Elégances de circonstances

La marque britannique T.M. Lewin m’a récemment écrit pour me soumettre une question intéressante : comment s’habiller le vendredi soir pour aller au pub…

De prime abord, je dirais qu’il n’est pas facile de répondre à cette question pour un français. Car si les bureaux de la City se vident tous les vendredi à 16h et que tous les pubs se remplissent alors au rythme d’une marée montant au galop, les habitudes en France et à Paris sont bien différentes. Il n’existe pas chez nous une telle sociabilité, à part épisodiquement.

Après réflexion, je pense que ce questionnement renvoie d’une manière plus générale à la notion d’élégance au XXIème siècle. Qu’est-ce qui fait l’élégance?

Je répondrais à la manière d’un axiome : la situation.

Bien sûr, en 1880 comme en 1950, on s’habillait déjà pour une situation donnée. Mais le répertoire des vêtements portables était réduit aux formes tailleurs (veste, pantalon, gilet en laine, lin ou coton) à peine hybridées.  De nos jours, le répertoire est bien plus large, il est même protéiforme. Aux vêtements tailleur, il est possible d’adjoindre une large palette de vêtement, légèrement décontractés, très décontractés voire carrément sport, issus d’industries de plus en plus technicisées.

Ainsi, on pourrait se rendre au pub tel que l’on sort du travail, en costume. En retirant sa cravate et en laissant le col ouvert? Oui. En arborant un petit papillon? Oui aussi, ça change. On pourrait aussi changer simplement de veste, pour arborer un modèle plus court et plus fantaisie, au tissu fait de beaux carreaux par exemple…

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Pourquoi avec le même costume ne pas mettre un paire de basket? C’est très confortable aussi? Au Pitti Uomo, c’était la grande tendance la semaine dernière.

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Ceci dit, si la soirée s’allonge et s’anime, il peut ne pas être confortable de rester en costume. Et le costume, surtout s’il vient du prêt-à-porter n’est pas conçu pour endurer des efforts importants, de la transpiration, de la fumée de cigarette ou des gouttes de bière. Dès les début du siècle, c’est exactement la même idée de situation qui amena les riches aristocrates à troquer la queue de pie pour le smoking, plus court et/donc plus pratique.

Peut-être pourrait on alors garder le pantalon du costume et remplacer la veste par un blouson de type aviateur? C’est une vêtement simple et pratique, que l’on peut poser sur un dossier de chaise ou rouler en boule dans un coin. D’une couleur bien choisie et avec un intérieur chatoyant en tartan, par exemple marine ou beige suivant le pantalon, il convient bien à cette situation à mi-chemin entre le bureau et la maison. Je pourrais proposer également de prendre une veste matelassée type Barbour, mais cela fait un peu trop paddock pour une sortie de bureau un vendredi soir.

Si l’on a un petit sac de avec soi, il est possible d’emporter un pull à col roulé, c’est très Steeve McQueen.

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S’il fait une petite fraicheur et que l’on aime pas le blouson, je pense qu’il faut s’intéresser aux mailles. Vêtement phare du siècle à venir (par sa facilité de fabrication, de vente et d’entretien), les mailles sont très versatiles et variées.

Évidemment, à la sortie du bureau et toujours en gardant son pantalon de costume, il est possible de remplacer la veste par un joli cardigan. Simple et efficace, il permet de grandes combinaisons de couleurs et donne de l’allure. Il est le juste milieu entre formalisme et décontraction moderne.

Un simple pull coll V ou un sweater à col châle pour l’hiver conviennent parfaitement aussi.

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Par ailleurs, une question se pose : est-il raisonnable de conserver sur soi le pantalon du costume, alors que c’est la pièce qui craque en premier. Good question !

Il me parait assez évident d’un pantalon confortable et décontracté est en coton. Le chino est apprécié pour son élégance tempérée depuis presque 50 ans. Certes, il oblige a changer de tenue au bureau. Pas très pratique sur le moment, mais tellement plus commode ensuite. Avec un chino beige, vous pouvez même garder votre veste de costume marine, ça marche ! C’est pas l’idéal, mais avec une belle pochette, personne ne vous reprocherait d’être négligé.

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Vous le voyez ainsi, il existe une très large palette de possibilité, du plus proche au plus éloigné de la tenue du matin pour travailler. L’élégance est facile si l’on vit calmement, entre chez soi, son bureau, son club et avec un chauffeur. Pourtant, ce n’est pas un problème d’argent. Car le vrai luxe de nos jours, c’est le temps. Le temps de se changer en l’occurrence pour chaque situation. De manière franche ou imperceptible. Mais changer quand même. Certes il faut y penser un peu, mais alors, chaque situation devient plus confortable et plus agréable. C’est bien le bénéfice de l’élégance, se sentir à l’aise et plein de confiance en soi à chaque instant. Les bons et beaux vêtements au bons moments!

Belle semaine, Julien Scavini

 

 

L’importance de la fabrication

Un lecteur régulier de Stiff Collar m’a récemment envoyé un mail dans lequel il me présentait deux photos de Simon Crompton, célèbre éditeur de Permanent Style. Sur ces photos, on voit donc l’élégant anglais habillé de deux costumes classiques et très semblables.

Ils sont semblables pour une bonne raison, ils ont été coupés par le même tailleur, à savoir Whitcomb & Shaftesbury. Les costumes une fois coupés ont suivi deux schémas de fabrication différents. Le premier à gauche a été cousu dans un atelier situé en Inde tandis que le second a été monté à Savile Row dans le propre atelier du tailleur.

Cette option donnée au client peut être intéressante mais elle est difficile à mettre en œuvre. Je vous dirais pourquoi.

Notre aimable observateur m’interroge donc pour savoir si je vois une différence à l’œil, ou pas, si les épaules paraissent plus tombantes ou la poitrine plus drapée.

J’ai bien écarquillé les yeux sur ces photos pour percevoir une différence. Car au delà des couleurs et de la luminosité différente, peu de choses ressortent différentes. Je note que le cran de revers à droite (en grande mesure) est plus joli et équilibré que le cran de revers réalisé en Inde (on ne sait pas quel est le niveau de mécanisation ou pas de cet atelier du reste), qui est trop grand, trop ouvert. Je note aussi que la courbe du bas de la veste est plus élégante à droite, légèrement plus ronde que l’autre. La poitrine apparait imperceptiblement plus bombée à droite aussi et plus tendue à gauche. Et c’est tout. Les têtes de manches sont pareilles et les épaules franchement similaires.

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Il faut aussi penser au confort et à la souplesse, chose que nous ne pouvons pas juger là. Or, d’un atelier à l’autre, ces points peuvent varier.

Si fabriquer un pantalon ou une chemise est assez facile et que n’importe quel atelier dans le monde peut y arriver plutôt bien, faire une belle veste, c’est autre chose. Car il y a un tour de main ! Et celui-ci ne s’acquiert que très lentement, que vous fassiez une veste artisanalement ou en usine.

Je suis très proche de mes ateliers, italien ou d’Europe de l’est. Mes visites fréquentes m’ont appris une chose : gérer une chaine de montage est un sacerdoce. Il faut une vraie expertise. Bien sûr en textile mais aussi en organisation et en méthode. Et plus le travail est répétitif et cloisonné, plus la qualité augmente, c’est la régularité. L’organisation, le phasage et le découpage du travail fait aussi le tour de main, que vous soyez dans un petit atelier parisien ou dans une grande usine.

Ainsi, à partir de la même coupe, il est possible d’obtenir deux vestes différentes. Cela dépend de la façon d’entoiler, de la manière de piquer l’épaule et son embus, de comment est cousu l’ourlet ou de la méthodologie pour monter la manche par exemple. A partir de la même coupe, vous pouvez avoir une merveille comme un truc inconfortable.

Rien qu’au niveau des fournitures (fonds de poches, thermocollants divers, toiles, droits fils etc…), les qualités (et le poids) peuvent varier. Telle usine de mauvais goût va utiliser des thermocollants supra-rigide (à la mode dans les années 80) et telle autre utilisera des techniques avancées pour rigidifier de manière pondérée et différente suivant les zones du veston.

Pour aller plus loin, l’idée de copier une veste est encore plus saugrenue. Car à partir des mêmes mesures, il est possible d’obtenir des coupes différentes. Je le redis bien, il est possible de mesurer deux vestes, exactement identiques, mais aux coupes pourtant différentes. Certaines galbent plus le devant, d’autres emboitent plus le bassin etc… A part en démontant le vêtement pour en tirer le patronage, copier par relevé de mesure ne donnera rien.

Ainsi, un grand tailleur parisien s’est un jour vu proposer par Ralph Lauren lui-même de reproduire une veste qu’il adore. Peine perdue, ce tailleur émérite déclina. Un, la coupe est spécifique, deux, le tour de main est propre à chaque tailleur. Et comme le tissu n’est pas du béton, chaque veste est en plus un peu différente, même montée par la même personne.

Enfin, pour revenir sur cette bonne idée, pourquoi ne pas couper une veste à un endroit X pour la faire monter à un endroit Y? Tout bonnement car la couture renvoie à de nombreuses questions normatives : valeur de couture, repères (crans) de montage, compréhension de l’ordre de montage, aller et retour entre les essayages et la fabrication. Souvenez vous des déboires chez Airbus pour réaliser l’A380. Allemands et Français n’avaient pas les mêmes logiciels. Et bien là c’est un peu pareil. Il faut que le monteur comprenne le travail réalisé par le coupeur, et inversement. Car une chaine de montage, petite ou grande, reçoit son travail à exécuter d’une manière réglée, normée. Il ne faut pas croire, même en grande mesure, le travail de gestion de l’atelier est très important, pour que tout l’orchestre joue la même musique.

 En bref, il faut bien dire et répéter que la couture reste un art difficile et variable. S’il fait chaud au moment de la couture, la toile va frisoter. S’il fait humide, elle gonflera. Si l’ouvrier est dans un bon jour la poche sera superbe ou l’inverse.

En tout et toujours, les hommes cherchent à annuler la variabilité, à rendre lisse et homogène. Hélas rien n’est jamais parfait et surtout le textile. A quoi bon. Le charme vient aussi de l’irrégulier et pas toujours du trop réfléchi. On peut chercher la perfection, il faut alors le faire en toute chose. Je connais pourtant peu de tels humanistes. Tout fini au même endroit, relativisons.

Deux couleurs ‘very british’

La science des couleurs est un domaine très érudit. Chaque teinte renvoie à la fois à la technique (chimie de fabrication, d’hier à aujourd’hui), à la psychologie et aux histoires, grandes et petites. Il y a bien sûr l’Histoire qui rattache bien souvent les couleurs à des époques, à des mœurs, à une sociologie et les petites histoires et significations, renvoyant le jaune à la tromperie ou le blanc à la pureté. Michel Pastoureau s’est livré à de très nombreuses études sur le sujet, couleur par couleur.

En textile, les couleurs sont particulièrement importantes. Y compris de nos jours, elles sont signifiantes. C’est ainsi que le marine et le gris sont plutôt associés à des mises urbaines alors que les couleurs de feuilles sont plus synonymes de décontraction. Les stylistes travaillent particulièrement la palette des collections, pour faire ressortir une humeur. La marque Aigle utilise certaines teintes, la maison Raf Simons d’autres.

Les anglais ont développé une bonne part du vestiaire masculin dès le milieu du XIXème siècle. De chez eux sont venues les tendances, les coupes, les matières. Et toujours à l’heure actuelle, sans nous en rendre forcément compte, nous utilisons ces couleurs anciennes et très référencées. Farrow & Ball, célèbre fabricant de peinture donne toujours l’histoire de ses teintes, ce qui est passionnant à lire.

J’en retiens deux : la couleur Lovat et la couleur Maroon.

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Lovat. Son origine n’est pas très claire. Il existe en Angleterre une rivière portant ce nom et depuis très longtemps, le terme est associé a une couleur distinctive du tweed, un vert à peine éteint de bleu, un peu poussiéreux. Son lien avec le tweed viendrait de Lord Lovat (tout à toujours un rapport avec un honorable gentleman au Royaume-Uni) qui vers 1870 aurait popularisé les tweeds faits de plusieurs fils teintés différemment (ce qui donne une grande profondeur à la teinte, typique encore des tweeds de Harris).

Couleur qui passe inaperçue dans les liasses des drapiers, elle est pourtant très répandue. Plus douce que le vert sapin ou le vert kaki, elle permet un juste dosage de vert, presque tendre, pas loin du vert mousse et du vert sauge, qui fait merveille autant pour un pantalon de coton que pour une veste en laine. C’est une nuance douce, idéale pour le textile, à la différence du vert pomme ou des verts acidulés plus compliqués.

La couleur Lovat a pour principal intérêt de n’être pas trop saisonnière. Ainsi, cette teinte peut être aussi bien utilisée l’hiver pour du tweed que l’été, pour un lainage léger. Car si elle n’est pas trop unie, des nuances bleu canard peuvent apparaitre dedans, ce qui éclaircit la mise.

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Maroon. L’étymologie anglaise est connue. C’est un mot qui vient du français marron, le fruit du châtaignier, terme lui-même dérivé de l’italien ancien marrone.

En France, le marron renvoie à diverses couleurs, pas bien définies. En effet, le marron peut être très chaud (proche du rouge) ou très froid, voir même allant du clair (comme la chamois/brun/feuille de tabac) au très foncé et très éteint (écorce de vieil arbre). Le terme est donc assez générique.

Le Maroon anglais est plus normé et son apparition remonte à 1789. Il s’agit d’une teinte de marron où le rouge est très présent. Nous appellerions cette couleur ‘Bordeaux’ bien qu’un peu différente à mon avis.

Cette teinte, sans vous en rendre compte, est extrêmement présente en textile et surtout sur les velours et les pulls. C’est le fameux lie-de-vin si présent dans les rayons et parfait l’hiver en association avec du tweed.

Couleur ni-franche ni-éteinte, juste teinte, le Maroon a un historique chargé. Il fut choisi par les armées du monde entier durant la seconde guerre mondiale pour réaliser des bérets. La liste de pays est impressionnante.

Le Maroon est également une peinture très utilisée dans les transports. Un nombre importants de compagnies ferroviaires utilisaient celle-ci (chez nous, le vert wagon-lit est plus courant jusqu’à la seconde guerre mondiale, après le TransEuropExpress, le Mistral et les motrices BB de la SNCF ont longtemps porté cette nuance proche du violet en plein soleil). Par ailleurs, si elle est un peu tombée en désuétude pour les voitures, les constructeurs automobiles ont très longtemps misés sur cette teinte. Souvenez vous des années 50 à 90, d’Opel à Rover en passant par Bentley et Peugeot (pensez à la 504 ainsi peinte), tous proposaient cette coloration !

Alors, pensez-y lorsque vous consulterez des liasses de tissus, les teintes ont aussi une histoire !

Bonne et pluvieuse semaine. Julien Scavini

Les souliers en cuir, métaphore automobile

Petit article humoristique ce soir, en forme d’interrogation.

De nos jours, les produits sont des consommables. Mais au delà d’être consommables et jetables, ils sont aussi – et heureusement – plus confortables. C’est le bénéfice du progrès.

Prenons une paire de souliers classiques en cuir. C’est un objet magnifique et c’est un objet fabriqué avec une grande technicité. Un soulier en cuir dure des années, pourvus qu’on l’entretienne bien : changement de talons et de patins réguliers, alternance régulière des modèles, pose de fers etc…

Pour autant, nombreux sont les messieurs qui se plaignent d’avoir mal au pieds. Moi le premier. Les américains ont compris ça depuis longtemps, regardez les avec leur baskets. Les italiens ont encore mieux compris ça, admirons les avec leurs souliers classiques à semelles de gomme.

Il est possible de ne pas avoir mal au pied dans une chaussure classique si on y met le prix. Le jour où j’ai acheté mes premières Alden (dans la bonne pointure), j’ai découvert le grand confort. Pied bien tenu, voûte plantaire soutenue, semelle moelleuse.

Pour autant, est-ce que c’est la chaussure que je prends pour partir en voyage et pour arpenter les rues des sites touristiques où je me rends? Eh bien non. Pour plusieurs raisons:

– c’est un soulier lourd dans la valise

– je ne suis pas tout à fait sûr du confort pendant une journée entière de marche

– je ne voudrais en aucun cas abîmer le soulier ou rayer la surface du cuir (très important !)

– une paire de baskets légère genre Le Coq Sportif est bien plus confortable

– ça fait bip bip au passage de la sécurité à l’aéroport (soit à cause des œillets, soit à cause de je me demande bien quoi)

Car admettons le, une paire de petites baskets est bien plus agréable. Un ami est récemment venu me voir à la boutique pour une commande. Il a travaillé chez Corthay et dans de nombreuses maisons de cuir et est toujours habillé d’élégants pantalons de laine ou de coton que je lui fais, taille haute. ll avait aux pieds une paire de New Balance. Quel amusement : « eh bien j’en ai marre d’avoir mal au pied » m’a-t-il répondu. Et le fait est. Je conseille à ceux qui n’ont pas essayé : associer la basket (molle et confortable) au pantalon de laine légère (mou et confortable), c’est le pied. Bon d’accord ce n’est pas très présentable. Mais mais mais, c’est rudement agréable.

Je vous rassure, je ne travaille pas encore comme ça, on est pas chez Cucinelli ici !

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Et cette réflexion m’en a inspiré une autre, que je vous laisse méditer. Je suis assez amateur de voitures de collection, le genre grosses berlines anglaises. Comme notre ami Chato Lufsen qui lance actuellement son affaire de cravates et de boutons de manchettes.

Les voitures d’aujourd’hui sont confortables. En plus, elles se pilotent un peu toute seule grâce au régulateur de vitesse, à l’aide au stationnement et à la boite automatique. Elles sont formidables et la sellerie très agréable. En plus elles consomment peu et sont d’un entretien très raisonnable. Et on les garde au final assez peu, une génération faisant passer la précédente pour ringarde tous les cinq ans. C’est ainsi.

D’un autre côté, les vieilles voitures sont belles. Magnifiques même. De vraies sculptures avec leurs chromes, leurs pneus à flancs blancs et leurs poupes plongeantes. Une Rolls Silver Dawn ou une Bentley S2, mais quelles beautés frissonnantes!

Pourtant, elles consomment 20L au cent pour certaines, elles sont capricieuses, dures à conduire et à freiner et leur entretien est incessant. Il faut changer l’huile, graisser les bielles, surveiller les raccords, entretenir les cuirs (ça me rappelle quelque chose), etc… En plus, l’intérieur est même pas plus confortable que ça et les ceintures de sécurité absentes.

A l’issu de ce match, le gentleman raisonnable ne sait comment choisir. Entre l’ultime et difficile beauté ou entre le confort et la relative praticité.

Autant de parallèles qui m’ont amusés.  Les propriétaires telles mécaniques sont rares et forment une élite automobile. Les propriétaires de souliers bien entretenus avec passion sont aussi rares. Nous sommes des amateurs éclairés ! On sait comment les entretenir et comment oublier le mal de pied. Nous avons un savoir-faire et en connaissons les avantages et les limites. Et comme sur les belles mécaniques anciennes, on sait qu’un beau cou de polish (pardon de cirage) rend l’objet sculptural !

Reste à dire, que le gentleman raisonnable utilise les deux (enfin s’il en a les moyens, pour ma part pas encore). La grande Jaguar le week-end (en fait, des Edward Green en semaine) et une petite Peugeot en semaine (en fait, des Adidas le week-end)! Ouf.

Et comme les grandes anciennes, les souliers existent parfois bicolore 😉

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste de cocktail

C’est la saison ! Et les mariés sont nombreux à visiter les échoppes des tailleurs. Si le costume classique, deux ou trois pièces se taille la part du lion, certains ont envie d’autre chose. Bien sûr, il y a la classique jaquette. Il y a aussi le smoking. Même si canoniquement le smoking est plutôt une tenue du soir, je ne suis pas particulièrement contre son port en journée pour une telle occasion. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, et un smoking, c’est très joli et c’est un bel effort pour changer un peu.

Au cours de la discussion au sujet du smoking reviennent souvent deux interrogations. La première concerne cette fameuse couleur noire et son utilisation en pleine journée. La seconde renvoie à la réutilisation de ce vêtement.

Porter du noir en pleine journée est en effet quelque peu curieux. En particulier si le mariage a lieu en plein été avec une forte dominante d’extérieurs (apéritif, diner). Cela renvoie à l’usage du smoking, qui est en effet un vêtement semi-formel (pour de ne pas dire complètement formel de nos jours), qui est plus en usage le soir en intérieur, opéra ou grand diner.

La matière du smoking permet pourtant son utilisation en extérieur en pleine chaleur. Car son drap est souvent constitué de laine et de mohair, le rangeant dans la catégorie des laines aérées. Car si le grain de poudre classique est 100% laine et souvent lourd, les drapiers proposent depuis longtemps des mélanges plus légers et frais.

Par ailleurs, si quelques élégants ont l’occasion de porter le smoking de temps à autre, pour des galas, des congrès ou même des soupers intimes, il est assez rare en France de sortir ce vêtement. C’est bien dommage du reste. Il y a donc deux catégories de messieurs : ceux qui savent immédiatement qu’ils auront souvent usage du vêtement et les autres, qui ont envie d’un costume de mariage différent de celui du travail mais qui se demandent si le smoking est bien indiqué.

Je leur conseille alors de s’intéresser à la veste de cocktail. En particulier s’ils me décrivent un mariage pas trop formel. Le principe est simple. On garde le principe du smoking : chemise blanche, pantalon (sans galon), souliers et papillon noirs. S’ils ont quelques moyens, on réalise la veste de smoking pour la mairie par exemple.

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Dans un cas et pour faire une économie sur l’ensemble, j’ai conseillé au jeune homme d’acheter un costume noir dans son magasin habituel, pour qu’il puisse l’utiliser au travail, et nous avons brodé sur le haut, c’est à dire la veste.

Car une fois vêtu ainsi, il reste le plat de résistante, la veste !

Notons que le pantalon peut être bleu nuit également.

Et là les possibilités sont infinies. Je conseille souvent de regarder quelques bons James Bond avec Sean Connery pour trouver l’inspiration.

Dans les années 60, ces vestes du soir étaient très à la mode. La matière reine était le shantung ! Il s’agit en fait d’un taffetas ou d’un doupion lourd de soie sauvage. Son effet cannelé (comme le reps de soie) et sa texture grossière et souvent irrégulière est très plaisante. La plupart du temps, le shantung est teinté de couleurs vives. Ainsi, une veste de cocktail en shantung peut être bleu lagon ou rouge rubis.

Cette veste peut aussi être réalisée dans un beau velours de coton et soie. Dormeuil en propose de très jolis par exemple. C’est un peu plus chaud, je le concède. Mais si la veste est destinée uniquement à la fin de journée et au diner, c’est sublime.

Pour être plus simple, il est possible de recourir à des tissus légers et des mélanges luxueux, comme le lin ou le lin et soie. Les drapiers proposent des quantités de tissus élégants pour réaliser des vestes. En France, les clients sont très frileux à choisir des couleurs ou des motifs un peu amusant. Pourtant, pour un mariage, c’est bien l’occasion de s’amuser !

Cette veste de cocktail peut avoir un col en pointes ou un col châle et pas de rabats aux poches. C’est simple et efficace.

Enfin, pourquoi est-ce que je trouve cette option intéressante?

1- Car elle permet de s’amuser avec une couleur et une coupe inhabituelle

2- Car elle permet d’utiliser une base simple (pantalon et souliers noirs, chemise blanche)

3- Car elle peut être réutilisée.

En effet, il est facile d’utiliser au quotidien le pantalon noir (je ne fais pas partie des gens qui portent cette couleur habituellement, et Stiff Collar se bat contre le noir. Mais mettre un pantalon noir au travail avec un col roulé anthracite n’a rien de déshonorant). Et la veste de cocktail fera merveille dans de nombreuses soirées, accompagnant aisément un jean si on veut. C’est une pièce forte et pas commune, certes. Tom Ford le premier a remis cette idée au goût de jour et de nombreuses stars d’Hollywood comme Ryan Gosling ont suivi, attirés je pense par le changement. Mais un changement élégant! Car quel plaisir de sortir un tel vêtement en certaines occasions, vous ne pensez pas? Bref, la porte ouverte à l’amusement. Il ne faut pas s’en priver !

Bonne semaine, Julien Scavini

Revue de bande dessinée : La Théorie Du Chaos

Au cours de ce long week end passé à me reposer, j’ai eu le plaisir de lire du bande dessinée sortie en 2009 et intitulée La Théorie du Chaos. Publiée chez Glénat, elle est l’œuvre de Didier Convard pour le scénario et de Jean-Christophe Thibert pour les dessins. Et quels dessins ! je vais y revenir.

Cette bande dessinée ravira tous les amateurs de ligne claire, dans la droite ligne de Blake et Mortimer. Le scénario lui-même pourrait servir de trame à une aventure de nos deux compères anglais. Sauf qu’ici c’est les services secrets français qui sont à l’œuvre et les héros sont Kaplan et son ami scientifique Masson. Dans la France des années 50, les rebondissements sont nombreux et la narration haletante.

Les dessins de Jean-Christophe Thibert ont pas ailleurs reçu toute mon attention. Car si au début j’ai trouvé l’ensemble un peu trop léché (le papier satin semi brillant y est pour quelque chose, un papier canson eut été préférable de mon point de vue), un examen plus attentif m’a révélé une véritable pépite. L’homme est amateur de sciences et de techniques. Cela se voit. Il dessine à l’envie voitures, avions, bateaux, trains etc… L’architecture n’est pas en reste, avec des intérieurs brillants et des maisons de grand style. Un nouveau Jacques Martin en sommes, sur les traces de Lefranc, où tout était déjà dessiné avec une grande minutie.

Mais là où Jean-Christophe Thibert dépasse beaucoup d’autres dessinateurs, c’est dans sa précision textile. On sent qu’il a du regarder souvent Les Tontons Flingueurs. Cela saute aux yeux très rapidement. Les vêtements, il les aime. De toutes les sortes et de tous les styles. Les costumes et manteaux sont superbes. Et fin du fin, notre dessinateur fait la différence entre un cran parisien, un cran classique et un cran en pointe. A la différence des derniers Blake et Mortimer très imprécis et approximatifs sur ce point.

J’ai pris le temps de photographier certaines vignettes pour partager avec vous ce goût des beaux vêtements et aussi des belles mises en scène :

 

Plus loin les manteaux et les couvre-chefs sont à l’honneur :

 

Les tenues de travail reproduisent avec goût les coupes des années 50 :

 

Par ailleurs, Jean-Christophe Thibert aime les belles mécaniques :

 

Et tous les moyens de transport, avion, bateau et train :

Et enfin, l’architecture n’est pas en reste :

 

J’espère que ces quelques morceaux choisis vous plairont et vous donneront d’acquérir ce premier tome des aventures de Kaplan & Masson. Un régale pour les yeux.

Belle semaine, Julien Scavini.

Il faut repasser son col !

Depuis longtemps, je m’interroge sur la pertinence de porter une chemise à col retombant le week-end, sans cravate.  En effet, je n’aime pas trop le t-shirt. Je suis donc bien obligé de porter une chemise. Mais lorsque le col n’est pas fermé par une cravate, que faire? Le laisser fermer à la mode des hipsters ou l’ouvrir?

Pour ma part je le laisse ouvert. Mais alors, je n’aime pas voir les deux pointes s’avachir bêtement. J’ai donc pendant quelques temps porté des chemises à col tunique (ou mao selon. C’est à dire sans la retombée de col). Mais comme j’ai un cou un peu long, l’effet ne m’a jamais réellement convaincu. Il y a quelque chose dans ce col de trop formel ou de pas assez je dirais. Soit on le porte fermé et c’est très habillé (d’ailleurs mieux qu’une chemise à col tombant portée fermée sans cravate), soit on le laisse ouvert et c’est très décontracté, parfait pour un bord de piscine me semble-t-il.

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Alors que faire? Etais-je condamné à toujours voir mes pointes de col s’avachir et s’écarter mochement? Et bien non depuis que la chemisière Maria Frittolini m’a donné la solution. Il faut repasser et écraser son col de chemise en forme !

C’est à dire. Au lieu de repasser simplement le col et sa retombée à plat (puis de retourner le col avec les mains sur soi), on les repasse à plat puis on plie la retombée et on repasse. Évidemment, l’ensemble est en forme dont on ne peut plus poser le col bien contre la table à repasser. On peut toutefois briser les extrémités du col sans être obligé de repasser le milieu. Il faut principalement que les bouts soient bien écrasés à la vapeur. Et lorsque l’on enfile la chemise, le col tient tout seul. Il n’est plus avachi. Miracle ! C’est une solution très pertinente que j’applique tous les jours. Mes cols sont ainsi plus nets et plus rectilignes. J’adore !

Ceci dit, attention, je pense que ce repassage de la pliure du col raccourcit de manière certaine l’espérance de vie de la chemise. Elle élimera plus vite à ce niveau, sous l’effet de la chaleur répétée !

A vous de repasser !

Belle semaine, Julien Scavini

Le vestiaire des pays chauds

Un lecteur m’a écrit il y a plusieurs mois à propos de vestiaire classique, formel et idéal pour les pays chauds, en l’occurence pour le Congo. Ainsi Philippe-Alexandre m’écrit :

Originaire du Congo, je vis et travaille depuis plus d’un an à Kinshasa. Il m’est impossible de vous décrire la ville ni son atmosphère tant l’agréable chaos qui y règne doit être vécu pour s’en faire quelque idée. Son climat est tropical. L’humidité atteint les 80/ 90% et les températures oscillent entre les 25 et 33°.  

Mon travail exige un code vestimentaire que je refuse d’appliquer. Décrit dans le règlement d’entreprise, il a sans doute été rédigé par un obscur rond-de-cuir à Paris, Londres ou New-York. Il ne tient pas compte des réalités climatiques et culturelles du pays et révèle – s’il était encore besoin – l’uniformisation croissante du monde. A tort ou à raison, j’aime à voir dans les exubérances du vestiaire congolais une espèce de chouannerie locale contre la machinerie des entreprises internationales qui transforme ses esclaves en tristes sires bien trop ternes.

Pour ma part, si j’entends résister, mon éducation en Belgique m’invite néanmoins à trouver un compromis… Je souhaite donner un écho à l’environnement tropical dans lequel j’évolue sans pour autant verser dans une décontraction que la hiérarchie ne goûterait guère. Certains sapeurs de mes collègues me permettent néanmoins une certaine latitude dans mes choix sans que j’éclipse leur rayonnement… 

Voilà vous l’admettrez un constat fort et frappant. Que dire, que proposer ? Ne connaissant pas un tel environnement, il me parait difficile de répondre. Et si mes préparatifs d’un voyage vietnamien cet été me font envisager plus que jamais bermudas clairs et chemises à manches courtes, ici et dans le cadre professionnel, les répondes manquent.

D’abord, il me semble que toute veste portée pour les pays chauds se doit d’être coupée un peu ample. Alors qu’à Paris une veste près du corps est idéale contre le froid, dès lors qu’il fait chaud, un peu de mou est idéal. Cela me rappelle un client qui vit sous les tropiques et pour qui j’ai réalisé un smoking blanc. Depuis l’instant où je l’ai livré, j’ai des remords quant au confort. J’ai en effet réalisé une veste aux mensurations françaises, plutôt près du corps. Et depuis je m’interroge. Aurais-je fais une erreur? Pour moi même préférerais-je quelque chose d’ample pour supporter les 35°c à l’ombre? Il me semble intéressant de couper ample.

(Notons que mon client m’a depuis écrit pour féliciter le travail, donc je suis absous!)

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Ensuite, je pense que le montage importe énormément! Là, une veste thermocollée est une hérésie absolue. La toile thermocollante retient en effet l’humidité et la transpiration à l’intérieur de la veste. Dès lors, cette dernière se transforme en étuve. Alors qu’une veste construite avec une toile sera plus légère et plus respirante.

Le tissu se doit d’être au niveau par ailleurs. Je ne saurais trop rappeler les mérites d’une laine froide et donc aérifère. Exit les serges et bonjour les toiles. Ce tissage très basique et pas trop serré laissera passer l’air. Composés à 100% de laine ou mélangés avec du mohair, ces tissus sont parfaits pour affronter la chaleur. Si le lin n’est pas mal non plus, dans un cadre professionnel, il jurera un peu. Quant au coton, oubliez, il froisse et ne respire pas du tout.

Les toiles de laine aérées peuvent se présenter avec un grain assez fin. C’est une laine froide classique. Le grain peut aussi être plus marqué, ce que les anglais adorent. J’appelle alors ces tissus des fresco, très reconnaissables.

Si ces références sont idéales pour faire un costume (veste + pantalon), les tissus au grain très marqué seront en revanche presque exclusifs des pantalons, c’est le cas du natté. Car ici, l’armure, c’est à dire la manière de tisser, est trop lâche. Un pantalon ne tiendra pas.

Les photos ci-dessous vous montre les trois échelles : grain fin (gris), grain moyen (beige) et gros grain (ciel), un natté pour veste. (Bateman Ogden / Holland & Sherry / Drapers).

Les nattés sont de natures variées, ils peuvent être fins ou grossiers, très lâches ou plus serrés, 100% laine ou avec du cachemire, et parfois plus hiver qu’été, surtout s’ils sont lourds. Ils constituent une famille de tissus très large et renouvelée. Confectionner des blazers dedans est aussi facile que varié.

Pour revenir au cas de Philippe-Alexandre, la question de la couleur peut aussi se poser. Est-il obligatoire d’être en noir sous les tropiques? Pour moi la réponse est non. Plusieurs couleurs permettent de palier à cette non-couleur.

1- les bleus clairs, parfois vifs ou parfois mêlés de gris peuvent parfaitement convenir sous les tropiques. En veste seule sur un pantalon gris clair ou beige? Ou en pantalon avec un blazer marine?

2- le gris clair, très à la mode en métropole chez les jeunes reste une alternative des plus élégantes, avec des souliers noirs et une cravate en grenadine sombre. Très James Bond. Veste gris clair avec pantalon blanc cassé? ou avec un pantalon bleu marine, très italien?

3- le beige reste une valeur sûre. Sauf à trouver qu’il fait trop colonial, auquel cas une couleur entre le gris et le kaki, légèrement taupé sera géniale. Un client de la Réunion m’en a commandé un récemment. J’ai trouvé l’idée très bonne.

Les américains qui savent aussi ce qu’est la chaleur ont développé tout un panel de réponses adaptées à leur formalisme par ailleurs assez exacerbé. De mon expérience, dans l’hôtellerie chic à Hawaï, porter un bermuda à pinces avec un polo bien repassé n’est pas incongru. Et à la réception, la veste n’existe pas, mais est remplacée par un gilet tailleur. Bien coupé, sur un pantalon du même tissu ou dépareillé, c’est très convenable avec une chemise blanche impeccable. Ainsi, je pourrais conseiller à Philippe-Alexandre de faire réaliser des ensembles pantalon + gilet. Avec, il peut porter n’importe qu’elle veste et surtout s’excuser d’avoir oublié sa veste dans son bureau. Et de toute façon, avec un gilet, je ne vois pas comment on pourrait lui reprocher de ne pas être assez habillé.

C’est en fait assez paradoxale, mais le gilet est idéal les jours de grande chaleur. Pour les mariages en plein été, je conseille toujours le gilet, car nul doute que la veste sera vite abandonnée. Et rester en gilet est quand même d’un haut niveau d’élégance !

Par ailleurs, dans un numéro de The Rake (n°34), j’ai vu un très élégant afro-américain porter une veste avec les manches courtes. La simple évocation de ce vêtement suffirait à effrayer tous les gentlemen. Et bien pourtant, force est de constater que c’est assez réussi. La photo parle d’elle même et l’ensemble fait oublier ce détail qui cloche. La photo est à la fois équilibré et curieuse, mais on admet ! Ceci dit, on est loin de l’environnement de travail. Je trouve que l’ensemble est plus safari qu’urbain.

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Tout ça pour dire qu’il n’existe pas vraiment de réponse. Et que je manque d’expérience sur un sujet si épineux! J’aime assez ce que mon retoucheur pakistanais fait l’été lorsqu’il fait très chaud, il porte la tenue de son pays, qui est intelligente. Je vous la décris : le pantalon est réalisé en tissu de chemise. Il est très léger mais aussi transparent. Alors, la chemise qui est réalisée dans le même tissu est plus longue et couvre le fessier jusqu’à mi-cuisse. L’ensemble est harmonieux, aéré, frais et pudique. Je trouve l’idée géniale. Car lorsque je fais des pantalons blanc, on butte toujours sur la transparence avec le caleçon. Au moins là, la chemise couvre. C’est captivant (mais pas très business, je vous l’accorde encore!)

Bref, je vous souhaite bonne réflexion Philippe-Alexandre ! Donnez-nous vos pistes d’étude ! Pour partager.

Belle semaine, Julien Scavini

La formation de modéliste, l’exemple d’Adrien

Le métier de tailleur occupe beaucoup les colonnes de ce blog. J’ai décrit ici en long et en large ma formation à l’A.F.T. ce qui a je l’espère permis à de nombreux jeunes d’embrasser cette carrière longue et difficile. Ceci dit, je rencontre souvent des âmes un peu perdues par la variété des métiers en rapport avec l’univers textile.

Le tailleur est un petit maillon, très spécialisé, de la chaine de fabrication de vêtement. Essentiellement artisan, il travaille seul ou avec quelques ouvriers et réalise tout son ouvrage sur place.

Le tailleur a deux savoir-faire textile (en plus d’un savoir faire commercial) :

  • il maîtrise l’art de la coupe, c’est à dire le patronage à partir des mesures
  • il maîtrise la façon, autrement appelé apiécage, c’est à dire comment l’on fabrique.

 

Mais attention, un tailleur, pour réaliser la coupe, se sert d’un livre de coupe. Ce livre présente des schémas géométriques et mathématiques, à suivre, pour réaliser le patron. La coupe à plat tailleur découle donc d’une méthode, définie par quelqu’un d’autre. Il existe plusieurs méthodes en France, en Angleterre, en Italie. Par exemple, nombre de tailleurs napolitains utilisent des méthodes de coupes dîtes ‘anciennes’, que l’on trouve dans les livres des années 50. Cela donne une ligne spécifique. L’expérience du tailleur, et l’ancienneté des maisons amènent souvent à la création d’une coupe spécifique, plus ou moins dérivée d’une coupe connue, comme celle de Daroux-Vauclair en France.

Ces livres étaient rédigés autrefois (fin du XIXème siècle) par des Master Tailor comme Ladevèze en France. Ces précurseurs ont développé des méthodes mathématiques pour ‘prédire’ le corps, à partir des mesures, en non par essayage successifs et nombreux (par re-taillage en somme). Il fallait bien les définir les relations mathématiques entre mesures et géométrie.

De nos jours, ces techniciens supérieurs sont appelés modéliste-patronnier. Et il s’agit d’un des métiers les plus importants qui soit. Attention ici. Toutes les écoles de stylismes associent ces deux métiers : styliste-modeliste. S’il est utile un moment donné d’associer ces deux formations, l’aspect modéliste (très scientifique) est malgré tout assez éloigné du stylisme (esprit créatif). Dès lors, le modélisme est le parent pauvre de ces formations. Et c’est une erreur, tant ce rôle est important et méconnu.

Le technicien modéliste chevronné est le pivot de n’importe quelle usine. C’est sur ses compétences que reposent tout le savoir faire d’une chaine de fabrication, et ils sont trop peu nombreux avec du talent. (me suis-je laissé dire…) Car développer une doudoune avec 70 empiècements et une capuche en fourrure ou développer une robe de femme complexe avec des découpes nombreuses est un travail délicat et de savoir-faire. Ou même, pour réviser une coupe de veste homme pour la faire mieux coller aux morphologies et aux tendances, il faut du génie.

Le modéliste a deux méthodes de travail :

  • à partir des mesures et de la géométrie, il fait de la coupe ‘à plat’
  • à partir de toiles maquettées et cousues en 3d, il fait du moulage (qu’il patronne à plat après).

Le technicien modéliste réalise aussi la gradation, c’est à dire la création de toutes les tailles d’un vêtement (là aussi à partir de règles de géométrie).

Le technicien modéliste réalise enfin la méthodologie de montage du vêtement, pièce A avant pièce B etc… Ce que l’on appelle ‘les méthodes’ en architecture et industrie.

Il existe des formations spécifiques pour apprendre ce métier, à la source même de tous les autres, tailleur compris : l’AICP ou Académie Internationale de Coupe de Paris (anciennement appelée Ecole Vauclair). Dans ces institut situé dans le 15ème arrondissement de Paris, on apprend au cours de divers modules, à dessiner, tracer, couper, modeler, monter des vêtements.

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Adrien, avec qui je suis en contact depuis quelques années nous raconte son parcours d’entrée à l’AICP, puisse cet exemple vous servir :

Préparer sa présentation – Après quelques échanges par email avec l’administration de l’AICP, j’ai été invité dans les locaux de l’école et d’emporter avec moi :

  • Dernier diplôme obtenu
  • CV
  • Pièces d’études (très très important)

Personnellement, j’ai beaucoup misé sur les pièces d’études. En effet, venant d’un tout autre univers que la mode (scientifique), il a fallu que je défende mon profil. Et comme vous allez le voir, le profil est plus important que le diplôme pour cette école.

Comme mes pièces d’études étaient dans le sud, j’ai dû patronner et monter en une semaine de nouvelles. J’ai donc fait :

  • Chemise homme (patron + montage) : patte de boutonnage invisible, patte de manche chemine, empiècement dos
  • Robe bustier (patron) : découpe princesse, volant en demi-cercle de 80 cm, plis creux.

 

1er entretien, la passion de votre futur métier – En corrélation avec votre profil, des questions vous seront posées sur la vision que vous avez du métier, de ce que vous désirez faire plus tard ou encore pourquoi ce milieu vous passionne. Mon ressenti a été que la personne que j’avais en face de moi cherchait à savoir que mon choix de carrière était en adéquation avec cette école.

2nd entretien, contrôle des connaissances techniques – Avec une responsable de l’équipe pédagogique, c’est ici que vos pièces d’études vont être mis à rude épreuve. Non pas que la personne va tester la résistance des coutures ou le stylisme, mais plutôt la qualité de réalisation.

Contrôle du patronage, des pièces relevées – découpées, la qualité du montage industriel et l’allure de votre pièce sur un mannequin vont être observés.

3ème entretien, contrôle des connaissances théorique – Moi qui n’avais pas eu d’examen écrit depuis 3 ans, attendez-vous à le passer ! Rien d’insurmontable. Cet examen n’a rien de punitif, de ce que j’en ai perçu. Il sert surtout à savoir si vous avez choisi la bonne formation, et si une mise à niveau est nécessaire ou non. Voici les thèmes abordés dans le questionnaire :

  • Connaissance du métier : définitions et vocabulaires du milieu vous seront demandés
  • Savoir assembler un vêtement : Reconnaitre les pièces et savoir comment les monter est important pour un patronnier-modéliste. Vous devrez prouver que vous en êtes capable
  • Mathématique : la meilleure partie ! On ne vous demandera de calculer une dérivée, ou encore des intégrales. Mais pour une question de rapidité lors de la construction d’un patron, il faut savoir faire du calcul mental (addition, soustraction, division, multiplication). La géométrie sera elle aussi de la partie.

Tout à fait réalisable en entier, cet examen écrit doit être fini dans un temps imparti !

4ème et dernier entretien – Après la correction du test, une personne responsable de votre candidature vous indiquera si la formation que vous avez demandé vous est accessible ou si une mise à niveau est nécessaire.

Pour ma part, l’avis était favorable, et j’entrerai donc en milieu d’année à l’AICP. L’occasion pour vous et pour moi de vous renseigner sur la formation à toutes les personnes désirant suivre cette formation.

 

Voici donc de quoi inspirer nos futures patronniers! Adrien, s’il a le temps, me postera d’autres retours au fil de ses études. Il est donc à l’AICP, en formation de patronnier-modéliste. 6 mois en école et 3 mois en stage. Il va étudier le patronage (coupe à plat + gradation + essayage-retouche) et le moulage (toile sur un mannequin) qui est une science et non une approximation. L’année prochaine, il incorporera ces méthodes sur ordinateurs, pour développer son expertise en CAO avec les logiciel GERBER ou LECTRA donc je vous ai déjà parlé lors de ma visite d’usine. Bonne chance à lui.

Belle semaine, Julien Scavini

 

Comment coudre un gilet

La finale de Cousu Main a donné lieu à une situation cocasse et pourtant bien connue des couturiers, la pièce impossible à retourner et dont on ne trouve pas la sortie. Edith hélas est tombée dans ce piège terrible, alors même qu’elle sait le faire, la robe de Jackie Kennedy étant basé sur le même principe de l’emmanchure qui bloque le retournement à la fin.

Je connais deux méthodes pour coudre un gilet. J’en présente une pas à pas. Peut-être en existe-t-il d’autres.

Pour obtenir un gilet avec dos en doublure, il y a de nombreuses étapes, et je n’avais pas le temps de faire un prototype en vrai, j’ai donc dessiné :

gilet1

On commence par couper son tissu. Première étape, coudre la pince. Il existe plusieurs méthodes pour ne pas avoir d’irrégularité en haut de la pince : couture nervure sur 1cm ou compensation de l’épaisseur avec un biais, ce que l’on fait en tailleur. La pince est ouverte sur sa plus grande longueur, sauf sur les 5 derniers centimètres où un biais est cousu pour compenser. Ce biais permet aussi de faire l’arrêt machine.

Ensuite, on trace à la craie l’emplacement de la poche passepoilée. C’est Astrid qui là fut en difficulté. Révisons, avec des photos. Les couturières amateurs ont tendance à couper d’abord et à venir plaquer des passepoils préformés derrière. Beurk. On pique pas non plus en faisant un rectangle, ce qu’Edith à fait (on fait ça dans la doublure uniquement).

Sur le devant, on trace à la craie. On prépare aussi les deux sacs de poche, avec la même pente. On place un fond derrière, centré en haut, et on bâtit.

Ensuite, on prépare les deux passepoils. Sur l’envers, j’applique un thermocollant fin genre vizeline, blanc, pour pouvoir écrire au bic dessus. On bâtit un passepoil d’abord dont on marque les extrémités. On bâtit ensuite le second passepoil. Et on va piquer à la machine : on coud à partir de la même extrémité les deux, bien sur la ligne, en s’arrêtant bien sur le repère, avec trois points d’arrêts. On vérifie sur l’envers le travail. (surtout que le fond de poche ne s’est pas plié en deux sous la machine). Et un passepoil, ça fait 4 à 5mm de large, pas plus, pour une poche de 1cm de large !!

Ensuite il faut travailler vite et avec légèreté. Tant que la poche n’est pas finie, elle est fragile. Donc on ne commence pas le soir pour s’arrêter au milieu, on va jusqu’au bout. Il faut fendre le milieu du milieu, puis couper une ligne droite au centre de la poche, en s’arrêtant 1cm avant la fin de la poche. Et là, l’opération la plus dure de la poche : cranter (couper) les capucins, c’est à dire 4 petites diagonales qui vont de la ligne médiane au bout de la piqure machine. Jusqu’au dernier point et au demi-millimètre près. Il ne faut pas hésiter à couper. Car si vous ne coupez pas bien, vous ne pourrez pas basculer vos passepoils proprement. C’est dur, oui je sais, pendant 3 mois je n’ai fait que ça tous les jours pour apprendre. (On ne coupe pas les passepoils en diagonale, c’est pour ça que je le plaque avec le pouce).

 

 

Il faut ensuite aller à la table à repasser. On commence par passer délicatement un passepoil à l’envers. Et on ouvre sa couture. Oui oui, on ouvre les coutures de ces petits trucs en tailleur ! C’est plus fin. On fait le premier, puis on le repasse à l’endroit (orienté dans l’autre sens maintenant). On passe sur l’envers le second passepoil alors. Et on le repasse aussi. A la fin, on bascule de nouveau le premier passepoil sur l’envers et on se retrouve avec une poche qui prend forme.

 

 

Maintenant, deux techniques : soit on pré forme au bâti le passepoil et on le pique machine, soit on va plus vite comme les tailleurs, on prend une aiguille et on fait des points perdus dans le sillon, en formant à l’œil les passepoils. On commence et on finit 1cm avant les extrémités. C’est très propre, mais il faut un peu d’entrainement. On a alors un poche propre que l’on peut repasser sur l’envers, en formant bien les petits rouleaux (extrémités des passepoils, sur l’envers). Les petits capucins auquel on fait attention depuis le début sont bien sages à l’endroit.

 

 

Ces petits capucins, on les rabat gentillement avec une épingle. Un rapide coup de fer et on part sans perdre un instant à la machine à coudre, faire les ‘arrêts machines’, deux ou trois passes. Bien au ras. Avant la machine, on bâtit les passepoils ensemble, pour éviter que la poche vrille ou ouvre. Les passepoils doivent rester parallèles. (Il faut après ça replier le passepoil du bas et le piquer nervure sur le fond de poche, impossible pour moi, passepoil trop petit).

 

 

Reste à finir. Sur le deuxième fond de poche, on coud une parementure, pour éviter de voir le fond de poche de l’extérieur ! On l’applique avec deux épingles et on pique une première fois le long du passepoil haut, bien au ras, en soulevant toutes les couches. On pique ensuite le U du fond de poche lui même. C’est simple et rapide là !

En tailleur, on finit même par une demi-lune, broderie légère de petits points perdus, en arc de cercle, à chaque extrémité. Cela solidifie la poche.

Évidemment, il faut piquer les passepoils dans une autre couleur que blanc, sinon cela se voit aux coins. La demi-lune à la main permet en partie de camoufler ces petits défauts.

 

Revenons au gilet. Maintenant que les poches sont faites, on assemble la parementure du gilet avec sa doublure (trait rouge). Gardez un grand morceau de doublure, surtout aux emmanchures, on recoupe après. Les empiècements comme ça ont toujours tendance à vriller et rétrécir un peu.

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Puis, endroit contre endroit, on pique le devant et sa doublure+parementure. On pique devant+bas et emmanchure. On recoupe et on retourne. On fait en sorte d’avoir une belle pointe en bas et des arrondis élégants. On laisse ouvert l’épaule et le côté.

gilet6

On réaliser la même chose avec le dos. Endroit contre endroit, on pique l’emmanchure, l’encolure et le bas. On laisse ouvert les côtés et les épaules.

gilet7

Maintenant on finit, et ça se corse. A l’intérieur du dos, on enfile les deux devants, comme dans un gros sac à patate. On bâtit les épaules et on bâtit les côtés. C’est lourd et confus, mais simple dans le fond. On pique alors le sandwich aux épaules et sur les côtés. Est-ce clair? Il faut ménager une interruption de couture sur un des côtés, pour retourner justement. A vrai dire, il faut laisser ce trou uniquement sur l’intérieur, en piquant quand même l’extérieur. ahaha je vous laisse trouver ça.

gilet8.jpg

Si tout va bien, il suffit de retourner le tout et le gilet émerge, comme par miracle, d’un gros sac de nœuds.

Voilà, j’espère que ce tutorial va vous aider dans vos prochaines réalisations. Pas facile de représenter autant d’étapes ! Bon courage.

Bonne Pâques et bonne semaine, Julien Scavini