se rapproche le plus de la grande mesure traditionnel, le terme étant ici plus adéquat.

Vous comprenez dès lors la jungle qui entoure toutes les dénominations commerciales et qui n’ont souvent qu’un seul but: se faire passer pour de la grande mesure, ou bespoke. Si toutes ces méthodes sont honnêtes et répondent à divers besoins, notamment en terme de coût, il convient de faire nettement la différence entre appellations. Le consommateur se doit d’être expert pour déjouer les tours marketings, internet est là pour ça!

MàJ: j’y repense, il existe aussi une offre de semi-entoilé (càd bas de veste thermocollé) avec des revers brochés au fils… C’est une option assez intéressante et plutôt répandue encore une fois, notamment par les maisons de demi-mesure qui se targuent d’avoir des revers qui ‘roulent’. Tout dépend de l’industriel qui est derrière…

Julien Scavini

Le pantalon en détails

Le pantalon est certainement le parent pauvre de la culture générale sur l’art tailleur. Si les sujets sur la veste et quelques fois le gilet viennent en tête des articles et desiderata des lecteurs, cette longue pièce couvrante constituée de deux jambes est pourtant une pièce d’intérêt. Mais elle est difficile à décrire finalement. Nous allons essayer ce soir d’expliquer quelques grandes lignes de coupes et de détails, qui pourront vous être utiles lors de vos visites chez le tailleur.

Sur cette première image, on peut constater une coupe droite traditionnelle, à poches en biais (de 4 à 7cm de décalage sous la ceinture). La braguette peut-être à zip ou à boutons. Le devant présente deux pinces (ou aucune). La ceinture ne possède pas de passants de ceintures, mais un tirant à bouton. Au dos, nous trouvons deux poches passepoilées classiques à fermeture par boutonnière. La ceinture dos arbore un V d’aisance au milieu, adapté pour le port avec des bretelles. Il est possible de faire réaliser les bas de son pantalon avec un ourlet simple ou un revers. Pour ma part, j’aime les revers un peu haut, aux alentours de 5cm.

Ici, le devant présente un pli (en non une pince). Ce pli peut-être orienté vers l’intérieur (à la française) ou l’extérieur (à l’italienne). Le pli donne de l’aisance et évite au pantalon de coller, surtout aux lainages qui peuvent présenter un effet stretch à la longue, surtout en position assise. Les poches sont un modèle sport, apprécié des De Luca par exemple. Le tirant de ceinture est maintenant à glissière (avec une bride comme les ceintures), ce qui est plus solide que celui à boutons. Les poches arrières sont à rabat, qui peut être ou non boutonné. Ces poches à rabat en accolade inversée sont une bonne option pour les pantalons sports, comme ceux pour le golf. Par ailleurs, le dos présente deux pinces, ce qui est fortement indiqué dans le cas de fessiers marqués.

Sur ce modèle, le devant présente deux plis, ce qui est le nec plus ultra de l’aisance. Évidement, un tel pantalon sera également un peu large en bas (+ de 22cm) pour obtenir une ligne homogène, le seul point négatif étant son petit aspect ‘daté’ (certainement une question de mode…). Ici, les poches sont passepoilées et verticales. Ce genre de montage est idéal pour les pantalons de smoking, même s’ils n’ont pas vraiment besoin de poches… Pour ce qui est du dos, vous pouvez choisir de ne disposer qu’une poche, à droite si vous êtes droitier par exemple. Le fait est que ces poches ne sont pas d’un grand intérêt. Essayez de mettre un portefeuille la dedans et vous ressemblerez à un sac. Mais un pantalon sans poche fait un peu plus féminin. En revance, sur un pantalon en lainage fort, comme un whipcord ou un cavalry twill (le genre de pantalon que vous désirez garder trente ans), choisissez peut-être aucune poches dos, car c’est irrémédiablement un point de faiblesse! Un troisième type de poche dos peut-être passepoilée avec une languette de boutonnage.

Sur l’avant du pantalon, à droite sous la ceinture, peut aussi être disposé une poche gousset. C’est un petit logement grand comme une carte de crédit (d’ailleurs très pratique pour elle) que certains bons confectionneurs affectionnent. Cette petite poche gousset peut aussi avoir un rabat en accolade inversée, ce qui est du dernier chic! J’ai vu à Saville Row un tailleur porter un pantalon à deux plis avec bretelles et poche gousset à rabat, extraordinaire!

Enfin, vous pourrez demander, puisque c’est devenu la norme aujourd’hui, des passants de ceinture. En grande mesure, nous en disposons habituellement sept dont un ardillon. L’ardillon est un passant recourbé en forme de boucle qui surgit du bas de la ceinture au dessus la braguette, et qui sert à y bloquer la boucle de ceinture. C’est la plus merveilleuse invention du pantalon, qui évite que la ceinture ne tourne autour de la taille! Et pour ce qui est de la fermeture au niveau du pont de la braguette, les tailleurs recommandent deux crochets métalliques et un bouton de rappel. Les boutons ont en effet tendance à sauter, même avec une couture au fil de lin.

Voilà pour ce petit aperçu des possibilités d’un pantalon en terme de détail. Je rajouterai encore la possibilité de faire réaliser une baguette. Il s’agit, uniquement sur les pantalons dépareillés (qui ne constituent pas un costume), comme les pantalons de flanelle, de coucher la couture coté extérieure, et de la coudre, ce qui crée une baguette le long de la jambe. C’est un détail de goût. Enfin, si la mode des pantalons est aux modèles serrés, préférez tout de même l’aisance, car la laine n’est pas comme le coton et ne se comporte pas très bien lorsqu’elle est près du corps, surtout avec des vrais chaussettes qui montent jusqu’aux genoux, et qui agripperont le pantalon d’une désagréable manière une fois assis!

Enfin je finirai sur une petite question: dit-on un pantalon, ou un paire de pantalons au pluriel pour désigner une pièce unique??? C’est comme la salade verte, un mystère dirait Jean Carmet!

Julien Scavini

Être (ou ne pas être) un ayatollah de la règle

Samedi après-midi ensoleillé, carrefour de la rue du Bac et des boulevards Saint Germain et Raspail, devant la boutique Barbour par le Jockey Club: beaucoup de blazers! Il est vrai que beaucoup de messieurs, souvent d’âge mûr, avaient décidé à l’unisson de sortir cette pièce toute simple de leur garde robe. Je les observais, notamment deux, se présentant au même instant devant le feu piéton: l’un, au bras de sa dame, portait un vieux blazer, plutôt déformé, avec un pantalon de flanelle clair et des chaussures marrons, dans l’esprit de Mephisto. Le deuxième plus jeune, cherchait ostensiblement la netteté dans ses atours, avec un blazer bien plus structuré, un pantalon de flanelle foncé et des souliers bien ciré mais noirs.

M’est alors venue une question: lequel préférais-je? Difficile débat qui s’ouvrait alors dans ma tête, propice aux pires disputes entre mes deux hémisphères. Devons-nous considérer, du point de vu l’élégance, un respect parfait du code (blazer + chaussure marron) mais concession au confort (vieux modèle affaissé et chaussure à grand confort) ou rature du code (blazer + souliers noirs) pour affirmer une certaine stature toute ostentatoire? Évidemment, la thématique du blazer n’est qu’un prétexte.

Si une certaine sympathie m’est immédiatement apparu pour le premier, je ne pouvais m’empêcher de penser que mon irritation à la vu du second et de ses richelieus noirs trop bien cirés était trop exagérée. Même si: à quoi bon mettre tant de soin à s’apprêter et à entretenir ses chaussures pour à la fin commettre un tel impair? Si nous voulons paraitre guindés, autant que notre idéologie personnel le fait envisager, alors autant sortir en costume. Si au contraire, nous acceptons la décontraction du moment, alors le marron se serait imposé. Mais bien souvent, les cuirs noirs sont plus faciles d’entretiens, certes…

Alors devons nous rester couché sur l’autel du code classique anglais? Ne serait-ce pas quelque peu un signe d’échec? Ou au contraire, faut-il élaborer une hiérarchie d’approche? Par exemple, vous êtes invité à une petite soirée entre amis. Vous avez passé la journée en blazer avec des souliers marron, mais que faire pour se présenter le soir? Changer toute la tenue pour permettre les souliers noirs (qui je le rappelle, sont un peu plus indiqués pour le soir) ou alors mettre des souliers noirs avec la même tenue? Ou arriver à l’identique? Où est la limite? Et dès lors je me fais prendre dans un jeu difficile, qui consiste à jongler avec des règles, d’époques différentes, de valeurs différentes, de sociologies différentes…

Un ami me le faisait justement remarquer, lui qui préfère de loin les impairs à mes règles, pour satisfaire à l’originalité: »si tu es tout le temps habillé pareil, c’est idiot et triste« . Lui même serait le premier à reconnaitre que Paris est une belle cité, surtout grâce aux ordonnancement d’Haussmann… Vous admettrez le comble tout de même.

Je sais que ça et là, certains érudits critiquent mes dires, ou ceux d’amis, nous mettant dans les cases des dictateurs sartoriaux. C’est à dire que dès lors que l’on s’exprime, il convient d’avoir une posture, même si celle-ci devient vite exagérée. Le tout est de respecter l’avis de chacun et d’être clair dans ses choix. Je préfère une école britannique du dualisme ville/campagne à une approche italienne basée sur les hybridations, c’est vrai. Mais j’apprécie une autre approche, même celle qui consiste à mettre des chaussettes blanches avec des mocassins foncés dans le genre Ivy League, si l’idée est affirmée et référencée. Il n’y a rien de pire que les pré-supposé (même si j’en ai très certainement) et autres inventions personnelles. La pire idée est de croire que l’on peut réfléchir tout seul, imaginer tout seul; d’autres sont bien souvent passés avant qui vous feraient irrémédiablement passer pour un philistin. Tâchons de rationaliser nos discours, je m’y efforce, l’histoire se chargera d’en modifier le cours…

Julien Scavini

Début à Chicago…

Nous voici tous installés dans la nouvelle année (celle qui au fond est plus valable professionnellement, à compter du 1er septembre qu’à compter de la naissance du Christ), bref l’occasion pour Stiff Collar de revenir après une courte pause propice aux réflexions les plus variées. Et pour ce retour, plongeons en douceur dans un excellent film : Les Incorruptibles (The Untouchables), récemment diffusé par France3. Si l’histoire d’Eliott Ness s’est beaucoup construite sur l’appropriation populaire d’une réalité du super-héros, cette adaptation de Brian De Palma réalisée en 1987 est tout à fait délicieuse du point de vu de l’élégance.

Avant les vacances, il fut question du film Gastby le Magnifique, dont les très typés costumes masculins furent signés par Ralph Lauren, ici Giorgio Armani  a officié. Ceux deux grands stylistes furent finalement lancés par le Septième Art, ce dernier ayant été reconnu pour sa collaboration sur le film American Gigolo avec Richard Gere. Si l’on pourra reprocher à sa garde robe d’être quelque peu marquée par les années 80 (cols bas et beaucoup d’ampleur sur les vestes), les choix stylistiques furent intéressants. D’Al Capone (joué par un Robert De Niro très cabotin) en pardessus beige à col noir en passant par George Stone (Andy Garcia) en blouson de cuir clair et Eliott Ness en complets sombres, tout y est fidèle à l’esprit des années 30, nous plongeant avec suspense dans l’histoire de la traque des contrebandiers d’alcool.

L’illustration de ce soir a pris beaucoup de temps à réaliser car elle déborde quelque peu du cadre habituel et figure le canyon de La Salle Street, décor des films successifs Les Incorruptibles et Les Sentiers de la Perdition.

Le style gangster est très marqué par son inversion des codes classiques, utilisant à la ville les couleurs de campagnes – notamment le marron – ou encore rejetant la chemise blanche pour le noir ton sur ton. Le Chouan des Villes en fit un article très érudit. Également, nous noterons cette prédominance des costumes droits à crans pointus, dont les revers étaient plutôt généreux. Les films noirs des années 30 et 40 et beaucoup de réalisations récentes s’installant dans cette époque font la part belle à ces coupes que j’apprécie tout particulièrement!

Julien Scavini

L’été de Stiff Collar. 1… 5. (MàJ5)

Sur les cinq lundis que compte ce cher mois d’Août et un peu de Septembre, j’ai décidé de réitéré le petit exercice de style, plutôt plaisant, du vestiaire idéal. Enfin plus qu’idéal cette fois-ci, car il préfigure ma garde robe. Ce sera un petit aperçu de pièces de dessus, pour la ville et la campagne, deux répertoires qui me sont chers. J’ai décidé de citer quelques maisons de qualité pour référencer les produits cités de manière purement fictive le plus souvent.

Ce soir deux classiques évidents, le costume droit et le croisé.

Le costume droit deux boutons à cran aigu, avec gilet croisé à cran aigu et pantalon à deux plis, réalisé en flanelle Harrisons, ~350gr; avec chemise de popeline blanche Turnbull et Asser; nœud papillon bleu à pois Harvie et Hudson; pochette de lin blanc chez Lanvin.

Le costume croisé 4×6, avec poche ticket et pantalon à deux plis, réalisé en laine feutrée à rayures craies chez Loro Piana, ~400gr; avec chemise à fines rayures rouges foncées, léger col spread chez Arthur et Fox; cravate à motif cachemires chez Etro; pochette en lin/soie verte chez Marc Guyot; richelieus noirs à bouts droits chez Crockett et Jones.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif

Ce soir, le même principe, un costume droit et un croisé, en inversant le système des rayures, mais dans les tons bleus cette fois-ci. Plus que tout autre couleur de lainage, les bleus rendent excessivement bien sur un homme, sans distinction de sa couleur de cheveux ou de peaux. Le bleu, à la différence  souvent du gris, rayonne, éclaire même la personne, même s’il est choisi très foncé. Sa caractéristique principale par rapport à l’anthracite est qu’il possède de la profondeur, cela en fait donc un coloris de choix!

Le costume droit deux boutons à cran aigu avec poche ticket, avec gilet droit et pantalon à deux plis, réalisé en pin stripe Dormeuil ~330gr; avec une chemise blanche sur mesure de chez Courtot; un nœud papillon à rayures club de chez Old England; une pochette en coton et soie Balthazar; et des richelieus noirs à bout droit de chez George Cleverley.

Le costume croisé 4×6 et pantalon à deux plis et revers (5cm), réalisé dans une toile de laine Holland et Sherry, ~350gr; avec une chemise bengal blanche rayée bleu Ede et Ravenscroft; une cravate violette en velouté de soie Marinella et une pochette pourpre en soie de chez Crombie.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif

Ce soir et avec un peu d’avance sur le programme, sortons du registre urbain pour celui du voyage extra-muros. L’idéal de tout élégant en goguette est de pouvoir arborer la tenue adéquate. Et été oblige, imaginons une chaude et exotique destination, par exemple les Indes et les hauts plateaux du Darjeeling (quoiqu’encore, il y fasse frais) ou plus simplement les îles Eolies, bref un lieu où le soleil mérite d’être réverbéré, mais où il faut être chic, et donc exagérer, en rajouter, ce que j’ai décidé de faire visiblement ce soir.

Le costume droit trois boutons à cran sport avec poches plaquées, gilet droit et pantalon à deux plis, réalisé en kid mohair blanc Holland et Sherry ~250gr; avec une chemise en lin bleu à col blanc de chez New et Lingwood; un nœud papillon bleu nuit de chez Charvet et une pochette en lin blanc Hackett.

La saharienne dans un mélange laine, lin et soie de chez Drapers ~240gr avec son ceinturon en cuir et son bermuda à revers, réalisé dans une toile mohair Gorina, ~250gr; avec une chemise légèrement grise Arnys; une cravate couleur de la tourbe Brunello Cucinelli; de longues chaussettes de coton (dont la marque ne me vient pas à l’idée maintenant) et des richelieus bi-matières cuir et lin chez Edward Green.

Alors je sais, ce dernier ensemble est quelque peu suranné dans son esthétique, mais c’est ce qui est drôle, au moins en illustration. Après, pour le modèle de la saharienne, je réfère aux vestes d’officiers britanniques, américains ou français, ou même encore des bobbies de Londres qui sont à mon goût les seules expressions vraiment construites de cette fameuse pièce, trop souvent détournée pour de simples vestons froissés de prêt-à-porter.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif

Retour à Paris, mais vestiaire campagnard ce soir: un trois pièces et une veste dépareillée. Le trois pièces est en glen check, un dérivé du prince de galles, une étoffe dont l’utilisation comme je l’ai déjà écrit est versatile. Aussi bien à la ville qu’à la campagne, je le trouve pour ma part plus à l’aise dans ce dernier registre, étant plus synonyme de ‘sport’ que de business.

Le costume droit trois boutons à cran sport et poche ticket, gilet droit à revers et pantalon à deux plis, réalisé en glen check plaid noir et blanc Porter et Harding ~370gr; avec une chemise blanche de chez Hilditch et Key; une cravate en tartan de chez Cordings; une pochette en cachemire pourpre glanée du côté de Burlington Arcade et des richelieus à bout droit en veaux-velours de chez Emling.

La veste droite à deux boutons et revers à cran sport, en plaid de laine Ralph Lauren ~400gr avec son pantalon à tirants et poche gousset en cavalry twill de chez Gorina; une chemise à gros carreaux de chez Charles Tyrwhitt; un noeud papillon sur mesure en flanelle vert d’eau de chez Charvet et une pochette en fibres d’ortie chez Colette.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif

Le tour du vestiaire sport continue, avec deux nouvelles tenues aptes aux promenades champêtres.

Le costume droit trois boutons à cran sport et poche ticket et pantalon à deux plis, réalisé en serge couverte couleur poil de chameau Robert Noble ~420gr; avec un pull à côtes en soie marron des Laines Ecossaises, une chemise blanche à col button down de chez Albert Arts; une cravate couleur de la paille à petits écussons chez Ralph Lauren et une pochette à motifs cachemire Sulka.

La veste droite à trois boutons et revers à cran sport, poches côtés à soufflets et rabats et poches ventrales, en chevrons fenetrés Porter et Harding ~400gr avec son pantalon knickers à tirants et deux pinces; un gilet en lin et laine à légers carreaux de chez Dormeuil; une chemise à tattersall check de chez Mettez; un noeud papillon en doupion de soie de la même maison; une pochette lavande en cachemire de chez Marc Guyot et des richelieus à bouts golf fantaisie en cuir grainé marron foncé chez Church’s.

https://stiff-collar.com/wp-content/uploads/2009/12/separateur-texte.gif

Dernière partie de cet été de Stiff Collar, ce soir retour aux mondanités! Pour ce faire, deux costumes qui pourrait convenir pour une invitation avec le dress code: tenue de ville, en croisé ou droit.

Le costume croisé 4×6 dont les poches de la veste sont sans rabats et un pantalon à deux plis, réalisé en flanelle bleu nuit rayé rouge chez Harrison, ~320gr; avec une chemise en oxford blanc chez Lucca; une cravate bleue avec de discrets points chez Breuer; une pochette blanche en soie de chez Balthazar et des richelieus John Lobb.

La tenue ‘black lounge’ (déjà citée ici), plus formelle qu’un costume et moins importante que le smoking, avec une veste droite à trois boutons et cran aigu, avec son gilet croisé à cran aigu dans une laine barathea anthracite Scabal ~450gr; le pantalon à deux pinces en laine noire à rayures multiples chez Zegna ~390gr; une chemise de popeline blanche à poignets singe cuff chez Hermès; un nœud papillon bleu de minuit chez Yves Saint Laurent et une pochette en lin blanc bordée de noir Dior.

J’espère que ce court tour d’horizon vous aura intéressé, peut-être même passionné. C’est une toute petite vision des meilleures pièces qu’une garde robe doit contenir, pour être parfaitement adapté à toutes les situations. Évidemment,  les goûts et les couleurs ne se discutent pas. En revanche, les coupes et assemblages de motifs doivent être étudiés avec minutie. Vous aurez constaté par ailleurs une présence important de costume croisé. Il revient à la mode parait-il, Jeremy Hackett l’a récemment annoncé sur son propre blog. Une chose est sûre, il est autrement plus formel et élégant que les versions droites mais doit être parfaitement ajusté sous peine de ressembler à un sac. Et avec, you will be more english than englishmen themselves! Tel pourrait être a devise de Stiff Collar!

Bonne semaine. Julien Scavini