Les tenues de ville, version dépareillées

La semaine dernière nous étudiions la mise urbaine par excellence : le costume. Ce fut l’occasion de réviser la version classique léguée par les anglais et qui – heureusement – a encore cours dans certains milieux socio-professionnels. Si l’on remonte cinquante ans auparavant, il est possible de faire deux grandes dissociations pour les tenues : la ville et la campagne. La différenciation entre les deux situations étant encore très marquées. De nos jours, cette séparation s’adoucie (en apparence). Le rite de passage de la ville – du travail – à la campagne – pour le loisir, la détente – est quasiment effacé.

Pour autant, regardons quelques illustrations d’Apparel Arts. Comme évoqué la semaine dernière, il existait déjà des manières de faire, d’être, de s’habiller pour se détendre, à son club, le samedi etc… Le costume pouvait être porté, dans des tons moins stricts comme les mélanges de gris et de marron, les marrons. Les motifs se faisaient plus présents : caviar, grain de riz et autres princes de galles fenêtrés de rouge par exemple. Avec ce genre de costume, des souliers marrons ou noirs étaient indifféremment portés, signe de la faiblesse de certains codes que l’on énonce ici ou la (et que du reste j’aime à reprendre à mon compte).

Que pouvons-nous voir sur ces illustrations ? Un homme tenant la portière à une dame, dans une tenue très décontractée (coloris, motif) mais pas forcément trop campagne encore / Deux hommes discutant, l’un en dépareillé, l’autre en costume vert, gilet croisé et souliers marrons (pas des banquiers, cela saute aux yeux) / Un jeune homme en prince de galles fenêtré rouge qui à l’évidence ne doit pas trainer de la sorte dans un cadre champêtre, mais qui possède en ville un caractère très ‘sport’ / Et enfin un homme chez un buraliste, avec un tenue de samedi idéale, ensemble marron.

A la ville, pour paraitre décontracté, on pouvait donc avoir recourt aux ensembles dépareillés, à la différence du costume, où tout est ‘de même’. Le dépareillé se construit assez généralement sur un pantalon de flanelle gris (tous les gris, du plus clair ou plus foncé) ou de certains laines froides – grises aussi – pour l’été. De temps à autres, les pantalons à petits chevrons marrons pouvaient être utilisés, mais cela donne des difficultés de coordination avec la veste. Au dessus de ce pantalon, une veste. Et là, grande liberté possible : à poches à rabats ou à poches plaquées, unie ou à motifs. Le plus souvent du reste, la veste à carreaux est utilisée, pour trancher sur le pantalon uni et apporter une bonne dose de peps. Cette version du dépareillé a encore tout à fait cours de nos jours. Avec souliers marrons s’il vous plait, il convient bien de souligner le caractère décontracté d’un tel ensemble.

Le dépareillé d’aujourd’hui a encore plus gagné en liberté d’expression. Il s’autonomise comme un genre à lui tout seul, bien aidé par le développement sans faille du ‘sportswear’. Si le pantalon de flanelle gris reste un incontournable, un autre tend à le remplacer : le pantalon bleu (en flanelle – rarement, ou en coton – le chino, souvent). Avec le bleu, les italiens ont su parfaitement mêler le marron. D’où l’écrasante mode actuelle pour le mélange (souvent réussi du reste) de bleu marine et de marron. On voit même apparaitre des souliers en veau-velours bleu. Évidemment, il fallait y penser.

Alors voyez suivant l’illustration du jour de quelle École vous êtes le plus proche. Tout est une question d’hybridation maîtrisée et de tact, suivant le moment, suivant les personnes que vous rencontrerez … A la semaine prochaine 😉

dépareillé urbain

Julien Scavini

Les tenues de ville

Entamons la série annoncée la semaine dernière, avec les tenues de ville. Si l’on réfère à la tradition britannique, le gentleman ne s’habille pas en ville comme à la campagne. Poussons même un peu plus loin, il ne s’habille pas à la ville pour le travail comme à la ville pour la détente et les loisirs. Il existe une hiérarchie suivant les moments. Étudions ce matin la phase ‘en activité’, la semaine prochaine, ‘au repos’. Premièrement, les coloris urbains : restons simple avec le gris (et toutes les nuances – du plus formel, le noir et l’anthracite, au plus clair) et le bleu (marine et dit ‘midnight’). Ce sont les deux tons principaux :coloris urbains 1

Ils sont l’idéal pour commencer une garde robe ! Un de chaque. Ce sont des unis, qui peuvent être complètement unis ou légèrement fil à fil. La différence ? L’un est teint en pièce après tissage, l’autre, ce sont chaque fils qui sont teints avant tissage, d’où les nuances. Avec ce genre de tissu, il est indiqué de faire réaliser des ensembles ‘tout de même’, c’est à dire des costumes, deux ou trois pièces, c’est selon. Vous pouvez également sélectionner des laines avec des motifs de tissage : caviar, chevrons, puis rayures ou carreaux. Certains motifs peuvent être très fondus et seulement visibles de près (les faux-unis), d’autres très marqués. C’est votre goût qui préside à ce choix. coloris urbains 2Avec un tel costume, que mettre ? Pendant longtemps, la chemise blanche à dominée en ville. Puis les tissus plus colorés et à rayures sont apparus. Quelque fois, un col blanc permet d’apporter un bon contraste. Il me semble que la chemise doit rester discrète : couleurs pastelles, rayures fines etc… Évitez les rayures bâtons, trop franches, qui seraient plus ‘sport’. De même pour les carreaux. L’idéal est de pouvoir accorder les motifs : rayures avec rayures ou uni, carreaux avec carreaux ou unis. La cravate est à votre goût également, mais les plus raffinées sont peut-être les soies ‘madder’, petits imprimés discrets et autres pois. Les rayures clubs constituent en Europe continentale et aux États-Unis la sélection préférée des hommes. Pas au Royaume-Uni.

Les souliers enfin. Plusieurs options suivant les métiers. Dans ceux de la banque et de l’assurance et ceux – de manière plus générale – en relation directe avec des clients, le port de souliers noirs est de rigueur. Pour autant, il est possible de voir à travers les images d’Apparel Arts que le port de souliers marrons n’a jamais été proscrit totalement. De nos jours, le goût italien pousse nombre d’élégants à porter ces derniers, notamment avec un costume bleu marine. Pourquoi pas. C’est déjà sortir un peu de l’élégance classique, mais si cela est fait avec discernement…

Étudions la figurine du jour. Le costume est sombre (un caviar bleu marine). Pas de dépareillé ici. La chemise est simple, bleu ciel, dans une popeline ou un fin oxford. La cravate, dans les mêmes tons apporte un peu de fantaisie à l’ensemble. Les souliers sont noirs – préférentiellement des richelieus – et la pochette blanche complète l’ensemble. colori urbain

Les figurines d’Apparel Arts apportent des indications complémentaires. Des ‘intrus’ sont logés dans les images, lesquels ?

‘Ils’ brouillent les pistes n’est-ce pas ? Disons que la première image est un idéal. Dans la 2ème, l’un a la tenue adéquate, l’autre est certainement en repos : souliers marrons, port d’un pull-over (pas très formel pour le travail cette pièce). Dans la 3ème, des costumes dans les tons marrons ; un ensemble qui parait très sport, mais le port de souliers noirs nous indique que nous sommes dans un cadre professionnel. Peut-être sont-ils notaires ou médecins ? Cela expliquerait pourquoi le marron. Ils sont en effet dans des métiers moins formels (en dehors des signatures d’actes chez le notaire, tout est question de tact et de bon sens). Dans la 4ème, le premier personnage est tout à fait bien habillé du point de vue de l’article, quand le second adopte une mise plus ‘sport’. La 5ème est caractéristique. Peut-être sommes nous chez un notaire. Celui-ci porte un ‘stroller‘, très formel, car il doit recevoir des clients, alors que son clerc est simplement de marron vêtu. Question de hiérarchie, la encore.

Bref, voyez la quantité de possibilités qui s’offrent à vous. Loin de restreindre quoique ce soit, une simple étude montre l’étendue des usages. Mais si vous voulez rester simple, adoptez une mise similaire à l’illustration de Stiff Collar. Elle est l’expression de la règle. Les variantes, suivant votre goût, n’en sont que le piquant 😉

Julien Scavini

Commençons le cours

Je vais vous présenter au fil des prochaines semaines, le cours – dans les grandes lignes – que je donnais l’année dernière à l’École des Tailleurs sur l’élégance masculine. Ce cours s’appuie en très grande partie sur les images d’Apparel Arts intégrée à ce blog. Il s’adresse en priorité à un auditoire non-éclairé. Il est donc très basique. Débutons…

L‘élégance masculine possède ses propres règles. Je vais essayer de vous présenter celles-ci, structurées d’après mes lectures diverses (cf. bibliographie). Vous pouvez tout à fait les rejeter, c’est votre droit le plus absolu. Mais vous pouvez aussi vous interroger. D’où viennent ces règles ? Principalement de l’Angleterre de George V et de George VI, soit approximativement entre 1900 et 1950, avec un âge d’or que les amateurs situent vers 1930. Comme toutes les expressions humaines, l’habillement a été érigé en art. Et cet art s’est doucement sédimenté, couches par couches, au fils des époques jusqu’à nos jours.

Et si l’on fait exception de la période contemporaine ayant vu l’avènement du post-modernisme et la destruction des canons, a priori, un art est régie par des règles internes et externes. Ainsi, en peinture il existe des règles de maniement du pinceau et des règles de présentation des œuvres et des sujets. Des règles pour la forme, des règles pour fond. De nos jours, ces règles ont été remplacées par le diktat du talent, du génie personnel. A prix d’un travail personnel plus immense et encore plus élitiste. L’artiste n’est plus dans le canon, il est le canon. Chaque artiste définit donc le sien. Seuls les plus grands créent plus ou moins des canons à l’usage des autres : je pense à Le Corbusier en architecture, et aux suiveurs, néo-corbuséen de plus ou moins grand talent. Le styliste est l’artiste du vêtement. Il crée son propre référentiel et travail dedans. Avec plus ou moins – la encore – de succès. introduction cours

Bref, ici nous ne formons pas des stylistes, mais des artisans, des faiseurs. Vous avez déjà bien assez d’apprendre des gestes pour en plus devoir créer votre vocabulaire formel. Il en est tout autant pour vous cher lecteur. Vous avez déjà certainement bien assez de choses à penser pour ne pas devoir rajouter une strate complexe au sujet de votre façon de vous vêtir. Pour autant, sentir le t-shirt de la veille puis l’enfiler en même temps qu’un pantalon de survêt’ serait trop facile. Un peu d’effort est nécessaire, une question d’humanité, de chemin vers l’art. Vivre en beauté disait Saint-Laurent. Heureusement pour vous, des canons existent en mode masculine. Certes ils sont datés, certes, ils ne s’adaptent plus forcément à toutes les situations. Mais nous allons voir de quelle manière les faire évoluer, les bousculer. Car ils sont flexibles. Retenez bien cette notion. Les règles de bon sens de l’habillement doivent être vues comme une facilité d’esprit, un ensemble flexible et adaptable. Non un carcan : vous n’aurez rien compris.

Les élégances sont plurielles. A partir des mêmes bases, les résultats peuvent varier du tout au tout. La règle ne conduit pas à l’uniforme, bien au contraire. Elle n’est qu’ordonnancement de la liberté. Ordonnance que vous pouvez refuser. Mais que vous refuserez mieux si vous en connaissez le chemin et donc l’opposé où aller… Mais de toute manière, vous suivrez une autre ordonnance si vous refusez la précédente, à moins de préférer le chaos, mais je laisse ça aux plus fous.

L’idée est simple, chaque semaine un thème, ville, campagne, sport, soir etc. Dans chaque thème les règles, les exceptions, les possibles, les illustrations et les pistes d’évolutions. Dans chaque thème, il sera intéressant de mettre en perspective la version historique, grâce aux images d’Apparel Arts, et une version actualisée. Nous pourrons évoquer les changements intervenus ainsi que parler des différentes analyses suivant les pays.

Le but est de prendre un peu de plaisir dans l’apprentissage. Ensuite, simplement, calmement, la mise en place et l’analyse personnelle que vous en ferez vous donnera toute la liberté possible et se transformera en plaisir : celui de suivre au plus près avec gourmandise, ou au contraire de vous écarter avec malice du droit chemin…

Julien Scavini

Remerciement à un Parisian Gentleman

J’écris ce court billet pour remercier publiquement M. Hugo Jacomet – alias Parisian Gentleman pour ceux qui ne sauraient pas – d’avoir organisé hier soir, chez Ralph Lauren boulevard St Germain, une soirée en l’honneur de M. James Sherwood, historien passionné de l’élégance britannique et des tailleurs du Row en particulier.

Je le remercie d’autant plus que l’événement fut un franc succès, où j’ai pu rencontrer nombre d’entre vous, lecteurs et amis. Je voudrais aussi souligner le caractère exceptionnel de l’événement qui était ouvert à tout un chacun (sous réserve d’inscription). Car ce genre d’événement mondain est souvent réservé aux mêmes petits cercles.

Et je rajouterais même que je trouve ahurissant qu’il faille un indépendant, bénévole de surcroit et passionné d’élégance, pour organiser une fête pareille. Où sont les magazines, Monsieur et Dandy dans cette histoire ? Le premier propose bien une chronique mondaine en photo dans ses colonnes, mais uniquement pour célébrer l’entre-soi, autour de stylos et champagnes hors de prix, entre autres… Alors qu’hier soir, jeunes, moins jeunes, élégants et rockeurs, riches et moins riches étaient réunis dans une atmosphère délicieuse, avec champagne et petits-fours !

Alors encore merci cher Parisian Gentleman ! Avec une illustration 😉

Hugo Jacomet

Julien Scavini

Insaisissable style français, partie III

Difficile question que de mettre au jour une élégance française ou un style national. Nous l’avons vu au cours des deux dernières semaines. En France, l’une des rares pièces très répandue sur le territoire est la veste à collet montant, ou veste à col de chemise. Mais c’est un vêtement de labeur, car comme évoqué la semaine dernière, la mode de la haute société a beaucoup évolué et ne propose pas d’archétype.

Cette petite veste des campagnes semble en revanche être un classique, au moins depuis les année 1880 jusqu’aux années 60. Boutonnée jusqu’au cou pour une question de chaleur, mais ample et peu ajustée pour l’aisance au travail, elle arbore la plupart du temps un col retombant. Voyez sur cette photographie le nombre de vestes de ce genre. Croisée ou droite du reste. Vêtement du mécanicien, de l’ouvrier agricole, du gendarme même (dans une version plus stricte), du postier et d’autres agents publics, elle pourrait constituer une sorte de vêtement français. Mais un vêtement populaire, presque un signe de classe, au moins un signe d’appartenance sociale.

A l’inverse, comme évoqué au travers de l’article sur Old England, l’élite trouva sous le Second Empire une nouvelle élégance importée d’outre-manche, que l’on appela bientôt l’Anglomanie. Le frac de drap noir envahit bientôt les rues de Paris, comme celles d’autres villes européennes. Et dès lors, le style ‘à l’anglaise’ donna le ‘la’ des modes continentales.

Ce style se répandit comme une trainée de poudre. Il était pratique (une allure près du corps mais pas étriquée), rapide à confectionner (les manuels de coupe se répandait rapidement) et les étoffes faciles à dénicher (d’autant que la révolution industrielle anglaise abreuvait les comptoirs du monde en draps peu onéreux). On pourrait dire que jusqu’aux années 50, il est difficile de découvrir des lectures particulièrement nationales. Et même un peu après.

Pourrait-on par exemple dire que les croisés de Jean Gabin sont très français ?  Ou que M. de la Cheyniest interprété par Dalio dans La Règle Du Jeu n’est pas ‘à l’anglaise’ jusqu’au bout des ongles ? Il y a bien eu des tentatives de divers tailleurs pour créer des allures, mais cela tient plus des tics de langage que d’expériences sérieuses. Bien sûr de nos jours, il existe le cran parisien, que certains italiens appellent même comme cela.

En revanche, il perdure dans certaines couches de la société française des rites très à l’anglaise, d’un style si clair qu’il en devient presque plus anglais que l’original. C’est ce que j’appellerai le style Vieille France. Péjoratif pour beaucoup, il possède un vif intérêt à mes yeux. Très conservateurs, les tenanciers de ce goût poussent les codes du chic anglais dans ses derniers retranchements, avec un naturel qui fait envie. Cette notion de naturel est très important.

Évidemment, il y a quelques moyens derrière. Des moyens souvent transmis de père en fils comme le goût : souliers Crockett et Jones ou Bowen et vêtements de tailleur pour la ville (croisés sombres ou vestons droits trois boutons) et pour la campagne (pantalons de velours et vestons de tweed). Ces classiques ont même le bon goût de ne pas mélanger blazer et souliers noirs, conscients du décalage que cela produit. Car à ce moment là on est plus dans le Vieille France de mon point de vue, mais dans le petit bourgeois. On est passé d’une lecture éclairée à une lecture étriquée. Car plus qu’un style, il s’agit là d’une lecture à la française de la manière anglaise de se vêtir. Et la lecture interprète.

Y aurait-il plus avant des spécificités Vielle France ? Premièrement une attention à la coupe. Les vestons sont près du corps. Ils peuvent être défraichis ou avachis, avoir pris les galbes du corps, mais c’est une patine avant tout. Avoir une veste bien trop grande signe de toute évidence un attachement au confort petit-bourgeois (désolé de ces catégorisations à la James Darwen, mais elles clarifient les idées). Ceci n’étant pas vrai pour les grands manteaux type capotes.

Si la laine reste la matière par excellence, les coloris restent sobres. A la différence des anglais aimant taquiner le ridicule par l’usage de carreaux colorés et rayures pimpantes, l’homme Vieille France se contentera de fils à fils et autres discrets motifs, dans des bases plutôt sombres ou alors très claires pour l’été. De même pour ses tweeds, il prendra préférentiellement des unis, petits chevrons marron ou tabac, avec peu de fioritures, mais les rehaussera de velours à côtes dans des coloris réveillés !

Les chemises seront discrètes, unies ou avec de fines rayures ; des rayures ‘à la Charvet’ par exemple (assemblage d’une ou deux rayures de couleurs ou de ton différents, de largeurs et d’espacement différents, sur un fond de blanc dominant). Notons du reste dans cet article sur le style français que Charvet est le premier chemisier du monde a avoir ouvert ses portes et l’inventeur de la chemise moderne, et que les anglais chics disaient jusqu’à encore récemment non pas ‘a shirmaker’ mais ‘a chemisier’. A l’instar des américains, il me semble discerner dans les images publicitaires d’archives un intérêt français pour le col blanc, provenant d’une époque où les cols étaient durs. Et cela donne immédiatement un côté plus affecté à la mise, précisément un adjectif qui pourrait nous convenir. Nous sommes en effet à mi-chemin de l’Italie, et le côté latin transpire quelque fois sous la sobriété nordique.

Cravate enfin. L’homme Vieille France ne se passionne pas pour les modèles italiens, unis dans le bleu marine. Au contraire, il ose les rouges ternis, les oranges atténués, les verts altérés, parfois rehaussés de points et de palmettes. Il considère les imprimés comme plus raffinés que les tissés et évite les cravates clubs, sauf quand il s’y rend (Automobile Club, Traveller’s ou Jockey par exemple). La cravate Hermès avec ses myriades de petites souris ou d’éléphants constitue l’une des rares occasions d’amuser la galerie, mais uniquement à 50cm de l’objet, donc faut-il encore être du cercle rapproché pour s’en apercevoir.

Voilà pour ces quelques bribes de réponses. Il me faudra encore au moins cinquante ans de réflexion pour répondre définitivement à la question, mais alors les bouleversements auront été certainement si profonds qu’il faudra revoir l’histoire encore une fois. Que pensez-vous de cette approche finale ? J’aimerai votre avis sur cet homme ‘Vieille France’, dont le style serait savamment confis dans la marmite anglaise.

L’idée pourrait être de dessiner quelques figurines différentes des miennes, qui éclaireraient le débat. Des figurines qui ne serait ni italiennes, ni anglaises. A vous de jouer ! Faites moi passer en commentaire des liens vers des images, des matières, des tenues que je réorganiserais suivant vos directives…

Nota bene : il va s’en dire que les présentes hypothèses ne constituent que des éléments de débat. L’idée était de simplement touché du doigt l’idée d’un style vieille France revendiquée, en continuité d’un style Old England que nous admirons. Mais avec des spécificités qui seraient les nôtres…

Julien Scavini

La maison s’agrandit

Court billet ce soir pour vous faire part de mon installation récente dans un joli local du septième arrondissement de la capitale. Si je ne tiens pas trop à exposer mon activité professionnelle sur le blog, il est parfois des événements majeurs qui appellent un peu de communication. Heureux événement donc, permis par le soutiens et l’encouragement d’une clientèle naissante que je remercie. Clientèle qui trouvera je l’espère un confort supplémentaire à venir ici, au 50 boulevard de La tour-Maubourg.

Un local donc, avec une vitrine et petit atelier sur cour. Pour l’instant, je continue de réaliser des costumes, vestes et pantalons en petite-mesure artisanale. Prochainement, je pourrai proposer des chemises en demi-mesure avec cols et poignets entoilés, pour a priori 1/10 du prix d’un costume – merci James Darwen. Je développe aussi une petite série de cravates, des sept-plis et des non-doublées, ainsi que des nœuds-papillon. Bref, de quoi étoffer un peu mon offre dans une direction qualitative. A voir dans les mois qui viennent…

Je vous propose maintenant quelques points de vue de ce lieu :

Je serais ravi de vous y recevoir pour échanger sur notre sujet favori ! Je vous souhaite à tous une excellente rentrée et un bel hiver. Je continuerai pour ma part d’éditer Stiff Collar pour une année supplémentaire, même si ma charge de travail n’est pas toujours compatible avec le plaisir de dessiner une figurine 😉

Julien Scavini

Vacances !

Chers amis, malgré les vacances, je suis assez occupé par un beau projet dont je vous conterai le résultat à la rentrée.

Cela ne me laisse guère le temps d’imaginer – comme à l’accoutumée – des figurines de mode. Alors bonnes vacances !  et à septembre !

Les chiffres de James Darwen

Peu inspiré ces derniers temps, j’ai relu Le Chic Anglais de James Darwen et en ai profité pour souligner méthodiquement tous les chiffres qu’ils présentent. Certains sont plus humoristiques que d’autres…

  • 43 cm, la longueur du pieds du gentleman
  • 1m65 à 1m80, la hauteur d’un gentleman
  • 9h du matin, au minimum, l’heure du levé d’un gentleman
  • n°89, la ligne de produits d’hygiène de la marque Floris qu’il faut avoir.
  • 2 fois par jour, un gentleman se brosse les dents
  • 99%, le pourcentage de chance pour qu’un gentleman utilise le dentifrice Eurcyl.
  • 2 5/8 à 2 7/8 d’inch (entre 6,7 et 7,3cm), la longueur des pointes de col d’une chemise
  • 1/2 à 3/4 d’inch (entre 1,27 et 1,9cm) la longueur de chemise qui dépasse de la manche de la veste
  • 55% mérino et 45% coton, la composition des chemises Viyella, idéales pour la campagne
  • 1/10, voilà ce que doit coûter une bonne chemise par rapport à un costume
  • 5,5 à 7cm, la largeur d’un nœud papillon
  • 8cm, la largeur maximum d’une cravate
  • 20cm, la largeur d’un bas de pantalon
  • 4cm, la hauteur des revers
  • 1837, entrée en service d’un veston bleu à boutons dorés sur le navire HMS Blazer
  • 20oz, 470gr, le poids de la laine d’un costume hiver
  • 16oz, 450gr, le poids de la laine d’un costume hiver actuel
  • 8oz, 226gr, le poids de la laine d’un costume tropical

  • 1-les chaussures doivent être confortables
  • 2-les chaussures sont noires ou brunes (et blanches sous les tropiques)
  • 3-les chaussures sont en cuir de vache
  • 4-les chaussures sont toujours brillantes
  • 5-les chaussures ne doivent pas avoir l’air neuves
  • 6-les chaussures doivent être en excellent état
  • 1914, développement du trench coat, par Burberry ou Aquascutum, on ne sait plus
  • 1850, invention du chapeau melon
  • 17 pences, montant de l’amende pour non-port d’une casquette en laine anglaise le dimanche, en 1571
  • 81% de la chaleur sort de la tête
  • 1 7/8 à 2 3/4 d’inch (4,7 à 7cm), la largeur du bord d’un chapeau
  • 120 000 francs, le coût d’une garde robe correcte
  • 48 heures, le temps de séchages des souliers qui ont pris la pluie.

A débattre :=)

Julien Scavini

Et dans l’aéronautique alors?

Et bien, c’est le même laisser-aller que l’on constate partout ailleurs… Au cours d’un vol récent avec Air France, j’ai pu me pencher un peu plus en détail sur le vestiaire des personnels naviguant, techniques (les pilotes) et commerciaux (les stewards), autrement dit dans la nouvelle nomenclature, pnt et pnc.

Petit article aussi pour me venger d’un commandant de bord qui me refusa, une fois n’est pas coutume, le vol en jumpseat – en cockpit, un plaisir pourtant indispensable à une vie équilibrée !

Les pilotes d’abord. On imagine inévitablement un pilote avec un uniforme, croisé le plus souvent, bleu toujours. L’uniforme de pilote exerce sur une bonne part de la population dont les enfants une fascination intacte. Il faut regarder à ce titre l’excellent film Attrape moi Si tu peux avec L. DiCaprio et T. Hanks. Pourtant, force est de constater que les pilotes ne portent plus l’uniforme. Il est le plus souvent au vestiaire, c’est à dire dans un A320, à gauche du cockpit derrière le pilote. Quelques fois, ils le portent, mais la coupe du croisé, au moins chez Air France étant atroce, le résultat n’est pas brillant (à la différence des trois ou quatre galons du grade). Voyez plutôt cette illustration, où je représente à droite l’idéal ancien, et à gauche, la nouvelle mouture. Le tailleur ne passe plus par là, et le gilet fluo remplace la veste, au moins sur le tarmac. En cabine, la veste reste encore sur le carreau, et seule la chemis-ette avec épaulettes fait office de tenue de travail.

Idem pour les Stewards. Là le différentiel est plus cru encore. Nous sommes passés d’une tenue de serveur ou de groom à celle plus ‘simple’ d’homme comme les autres, pantalon et chemise avec épaulettes et petit placard. Par placard j’entends une insigne Air France par exemple et souvent une barrette rouge d’officier de sécurité. La cravate, d’une jolie matière frappée à l’effigie de l’hypocampes ailés est maintenue par une tie bar en acier d’un assez sobre dessin.

Mais je ne jette pas la pierre aux personnels de cabines, ceux qui nous servent et qui, je le reconnais volontiers, font un effort louable. S’ils sont de temps à autres en bras de chemise, ils supportent souvent le costume, qui est du reste plutôt bien coupé chez Air France. Beau rendu et belle matière. Et puis, leur métier n’est pas le plus aisé.

En revanche, les pilotes ne font pas tellement d’efforts. Pourtant, ceux-ci constituent une élite, ou supposée comme telle. Un pilote est une personne qui fait des études et possède un certain niveau de vie – même si celui-ci a tendance à baisser. Les pilotes, c’est à dire le commandant de bord et son premier officier sont les seuls maîtres à bord d’un avion. On l’oublie trop facilement, un avion, comme un navire, ça n’est pas une démocratie, ni une société commerciale, c’est une aventure humaine au sens premier du terme où le commandant de bord est seul maître à bord après Dieu. Cela n’est pas anodin du tout.

Qui plus est, comme nous l’évoquons régulièrement dans ces colonnes, les beaux vêtements s’opposent souvent à un exercice professionnel serein. Tout de même, pour connaître un peu cet environnement, piloter un Boeing 777 n’a plus rien avoir avec la conduite d’un super constellation. La radionavigation assistée des gps et autres centrales inertielles a permis d’assouplir les conditions de travail ; dès lors c’est un mauvais procès que de faire celui de l’uniforme. La climatisation aide aussi. J’en veux pour preuve cette photographie d’une page d’un vieux numéro du magazine Adam, l’Homme Moderne, numéro des années 50, dans lequel un pilote sert de mannequin pour les pages ‘tailleurs’. Ou quand la société civile mettait en avant ses élites…

Mais il faut voir aussi ce que l’on fournit à ces pauvres pilotes. Quelle misère. Mais qui sont les acheteurs des grandes compagnies aériennes ? Et qui sont les façonniers ? Je sais qu’il existe en France l’un des numéros un mondiaux du secteur Ox’Bridge. Mais Ox’Bridge qui fabriquait en France (à Toulouse) jusque dans les années 80 fut poussé par ses acheteurs à délocaliser, pour trouver le moindre coût… Histoire habituelle hélas. Ceci dit, une belle coupe n’a que peu avoir avec une fabrication. Alors ?

PS : pour les amoureux de l’Angleterre et de ses traditions, je signale l’émission culinaire de Sarah Wiener sur Arte, toute cette semaine à 19h, in Great Britain. Nous saurons tout je l’espère sur la steak and kidney pie! A revoir sur Arte+7 certainement.

Julien Scavini