Les souliers, partie 2

Ce soir, continuons l’un de mes premiers articles, consacré aux souliers et lisible à cette adresse. Intéressons nous tout d’abord à la technique, chose que j’avais à peine esquissée. Je vais tâcher d’être didactique et surtout à la portée de toutes les bourses.

Une chaussure de qualité, outre son cuir, se caractérise par sa méthode de montage, c’est à dire la façon dont la partie visible de la chaussure (la tige) se raccorde sur la semelle. La première approche, commune, consiste à thermocoller ou simplement coller les deux parties ensembles. Évidemment, cette technique n’a pas ma faveur, et les semelles de ce type étant généralement en caoutchouc, inutile de s’y attarder. Dans le niveau supérieur (à partir de 130€ comme je l’avais énoncé dans l’article 1), nous trouvons le célèbre cousu Goodyear, dont beaucoup s’interrogent sur la signification. C’est l’un des plus perfectionné système de montage, avec le cousu norvégien (courant sur les Paraboot, assurant l’imperméabilité de la chaussure). Il existe aussi le montage Blake, moins perfectionné, peut-être plus italien que l’anglais goodyear, mais relativement esthétique s’il est bien utilisé.

Bref, le cousu goodyear fut développé pour assurer une chose toute simple: le changement simple et rapide de la semelle d’usure, à une époque où les gommes et autres patins collants n’existaient pas encore. Si sa réalisation préliminaire est relativement ardue en méthode artisanale, les industriels ont su en tirer un bon compromis performant:

Voilà donc un schéma de coupe sur une chaussure (en fabrication artisanale). J’espère que la légende est claire. L’une des grandes différences avec la méthode industrielle est le ‘mur’, ici sculpté dans la masse de cuir de la première, que les industriels réalisent par moulage d’une pâte siliconée sur la première. Évidemment, technique industrielle et démarche artisanale ne sont pas comparables, mais toutes deux permettent une chose: le changement de la semelle d’usure lorsque celle-ci est finie. Le démontage de la couture petits-points permet son remplacement rapide, sans pour autant démonter le soulier entièrement, puisque la trépointe reste solidaire de la tige et de la première via le point goodyear. Voici donc pour la technique; un peu d’entretien maintenant.

Lorsque vous achetez une nouvelle paire de soulier, il convient de prévoir un budget additionnel non négligeable, et surtout non négociable: une paire d’embauchoir et un passage chez le cordonnier dans le mois qui suit l’achat.  Si vous avez un budget serré, faites comme moi, prenez des embauchoirs en plastique. Ils sont moins performants que ceux en bois, mais la fonction de maintient est à peu près la même. Pas de snobisme là dedans, à chacun suivant ses moyens et ses besoins… Ensuite, si vous portez votre paire deux fois par semaine en moyenne (et oui, avoir beaucoup de paires de souliers permet de ne pas trop les user) attendez un bon mois avant d’aller chez le cordonnier pour: poser un patin et un fer à l’avant (pour éviter que la semelle s’ouvre comme un artichaut avec le temps). Avec cela, vous partirez pour trois bonnes années de tranquillité à ce niveau!

Pour ce qui est du patin (G), deux options s’ouvrent à vous: le patin topy ou le patin en crêpe de caoutchouc. L’un est bon marché mais ne laisse pas respirer le cuir, l’autre est plus cher, dure moins, mais est parfait pour les souliers de qualité. Pour l’instant, je me contente du premier sur mes petits souliers. Quant au fer (F), prenez plutôt celui encastré, autour de la quinzaine d’euros.

Puis, tous les ans (cela dépend des coups de pieds), faites changer le talon gomme (B), vos chaussures seront en route pour un long usage! Quant à la partie A de la semelle, enduisez la généreusement de cirage marron, cette partie se dessèche énormément!

Pour ce qui est de l’entretien proprement dit, il vous faut plusieurs outils et produits:

  • crème délicate (ou surfine), genre Famago
  • cirage de la couleur (ou plus clair si volonté d’éclaircir), marque Grison ou Saphir uniquement!
  • une brosse à chaussures
  • une brosse à poils métalliques
  • un chiffon doux ou une polish.

Ensuite, l’entretien est relativement simple. A chaque port, un petit coup de brosse à chaussures avant et après. Une fois par mois (cela dépend du nombre de ports), une révision en détail: commencez par les nettoyer à la brosse et au chiffon, puis brossez vigoureusement la trépointe et ses petits-points (ils s’encrassent vite) avec la brosse métallique. Ensuite, vous constaterez certainement que des plis, des rainures, des rides, apparaissent à l’avant de votre chaussure. C’est tout à fait normal, cela s’appelle des plis d’aisance.Prenez la crème délicate, et déposez une goutte (seulement une goutte) à l’avant (1) et une autre sur les rides (2). Ensuite, appliquez avec un chiffon. Sur l’avant, cherchez à faire briller. Bien faire pénétrer dans les rides pour adoucir et faire ‘revenir’ le cuir. Éventuellement, mettez un peu de crème sur l’arrière, de temps à autre. Après une dizaine de minutes, passez un chiffon sec pour faire briller, voilà tout. En ce qui concerne le cirage, je n’en mets pas beaucoup, car il assèche le cuir, et amplifie les effets de ride (vous pouvez vous en dispenser). Disons que vous pouvez cirer dans une proportion de 1/4 par rapport au crémage, sauf en ce qui concerne la semelle (A). Ainsi, les plis de vos souliers s’adouciront et prendront avec le temps une jolie patine. Enfin, une fois tous les trois à quatre ans, faites changer la doublure intérieure des quartiers arrières (D) (une quinzaine d’euros), qui sont usées par le chausse-pied (autre instrument indispensable) et le talon.

Et pour les veaux-velours, un petite bombe d’imperméabilisant, de la bonne couleur, chez Grison, sera parfaite. Pensez aussi (désolé de vous faire dépenser tant, mais une paire de souliers, il faut la chérir, que voulez-vous, elle est vivante) à acquérir des semelles intérieures, elles garantissent le confort et surtout la pérennité de la première en cuir (qui ne noircira pas irraisonnablement)…

J’espère qu’avec ces conseils vous trouverez matière à vous exercer, et à faire fonctionner votre cordonnier. Et sachez bien que je ne fais pas ça par plaisir (quoique si un peu), mais par intérêt: mes petites Bexley durent pour certaines depuis 5 ans, alors que ce n’est pas la prime qualité. C’est une source d’économie certaine comme aurait dit Oscar Wilde. Et cet entretien est à la portée de toutes les bourses, du possesseur de Loding à celui de Lobb…

Julien Scavini


Voyage chez Camps de Luca

Mon court stage de découverte de l’environnement professionnel s’est déroulé le mois dernier au sein de l’atelier de Camps de Luca, célèbre tailleur parisien, sis au 11 place de la Madeleine à Paris. Fondé à partir de 1948, par regroupement de deux tailleurs, il s’est hissé au plus haut, formant avec Cifonelli le duo parisien au service de l’homme élégant. Notons par ailleurs que Joseph Camps est à l’origine de la méthode Camps, reconnue maintenant comme La méthode parisienne, marquée notamment par un cran de revers brisé, que Smalto (ancien coupeur de Camps) récupéra à son profit, et diffusa plus encore.

Camps de Luca, maintenant piloté par M. Marc de Luca et son fils M. Charles de Luca, occupe le deuxième étage d’un bel immeuble de rapport, à la façade richement décorée. Deux appartements regroupent la maison. Visualisons ensemble le plan:

A,B,C représentent les parties publiques: salons à destinations du client. D,E,F,G les ateliers en tant que tel. Découvrons la façade, avec au deuxième balcons les larges enseignes Camps de Luca / le vestibule d’entrée (A):

Revue de presse dans le vestibule / Le grand salon de deux points de vue (B) / Dans le salon d’essayage dans une cabine (C):

M. Charles de Luca en train de couper un drap dans la salle de coupe (D). Les éléments de la veste sont d’abord tracés sur du papier kraft, puis redessinés sur le tissu, auquel sont ajoutés des ‘relarges’ (car le tailleur garanti la retouche d’une veste, dans le temps, sur plusieurs dimensions). Deux points de vue de la grande salle de travail (E) où Antoine, Pauline et Fatma travaillent (ou discutent). Dans l’ancienne galerie de l’appartement (F), mon poste de travail au premier plan, avec Pauline:

La brodeuse automatique (salle G) (qui n’est pas utilisée pour broder les initiales des clients) inscrit Camps de Luca sur la doublure, au dessus de la poche ‘goutte d’eau’:

Antoine travaille sur la veste d’un client, une curieuse demande, certainement très agréable à réaliser (laine jaune moutarde, quatre boutons, bas à angle droit, poches plaquées à rabat, martingale, et pattes au bas des manches). Miqueline repasse une veste en cours de réalisation (il faut toujours repasser, et le pressage finale prend bien 2h avant la livraison) avec une pattemouille. Pour ma part, j’apprends les boutonnières à la milanaise avec Hortense qui testait le tissu jaune (de fait, les miennes sont bleus (la milanaise est en gris)). Enfin pour finir, la vue depuis le salon (B) sur la place de la Madeleine, quoi de plus magnifique comme lieu de travail?

Notons d’ailleurs que Camps de Luca figurera dans le prochain numéro de The Rake Magazine, ce qui est, pour les connaisseurs, une marque de qualité!

Julien Scavini

Petit tour du prêt à porter de l’été 2010 (màj3)

Une fois est relativement coutume sur Stiff Collar, nous allons dans les semaines à venir nous pencher sur quelques produits phares des maisons de prêt-à-porter que je considère. Si ce questionnement est relativement éloigné de l’Art tailleur et de ma pratique quotidienne en tant qu’apiéceur, il n’en demeure pas moins captivant en terme de nouveautés, de (ré-)inventions, ou simplement de coupes ou de couleurs. J’ai donc parcouru notamment la rue du Faubourg St Honoré à Paris et ses alentours, de maisons en maisons, pour rencontrer les vendeurs et les questionner sur leurs préférences, tout simplement. Les vestes -car c’est finalement l’élément le plus important du vestiaire à mon goût- ont focalisé mon attention. J’ai essayé de sélectionner des produits variés, dans des maisons diverses.

Ce soir, Dunhill, Dormeuil et Brooks Brothers. Après, Façonnable, Ralph Lauren et Crémieux, puis Breuer, Hackett et Old England et enfin Albert Art. J’aurais voulu vous présenter d’autres maisons, mais hélas, leurs services presses n’ont pas daigné me répondre, ou je n’ai tout simplement pas pu avoir des informations satisfaisantes.

Si toutefois en tant qu’amateur éclairé vous aviez à cœur de nous faire découvrir d’autres vestes d’entreprises tierces, n’hésitez pas à me contacter!

Donc tout d’abord Dunhill, cette célèbre maison londonienne que l’on ne présente plus, a toujours véhiculé une image extrêmement étudiée, très anglaise. Hélas ces dernières années, elle se diversifie, toujours dans la même gamme de prix, vers un chic modeux assez sombre, souvent inintéressant. Toutefois, j’ai réussi à trouver rue de la Paix un produit (presque) classique de belle facture (réalisé en toile tailleur et non thermocollé), avec un petit quelque chose du lord anglais en goguette: un blazer en laine navy deux boutons à cran aigu. Si les puristes ne seront pas complètement satisfait, le fait est que cette veste a de l’allure, complétée par ses boutons en argent. Vous n’aurez aucun mal à lui adjoindre un pantalon de flanelle gris clair et une belle chemise:Autre marque et surtout autre esprit, le grand drapier Dormeuil que l’on ne présente plus possède une ligne extrêmement diversifiée de prêt-à-porter et de demi-mesure. A tous ceux qui rêvent d’une veste fluide et légère, Dormeuil propose sa toute nouvelle création dans un tissu jouant subtilement avec la lumière. L’alliance de deux fibres d’une grande noblesse (le pur cachemire (70 %) et la soie (30%)) tissée en nattée (sorte de petit effet en mur de  brique, très fin, comparable à un oxford en coton) confère à la liasse Dream une allure très estivale (en 230gr tout de même!). Les couleurs sont fraiches et lumineuses (petits échantillons). Le modèle de la veste peut évidemment varier suivant votre tailleur, ou le modèle Dormeuil, mais l’esprit reste le même, élégance et bien être. En rosé avec un pantalon bleu marine et des moccassins légers, voilà un visuel engageant:Enfin pour ce soir, présentons un produit de l’immense maison Brooks Brothers, dont je parle trop peu: une veste de sport à poche plaquée. Je trouve que ce modèle à poches raportées est vraiment le plus chic pour l’été, même si certains le trouve très 60’s. Qu’importe, car réalisé dans un lin irlandais possédant un beau tombé, elle possède un petit quelque chose de plus. Elle arbore trois boutons et deux fentes dos et est fabriquée en italie. Petit plus non négligeable, elle est affichée aux alentours des 350€, un produit franchement attractif car classique! Avec une chemise à petits carreaux et un jean, elle peut faire merveille:Je vous laisse pour l’instant sur ces trois produits que j’ai apprécié, et vais continuer dans les jours suivants mes pérégrinations autour de la Madeleine, actuellement facilité il est vrai, par mon stage chez Camps De Lucca! La suite au prochain numéro! Je remercie Mme. Lepetit du service communication de Dormeuil SAS.

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Nous continuons donc ce jour, avec Ralph Lauren et Façonnable. Daniel Crémieux d’abord, dont l’emprunte ‘britons’ remonte aux années 80 joue de plus en plus son esthétique décalée, ouvertement ‘too much’ mais le plus souvent agréable à l’œil. Le label 38 signe la présence de la maison sur les divers articles qu’ils proposent, gamme maintenant étendue au féminin. Une belle réussite française, qui sait ce qu’elle aime, qui ne plait certes pas à tout le monde, mais… Bel effort l’année dernière avec le rapatriement de la production de polo de chine vers l’Europe occidentale. Cet été, l’article qui m’a le plus marqué (difficile à vrai dire tant les items sont variés et inventifs) est une veste en coton de chemise, en vichy bleu gansé de biais bleu. Non entoilé, voilà une petite chose pas inintéressante, à porter décontractée, et surtout légère (pour ne pas faire ‘trop’), avec un pantalon uni et une chemise à carreaux discrets:

Chez Ralph Lauren, difficile de s’y retrouver tant les marques et les labels sont diversifiés. Heureusement, le nouveau flagship du boulevard Saint Germain à Paris propose une lecture claire et différenciée au sein de ce grand bâtiment. Si j’ai du mal à accrocher sur les black et purple label, la gamme Polo Ralph Lauren m’a le plus souvent enthousiasmé pour sa recherche permanente et son brassage de références. Ce fut sur une esthétique d’aristocratie nouvelle Angleterre que monsieur Lauren se lança, déclinant des classiques anglais dans un répertoire américanisé, loin de l’authentique, mais toujours à la recherche de l’effet; honnêtement beaux effets, malgré l’hyper-commerce qui en est fait. L’article qui a accroché mon regard ce printemps est un croisé en seersucker. Curieux produit me direz vous, mais quel attrait:  Enfin pour ce jour, la prestigieuse maison française Façonnable basée à Nice, très présente aux États-Unis continue de décliner, avec sa nouvelle équipe dirigeante, l’allure de la Cote d’Azur des années 30/40. Déclinés dans une large palette de couleurs allant du bleu au blanc, les tons cette saison sont doux et clairs. Les tissus, du lin au coton, en passant par l’association subtile de la laine et de la soie donnent aux vêtements légèreté et souplesse pour un toucher soyeux. La veste qui m’a le plus enthousiasmé est une sorte de saharienne, le produit classique par excellence. Réalisée dans une magnifique laine grège, vous pourrez la compléter avec un chino et des richelieux bi-ton: 

Nous continuerons un jour prochain… Je remercie Mme. Ganme du service publicité et image de Façonnable.


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Découvrons ce soir deux autres maisons qui me sont chères. Commençons par la très réputée maison Breuer, toujours réputée pour ses cravates et qui s’est lancée voilà quelques temps dans le prêt-à-porter. Les couleurs y sont toujours très étudiées, des gris aux bleus en passant par les beiges dans des tons toujours légers, très italiens. La gamme n’est pas très étendue, mais cela suffit. Notons également le bon goût de la maison Breuer qui appelle régulièrement l’ami Floc’h pour esquisser des figurines représentatives des collections! Toujours un grand plaisir à regarder. Cet été, Breuer donc a réalisé une petite prouesse technique avec un blazer bleu en laine Loro Piana, traitée infroissable, et surtout totalement non doublé. Cette veste dite ‘foulard’ car non entoilée, non épaulée est une petite merveille. Jetez un coup d’œil à la fabrication du dos, notamment au raccord du pied de col, une prouesse que je vous dis! Et le blazer reste la tenue internationale la plus adéquate dans beaucoup de situations. Remarquons également les très jolies cravates en soie délavée, non doublé:Passons ensuite le channel pour découvrir les produits de Hackett, maison que l’on ne présente plus. Si la qualité n’est plus ce qu’elle était, le travail toujours renouvelé de ‘style’ est agréable à observer. En tout cas chez Hackett, vous trouverez des vestes, un nombre très important même! Que ce soit du blanc au bleu en passant par le lin et la laine, la proposition en terme de vestes – ce pivot de la tenue masculine – est parfaite. Après, chacun peut se faire son idée, pour ou contre l’ultra commerce, le fait est que les produits y sont variés et plutôt réussi. Cet été d’ailleurs, deux vestes ont retenu mon attention. La première d’entre elles est un modèle deux boutons en coton gratté, bleu marine avec des boutons blancs, et surtout des coudières en daim blanc. Je sais que ce genre de détails vieillissent vite, mais l’effet est superbe. Cela reste simple, sans fioritures et peut aller avec tout!Dans un genre similaire de veste à usages variables et très estivaux, j’ai aussi remarqué cette petite merveille en chevrons de laine et cachemire Loro Piana (encore eux, ces italiens bouleversent tout avec leurs feutres légers!). La version grise n’est pas tout à fait mis en avant par la communication de la maison, mais elle vaut le détour. Elle est qui plus est non doublée, ce qui lui confère une légèreté peu égalée. Avec un simple chino bleu ciel, pourquoi pas le must have de la saison, classiquement.

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Arpentons ce soir le haut du boulevard des Capucines à Paris pour trouver au 12 le célèbre magasin Old England, dont nous avons déjà parlé. Si le magasin vivote encore un peu, le fait est que les travaux s’enchainent (rayon féminin, devanture, actuellement rez-de-chaussée) d’une manière satisfaisante. Enfin ce grand navire de l’élégance parisienne reprend des couleurs, animé il faut le dire par une équipe dirigeante entreprenante! ‘Quality First, Sincerity et Confidence‘ figurent sur les armoiries depuis maintenant 140 ans. J’écrirai certainement un article plus tard sur le magasin lui même. Ce soir concentrons nous sur deux marques dont Old England d’abord. Surtout connu pour ses cravates, chemises et costumes, il existe aussi un petit choix de vestes sports classiques à la réputation éprouvée. J’ai retenu un modèle trois boutons en prince de Galles beige, un choix d’évidence pour les instants de détentes, à la ville comme à la compagne:

Autre enseigne marquante présente au sein de la maison, Albert Arts, évidemment. Là aussi, il y aurait à écrire sur la philosophie de cette maison par comme les autres, créée par le maître de l’élégance niçoise, M. Goldberg. Sports mécaniques et décontraction d’anglais en goguette, tels sont d’une certaine manière les principes esthétiques poursuivis par monsieur Albert. Deux blazers m’ont marqué, toutes deux légères. Des vestes ‘faciles’ pourrait-on dire. Réalisées dans des cachemires italiens (certainement Loro Piana encore) très doux et pas forcément fin d’ailleurs, elles ont une allure de décontraction évidente. Avec le petit drapeaux anglais pour signifier l’origine des produits (la promenade des Anglais à Nice), elles expriment quelque chose de très estival:

Le deuxième modèle (aussi en trois boutons à poches plaquées, plutôt court) est quant à lui disponible en demi-mesure dans un grand nombre de coloris, tous très chaleureux. J’ai choisi celle en cachemire vert d’eau. Curieuse couleur me direz-vous, mais vous serez sûr de pas croiser un produit similaire dans la rue… Je vous conseille d’essayer ce modèle, une réelle impression de légèreté s’en dégage, comme si vous portiez un simple sweatshirt…

Je remercie M. Geoffroy du service RP de Old England.

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Ici ce fini ce long article sur les diverses maisons de prêt-à-porter que j’apprécie… Ce fut un véritable de plaisir de découvrir tant de richesses, de découvertes et d’inventivités. Il me semble toujours vivifiant de regarder ce que les autres font, surtout dans le prêt-à-porter où la rapide évolution des modes brassent quantité de matières, de couleurs et parfois de coupes. Cela oblige à réfléchir à son propre travail.

Tentons maintenant un résumé général des produits. J’ai noté immédiatement dans toutes les maisons que l’heure était à la retenue. Les coloris sont sobres, très souvent uni. Quelques enseignes se sont tentés sur les carreaux, mais je pense que ce n’est pas l’époque, peut-être un effet ‘crise’. Les produits classiques sont en tout cas à l’honneur, même chez les plus avant-gardiste, comme le seersucker ou les simples lins. De même, les gammes ont rétréci, pour pallier à des ventes en difficultés.

Qui plus est, l’été reste une saison difficile pour l’élégant, les chaleurs le faisant défaillir… Le coton n’est jamais à recommander. S’il ne froisse pas beaucoup, il respire assez peu. Le lin respire mais froisse, sauf à le prendre dans de forts gramages. La laine reste finalement un bon compromis, les fresco ou les mohairs étant les plus indiqués, avec les mélanges soie/lin/laine. J’espère que ce petit tour vous aura ravi et donné quelques idées. Sans pour autant aller dans les maisons citées, vous pourrez aisément construire votre silhouette dans d’autres enseignes, l’important étant l’aisance et l’allure, l’un avant l’autre ou vise versa…

Julien Scavini

Dissertons sur le style

Si je n’aime pas trop les grands discours, il va être ce soir question du mot style, employé trop souvent à mon goût ou en tous les cas systématiquement dans un sens peu satisfaisant. Combien de fois n’a-t-on pas entendu un vendeur ou tout autre faisant vous expliquer que ce revers trop petit ou ce pantalon trop serré vous apporte du style ou encore mieux, que ça a, intrinsèquement donc, du style ! Je trouve pour ma part que ce terme recouvre souvent un péché d’audace inqualifiable. Je vais tenter de m’expliquer…

De mon point de vue d’architecte, le mot style est un terme grec qui signifie colonne, un style = une colonne, la colonne renvoyant dans les ordres architecturaux aux chapiteaux : toscan, dorique, ionique, corinthien, composite. Donc, en architecture, lorsque nous parlons de style, nous désignons en fait l’ordre : ce temple est dorique, parce que ses colonnes (ses styles) sont doriques. Ce sont les quatre ou cinq ordres – ou styles classiques – qui définissent toute la base du vocabulaire descriptif. Et surtout, ces ordres sont porteurs d’un sens plus grand qu’eux: le dorique représente la masculinité, la force, le ionique la féminité, solide et élégante et le corinthien par exemple la féminité vierge, la grâce et la finesse. Ces représentations sont issues de mythologie  comme le relate Vitruve : pour le corinthien, une demoiselle qui aurait oubliée son seau dans une fougère etc…

Pour qu’il y ait ordre, en architecture ou dans l’univers vestimentaire, il faut qu’il y ait un dispositif technique et sa résultante formelle, donc une production et aussi une reconnaissance, populaire et surtout savante, donc une institutionnalisation (l’autoritas des Beaux-Arts). Une idée, une envie dans la tête d’un tailleur (de pierres ou d’habits) peuvent déboucher sur deux phénomènes : son utilisation passagère donne naissance à une mode alors que son itération permanente  l’érige en style.

Mais quel style ? Le petit Larousse donne plusieurs pistes dans le sens que je défends : ensemble des caractéristiques, résultant de l’application d’un certain système technique et esthétique, propres aux œuvres d’une époque, d’une école, d’un artiste, etc. Je considère alors le style comme un mouvement d’envergure, quelque chose de global auquel nous referons. Et dans la garde robe masculine, je ne crois pas discerner beaucoup de styles : le classique (fait de laines naturelles ☺) et le contemporain (plus influencé par le plastique ☺). En voyez-vous d’autres ? Peut-être les styles anglais et italiens, mafieux, Ivy League? D’ailleurs Aristote ne s’y trompait pas lorsqu’il disait que la première qualité du style, c’est la clarté. D’autres y ont ajouté comme Baudelaire l’exigence de vérité.

Quel style: classique certainement, touche contemporaine pour la coupe de la veste, une allure décontractée…

Après, nous pouvons également entendre parler de style pour des maisons – j’entends par là des entreprises commerciales. Le style Cifonelli par exemple bien que je ne pense pas que ces honorables tailleurs utilisent pour eux-mêmes ce terme. Je préfère alors le synonyme d’esthétique : cette maison possède une esthétique bien à elle… Et ce n’est pas parce que cette entreprise de confection propose des vestes sans poche poitrine (pas Cifonelli bien sûr) que c’est un style : c’est un argument commercial tout au plus !

Descendons encore d’un niveau, à celui de l’individu… Notre époque libérale a érigé en centre de son intérêt -qui n’est plus commun- la personnification comme mode de fonctionnement. Tout le monde ne forme plus un, mais tout le monde est unique comme dirait Thatcher… Dès lors, chacun est un style. A en croire les commerciaux et les publicitaires, voire même tout un chacun (surtout dans les boutiques autour des Halles à Paris un samedi après-midi), il est de bon ton d’avoir du style, évidemment le sien. Une autre entrée du Larousse consacre ce fait : façon particulière dont chacun exprime sa pensée, ses émotions, ses sentiments, bref autant d’étalages différenciés d’une pudeur qui n’est plus.

Mais je peux concevoir qu’un gentleman, par sa mise, possède quelque chose de plus qui lui est personnel. Alors, si je peux me permettre, je dirai simplement que cette personne a une allure qui lui est personnelle, qu’elle a simplement de l’allure ou que son esthétique est très étudiée; qu’il a du panache et surtout qu’il a l’air naturel dans sa démarche. Je trouve cela un peu plus humble.

Il se trouve par ailleurs que quelques élégants se sont forgés une grande esthétique, à tel point qu’elle est reconnue de tous et admirée. Peut-être pouvons-nous alors parler d’un style personnel, propre aux artistes d’ailleurs (les seuls qui l’expriment d’une manière intéressante pour autrui). En tout cas, vous ne verrez jamais un gentleman revendiquer son style, cette activité est exclusive des voyous.

Style classique là encore mais dans une lecture osée, certainement joyeuse!

Le sens porté par un style renvoie donc inévitablement à un univers référentiel, à un corpus comme dirait les universitaires. Il n’est pas seul et ne peut dès lors par être pris comme tel. Il ne se limite pas à lui même et ne peut donc pas être utilisé comme qualificatif: cette pochette vous donne du style – faux, quel style? de l’allure au mieux! Utiliser le mot style d’une manière si courte est le signe d’une grande inculture! S’habiller dans un style anglais traditionnel, c’est référer, par exemple à l’élégance des princes d’Angleterre, et donc à l’univers de valeurs qui s’y rattache; alors que se vêtir dans un style italien très sprezzatura (pour reprendre un terme en vogue), ce serait plutôt rechercher ce petit côté villégiature sur la côte amalfitaine, bref, un positionnement existentiel dans tous les cas, chacun peut y rattacher ses propres envies. Il faut se positionner!

Enfin, j’espère que ces quelques pensées vous engageront dans le débat. J’ai tenté dans cette ébauche de proposer ma vision rationnelle du problème, du point de vu du gentleman passionné de beautés. Je m’arrête ici pour l’instant et termine sur cette citation d’Alain : le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l’on écrit sur les passions.

Julien Scavini

Quand les cloches reviennent…

… ce sont les enfants qui se régalent de chocolats! L’occasion ce soir pour Stiff Collar de présenter un répertoire peu courant, celui des bambins, évidemment caricaturé dans ses années d’intérêts: les années 30.

S’il est bien une tradition qui s’est perdue, c’est celle des portraits de familles, sauf pour quelques familles versaillaises, qui heureusement perpétuent cette tradition pleine de sens, et utile pour les futurs généalogistes. Commençons par mes propres archives, mon arrière grand père avec ses frères et soeur, pour une séance pour le moins maritime:Continuons donc sur le chemin des culottes courtes et des chaussettes par une petite pause entre deux têtes blondes des années folles, divinement bien habillés, dans un style un peu formel bon pour aller voir grand mère:Pour les petits garçons qui n’acquerront leurs premières paires de pantalons qu’aux alentours de 16 ans, le temps est aux bermudas dirait-on aujourd’hui, complétés par de hautes chaussettes de laine. Cela permettait de suivre au fur et à mesure l’évolution de la taille sans surcoût de tissu. La maille était plus à l’honneur que le tissage. Entre les pulls et autres cardigans, cela permettait une confection maison à l’aide d’un fuseau et de deux aiguilles à tricoter…

J’espère que la collecte des oeufs fut excellente pour les petits et les grands et que cet article vous rappelera peut-être d’heureux souvenirs, ou inspira les nouvelles générations…

Made in France

Ce court billet pour vous signaler qu’il se tient actuellement à Paris, dans l’ancienne bourse du commerce, sous le patronage de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, le salon Made In France consacré à la Haute-Façon. Sur deux jours et jusque demain soir (jeudi 1 Avril 17h), 80 exposants présentent leur travail, avec un point commun: la production en France, ou « production citoyenne ».

Inauguré par Mme. Agnes B. et le député Yves Jego, le salon est aussi l’occasion de colloques sur toutes les bonnes raisons de s’habiller « made in France ». Plusieurs intervenants ont présenté les thèmes suivants: la mode premier secteur exportateur; la sauvegarde de notre culture; la sauvegarde des savoir-faire; assurer la création et la relève. A ce sujet, l’Institut Français de la Mode expose des travaux d’étudiants dont une vingtaine de prototypes manufacturés par les exposants.

Une visite rapide m’a permis de rencontrer quelques confectionneurs en habillement masculin, citons les:

Évidemment, il est toujours triste de constater que certaines maisons n’ont pas encore de site internet, aussi succint soit-il… Belle initiative dans tous les cas que ce salon, l’occasion de rassembler pour les professionnels de l’habillement des fabricants français, une démarche qui rejoint celle de la Fabrique Française.

Le crépon de coton

Sous ce nom amusant du logiciel de traduction se cache en fait le fameux seersucker tant apprécié des anglais et des américains. Parlons en ce soir.

Le seersucker de coton est un tissu généralement rayé, utilisé pour confectionner des tenues estivales. Ce terme anglais découvert en Inde provient du perse  « shir o shekar », qui signifierait « de lait et de sucre », probablement du à la ressemblance de ses raies alternées lisses et grossières. Le seersucker est surtout reconnaissable à son tissage curieux. Les fils de trame et de chaîne ne sont pas tendus de la même manière sur le métier.Peu de fabricants existent encore sur ce type de matière, son tissage étant long et complexe. Car une fois les fils bleus (par exemple) insérés dans le tissu, la laize produite est détendue, donnant au drap une apparence froncée le long des rayures blanches. Cette caractéristique facilite la dissipation de chaleur et la circulation d’air. Il convient évidemment de ne pas repasser un seersucker. En revanche il a un côté pratique car infroissable et lavable en machine.

Il est possible de trouver de nombreux articles en seersucker, allant des costumes aux bermudas, en passant par les peignoirs. Les couleurs les plus communes, outre le blanc de fond, sont le bleu et le marron. Mais il est également possible de trouver des raies vertes ou violettes, toujours légèrement plus large que des têtes d’épingles.

Ce sont les commerçants musulmans qui ont rendu célèbre cette étoffe qui fut popularisée dans les chaudes colonies britanniques. Il fut également utilisé pour les uniformes des infirmières durant la deuxième guerre mondiale. Les Américains l’apprécièrent aussi avant le développement de la climatisation. Si son origine dans ce pays fut relativement difficile, il devint à partir du début du siècle la tenue par excellence des gens du sud. Peu à peu les gentlemen du nord le portèrent, popularisé également par les étudiants qui y voyaient à la fois une nouveauté pratique et une occasion de se démarquer des traditionnels costumes. Les journalistes politiques rendirent également honneur au seersucker, en commentant les débats à Washington, ville relativement chaude l’été.  Il est toujours à noter qu’au mois de Juin, il est habituel pour les sénateurs américains de porter des costumes en seersucker, lors des bien nommé seersucker thursday.

S’il est véritable (et donc non lisse), ce tissu constitue une agréable solution pour l’été, à utiliser certes avec modération, mais qui peut faire un effet certain. Voir un élégant porter un costume de cette matière annonce certainement le printemps et le retour des chaudes journées ensoleillées. Traditionnellement, vous trouverez cet article chez Brooks Brothers, bien que de nombreux autres confectionneurs en vendent également.

MàJ: dans le dictionnaire du textile, on trouve aussi à l’onglet historique la définition suivante: tissus de soie, d’or et argent à l’effet ondulé originaire de l’inde et destiné aux habits de cérémonie. Il fut importé en Europe aux alentours de 1746 et devint très recherché à la cour du roi louis XV(1764) – dictionnaire international des tissus.article du journal du textile du 6 avril 1998. Voilà qui n’est pas forcément contradictoire avec son histoire anglaise.

Stiff Collar publié!

Vous en avez peut-être entendu parlé au détour des blogs et autres forums, le dernier numéro du magazine Métiers d’Art pour Mars/Avril se penche sur le métier de tailleur! Et à cette occasion, j’ai eu le privilège de collaborer modestement avec la rédaction, pour fournir croquis et autres schémas, qui font depuis les origines l’essence de ce blog!

La première page (p.25) présente deux schémas, le plan de découpe d’une veste sur un drap et une planche documentaire récapitule les étapes de la mise sur toile:

1- Devant de la veste; 2- Petit Côté; 3- Dos; 4- Passepoils; 5-Parmenture de la poche poitrine; 6- Poche poitrine; 7- Garniture intérieure; 8- Dessous de manche; 9- Dessus de manche; 10- Couvre col.

La deuxième (p.47), faisant face aux commentaires sartoriaux de Lorenzo Cifonelli, reprennent de nombreuses figurines ayant beaucoup plu aux journalistes, les voici:

Certains de ces personnages avaient été publiés ici, beaucoup d’autres proviennent d’un album Facebook où ils sont allés fureter, à raison, et où j’avais pris l’habitude de caricaturer des amis dans leurs tenues de travail!

Pour ce qui est du fond éditorial proprement dit, je suis quelque peu déçu par la recherche qui a été menée. Finalement, ce dossier TAILLEURS se réduit à une peau de chagrin lorsque l’on retire tout ce qui ne le concerne pas, à savoir les rencontres avec les stylistes et autres ‘designer de vêtement’.

Le reportage chez Camps reflète que l’ambiance y est certes agréable (embauchez moi:), mais n’en dit pas plus sur le métier. Je m’attendais véritablement, de la part de Métiers d’Art magazine, à une somme encyclopédique sur le sujet, faisant un point à un instant t du métier en France. Même si les pages drapiers, opéra bastille et tailleurs militaires (qui seront d’ailleurs supprimés à l’Ecole Militaire en 2011 par décret du SGA) me semblent honnêtes dans le lot, je n’ai absolument pas compris les histoires avec Udo Edling ou Gaspard Yurkevitch qui me semblent hors de propos.

Bref, un numéro grand-public sur le sujet, mais heureusement, de nombreux blogs de qualités sont cités dans le carnet d’adresse, reprenons les, vous y trouverez des détails complémentaires :

Évidemment, la liste est trop courte… Sur ces blogs et sites internet, vous pourrez compléter et poursuivre votre éducation de parfait gentlemen, connaisseurs et hommes de goût. Ce travail souvent collaboratif et toujours généreux (dans le sens de la gratuité aussi, c’est important) devient incontournable de nos jours, tant la masse de savoir-faire est importante et diffuse. Maintenir vivante une tradition et la mettre en lumière passe par ce biais. Ici, nous pouvons dénoncer abus et tricheries commerciales, expliquer arts et sciences des métiers, applaudir hommes et savoir-faire!

Merci encore à Priscille de Lassus et Anna Serwanska, rédactrices à Métiers d’Art magazine.

Julien Scavini

Du choix de la bonne laine

Le grand drapier anglais Holland & Sherry inaugurait la semaine dernière son grand et nouveau showroom rue de l’Echaudé dans le quartier de Saint Germain des Près à Paris. Ce nouvel espace qui fait la part belle aux tissus d’ameublement ne doit pas faire oublier l’origine de la marque, qui est l’une des plus renommée qui soit. C’est l’occasion de se pencher sur cette question du tissu de costume.

Car l’un des critères prépondérants en ce qui concerne l’achat d’un nouveau costume est son tissu. Quelle matière choisir d’abord et quelle couleur éventuellement. Dans cette quête de perfection et de qualité, les drapiers justement nous viennent en aide. Un drapier est un acheteur et/ou un fabriquant de laine. Ils sont nombreux, Holland & Sherry donc, mais aussi Harrison of Edinburgh, Robert Noble ou Moxon pour les anglais, Dormeuil en France , Scabal en Belgique, Loro Piana, Zegna ou Vitale Barberis Canonico chez nos amis italiens et Gorina (Certain) pour les espagnols. Notons que les anglais et les italiens mènent la danse, en terme de fabrication ou d’innovation.

Les critères de sélection d’une laine de costume sont:

  • le toucher
  • le tomber (le poids)
  • la résistance
  • la finition (teinture notamment)
  • la qualité générale

Alors autant le dire tout de suite, la laine est une produit couteux, dont les prix varient de 40€ HT/m à 4000€ HT/m pour la vigogne par exemple. Et la laine est un produit vivant aussi, à l’instar du cuir. Une bonne laine provient d’un bon mouton, élevé dans un bon terroir! La chaine de production est également peu mécanisée encore, le tri de la laine (du ventre au dos du mouton) étant le plus souvent réalisé à la main. Ensuite les laines sont lavées pour certaines, afin de retirer les suints du mouton. Après tissages, les laizes subissent des finitions, coutant entre 2 et 4€ HT/m. Certains cachemires tissés en écosse sont mêmes frottés avec de véritables chardons pour obtenir une qualité optimale. Quant aux flanelles, elles sont lavées en tambour pour faire feutrer leur surface. Ces petits traitements de surface sont des triches des drapiers pour améliorer l’esthétique du tissu; esthétique qui s’estompe (rassurez vous, j’amplifie la réalité) lors du décatissage (action de laver ou de passer à la vapeur les laizes avant de les travailler, pour qu’elles rétrécissent en position normale).

Les deux grandes manières de tisser les laines sont la toile et la serge. Évidemment, la toile est plus estivale, car plus aérée. Cette toile présente un maillage simple: un fil sur l’autre, l’un après l’autre, c’est la plus basique. La serge (ou le sergé) présente en revanche un effet de diagonale. Les tissus fil à fil sont par exemple des toiles teintes au fil (présentant donc un effet de chiné) alors que les serges sont plus souvent teintes en pièces. Le caviar se réalise dans la serge, la tête d’épingle dans la toile et le prince de galles dans les deux pour l’exemple.

Le choix de la bonne laine chez son tailleur ou son confectionneur est avant tout un problème d’éducation du client. Pour un usage normal, prenez toujours une de plus de 300gr, minimum 280gr. Une 180gr est pénible à travailler en artisanat et par ailleurs, tous les confectionneurs confondus, gonfle avec l’humidité ambiante et qui plus est la pluie. Le travail se détruit!

Par ailleurs, la grand mode actuellement est de parler de laine super 100’s ou autres. Autant le redire, c’est une absurdité! Donc révisons: la longueur de fil qu’il est possible de tisser à partir d’un kilogramme de laine se définie comme suit:

  • super 100’s, dans 1kg de laine non tissée se trouvent 100km de fils,
  • super 150’s, dans 1kg de laine non tissée se trouvent 150km de fils.

Le diamètre de la fibre ensuite: super 100’s= 18,5 microns; super 150’s= 16 microns; super 220’s 12,5 microns. Mais le poids du tissu, généralement mesuré en gramme par mètre linéaire, ne dépend pas la qualité du tissu. Un super 120’s peut aussi bien avoir un poids de 220gr ou de 400gr! Cela ne préfigure par la laine finie, seulement son fil, donc c’est un mensonge que de parler de légèreté. Cela décrit uniquement la finesse du fil utilisé. Par ailleurs, je vous recommande de voir la certification (genuine) du tissu en ce qui concerne son super XXX’s, sinon il s’agira de laine mélangée. Ceci dit, une laine en super 140’s de 300gr peut constituer une superbe solution pour un costume. En dessous de 300gr, on parlera de tissus légers, au dessus de 300gr de tissus lourds. Un tweed de campagne se trouvera du côté des 450gr et toile d’été plutôt du côté des 250gr.

Mais, chaque occasion nécessite le bon tissu. Pour ce qui est de toutes les saisons, quelque chose de moyen fera l’affaire. Il est à noter que plus l’on monte en europe, plus les clients veulent du léger -comble- ce qui s’explique par le plus grand développement du chauffage centralisé. Les laines d’épaisseurs moyennes auront une tendance naturelle à se défroisser simplement sur cintre, alors que les laines fines froissent (derrière les genoux, aux coudes) de manière visible. Si vous voyagez beaucoup, n’hésitez pas à choisir, si vous souhaitez du léger, une laine avec du polyester de type super 100’s en 230gr par exemple. Sinon, du côté du rêve, de nombreuses inventions récentes (vigogne et cachemire, ortie, bambou, mouton bio) ou anciennes (lin irlandais en 400gr) sont du plus grand secours pour varier les plaisirs. Sinon, les laines de mérinos qui sont constituées de fibres très longues et très douces sont intéressantes à considérer, de même que le mohair qui est un poil de chèvre rêche.

Nous pouvons également trouver, dans le désordre, le poil de chameau, l’orilag (chinchila/angora/laine), l’alpaga (du lama, une des plus chaude laine du monde), l’angora (du lapin), le cashgora (chèvre croisée chachemire et mohair) et enfin les laines peignées etc… Petit coup de pouce final à Holland & Sherry, je recommande fortement ses liasses victory (280gr laine et cachemire) et dakota (whipcord, cavalry twill et flanelles).