Petit tour du prêt à porter de l’été 2010 (màj3)

Une fois est relativement coutume sur Stiff Collar, nous allons dans les semaines à venir nous pencher sur quelques produits phares des maisons de prêt-à-porter que je considère. Si ce questionnement est relativement éloigné de l’Art tailleur et de ma pratique quotidienne en tant qu’apiéceur, il n’en demeure pas moins captivant en terme de nouveautés, de (ré-)inventions, ou simplement de coupes ou de couleurs. J’ai donc parcouru notamment la rue du Faubourg St Honoré à Paris et ses alentours, de maisons en maisons, pour rencontrer les vendeurs et les questionner sur leurs préférences, tout simplement. Les vestes -car c’est finalement l’élément le plus important du vestiaire à mon goût- ont focalisé mon attention. J’ai essayé de sélectionner des produits variés, dans des maisons diverses.

Ce soir, Dunhill, Dormeuil et Brooks Brothers. Après, Façonnable, Ralph Lauren et Crémieux, puis Breuer, Hackett et Old England et enfin Albert Art. J’aurais voulu vous présenter d’autres maisons, mais hélas, leurs services presses n’ont pas daigné me répondre, ou je n’ai tout simplement pas pu avoir des informations satisfaisantes.

Si toutefois en tant qu’amateur éclairé vous aviez à cœur de nous faire découvrir d’autres vestes d’entreprises tierces, n’hésitez pas à me contacter!

Donc tout d’abord Dunhill, cette célèbre maison londonienne que l’on ne présente plus, a toujours véhiculé une image extrêmement étudiée, très anglaise. Hélas ces dernières années, elle se diversifie, toujours dans la même gamme de prix, vers un chic modeux assez sombre, souvent inintéressant. Toutefois, j’ai réussi à trouver rue de la Paix un produit (presque) classique de belle facture (réalisé en toile tailleur et non thermocollé), avec un petit quelque chose du lord anglais en goguette: un blazer en laine navy deux boutons à cran aigu. Si les puristes ne seront pas complètement satisfait, le fait est que cette veste a de l’allure, complétée par ses boutons en argent. Vous n’aurez aucun mal à lui adjoindre un pantalon de flanelle gris clair et une belle chemise:Autre marque et surtout autre esprit, le grand drapier Dormeuil que l’on ne présente plus possède une ligne extrêmement diversifiée de prêt-à-porter et de demi-mesure. A tous ceux qui rêvent d’une veste fluide et légère, Dormeuil propose sa toute nouvelle création dans un tissu jouant subtilement avec la lumière. L’alliance de deux fibres d’une grande noblesse (le pur cachemire (70 %) et la soie (30%)) tissée en nattée (sorte de petit effet en mur de  brique, très fin, comparable à un oxford en coton) confère à la liasse Dream une allure très estivale (en 230gr tout de même!). Les couleurs sont fraiches et lumineuses (petits échantillons). Le modèle de la veste peut évidemment varier suivant votre tailleur, ou le modèle Dormeuil, mais l’esprit reste le même, élégance et bien être. En rosé avec un pantalon bleu marine et des moccassins légers, voilà un visuel engageant:Enfin pour ce soir, présentons un produit de l’immense maison Brooks Brothers, dont je parle trop peu: une veste de sport à poche plaquée. Je trouve que ce modèle à poches raportées est vraiment le plus chic pour l’été, même si certains le trouve très 60’s. Qu’importe, car réalisé dans un lin irlandais possédant un beau tombé, elle possède un petit quelque chose de plus. Elle arbore trois boutons et deux fentes dos et est fabriquée en italie. Petit plus non négligeable, elle est affichée aux alentours des 350€, un produit franchement attractif car classique! Avec une chemise à petits carreaux et un jean, elle peut faire merveille:Je vous laisse pour l’instant sur ces trois produits que j’ai apprécié, et vais continuer dans les jours suivants mes pérégrinations autour de la Madeleine, actuellement facilité il est vrai, par mon stage chez Camps De Lucca! La suite au prochain numéro! Je remercie Mme. Lepetit du service communication de Dormeuil SAS.

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Nous continuons donc ce jour, avec Ralph Lauren et Façonnable. Daniel Crémieux d’abord, dont l’emprunte ‘britons’ remonte aux années 80 joue de plus en plus son esthétique décalée, ouvertement ‘too much’ mais le plus souvent agréable à l’œil. Le label 38 signe la présence de la maison sur les divers articles qu’ils proposent, gamme maintenant étendue au féminin. Une belle réussite française, qui sait ce qu’elle aime, qui ne plait certes pas à tout le monde, mais… Bel effort l’année dernière avec le rapatriement de la production de polo de chine vers l’Europe occidentale. Cet été, l’article qui m’a le plus marqué (difficile à vrai dire tant les items sont variés et inventifs) est une veste en coton de chemise, en vichy bleu gansé de biais bleu. Non entoilé, voilà une petite chose pas inintéressante, à porter décontractée, et surtout légère (pour ne pas faire ‘trop’), avec un pantalon uni et une chemise à carreaux discrets:

Chez Ralph Lauren, difficile de s’y retrouver tant les marques et les labels sont diversifiés. Heureusement, le nouveau flagship du boulevard Saint Germain à Paris propose une lecture claire et différenciée au sein de ce grand bâtiment. Si j’ai du mal à accrocher sur les black et purple label, la gamme Polo Ralph Lauren m’a le plus souvent enthousiasmé pour sa recherche permanente et son brassage de références. Ce fut sur une esthétique d’aristocratie nouvelle Angleterre que monsieur Lauren se lança, déclinant des classiques anglais dans un répertoire américanisé, loin de l’authentique, mais toujours à la recherche de l’effet; honnêtement beaux effets, malgré l’hyper-commerce qui en est fait. L’article qui a accroché mon regard ce printemps est un croisé en seersucker. Curieux produit me direz vous, mais quel attrait:  Enfin pour ce jour, la prestigieuse maison française Façonnable basée à Nice, très présente aux États-Unis continue de décliner, avec sa nouvelle équipe dirigeante, l’allure de la Cote d’Azur des années 30/40. Déclinés dans une large palette de couleurs allant du bleu au blanc, les tons cette saison sont doux et clairs. Les tissus, du lin au coton, en passant par l’association subtile de la laine et de la soie donnent aux vêtements légèreté et souplesse pour un toucher soyeux. La veste qui m’a le plus enthousiasmé est une sorte de saharienne, le produit classique par excellence. Réalisée dans une magnifique laine grège, vous pourrez la compléter avec un chino et des richelieux bi-ton: 

Nous continuerons un jour prochain… Je remercie Mme. Ganme du service publicité et image de Façonnable.


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Découvrons ce soir deux autres maisons qui me sont chères. Commençons par la très réputée maison Breuer, toujours réputée pour ses cravates et qui s’est lancée voilà quelques temps dans le prêt-à-porter. Les couleurs y sont toujours très étudiées, des gris aux bleus en passant par les beiges dans des tons toujours légers, très italiens. La gamme n’est pas très étendue, mais cela suffit. Notons également le bon goût de la maison Breuer qui appelle régulièrement l’ami Floc’h pour esquisser des figurines représentatives des collections! Toujours un grand plaisir à regarder. Cet été, Breuer donc a réalisé une petite prouesse technique avec un blazer bleu en laine Loro Piana, traitée infroissable, et surtout totalement non doublé. Cette veste dite ‘foulard’ car non entoilée, non épaulée est une petite merveille. Jetez un coup d’œil à la fabrication du dos, notamment au raccord du pied de col, une prouesse que je vous dis! Et le blazer reste la tenue internationale la plus adéquate dans beaucoup de situations. Remarquons également les très jolies cravates en soie délavée, non doublé:Passons ensuite le channel pour découvrir les produits de Hackett, maison que l’on ne présente plus. Si la qualité n’est plus ce qu’elle était, le travail toujours renouvelé de ‘style’ est agréable à observer. En tout cas chez Hackett, vous trouverez des vestes, un nombre très important même! Que ce soit du blanc au bleu en passant par le lin et la laine, la proposition en terme de vestes – ce pivot de la tenue masculine – est parfaite. Après, chacun peut se faire son idée, pour ou contre l’ultra commerce, le fait est que les produits y sont variés et plutôt réussi. Cet été d’ailleurs, deux vestes ont retenu mon attention. La première d’entre elles est un modèle deux boutons en coton gratté, bleu marine avec des boutons blancs, et surtout des coudières en daim blanc. Je sais que ce genre de détails vieillissent vite, mais l’effet est superbe. Cela reste simple, sans fioritures et peut aller avec tout!Dans un genre similaire de veste à usages variables et très estivaux, j’ai aussi remarqué cette petite merveille en chevrons de laine et cachemire Loro Piana (encore eux, ces italiens bouleversent tout avec leurs feutres légers!). La version grise n’est pas tout à fait mis en avant par la communication de la maison, mais elle vaut le détour. Elle est qui plus est non doublée, ce qui lui confère une légèreté peu égalée. Avec un simple chino bleu ciel, pourquoi pas le must have de la saison, classiquement.

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Arpentons ce soir le haut du boulevard des Capucines à Paris pour trouver au 12 le célèbre magasin Old England, dont nous avons déjà parlé. Si le magasin vivote encore un peu, le fait est que les travaux s’enchainent (rayon féminin, devanture, actuellement rez-de-chaussée) d’une manière satisfaisante. Enfin ce grand navire de l’élégance parisienne reprend des couleurs, animé il faut le dire par une équipe dirigeante entreprenante! ‘Quality First, Sincerity et Confidence‘ figurent sur les armoiries depuis maintenant 140 ans. J’écrirai certainement un article plus tard sur le magasin lui même. Ce soir concentrons nous sur deux marques dont Old England d’abord. Surtout connu pour ses cravates, chemises et costumes, il existe aussi un petit choix de vestes sports classiques à la réputation éprouvée. J’ai retenu un modèle trois boutons en prince de Galles beige, un choix d’évidence pour les instants de détentes, à la ville comme à la compagne:

Autre enseigne marquante présente au sein de la maison, Albert Arts, évidemment. Là aussi, il y aurait à écrire sur la philosophie de cette maison par comme les autres, créée par le maître de l’élégance niçoise, M. Goldberg. Sports mécaniques et décontraction d’anglais en goguette, tels sont d’une certaine manière les principes esthétiques poursuivis par monsieur Albert. Deux blazers m’ont marqué, toutes deux légères. Des vestes ‘faciles’ pourrait-on dire. Réalisées dans des cachemires italiens (certainement Loro Piana encore) très doux et pas forcément fin d’ailleurs, elles ont une allure de décontraction évidente. Avec le petit drapeaux anglais pour signifier l’origine des produits (la promenade des Anglais à Nice), elles expriment quelque chose de très estival:

Le deuxième modèle (aussi en trois boutons à poches plaquées, plutôt court) est quant à lui disponible en demi-mesure dans un grand nombre de coloris, tous très chaleureux. J’ai choisi celle en cachemire vert d’eau. Curieuse couleur me direz-vous, mais vous serez sûr de pas croiser un produit similaire dans la rue… Je vous conseille d’essayer ce modèle, une réelle impression de légèreté s’en dégage, comme si vous portiez un simple sweatshirt…

Je remercie M. Geoffroy du service RP de Old England.

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Ici ce fini ce long article sur les diverses maisons de prêt-à-porter que j’apprécie… Ce fut un véritable de plaisir de découvrir tant de richesses, de découvertes et d’inventivités. Il me semble toujours vivifiant de regarder ce que les autres font, surtout dans le prêt-à-porter où la rapide évolution des modes brassent quantité de matières, de couleurs et parfois de coupes. Cela oblige à réfléchir à son propre travail.

Tentons maintenant un résumé général des produits. J’ai noté immédiatement dans toutes les maisons que l’heure était à la retenue. Les coloris sont sobres, très souvent uni. Quelques enseignes se sont tentés sur les carreaux, mais je pense que ce n’est pas l’époque, peut-être un effet ‘crise’. Les produits classiques sont en tout cas à l’honneur, même chez les plus avant-gardiste, comme le seersucker ou les simples lins. De même, les gammes ont rétréci, pour pallier à des ventes en difficultés.

Qui plus est, l’été reste une saison difficile pour l’élégant, les chaleurs le faisant défaillir… Le coton n’est jamais à recommander. S’il ne froisse pas beaucoup, il respire assez peu. Le lin respire mais froisse, sauf à le prendre dans de forts gramages. La laine reste finalement un bon compromis, les fresco ou les mohairs étant les plus indiqués, avec les mélanges soie/lin/laine. J’espère que ce petit tour vous aura ravi et donné quelques idées. Sans pour autant aller dans les maisons citées, vous pourrez aisément construire votre silhouette dans d’autres enseignes, l’important étant l’aisance et l’allure, l’un avant l’autre ou vise versa…

Julien Scavini

Dissertons sur le style

Si je n’aime pas trop les grands discours, il va être ce soir question du mot style, employé trop souvent à mon goût ou en tous les cas systématiquement dans un sens peu satisfaisant. Combien de fois n’a-t-on pas entendu un vendeur ou tout autre faisant vous expliquer que ce revers trop petit ou ce pantalon trop serré vous apporte du style ou encore mieux, que ça a, intrinsèquement donc, du style ! Je trouve pour ma part que ce terme recouvre souvent un péché d’audace inqualifiable. Je vais tenter de m’expliquer…

De mon point de vue d’architecte, le mot style est un terme grec qui signifie colonne, un style = une colonne, la colonne renvoyant dans les ordres architecturaux aux chapiteaux : toscan, dorique, ionique, corinthien, composite. Donc, en architecture, lorsque nous parlons de style, nous désignons en fait l’ordre : ce temple est dorique, parce que ses colonnes (ses styles) sont doriques. Ce sont les quatre ou cinq ordres – ou styles classiques – qui définissent toute la base du vocabulaire descriptif. Et surtout, ces ordres sont porteurs d’un sens plus grand qu’eux: le dorique représente la masculinité, la force, le ionique la féminité, solide et élégante et le corinthien par exemple la féminité vierge, la grâce et la finesse. Ces représentations sont issues de mythologie  comme le relate Vitruve : pour le corinthien, une demoiselle qui aurait oubliée son seau dans une fougère etc…

Pour qu’il y ait ordre, en architecture ou dans l’univers vestimentaire, il faut qu’il y ait un dispositif technique et sa résultante formelle, donc une production et aussi une reconnaissance, populaire et surtout savante, donc une institutionnalisation (l’autoritas des Beaux-Arts). Une idée, une envie dans la tête d’un tailleur (de pierres ou d’habits) peuvent déboucher sur deux phénomènes : son utilisation passagère donne naissance à une mode alors que son itération permanente  l’érige en style.

Mais quel style ? Le petit Larousse donne plusieurs pistes dans le sens que je défends : ensemble des caractéristiques, résultant de l’application d’un certain système technique et esthétique, propres aux œuvres d’une époque, d’une école, d’un artiste, etc. Je considère alors le style comme un mouvement d’envergure, quelque chose de global auquel nous referons. Et dans la garde robe masculine, je ne crois pas discerner beaucoup de styles : le classique (fait de laines naturelles ☺) et le contemporain (plus influencé par le plastique ☺). En voyez-vous d’autres ? Peut-être les styles anglais et italiens, mafieux, Ivy League? D’ailleurs Aristote ne s’y trompait pas lorsqu’il disait que la première qualité du style, c’est la clarté. D’autres y ont ajouté comme Baudelaire l’exigence de vérité.

Quel style: classique certainement, touche contemporaine pour la coupe de la veste, une allure décontractée…

Après, nous pouvons également entendre parler de style pour des maisons – j’entends par là des entreprises commerciales. Le style Cifonelli par exemple bien que je ne pense pas que ces honorables tailleurs utilisent pour eux-mêmes ce terme. Je préfère alors le synonyme d’esthétique : cette maison possède une esthétique bien à elle… Et ce n’est pas parce que cette entreprise de confection propose des vestes sans poche poitrine (pas Cifonelli bien sûr) que c’est un style : c’est un argument commercial tout au plus !

Descendons encore d’un niveau, à celui de l’individu… Notre époque libérale a érigé en centre de son intérêt -qui n’est plus commun- la personnification comme mode de fonctionnement. Tout le monde ne forme plus un, mais tout le monde est unique comme dirait Thatcher… Dès lors, chacun est un style. A en croire les commerciaux et les publicitaires, voire même tout un chacun (surtout dans les boutiques autour des Halles à Paris un samedi après-midi), il est de bon ton d’avoir du style, évidemment le sien. Une autre entrée du Larousse consacre ce fait : façon particulière dont chacun exprime sa pensée, ses émotions, ses sentiments, bref autant d’étalages différenciés d’une pudeur qui n’est plus.

Mais je peux concevoir qu’un gentleman, par sa mise, possède quelque chose de plus qui lui est personnel. Alors, si je peux me permettre, je dirai simplement que cette personne a une allure qui lui est personnelle, qu’elle a simplement de l’allure ou que son esthétique est très étudiée; qu’il a du panache et surtout qu’il a l’air naturel dans sa démarche. Je trouve cela un peu plus humble.

Il se trouve par ailleurs que quelques élégants se sont forgés une grande esthétique, à tel point qu’elle est reconnue de tous et admirée. Peut-être pouvons-nous alors parler d’un style personnel, propre aux artistes d’ailleurs (les seuls qui l’expriment d’une manière intéressante pour autrui). En tout cas, vous ne verrez jamais un gentleman revendiquer son style, cette activité est exclusive des voyous.

Style classique là encore mais dans une lecture osée, certainement joyeuse!

Le sens porté par un style renvoie donc inévitablement à un univers référentiel, à un corpus comme dirait les universitaires. Il n’est pas seul et ne peut dès lors par être pris comme tel. Il ne se limite pas à lui même et ne peut donc pas être utilisé comme qualificatif: cette pochette vous donne du style – faux, quel style? de l’allure au mieux! Utiliser le mot style d’une manière si courte est le signe d’une grande inculture! S’habiller dans un style anglais traditionnel, c’est référer, par exemple à l’élégance des princes d’Angleterre, et donc à l’univers de valeurs qui s’y rattache; alors que se vêtir dans un style italien très sprezzatura (pour reprendre un terme en vogue), ce serait plutôt rechercher ce petit côté villégiature sur la côte amalfitaine, bref, un positionnement existentiel dans tous les cas, chacun peut y rattacher ses propres envies. Il faut se positionner!

Enfin, j’espère que ces quelques pensées vous engageront dans le débat. J’ai tenté dans cette ébauche de proposer ma vision rationnelle du problème, du point de vu du gentleman passionné de beautés. Je m’arrête ici pour l’instant et termine sur cette citation d’Alain : le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l’on écrit sur les passions.

Julien Scavini

Quand les cloches reviennent…

… ce sont les enfants qui se régalent de chocolats! L’occasion ce soir pour Stiff Collar de présenter un répertoire peu courant, celui des bambins, évidemment caricaturé dans ses années d’intérêts: les années 30.

S’il est bien une tradition qui s’est perdue, c’est celle des portraits de familles, sauf pour quelques familles versaillaises, qui heureusement perpétuent cette tradition pleine de sens, et utile pour les futurs généalogistes. Commençons par mes propres archives, mon arrière grand père avec ses frères et soeur, pour une séance pour le moins maritime:Continuons donc sur le chemin des culottes courtes et des chaussettes par une petite pause entre deux têtes blondes des années folles, divinement bien habillés, dans un style un peu formel bon pour aller voir grand mère:Pour les petits garçons qui n’acquerront leurs premières paires de pantalons qu’aux alentours de 16 ans, le temps est aux bermudas dirait-on aujourd’hui, complétés par de hautes chaussettes de laine. Cela permettait de suivre au fur et à mesure l’évolution de la taille sans surcoût de tissu. La maille était plus à l’honneur que le tissage. Entre les pulls et autres cardigans, cela permettait une confection maison à l’aide d’un fuseau et de deux aiguilles à tricoter…

J’espère que la collecte des oeufs fut excellente pour les petits et les grands et que cet article vous rappelera peut-être d’heureux souvenirs, ou inspira les nouvelles générations…

Made in France

Ce court billet pour vous signaler qu’il se tient actuellement à Paris, dans l’ancienne bourse du commerce, sous le patronage de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, le salon Made In France consacré à la Haute-Façon. Sur deux jours et jusque demain soir (jeudi 1 Avril 17h), 80 exposants présentent leur travail, avec un point commun: la production en France, ou « production citoyenne ».

Inauguré par Mme. Agnes B. et le député Yves Jego, le salon est aussi l’occasion de colloques sur toutes les bonnes raisons de s’habiller « made in France ». Plusieurs intervenants ont présenté les thèmes suivants: la mode premier secteur exportateur; la sauvegarde de notre culture; la sauvegarde des savoir-faire; assurer la création et la relève. A ce sujet, l’Institut Français de la Mode expose des travaux d’étudiants dont une vingtaine de prototypes manufacturés par les exposants.

Une visite rapide m’a permis de rencontrer quelques confectionneurs en habillement masculin, citons les:

Évidemment, il est toujours triste de constater que certaines maisons n’ont pas encore de site internet, aussi succint soit-il… Belle initiative dans tous les cas que ce salon, l’occasion de rassembler pour les professionnels de l’habillement des fabricants français, une démarche qui rejoint celle de la Fabrique Française.

Le crépon de coton

Sous ce nom amusant du logiciel de traduction se cache en fait le fameux seersucker tant apprécié des anglais et des américains. Parlons en ce soir.

Le seersucker de coton est un tissu généralement rayé, utilisé pour confectionner des tenues estivales. Ce terme anglais découvert en Inde provient du perse  « shir o shekar », qui signifierait « de lait et de sucre », probablement du à la ressemblance de ses raies alternées lisses et grossières. Le seersucker est surtout reconnaissable à son tissage curieux. Les fils de trame et de chaîne ne sont pas tendus de la même manière sur le métier.Peu de fabricants existent encore sur ce type de matière, son tissage étant long et complexe. Car une fois les fils bleus (par exemple) insérés dans le tissu, la laize produite est détendue, donnant au drap une apparence froncée le long des rayures blanches. Cette caractéristique facilite la dissipation de chaleur et la circulation d’air. Il convient évidemment de ne pas repasser un seersucker. En revanche il a un côté pratique car infroissable et lavable en machine.

Il est possible de trouver de nombreux articles en seersucker, allant des costumes aux bermudas, en passant par les peignoirs. Les couleurs les plus communes, outre le blanc de fond, sont le bleu et le marron. Mais il est également possible de trouver des raies vertes ou violettes, toujours légèrement plus large que des têtes d’épingles.

Ce sont les commerçants musulmans qui ont rendu célèbre cette étoffe qui fut popularisée dans les chaudes colonies britanniques. Il fut également utilisé pour les uniformes des infirmières durant la deuxième guerre mondiale. Les Américains l’apprécièrent aussi avant le développement de la climatisation. Si son origine dans ce pays fut relativement difficile, il devint à partir du début du siècle la tenue par excellence des gens du sud. Peu à peu les gentlemen du nord le portèrent, popularisé également par les étudiants qui y voyaient à la fois une nouveauté pratique et une occasion de se démarquer des traditionnels costumes. Les journalistes politiques rendirent également honneur au seersucker, en commentant les débats à Washington, ville relativement chaude l’été.  Il est toujours à noter qu’au mois de Juin, il est habituel pour les sénateurs américains de porter des costumes en seersucker, lors des bien nommé seersucker thursday.

S’il est véritable (et donc non lisse), ce tissu constitue une agréable solution pour l’été, à utiliser certes avec modération, mais qui peut faire un effet certain. Voir un élégant porter un costume de cette matière annonce certainement le printemps et le retour des chaudes journées ensoleillées. Traditionnellement, vous trouverez cet article chez Brooks Brothers, bien que de nombreux autres confectionneurs en vendent également.

MàJ: dans le dictionnaire du textile, on trouve aussi à l’onglet historique la définition suivante: tissus de soie, d’or et argent à l’effet ondulé originaire de l’inde et destiné aux habits de cérémonie. Il fut importé en Europe aux alentours de 1746 et devint très recherché à la cour du roi louis XV(1764) – dictionnaire international des tissus.article du journal du textile du 6 avril 1998. Voilà qui n’est pas forcément contradictoire avec son histoire anglaise.

Stiff Collar publié!

Vous en avez peut-être entendu parlé au détour des blogs et autres forums, le dernier numéro du magazine Métiers d’Art pour Mars/Avril se penche sur le métier de tailleur! Et à cette occasion, j’ai eu le privilège de collaborer modestement avec la rédaction, pour fournir croquis et autres schémas, qui font depuis les origines l’essence de ce blog!

La première page (p.25) présente deux schémas, le plan de découpe d’une veste sur un drap et une planche documentaire récapitule les étapes de la mise sur toile:

1- Devant de la veste; 2- Petit Côté; 3- Dos; 4- Passepoils; 5-Parmenture de la poche poitrine; 6- Poche poitrine; 7- Garniture intérieure; 8- Dessous de manche; 9- Dessus de manche; 10- Couvre col.

La deuxième (p.47), faisant face aux commentaires sartoriaux de Lorenzo Cifonelli, reprennent de nombreuses figurines ayant beaucoup plu aux journalistes, les voici:

Certains de ces personnages avaient été publiés ici, beaucoup d’autres proviennent d’un album Facebook où ils sont allés fureter, à raison, et où j’avais pris l’habitude de caricaturer des amis dans leurs tenues de travail!

Pour ce qui est du fond éditorial proprement dit, je suis quelque peu déçu par la recherche qui a été menée. Finalement, ce dossier TAILLEURS se réduit à une peau de chagrin lorsque l’on retire tout ce qui ne le concerne pas, à savoir les rencontres avec les stylistes et autres ‘designer de vêtement’.

Le reportage chez Camps reflète que l’ambiance y est certes agréable (embauchez moi:), mais n’en dit pas plus sur le métier. Je m’attendais véritablement, de la part de Métiers d’Art magazine, à une somme encyclopédique sur le sujet, faisant un point à un instant t du métier en France. Même si les pages drapiers, opéra bastille et tailleurs militaires (qui seront d’ailleurs supprimés à l’Ecole Militaire en 2011 par décret du SGA) me semblent honnêtes dans le lot, je n’ai absolument pas compris les histoires avec Udo Edling ou Gaspard Yurkevitch qui me semblent hors de propos.

Bref, un numéro grand-public sur le sujet, mais heureusement, de nombreux blogs de qualités sont cités dans le carnet d’adresse, reprenons les, vous y trouverez des détails complémentaires :

Évidemment, la liste est trop courte… Sur ces blogs et sites internet, vous pourrez compléter et poursuivre votre éducation de parfait gentlemen, connaisseurs et hommes de goût. Ce travail souvent collaboratif et toujours généreux (dans le sens de la gratuité aussi, c’est important) devient incontournable de nos jours, tant la masse de savoir-faire est importante et diffuse. Maintenir vivante une tradition et la mettre en lumière passe par ce biais. Ici, nous pouvons dénoncer abus et tricheries commerciales, expliquer arts et sciences des métiers, applaudir hommes et savoir-faire!

Merci encore à Priscille de Lassus et Anna Serwanska, rédactrices à Métiers d’Art magazine.

Julien Scavini

Du choix de la bonne laine

Le grand drapier anglais Holland & Sherry inaugurait la semaine dernière son grand et nouveau showroom rue de l’Echaudé dans le quartier de Saint Germain des Près à Paris. Ce nouvel espace qui fait la part belle aux tissus d’ameublement ne doit pas faire oublier l’origine de la marque, qui est l’une des plus renommée qui soit. C’est l’occasion de se pencher sur cette question du tissu de costume.

Car l’un des critères prépondérants en ce qui concerne l’achat d’un nouveau costume est son tissu. Quelle matière choisir d’abord et quelle couleur éventuellement. Dans cette quête de perfection et de qualité, les drapiers justement nous viennent en aide. Un drapier est un acheteur et/ou un fabriquant de laine. Ils sont nombreux, Holland & Sherry donc, mais aussi Harrison of Edinburgh, Robert Noble ou Moxon pour les anglais, Dormeuil en France , Scabal en Belgique, Loro Piana, Zegna ou Vitale Barberis Canonico chez nos amis italiens et Gorina (Certain) pour les espagnols. Notons que les anglais et les italiens mènent la danse, en terme de fabrication ou d’innovation.

Les critères de sélection d’une laine de costume sont:

  • le toucher
  • le tomber (le poids)
  • la résistance
  • la finition (teinture notamment)
  • la qualité générale

Alors autant le dire tout de suite, la laine est une produit couteux, dont les prix varient de 40€ HT/m à 4000€ HT/m pour la vigogne par exemple. Et la laine est un produit vivant aussi, à l’instar du cuir. Une bonne laine provient d’un bon mouton, élevé dans un bon terroir! La chaine de production est également peu mécanisée encore, le tri de la laine (du ventre au dos du mouton) étant le plus souvent réalisé à la main. Ensuite les laines sont lavées pour certaines, afin de retirer les suints du mouton. Après tissages, les laizes subissent des finitions, coutant entre 2 et 4€ HT/m. Certains cachemires tissés en écosse sont mêmes frottés avec de véritables chardons pour obtenir une qualité optimale. Quant aux flanelles, elles sont lavées en tambour pour faire feutrer leur surface. Ces petits traitements de surface sont des triches des drapiers pour améliorer l’esthétique du tissu; esthétique qui s’estompe (rassurez vous, j’amplifie la réalité) lors du décatissage (action de laver ou de passer à la vapeur les laizes avant de les travailler, pour qu’elles rétrécissent en position normale).

Les deux grandes manières de tisser les laines sont la toile et la serge. Évidemment, la toile est plus estivale, car plus aérée. Cette toile présente un maillage simple: un fil sur l’autre, l’un après l’autre, c’est la plus basique. La serge (ou le sergé) présente en revanche un effet de diagonale. Les tissus fil à fil sont par exemple des toiles teintes au fil (présentant donc un effet de chiné) alors que les serges sont plus souvent teintes en pièces. Le caviar se réalise dans la serge, la tête d’épingle dans la toile et le prince de galles dans les deux pour l’exemple.

Le choix de la bonne laine chez son tailleur ou son confectionneur est avant tout un problème d’éducation du client. Pour un usage normal, prenez toujours une de plus de 300gr, minimum 280gr. Une 180gr est pénible à travailler en artisanat et par ailleurs, tous les confectionneurs confondus, gonfle avec l’humidité ambiante et qui plus est la pluie. Le travail se détruit!

Par ailleurs, la grand mode actuellement est de parler de laine super 100’s ou autres. Autant le redire, c’est une absurdité! Donc révisons: la longueur de fil qu’il est possible de tisser à partir d’un kilogramme de laine se définie comme suit:

  • super 100’s, dans 1kg de laine non tissée se trouvent 100km de fils,
  • super 150’s, dans 1kg de laine non tissée se trouvent 150km de fils.

Le diamètre de la fibre ensuite: super 100’s= 18,5 microns; super 150’s= 16 microns; super 220’s 12,5 microns. Mais le poids du tissu, généralement mesuré en gramme par mètre linéaire, ne dépend pas la qualité du tissu. Un super 120’s peut aussi bien avoir un poids de 220gr ou de 400gr! Cela ne préfigure par la laine finie, seulement son fil, donc c’est un mensonge que de parler de légèreté. Cela décrit uniquement la finesse du fil utilisé. Par ailleurs, je vous recommande de voir la certification (genuine) du tissu en ce qui concerne son super XXX’s, sinon il s’agira de laine mélangée. Ceci dit, une laine en super 140’s de 300gr peut constituer une superbe solution pour un costume. En dessous de 300gr, on parlera de tissus légers, au dessus de 300gr de tissus lourds. Un tweed de campagne se trouvera du côté des 450gr et toile d’été plutôt du côté des 250gr.

Mais, chaque occasion nécessite le bon tissu. Pour ce qui est de toutes les saisons, quelque chose de moyen fera l’affaire. Il est à noter que plus l’on monte en europe, plus les clients veulent du léger -comble- ce qui s’explique par le plus grand développement du chauffage centralisé. Les laines d’épaisseurs moyennes auront une tendance naturelle à se défroisser simplement sur cintre, alors que les laines fines froissent (derrière les genoux, aux coudes) de manière visible. Si vous voyagez beaucoup, n’hésitez pas à choisir, si vous souhaitez du léger, une laine avec du polyester de type super 100’s en 230gr par exemple. Sinon, du côté du rêve, de nombreuses inventions récentes (vigogne et cachemire, ortie, bambou, mouton bio) ou anciennes (lin irlandais en 400gr) sont du plus grand secours pour varier les plaisirs. Sinon, les laines de mérinos qui sont constituées de fibres très longues et très douces sont intéressantes à considérer, de même que le mohair qui est un poil de chèvre rêche.

Nous pouvons également trouver, dans le désordre, le poil de chameau, l’orilag (chinchila/angora/laine), l’alpaga (du lama, une des plus chaude laine du monde), l’angora (du lapin), le cashgora (chèvre croisée chachemire et mohair) et enfin les laines peignées etc… Petit coup de pouce final à Holland & Sherry, je recommande fortement ses liasses victory (280gr laine et cachemire) et dakota (whipcord, cavalry twill et flanelles).

Visite à Savile Row

Voici venu le temps du récit, après un retour difficile aux réalités parisiennes et un passionnant traitement des photos du séjour. J’étais donc la fin de semaine dernière (du samedi au lundi soir) à Londres avec l’association de Formation Tailleur pour visiter le célèbre Row, invité par deux drapiers que nous apprécions, Holland & Sherry et Harrison. Le lundi matin, sous un beau soleil et malgré un petit vent du nord, nous avons arpenté cette rue, célèbre dans le monde entier et mis en avant par la perfide albion (humour) comme sa vitrine du bien fait, du fait main, du bespoke!

La première maison visitée fut H. Huntsman dont l’histoire remonte à 1849 et qui se situe au 11 du row. Il s’agit de la maison la plus chère avec des costumes aux alentours des 5000£. Leur modèle fétiche serait actuellement la veste un bouton, que ce soit en répertoire ville ou campagne. Commençons le diaporama (image cliquable):

La boutique, puis la devanture et le vestibule d’entrée. C’est ici que se décident les premiers choix stylistiques avec le client, que le tailleur écoute et analyse ses volontés et desiderata…

Le manager Peter Smith nous fait découvrir les tweed exclusifs pour H Huntsman, réédition de vieilles liasses, dans des coloris plus clairs et des poids plus légers (aux alentours de 500gr). Juste derrière les cabines d’essayages se trouvent les tables de coupe. C’est ici que les coupeurs dessinent le patronage et coupent les draps. Chaque nouveau client a son propre patron, à partir d’une veste seulement. Les gabarits sont ensuite gardés au sous-sol qui en contient pratiquement 5000.

Dans une cabine d’essayage se trouve encore un cheval d’arçon qui permet de visualiser le bon tombé des culottes de cheval et autre hunt jacket. Au sous-sol (enfin plutôt cour à l’anglaise) se situent les ateliers d’apiéceurs. C’est ici que la veste prend forme sous les mains des ouvriers apiéceurs. Enfin, au finishing se trouvait une veste curieuse faite de chutes de tweed: wonderful!

Autre tailleur, même prestige, Gieves & Hawkes sur un emplacement privilégié de Savile Row, au premier. Maison très importante, elle a su développer une gamme extrêmement importante de prêt-à-porter, même si je trouve les coupes pas très excitantes… Gieves & Hawkes est aussi connu pour être le tailleur exclusif et attitré de l’armée britannique, pour qui il réalise encore spencers d’officiers et autres tenues formelles.

Le manager de la boutique tient dans sa main ce que l’on a coutume d’appeler une bûche: après la coupe, les tissus de la veste sont roulés soigneusement avec les éléments accessoires (poches, toiles, doublures etc) pour être donnés à l’apiéceur qui réalise la veste. La bûche est réalisé par une personne dont le poste est dit de ‘saladier’. Les ateliers de Gieves & Hawkes, spacieux et propres sont remplis de jeunes apprentis, cela fait plaisir à voir! Enfin un apiéceur en train de monter une épaulette, avant le piquage des manches.

Visite ensuite chez L.G. Wilkinson, un peu derrière Savile Row, au 11, St George Street. Dans cette boutique résident en fait plusieurs tailleurs qui se répartissent les clients et les ouvriers apiéceurs, dans une sorte de coopérative bien gérée. Chaque tailleur reçoit son client, le patronne et ensuite confie le travail à l’un des ouvriers partagés. Ancienne tenue de maître d’hôtel, frac avec tablier.

Au sous-sol dont se trouvent les apiéceurs partagés. Ils exécutent un travail soigné dans une ambiance bien plus britannique et peut-être plus agréable que dans les grandes maisons. Nous noterons tout de même que le travail à l’anglaise est moins dans les détails, moins dans le tout fait main, comme c’est la règle à Paris. Entre les passements thermocollés, les points deux fois plus grand et les process hérités de l’industrie, la démarche anglaise est plus dans la recherche de l’effet que de la ‘haute couture’ et de ses détails… Différences d’approches intéressantes néanmoins!

Au premier étage de cet immeuble se sont récemment installés deux jeunes tailleurs, mari et femme, travaillant aux noms de Byrne et Burge. La volonté du tailleur principal étant de réaffecter tout l’immeuble à la pratique sartorial (comme c’était le cas avant 1950), ces nouveaux venus participent tout à fait à la réappropriation de cet adresse mythique où Churchill descendait! Ces photos montrent leur atelier, où l’on peut tout trouver pour être élégant.

Henry Poole et Co pour finir ce tour d’horizon, est la maison la plus prestigieuse au 15 de Savile Row. C’est ici que fut inventé le smoking (dinner jacket), c’est d’ici que sortent les uniformes royaux, c’est ici que les cours du monde entier s’habillaient, c’est ici que le snob V. Giscard d’Estaing se faisait tailler des costumes, bref, une adresse incontournable, à l’ancienne!

Remontant à 1781, l’épopée de la maison Henry Poole et Co se confond avec l’Histoire dont ces warrants (appointements) royaux et impériaux sont l’expression. Aux ateliers, sous l’apparent foutoir, le travail continue, avec le même soin pour le bien fait et pour la transmission. Ici aussi, de nombreux jeunes issus d’écoles de mode passent. Comment être grand styliste sans connaitre et appréhender la confection traditionnelle? Comment bousculer les codes sans les connaitres? Alexander McQueen ou Tom Ford sont par exemple passés chez Anderson & Sheppard.

Parfait exemple du mélange tradition et modernité, dans un bel esprit de continuité, une livrée royale en cour de confection. Ce modèle fut réalisé pour le couronnement de la reine Élisabeth II, pour les gardes suivants. A l’occasion du jubilé 1952-2012, toutes ces livrées sont re-réalisées, en sur-mesure bien sûr. Mais il faut trois mois pour réaliser une de ces tenues complète (jaquette + gilet + culotte), alors on prend de l’avance… La laine rouge est éditée exclusivement pour Her Majesty’s Armed Forces, sur laquelle est posée par endroit du velours de soie bleue, surmontée de galons de fils d’or, exclusivement tissés à Lyon pour la couronne. L’ensemble dort la nuit dans un coffre à cause de sa valeur intrinsèque…

Voilà pour ce petit tour d’horizon des tailleurs les plus captivant de Savile Row. Bien sûr nous sommes allés voir Anderson & Sheppard, le plus important tailleur du quartier, qui sort quelques 1500 costumes fait main par an, ce qui reste inégalé de nos jours dans le monde entier. Vous trouverez sur leur site internet (très bien fait) autant de photos que j’en ai fait. Je finirai ce petit reportage par deux visuels qui me tiennent à cœur: un passage par Jermyn Street, le paradis pour les hommes élégants et la cuisine britannique, vraiment pas mauvaise:

Dans le desordre, Turball & Asser, John Lobb, Tricker’s, Hackett, Fortnum & Mason, Ede & Ravenscroft, Trumper, Beretta, New & Lingwood, Edward Green, Hilditch & Key, Favourbrook, Cordings etc…

Fish and Chips, Sausages on mash potatoes et Kidney Pie, le nec plus ultra de la cuisine anglaise, avec une half pint de Guiness (parcequ’il faut être modéré): parfait!

J’espère que ce bref aperçu du Londres Gentlemen vous aura plu. J’ai tenté de photographier les ateliers le plus clairement possible, pour vous rendre compte de l’admirable travail de patience qui s’y réalise quotidiennement depuis presque 200 ans maintenant pour certains!

Julien Scavini

Petit délai

Bonjour,

vous vous demandez certainement pourquoi il n’y a pas eu de publication lundi soir (jour que je consacre à cette activité) et vous avez raison, mais pourquoi! Figurez vous que j’étais en déplacement à Londres -capitale ô combien importante aux yeux des tailleurs- avec mon école d’apiéceur pour visiter notamment la célèbre Savile Row!

Je prends le temps d’organiser mes photos et vous poste le billet aussi vite que possible!

Par ailleurs, notez dans vos agendas que l’Association de Formation Tailleurs (AFT) fera portes ouvertes. Les lundi 15, mardi 16 et mercredi 17 mars 2010, l’Association Formation Tailleur ouvre ses portes de 10h à 18h. Exceptionnellement, cette année, vous pourrez découvrir, outre le métier de tailleur sur mesure pour homme, plusieurs autres métiers artisanaux liés au secteur de la mode (couturier, bottier, chapelier, entre autres). En effet, le 15 mars 2010, cela fera exactement 5 ans que l’AFT existe, occasion de fêter dignement cet événement et célébrer l’artisanat d’art de la mode en général. Je vous invite donc à venir fêter cet anniversaire avec nous lors de nos Journées Portes Ouvertes.

A Baskerville

L’avalanche de sports olympiques à la télévision m’a poussé à déserter France 3 qui ne diffuse plus l’inspecteur Barnaby ces temps-ci et à me réfugier sur le câble, et notamment sur Paris Première qui programmait en février un cycle Sherlock Holmes. Nous avons évidemment eu le droit au Chien des Baskerville, dans une adaptation miteuse. Mais cela m’a rappelé l’excellent opus réalisé par les productions Hammer en 1959. Penchons nous ce soir sur cette réalisation.

Connu pour ses collections de films d’épouvantes, la société Hammer mit aux commandes le réalisateur Terence Fisher pour l’adaptation cinématographique de la plus célèbre œuvre de Sir Arthur Conan Doyle. Tourné au royaume-uni et notamment dans le Surrey, il fut brillamment mis en scène, avec soin et dans les détails. La distribution est également notable avec Peter Cushing dans le rôle de Sherlock Holmes et André Morell dans celui du célèbre docteur Watson. Notons également la présence à l’écran du grand Christopher Lee qui confère à Sir Baskerville un je ne sais quoi d’aristocratique.

L’intérêt des réalisations autour des histoires de Sherlock Holmes réside dans la recréation d’une époque révolue et surtout fantasmée en terme d’élégance et de décorum. Le début du siècle précédent fait l’objet de restitution souvent méticuleuses, dont l’expression ultime est le manteau à pèlerine (appelé MacFarlane) et la pipe recourbée; de même que l’ambiance belle époque, ses minuscules machines à vapeurs et ses véhicules hippomobiles. D’excellentes séries télévisées ont recréé ces temps passés, et aussi certains films, avec plus ou moins d’authenticité.

Même si elle a vieilli, l’adaptation de la Hammer propose dans tous les domaines une vision clair et précise du roman. La lande est parfaitement restituée, avec sa brume et ses mystères à la limite du surnaturel; et les intérieurs, pour la plupart (je pense notamment au presbytère du vicaire) sont tout à fait charmants dans leur cosyness. Pour les costumes, Molly Arbuthnot a fait des propositions convaincantes en terme d’élégance campagnarde. Voyez plutôt:

Dans l’ordre, le docteur Watson porte un complet à veste Norfolk typique. Cette pièce tailleur est l’expression par excellence du vestiaire extramuros. Ses larges poches plaquées à soufflets sont retenues par des bretelles intégrées qui meurent dans les plaques d’épaules. Il s’agit d’un veston très résistant, dont le dos est souvent pourvu de repli d’aisance. Le docteur porte également une chemise à col à pointes rondes.

Holmes quant à lui porte une curieuse veste, à mi chemin entre la Norfolk et la classique à poches à rabats. Notons surtout ce long trottoir (on dit comme cela) qui borde les devants. A l’instar des autres personnages, le veston arbore quatre boutons. La chemise ne doit pas être vu de trop (elle est encore considérée comme un sous-vêtement) mais surtout il s’agit d’avoir chaud, sur la lande de Baskerville et ailleurs. L’un des traits notables de Holmes est aussi ce nœud papillon engoncé sous le col de la chemise et la casquette à double rabats, autrement appelé deerstalker à oreillettes. Si son port en ville est hilarant, il n’en demeure pas moins un excellent moyen de se couvrir les oreilles de la bise.

Enfin sir Baskerville arbore dans le film une tenue délicieusement désuette, à savoir une hunting jacket. Plus précisément, il s’agit d’une veste de cheval dont la réalisation est un chef d’œuvre tailleur: la pièce à taille. A la différence d’une veste traditionnelle, la pièce à taille possède une couture horizontale à la taille qui meure dans le dos au niveau de boutons et d’une longue fente centrale (à l’instar des jaquettes et queues de pie). Cela confère à la veste un tombé plus flottant avec une jupe et des basques évasés.  Il complète l’ensemble avec un jodhpur en cavalry twill à bas volet et un gilet croisé.

Dans tous les cas, Le Chien des Baskerville dans cette adaptation reste un must-see sartorial, bien loin du vulgaire épisode actuellement au cinéma. Chaque détail peut-être analysé, de quoi compenser évidemment, l’intrigue et l’épouvante depuis longtemps éventées!