Activités de mi-saison

Habitants de Paris, nous avons eu droit hier à une journée entière passée sous la pluie, annonçant l’arrivée des beaux jours, ceux que le gentlemen apprécie finalement, l’automne puis l’hiver. Ces saisons sont propices aux sorties des laines, cardées ou peignées, et des fourrures, vraies et soyeuses. Nous supporterons enfin de pouvoir porter nos plus beaux atours, en triple ou quadruple couches!

Mais pour l’instant, nous sommes seulement malade, les variations climatiques nous ayant donné le rhume de cerveau! Tâchons de voir le bon côté des choses: une petite souffrance au début de l’hiver stimule les défenses immunitaires, rien de tel pour éviter la grippe!

Quoiqu’il en soit, les activités domestiques sont importantes au début de la saison froide. Il faut d’abord prendre soin des ces vêtements estivaux, dont le placard attend le retour. Commencer par les lins, que vous prendrez soin de défroisser. Alors que l’on proscrit la vapeur pour les laines, il n’est hélas pas d’autres solutions qu’un jet puissant pour aplanir un dos, des côtés, des manches. Vos cotons peuvent souffrir le même traitement. Les laines doivent êtres en revanche mieux traités sous peine de les voir se lustrer!
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Les costumes en laine ne supportent que le nettoyage à sec, mais pas celui de votre pressing minute. D’ailleurs vous pouvez très bien nettoyer votre costume vous-même! Il faut éviter dans les pressings : le nettoyage à sec (les produits chimiques sapent l’entoilage et les laines) et le nettoyage vapeur, surtout si votre costume est thermocollé (la toile thermocollante ne résiste pas à la vapeur et cloque…). Un nettoyage en fin de saison suffit amplement à un costume!

Donc, l’usage d’une pattemouille est recommandé pour les costumes de laine. L’idéal est une toile de coton type percaline, fine et résistante. Immergez là puis appliquez sur le costume, et posez le fer. La vapeur se dégage, la crasse aussi. Commencez votre costume en laine au fer sec, par la doublure intérieure. Insistez à la pattemouille sous les aisselles. Puis, l’extérieur, à plat, avec la pattemouille toujours, idem pour les manches et le dos. Vous pouvez insister avec un peu de vapeur à l’extérieur sous les aisselles. En tout cas, ne posez jamais le fer directement sur la laine, ça lustre! L’effet lustré se repère à un aplat blanchi, lumineux sur la laine. Finissez votre roulant de revers en repassant le tiers supérieur du revers et le col, à la patte sèche, ou à la pattemouille.

Placez alors vos costumes et vestes dans des housses, en plaçant des anti-mites dans les poches ou sur les cintres. D’ailleurs à ce sujet, savez-vous pourquoi les embauchoirs sont habituellement en cèdres rouges? Car le cèdre rouge est une anti-mites naturelle, et placer ses chaussures en bas de placard prévient donc l’arrivée du papillon! À ce sujet, donnez un dernier petit coup de brosses à vos derbys bicolores blanc et beige avant de les ranger individuellement dans des sacs en toile, puis placez de l’english lavender dans de petits sachets pour embaumer vos placard.

En automne, sortez couvert!
En automne, sortez couvert!

Maintenant, sortez votre parapluie d’hiver, qui est noir et enroulé soigneusement dans son étuis, et partez serein chez votre tailleur (septembre est toujours la saison creuse pour eux, ils auront du temps à vous consacrer), vos habits d’été attendent maintenant patiemment le retour des beaux jours (les autres)!

Ne pas avoir une belle image

Je lisais tout à l’heure l’entête d’un nouveau blog qui se destine ‘aux hommes soucieux de leur image’, ce qui me donne l’occasion de réagir.

Certes l’idée n’est pas fausse, mais elle n’est pas première et ne fonde, de l’avis de Stiff Collar, aucune règle d’élégance. Se préocuper de son image n’est qu’une basse préoccupation narcissique, qui du reste correspond très bien au monde dans lequel on vit! Mais la véritable élégance se situe ailleurs, dans le respect de traditions artisanales d’abord. Vouloir porter un beau costume et une cravate discrète premettra d’acquérir une mise correcte, mais certainement pas impressionnante!

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Cela me rappelle une histoire de champ de course : Brumel était approché par un jeune compatriote qui lui dit : « bonjour, j’ai remarqué votre élégance dans la foule » ce à quoi il répondit « si vous m’avez remarqué, c’est que je n’étais pas élégant »… L’élégance est donc une question de discrétion, du moins celle des gentlemen! A l’inverse, il est vrai que l’esthétique dandy est plus une question d’image que l’on veut renvoyer, à dessein. Mais le vrai dandy n’a qu’un seul but dans la vie, augmenter sa rente… Il est donc hors du système de valeurs du gentleman travailleur. C’est une espèce rare.

Alors, il faut faire attention aux idées que l’on proclame en matière de mode masculine. Etre élégant, c’est respecter son maître tailleur pour pouvoir respecter son futur interlocuteur. Rockfeller grand père disait en 1929, que s’il lui restait 1000$, il l’investirait dans un bon costume. Non pas par souci de son image, mais par souci de respect et donc de mise en confiance face à autrui. Car c’est dans la mise en place d’un ensemble complet, cohérent et hiérarchisé de valeurs que l’on peut faire naître stabilité, respectabilité et solvabilité ^^ L’image n’est pas une question de théatre à laquelle on fait attention, l’image est l’expression finale d’un système, dans lequel on a conscience de sa place, de son potentiel et de ses libertés.

Ces messieurs les fripiers

S’il est un métier méconnu du grand public mais reconnu par les connaisseurs, c’est bien celui de fripiers, en habillement masculin notamment, la filière étant plus rare. Le fripier est un expert incontournable de l’histoire du vêtement, magasinant dans les successions, les ventes aux enchères, les donations et autres vides greniers. Il déniche des perles rares qui une fois retapées valent leurs pesants d’or : tissus anciens, façons de grande mesure ou encore coupes inédites…

Parfois même, cette démarche fait éclore des modes ; ou alors la mode conçue comme une ‘humeur de société’ s’y intéresse et met la met en lumière. C’est ce qui arriva au cours des années 60 et 70 à trois personnalités maintenant célèbres du monde du textile, trois anciens fripiers arrivés aux sommets : Ralph Lauren (qui s’appelait à l’époque Ralph Lifschitz), Paul Smith et Jeremy Hackett.fripeJSCTous  les trois, travaillant comme vendeurs dans diverses maisons masculines, avaient pour coutumes de chiner à la poursuite de merveilles anciennes qu’ils pourraient mettre ou revendre à bon compte. L’histoire de Jeremy Hackett est notable à plus d’un exemple. Alors qu’il travaillait comme vendeur dans une enseigne londonienne de vêtements, la fripe l’occupait encore plus. Mais pas de n’importe quelle manière. Il était connu pour visiter les châteaux du Royaume Uni, à la recherche d’héritages encombrants de vieux lords et autres marquis, contenant de prestigieux habits comme les frack, les mornings suits ou encore les chaussures et les chapeaux. Il était d’ailleurs en cheville avec un revendeur des puces de Saint Ouen qu’il fournissait en ‘vintages’ dirait-on aujourd’hui.

Mais cette démarche créa bientôt une envie plus générale de la part de la population soucieuse de se vêtir correctement, une envie d’ancien, d’authentique, à l’image exacte de ce qu’ont produit en neuf (la bonne idée était là) Polo RL, Paul Smith ou Hackett, avec le succès qu’on leur connaît. Les mauvaises langues rajouteront que Hackett est un peu plus petit que RL, mais il faut bien avouer que le soucis de qualité n’est pas le même…

L’une des dernières bonnes adresses à Paris pour ce qui est la fripe homme de luxe : COME ON EILEEN au 16, rue des Taillandiers 75011. Les arrivages ont lieu trois fois par mois, notamment en provenance d’organisations caritatives juives, signant la présence de quelques très belles pièces de grande mesure.

Les couleurs des accessoires

Acheter un élégant costume et cirer ses chaussures ne fait pas tout pour être élégant, encore faut-il compléter la tenue des indispensables accessoires masculins. Nous comptons divers objets à même de parfaire une mise : les boutons de manchette, la ceinture ou mieux les bretelles, la montre, une épingle à cravate, un mouchoir de pochette.

L’une des règles d’or en la matière est la concordance des tons et des couleurs. Ainsi, il est impératif si l’on décide de porter une montre à boîtier doré de porter des boutons de manchette dorés et une boucle de ceinture dorée. À l’inverse, l’argent devra correspondre sur tous les objets cités. Cette démarche impose de posséder les objets en or et en argent, tels que au moins deux montres,  quatre ceintures (marron en or et argent, noire en or et argent), deux paires de boutons de manchette et éventuellement deux pinces à cravate. Il est vrai que cette démarche impose de savants calculs le matin lors de l’apprêtement préalable à la sortie, mais quelle délectation lorsque l’ensemble est réussi. Cette correspondance des teintes donnera une sobriété à votre tenue, ce que tout gentleman recherche, loin des mises criardes si souvent vues et prisées. Les souliers évidemment, doivent correspondre à la couleur de la ceinture, marron ou noir, voire gris, c’est le B-A-BA.

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A propos de la montre, vous me direz qu’elle possède également un bracelet en cuir dont la couleur doit s’accorder au reste des cuirs que vous portez. Et c’est tout à fait vrai finalement. Les grands amateurs d’élégance sont souvent des collectionneurs avertis d’objets à mouvements et donc harmonisent aussi ce détail. Mais ce sont des snobs (avec humour). A notre humble niveau, tâchons seulement d’éviter de porter une montre de sport à bracelet acier, du plus vilain effet avec un costume. On peut alors ruser pour échapper à l’assortiment des cuirs, pourquoi ne pas essayer un bracelet en galuchat bleu par exemple, si on aime porter du bleu?

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Enfin la pochette dans votre poche-poitrine sera le point d’honneur de l’élégant. Harmonisez là sur votre chemise ou votre cravate, mais attention, elle ne devra jamais être de la même étoffe, c’est vulgaire. Les classiques sont en lin ou en coton, voire en soie. En avoir une blanche et une bleue est un bon début. Positionnez là à l’anglaise (A), à l’américaine (B) ou à l’italienne, chiffonné (C), c’est selon votre goût. Sachez en tout cas qu’un ‘costume vide’ l’est tout autant que son propriétaire disait un illustre gentleman anglais !

pochettesjscToute cette cuisine est compliquée me direz-vous. Il est vrai ! Allez-y pas à pas, soldes après soldes ; car une chose est sûre, sans complication il n’est point d’art, et sans art point de beauté !

PS : l’unique endroit pour acheter une bonne ceinture à Paris: l’atelier CATELAN! Vous choisissez la peausserie (parmi une belle gamme de qualité, dont des cuirs Crockett et Jones) et la boucle, et ils coupent la ceinture puis la patinent!

Bon début

Bonjour,

je suis ravi de constater que le nombre de lecteurs de cet humble blog ne cesse d’augmenter, bientôt une vingtaine de connexion quotidienne! Et je vous en remercie!

J’espère que vous êtes satisfait de la teneur des articles et que vous y trouvez quelques informations intéressantes. Mais si parfois je me montre trop vigoureux à l’encontre de telle ou telle marque ou idée, n’hésitez pas à m’en faire part! Je tiens à rester équilibré (n’est-ce pas le but de tous les citoyens des villes tumultueuses : ) Et je m’excuse pour les fautes d’orthographes, si d’aventure il y en avait encore…

Je vous salue!
Je vous salue!

Pour ce qui est du choix des sujets, je me fie un peu à mon intuition, des fois aux magazines ou encore aux recherches qui sont effectuées par les lecteurs (merci la page stats de l’admin). N’hésitez pas à me soumettre vos idées, vos questions, cela m’aidera, même si je ne manque pas d’idées pour l’instant!

Encore merci, et revenez vite et plus nombreux!

Julien SCAVINI pour Stiff Colar

Chapeau melon sans bottes de cuir

Ce bon vieux chapeau appelé bowler hat par les anglais et aussi derby hat par nos amis d’outre-atlantique revient en force ces derniers temps, tout à fait en phase avec cette époque re-formalisante. Mais attention, ce couvre-chef a ses règles et elles sont strictes.

La première d’entre elles est son positionnement sur la tête. Le melon se porte horizontal, c’est un impératif! Le porter penché sur les oreilles le fait passer pour la marotte des rockeurs et des anarchistes de gauche qui en détourne le signe petit-bourgeois. Mais le porter droit est d’une grande difficulté et entraîne un gros problème : celui d’en trouver un à sa taille! En effet, le chapeau melon est un chapeau dur, même extrêmement dur voire indéformable. Il devra donc parfaitement s’ajuster à votre tour de tête, ce que les chapeliers savaient faire, même en prêt à porter. Hélas, cette profession a aussi disparu, au moins pour une part non négligeable de la population financièrement peu avantagée. Sachez en tout cas qu’un melon se côte par deux mesures, à l’instar des chaussures de grandes maisons : une entrée de tête (la mesure la plus courante en prêt à porter aujourd’hui, équivalent à la longueur de la tête) et une largeur de tête. Et si l’une des deux est non ajustée, le melon ne tiendra pas et même vous fera mal à la tête, car il est extrêmement rigide.

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La deuxième règle est d’ordre plus sociale. Le chapeau melon est une coiffe réservée à une certaine frange de la population, celle des employés et professions libérales, notaires, médecins etc… A la ville, il était donc porté par ce que l’on appelle aujourd’hui les cadres, mais aussi les domestiques, bref tout sauf l’aristocratie qui lui préférait le haut de forme, de petite hauteur le matin avec le morning suit, de grande hauteur le soir avec le frack. En revanche à la campagne d’où ce chapeau tire son nom américain(derby hat), il peut être porté par toute la population, cet objet en poil était simple et de bon ton, en noir et même en marron.

Chez Tom Ford

Mais que fait donc ce créateur sur Stiff Collar ? Je me le demande aussi à la vue des fripes et autres caches sexe qu’il dessinait pour la maison Yves Saint Laurent entre 2002 et 2004. Mais le fait est qu’il a changé quelques peu depuis.

Le rénovateur de la maison Gucci a créé la maison Tom Ford il y a quelques années maintenant, avec les parfums d’abord il me semble, puis une collection complète de prêt à porter qu’il est, au passage, difficile de trouver. Le seul magasin en France pour trouver sa collection est Colette rue du Faubourg Saint Honoré à Paris. Alors pour les personnes de province qui ne connaissent pas cet antre de la fashionnista, sachez simplement qu’un gentleman n’oserez pas franchir la porte : produits, clientèles et musiques trop fortes dessinent une ambiance intelligentsia internationale douteuse,  voire navrante.
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Quoiqu’il en soit, le prêt à porter Tom Ford, c’est intéressant ! Premièrement pour sa diversité, allant du costume au smoking en passant par le maillot de bain, et deuxièmement pour ses inspirations toutes classiques finalement. Les costumes notamment font la part belle aux flanelles, tweeds et autres laines skinshark, dans des coloris dignes de chez Hunstman. La nouvelle collection hiver propose de nombreux vêtements, plutôt classiques avec quelques réinterprétations, notamment le tartan avec un smoking. Sinon, les vestes sports en tweed à carreaux et les pardessus en laines sont de belle facture. A voir donc, sur son site, l’un des mieux présentés que je connaisse : Tom Ford .com

Les fournisseurs des tailleurs à Paris

S’il est un métier qui disparait, c’est bien celui de mercier. La tenue d’une boutique qui se respecte est devenue de nos jours une entreprise périlleuse et financièrement difficile. Car la mercerie demande de posséder un énorme stock, donc d’immobiliser pour un temps indéfini une grosse somme d’argent. Il existe encore, en plus des boutiques autour de montmartre, cinq adresses à Paris plus ou moins spécialisée dans l’approvisionnement des tailleurs, les voici.

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CERTAIN, pour tissus et les fournitures: 52, rue Etienne Marcel, 75002 Paris

HAMON, pour les fournitures: 54, rue de Clery, 75002 Paris

SOCOLATEX, pour les tissus: 12, Rue Bourg l’abbé, 75003 Paris

LAFAYETTE SALTIEL DRAPIERS, pour les tissus et un peu de fournitures: 11, rue d’Uzès,  75002 Paris

ULTRAMOD, une mercerie rare par son stock, 3 rue de Choiseul, 75002 Paris.

Le passepoil et la demi-lune

La fin de la deuxième semaine de cours à l’Association Formation Tailleur est l’occasion de présenter les quelques modèles de poches en culture tailleur. Une veste arbore traditionnellement trois types de poches : côté, poitrine et garniture. Celles-ci peuvent ensuite être sous divisées en variétés, poches passepoilées simples, à rabats, plaquées, plaquées à soufflet etc…

La poche de côté passepoilée à rabat ou patte est la plus courante. Elle se compose de deux passepoils (replis de tissus permettant de dissimuler une coupe dans le lainage), d’un rabat, d’une parmenture intérieure en satin, d’une doublure de patte en satin (coupée en plein-biais), d’un morceau de bougran (coton à armure toile) pour rigidifier l’arrière des passepoils, d’un morceau de toile thermo-collante pour l’intérieur de la patte (il y a controverse sur l’usage de cet artifice) et de deux fonds de poches en percaline (autre toile de coton plus souple que le bougran). Voilà  pour les pièces nécessaires à la préparation d’une poche de côté.

La réalisation de la patte démarre en premier et demande beaucoup d’attention et de dextérité. Il convient de bâtir endroit contre endroit le satin et le lainage préalablement thermo-collé, puis de piquer, de retourner, de rouler les bords du satin, de piquer en points perdus puis de presser… Réaliser une belle patte bien régulière et aux arrondis fins dont on ne puisse voir la doublure une fois positionnée est assez difficile et représente une lourde étape dans la façon d’une veste. Il faut en effet en réaliser deux parfaitement symétriques, parfaitement raccordées.

Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.
Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.

Mais la création des passepoils n’est pas plus simple. Il faut les raccorder éventuellement, les bâtir, les piquer en parallèle avec 1mm de tolérance puis cranter (couper et ouvrir la toile de la veste), rouler, piquer en points perdus, exécuter les points d’arrêts, dégarnir, coudre les demi-lunes, ajuster les sacs de poche, repiquer, presser etc…

Et il faut une heure et demi pour réaliser une poche passepoilée à rabat à un apiéceur qualifié, ce qui représente une certaine course à la vue des nombreuses opérations qu’elle nécessite (plus de 50). Du moins à l’école, nous tâchons de tenir le délai… avec succès ! Quant au raccord des passepoils sur la toile, il fait débat. La plupart des tailleurs y compris la très sérieuse maison Ciffonelli ne les raccorde jamais, les positionnant à la perpendiculaire du droit fil. En revanche, Anderson et Sheppard à Londres les raccorde. Les exemples dessinés plus haut montrent les deux exemples opposés. Le passepoil raccordé dure en revanche moins longtemps, il aura tendance à s’affaisser avec le temps…

MàJ: la demi lune étant la finition que l’on réalise au bout des passepoils, qui consiste à coudre au point perdu un arc de cercle. Celle-ci soutient les passepoils alors qu’ils se trouvent dessous, c’est une solidité supplémentaire.

Les souliers, partie 1

Il est souvent dit que l’on reconnait les personnes de goût aux chaussures qu’elles portent. Si aucune généralité ne peut devenir une règle, il est tout de même vrai qu’une belle paire de souliers aux pieds d’un homme peut-être du plus bel effet, loin des horreurs en simili-cuir que l’on voit hélas souvent, parfois même chez les méga-brand, je n’en citerai pas.

Mais une paire de souliers représente évidemment un investissement fort conséquent hélas. A moins de 300€, n’espérez pas posséder un bel objet de qualité. Et encore, cela dépendra des marques. Le montage complexe d’une chaussure explique ce prix, autant que la qualité du cuir servant à la confectionner. Car il est évident que le cuir traité au chrome d’une vache de réforme chinoise ne produira pas une bonne matière…

Il existe trois principaux types de montages que nous détaillerons dans une futur article, notamment le très connu montage Goodyear. Pour rester plus simple, je rappellerai simplement les catégories de chaussure grâce à ces dessins, de gauche à droite, le Richelieu (ou Oxford en anglais), le Derby et le Mocassin. Citons également la bottine ou chukka et les bottes, et peut-être les sympathiques espadrilles ou chaussures de corde.

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Différents modèles : richelieus patinés aquarelle ; derbys en cuir grainé châtaigne ; mocassins en cuir chocolat

La différence entre le richelieu et le derby est le positionnement des œillets de lacets. Sur les richelieus, les œillets sont réalisés sur l’empeigne (partie avant de la tige de chaussure) et sur les derbys une partie annexe portant les œillets est rapportée sur l’empeigne. Quelque fois, se sont les quartiers arrières qui portent les œillets, comme ramenés vers l’avant par la pièce de cuir. On dit alors que le quartier est cousu sur la claque ou l’empeigne. Le mocassin est quand à lui beaucoup plus simple puisque sans lacets. Sa partie horizontale est appelée plateau.

Historiquement, le richelieu est une chaussure de ville et le derby une chaussure de campagne, sa technique étant simplifiée. Cette histoire influe sur la couleur du cuir:

– le richelieu peut se parer de noir ou de marron, en cuir lisse ou veaux-velours. Avec un costume, ils seront noirs sauf si vous décidez de porter du bleu marine qui s’accorde mieux au marron, influence italienne oblige. Avec un jean ou un blazer, impossible de porter du noir en revanche.

– le derby arbore exclusivement le marron, c’est une peut-être plus une chaussure de campagne. Le derby noir représenterait-il une hérésie? Je n’en porterai pas avec un costume, sauf à porter du tweed au milieu des champs. Mais je sais que Corthay signe de très beaux derbys à deux œillets, qui accompagnent bien le complet…

– le mocassin est une chaussure décontractée qu’il est impossible d’acheter en noir, les marrons, les bordeaux, les bleus etc lui conviennent. Ne le portez jamais avec un costume. Si d’aventure vous aimez vraiment le noir, préférez alors un marron patiné très foncé, du meilleur effet. Remarquons que le modèle à pampille est couramment porté aux Etats-Unis avec le costume, et comme ce mocassin vient de chez eux, alors nous pouvons  peut-êtreles suivre sur cette règle…

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Différents modèles : richelieus à bout droit en cuir noir box calf ; derbys bicolores à bouts fleuris ; mocassins tassel loafer en veaux-velours

Faisons maintenant un petit tour d’horizon des maisons dignes de figurer à l’index de Stiff Collar. Toutes les autres marques qui ne sont pas mentionnées le sont à raisons. Le monde de la chaussure de qualité est si petit qu’il est facile d’en faire le tour. Mais si jamais vous vous interrogez sur telle ou telle maison, faîtes une recherche sur internet, allez sur le forum de souliers.net ou de pieds en cap par exemple…

Commençons par les gammes raisonnables montées avec la méthode traditionnelle:

  • Bexley, le minimum légal monté en goodyear sur des modèles classiques à 129€
  • Loding, le meilleur rapport qualité/prix à ce jour, 150€
  • Finsbury les jours de soldes uniquement, aux alentours de 140€.

Puis la gamme moyenne:

  • Emling, à 300€, cette marque française signe de beaux modèles
  • Bowen, pour le même prix qu’Emling (le créateur de Bowen a créé Emling aussi) dans une tradition de fabrication britannique
  • Altan, je ne connais pas, mais plusieurs personnes sur de pieds en cap recommandent…
  • Weston les jours de soldes uniquement, aux alentours de 350€
  • Shipton & heneage, un grand de la chaussure britannique, pour 450€, peut-être moins en solde.

Et enfin le haut du panier si votre plaisir et votre porte-feuille vous y portent:

  • Crockett & Jones, le must have de la chaussure britannique, conçu pour durer 10 ans au minimum. Compter 500€ au moins soit 4€ par mois sur la période.
  • Pierre Corthay à Paris est un artisan bottier qui fabrique les modèles d’Arnys, autant dire, une griffe d’exception, au minimum 1000€
  • John Lobb est une filiale du groupe Hermès et historiquement l’un des plus réputés bottier britannique, aux alentours de 1000€ également
  • Berluti aussi n’est-ce pas, Aubercy, Edward Green, Alden, Altan en grande mesure et pour 1000€, je crois que la liste est ouverte!

Ce petit tour d’horizon est pour l’instant fini, avant de revenir avec un dossier plus technique sur la fabrication des souliers qui nous chaussent si bien. Quoi qu’il en soit, sachez bien qu’une paire de chaussure s’entretient : pommade pour nourrir le cuir d’abord puis cirage de qualité comme Grison par exemple (jeter vos Kiwi et autres Barranes, ils contiennent des silicones qui sapent vos cuirs irrémédiablement, sauf si vous posséder des lattes en simili made-in-shangaï). Et embauchoir évidemment pour éviter d’avoir des pompes de clown, cela va sans dire.

Enfin, si vous rêver de posséder des souliers d’une incroyable personnalité, voilà un bon tuyau : achetez une paire de loding à 150€ et prennez les dans le cuir marron le plus clair possible. Ensuite, rendez-vous chez Paulus Bolsen, patineur artistique de soulier qui pour environ 80€ vous fera un travail de rêve, voyez donc cette page ICI. Mon affection se porte particulièrement sur les patines bois/aquarelle, parfaites!