à écouter, Histoire De Nos Atours, sur F-C. Avec comme invité Farid Chenoune.
Chroniques
A propos des modes du moment
Sur facebook …
Si vous souhaitez suivre ma petite aventure professionnelle, vous pouvez dorénavant découvrir mes costumes, vestes en pantalons, ainsi que les billets de Stiff Collar sur la page Facebook Scavini. Merci de votre soutien.
Julien Scavini
Profession de foi
En cette période électorale propice à toutes les prises de parole, je voudrais moi aussi ajouter ma petite pierre à l’édifice, mais attention, je ne suis candidat à rien ! Si ce n’est un peu plus d’élégance partagée…
Cela fait longtemps que je veux écrire une courte chronique sur les voies de l’élégance ; j’entends les méthodes et styles employés par certains hommes pour se vêtir. Si l’on a toujours énoncé que l’élégance était d’abord une question de discrétion, force est de reconnaitre que la prime à la discrétion va de nos jours aux moins élégants. Promenez-vous en survêtement et t-shirt et vous serez discret, incontestablement. A l’inverse de nos amis italiens qui ont repris le flambeau de la mode masculine, que les anglais, par déliquescence sociale ou autre ont perdue. Les transalpins n’ont pas hésité à s’emparer d’un vestiaire britannique classique pour en exagérer le fond et la forme. Du flegme, nous serions passés aux rodomontades. Pourquoi pas, car au final, il s’agit de faire des affaires, et si le style italien plait plus, alors … Ce qui me gêne, c’est en quelque sorte cet excès.
Je lisais récemment sur un excellent blog une belle approche du terme chic. Force est de constater que ce mot est employé pour beaucoup de choses, sans beaucoup de sens. Une sorte de Beau qui ne voudrait pas l’être ? Il me fait indéniablement penser à cet autre élément lexical terriblement années 80 : sophistiqué ! Ce qui était beau alors était ce qui était sophistiqué. Cela signifiait à la fois une recherche sur la forme poussée, au service d’un fond très étudié. Au final, cela servait surtout à vendre, des costumes aux proportions excessives et des cravates excessivement aquarellées. Puis vint l’ère Slimane qui versa dans un autre excès, celui du ridulement petit et monochrome.
D’un excès à l’autre, je crains précisément que nous soyons actuellement dans une autre forme d’anglomanie italienne. Les traditions anglaises se sont déréglées, soit. Faut-il à ce point dépasser la mesure pour autant? Et de voir des messieurs se ruer sur des costumes aux revers de 12 centimètres qui se plaignent quand les crans – des revers – ne sont pas si haut qu’ils pourraient tomber dans le dos.
Alors en vérité je vous le dis, attention à toutes les formes d’excès. Gardez le sens commun et celui de la mesure. Telle est ma consigne. Et si d’aventure vous étiez tentés d’aller à l’extrême, comme je le dis souvent à mes clients, choisissez l’extrême moins un ! Par exemple, est-il de bon ton de faire un revers de six centimètres ? Alors faites en un de six moins un et serrez les dents, ça passera. Je ne cherche pas à adoucir tous les discours, mais à éviter l’enfermement de certains élégants dans des élégances carcans. Si la mode change, vous aurez alors à jeter tous les revers. Non pas qu’il ne faille pas avoir de style, mais ce style pourrait être fait d’une plus grande diversité, deux ET trois boutons, bas revers ET ourlets simples, épaules classiques ET napolitaines. Rester l’arbitre des élégances, c’est regarder du centre en plusieurs directions, sans forcément trancher.
Et repensez à ce mot chic. Remplacez le par l’adjectif raffiné. Avec ce terme, plus de référence au bon goût (italien par le moment ?) subjectif mais une assurance, celui de la recherche du fin, du subtil et du délicat. Voici finalement, ma profession de foi, une position à la française ?
Julien Scavini
Bonnes Fêtes de Pâques
Bonsoir mes amis, comme chaque année, un dessin unique, sur le thème d’une photographie d’enfant avec leurs œufs de Pâques. L’année dernière, à bord du Normandie, cette année, sur le terrain de Saïgon en 1939, en attendant l’embarquement pour Paris à bord du Dewoitine 338 ‘Ville d’Orléans’. Avec 15 passagers, le vol de 6 jours fera escale à Bankok, Akyab, Calcutta, Allahabad, Jodhpur, Karachi, Djask, Bouchik, Bagdad, Damas, Beyrouth, Castelrosso, Athènes, Naples, Marseilles puis l’arrivée au Bourget…
Triste PS : j’apprends de source plutôt informée qu’Arnys aurait été vendue. LVMH via Berluti acquéreur. 15million d’euros sont évoqués… Les sources sont concordantes, le bruit assez important. Vérité ou esbroufe ? Triste fin pour la maison qui me passionne le plus à Paris … Renseignement pris à un haut niveau chez LVMH, aucun commentaire, mais seulement que ‘A ma connaissance la famille qui détenait Arnys voulait vendre le fond de commerce mais pas la marque qui ne vendait d’ailleurs plus grand chose : Mitterrand est mort depuis longtemps. Très bel emplacement pour une belle boutique à venir… Nous ou un autre, je préfère que ce soit nous !‘
Julien Scavini
Lettre d’un autre monde
Assez peu inspiré ces temps-ci en terme de sujet, je vais faire court aujourd’hui. J’ai pris à midi le temps d’aller admirer, car c’est le terme qui convient, la nouvelle boutique Tom Ford près des Champs Elysées à Paris. Cela faisait déjà un bon moment que j’attendais de pouvoir admirer ses pièces, qui n’étaient pas encore accessibles dans la capitale, en dehors de quelques pièces idiotes chez Colette. Je partais donc avec entrain, d’autant que j’ai toujours beaucoup aimé les créations du dit-monsieur. Je vous en avais d’ailleurs parlé au tout début de ce blog.
Tom Ford pour homme, c’est un mélange pas inintéressant de belle façon classique et d’empreinte ‘mode’. Regardez les photos bien disposées sur son site internet pour vous en convaincre. Cols châles aux proportions généreuses, crans aigus bien profonds et quelques fois tweed assez heureux. Tout cela, encore plus excitant car le créateur respecte assez scrupuleusement la hiérarchie classique ‘costume/ville’ ‘tweed/sport’ et ‘sortie/formel’. Ainsi, les costumes de villes sont typiques des années 30, avec de beaux revers en pointes. Les vestes sport ont un beau cran ouvert et le plus souvent des poches plaquées. Les emmanchures sont hautes, les étoffes fines, la boutonnière du revers à la main. Ceci dit, pour 5 à 7000 euros le deux pièces, c’est la moindre des choses.
Mais Tom Ford pour les hommes, c’est au delà du classique une bonne grosse touche de culture fashion. L’on est pas ici dans le classicisme des italiens comme Canali ou de l’allure bon chic bon genre de Ralph Lauren. Non, il s’agit plutôt d’une tentative – c’est pour cela que je trouve la méthode adroite – de mise à jour d’avant-garde des classiques masculins. Pas de vestes aux proportions farfelues. Pas de montages délirants. En cela, Tom Ford crée des vêtements portables à la différence de nombres de stylistes. Libre à nous ensuite de ne pas mettre des sleepers en velours ou des chaussettes blanches ou encore des cravates à pois énormes. Pardonnez l’illustration, volontairement canonique du point de vue de sa collection. Je note enfin que les costumes Tom Ford sont loin d’être absolument cintrés et super près du corps. Bien au contraire, ils sont plutôt du genre mous car très légers. Ils sont confortables dans le sens d’une ampleur maîtrisée. Cela se voit, cela se sent.
Enfin, parlons de cette boutique rue Français 1er, dans le triangle d’or. Hélas, assez petite – 350m2, une broutille pour un grand flagship – ne propose pas beaucoup, et donc un choix a été opéré. Et ce choix n’est pas dans le sens des belles intentions que je vous décrivais. Il est plutôt orienté clientèle internationale bling-bling (évidemment finalement) et les pièces sont noirs, noirs, noirs ou grises. L’ensemble manque de fantaisie mais s’adaptera parfaitement aux grosses lunettes de soleil blanche, à la rolex et au range rover sous le soleil de Deauville ou de Dubai. (A l’exception d’une incroyable robe de chambre en soie gansée). Bref, cette boutique n’est pas faite pour nous, lecteurs et même simple français. Car qui gagne autant en France pour se payer un tel luxe. Bref, une boutique pour chinois et russes 🙂
Julien Scavini
Succession Cambo Tailleur -MàJ-
Court billet également ce soir, pour vous parler de la succession d’un tailleur ‘Cambo Tailleur’, juste à côté de chez moi, avenue Emile Zola dans le XVème arrondissement de la capitale. M. Elkienbaum, installé là depuis 1946 et son retour des camps est hélas récemment décédé. Sa veuve est intéressée à l’idée de vendre à bon prix le stock de tissu (30€ le coupon ?) et pour ainsi dire de donner les quelques cravates restantes (quelques shantung, des cachemires etc). Si certains sont intéressés, vous pouvez laisser un message de réponse. Si plusieurs personnes souhaitent venir, elle ouvrira la boutique, par exemple le samedi matin dans deux semaines ? A bon entendeur.
MàJ : sauf information contraire, l’échoppe devrait être ouverte samedi 24 mars, de 11h à 13h. Cambo Tailleur, 12 Avenue EMILE ZOLA 75015 PARIS.
Julien Scavini
Une jolie trouvaille
Je ne suis habituellement pas un fan de velours côtelé pour les pantalons. Je n’ai jamais tellement aimé, même dans des couleurs franches d’aujourd’hui. Pourtant, lors d’une visite chez un fournisseur célèbre de Montmartre, je suis tombé sur une coupe intéressante, de chez Hermès dont j’ai fait l’acquisition. Il s’agit d’un velours côtelé gris souris dont la trame de fond est rouge, un peu brique. Le rendu est subtil et assez enthousiasmant je dois dire. Qu’en pensez-vous ?
Julien Scavini
Clap de fin (MàJ)
Pour Old England. Comme je vous l’avais annoncé il y a quelques semaines, le magasin Old England fermera ses portes fin mars, après avoir soldé son stock. Vous pouvez d’ors et déjà vous y rendre pour profiter des soldes privées, qui débutent à moins 50%. Tout doit disparaitre, alors évidemment entre écharpes, chaussures et costumes, vous pourrez trouver votre bonheur, que ce soit les produits de la griffe ou encore d’Albert Arts. Albert Goldberg donc, qui en rachetant le grand magasin du boulevard des Capucines espérait le relancer, ferme l’historique enseigne, pour la revendre de nouveau au groupe Richemont. Si l’on ne discutera pas de la plus valus engrangée, on regrettera cependant une fin si triste.
Je n’ai jamais été tellement client de ce magasin sauf à l’époque du corner Hackett, comme beaucoup que je connais. Pourquoi, je ne saurais le dire. Peut-être n’aimais-je pas l’ambiance, les prix aussi et certainement. Profitons de l’article de ce soir pour nous remémorez l’histoire d’Old England, qui se confond avec l’histoire de la mode en France. Histoire très intéressante que j’ai découvert dans le livre So British publié aux Éditions du Regard et portant précisément sur cette succursale (le livre fut certainement commandé par Richemont pour relancer la ligne).
Les lignes suivantes sont un résumé et parfois une reprise directe du propos de cet ouvrage :
L’anglomanie
Juste avant la révolution française, certains comme le régent Philippe d’Orléans manifestèrent leur penchant pour le goût anglais. Son fils, Philippe Égalité pour s’opposer à son cousin Louis XVI marqua justement ce goût pour les mœurs anglaises en arborant des fracs de drap (et non de soie), des bottes de cuir, des culottes de peau etc… Durant la terreur puis sous l’Empire, le souvenir du Grand Siècle français s’estompa, et les façonniers de New Bond Street travaillèrent, améliorèrent, défirent. Brummel continua encore de saper l’habit, pour aller vers plus de simplicité. Il aimait les bleus éteints et les tons caramel, mais c’était encore trop de frivolité. Et cette nouvelle simplicité gagna. Mozart écrivit en 1778 « On peut aller partout avec un costume noir. C’est pratique, c’est un costume de campagne et de gala en même temps« . Le noir gagna du terrain au grand désespoir de Balzac ou de Baudelaire, et heureusement que les femmes sauvèrent la société de la neurasthénie, bien aidées en cela par Offenbach en maître de musique.
C’est en 1867 qu’Alexandre Henriquet, ancien acheteur au Bon Marché, eut l’idée de reprendre un magasin de mode écossaise installé au 35, boulevard des Capucines. Il avait senti le vent venir avec l’avènement du neveu de Napoléon, futur nouvel empereur des français. Si le premier haïssait l’Angleterre, le second l’avait en modèle. Le second empire marqua l’avènement d’une société bourgeoise en mal de stabilité. Merveille, les anglais avaient parfaitement ignorés notre révolution et les allemand grondaient ! En 1867, Old England se retrouve en plein triomphe britannique – politique, économique, colonial, vestimentaire. Le personnage du gentleman fait son entrée. Henri-Frédéric Amiel écrit à son propos : » Le gentleman est l’homme maître de lui-même qui se respecte et se fait respecter. Son essence est celle de a souveraineté intérieure« .
Vers 1880, le nouveau et actuel local est inauguré au coin de la rue Scribe et du boulevard. C’est alors le plus beau de Paris. Le crédo d’alors était « illustrer une certaine idée de l’art de vivre britannique ». L’enseigne est souvent citée dans la littérature, preuve de son enracinement dans la bonne société, chez Balzac dans Un début dans la vie, dans les notes d’Edmond de Goncourt, chez Mauriac dans Thérèse Desqueyroux ou dans Les conquérants ; plus proche de nous chez Claude Roy dans La traversée du pont des Arts ou Georges Perec dans Les choses.
Old England, c’est aussi l’avènement du vêtement pour tout le monde. Pas encore de démocratisation ici, mais un aperçu du prêt-à-porter. Avec l’avènement de la mode des paletots, le journaliste Auguste Luchet déplore : « Le temps sculptural des Staub et des Kléber n’est plus ; il est mort avec le frac et la redingote ajustée. Le paletot-sac à toutes les épaules l’a supprimé. Il n’y a plus de mesures maintenant, il y a des tailles. On est plus un client, on est un quatre-vingt… » Mais pour autant, le magasin était réputé pour ses tailleurs émérites – le département enfant en compta jusqu’à 12 ! OE fut le premier grand magasin de grand luxe à vendre du PàP – en modestes proportions ceci dit, jusqu’aux années 50 (en 1930, le sur-mesure représentait 80% des ventes).
En choisissant l’Angleterre, les fondateurs d’Old England choisirent la pérennité contre l’éphémère et le genre serein contre le convulsif. Sans pour autant choisir la forme contre le fond, car l’art de vivre britannique n’était pas plus figé que l’Angleterre était inerte. La matière commandait : la laine, la soie, le coton, le chanvre, les peaux, les plumes et les écailles…
Le désenchantement du style anglais ?
La seconde guerre mondiale jeta sur Old England un voile de crêpe. Angleterre n’était plus à remarquer, pire elle était l’ennemi. Les approvisionnements furent rendus impossibles, les étalages se vidèrent, les employés furent licenciés, même si tout fut entrepris par M. Henriquet pour garder les meilleurs d’entre eux au service. Pour autant, le magasin en réchappa, y compris les grandes armoiries de l’escalier. Malgré son occupation sur la moitié de sa superficie par le cercle des officiers de la Werhmarch, l’ensemble architectural pu retrouvé son intégrité au sortir de la guerre. Mais le chemin fut difficile et des années de vache maigre se succédèrent, alors que les surplus militaire américain envahissaient Europe de l’ouest, blouson d’aviateur en tête. Une pièce plus particulièrement retint l’attention, et devint un classique de la maison Old England : le duffle coat. Originellement, ce lourd manteau de pêcheur dont le drap était tissé, à peine désouinté, dans la ville de Duffel en Belgique, fut utilisé par la Royal Navy qui en équipa ses marins, et durant la seconde guerre mondiale, le maréchal Montgomery l’arbora, donnant à cette pièce le surnom de Monty Coat dans les pays anglo-saxons. Reconnaissable à ces fermoirs à brandebourg, en tresses de corde ou en cuir, avec des boutons en cornes ou en bois et surtout à sa capuche, il devint une grande spécialité du magasin Old England qui le vendait alors dans de nombreux coloris, y compris en blanc, modèle apprécié par Jean Cocteau. Les années se succédèrent, avec un magasin entièrement rénové, à l’extérieur avec de splendides vitrines en acajou de cuba et à l’intérieur avec des présentoirs modernes, en verre et chêne de Hongrie.
Puis Mai 68 arriva, et avec lui son lot d’incertitudes sociales. Celles-ci s’exprimèrent aussi dans le vêtement où confort, modernité et économie étaient les maîtres mots. Terrassé par l’invasion du jean américain, un siècle d’apprentissage de codes d’élégance et de techniques de confection était remis en question. Mais au contraire, ces bouleversements jouèrent en faveur du grand magasin anglais alors que d’héroïques élégants continuaient à aller à Savile Row et dans les meilleurs enseignes britanniques du monde entier pour se vêtir. Julien-Maurice Henriquet présida à la traversée de ces époques difficiles mais disparut en 1986. Jean-Marie, son fils, ancien des Chargeur Réunis ou de Paribas prit alors la direction, et ce jusqu’en 1999, date de la cession au groupe de luxe Richemont.
Le magasin, resta un ‘corner’ d’Angleterre en France. Tout pour la parfaite dame et le parfait gentleman pouvait y être trouvé en plus des vêtements: du thé aux biscuits, en passant par les parfums et les instruments de toilettes. C’était un grand magasin au sens propre. Les chemises Turnball et Asser y étaient vendues en exclusivité sur le sol français, constituant avec la boutique d’Hilditch & Key rue de Rivoli les deux pôles d’une élégance à l’anglaise, d’un classicisme abouti et recherché. Durant cette période, le nombre de marques différentes augmente au sein d’Old England, notamment avec l’entrée du groupe Hackett-Dunhill dans Richemont. Puis une page se tourne lorsque ce dernier, dans un élan de restructuration, cherche à céder la belle enseigne du boulevard des Capucines…
Une nouvelle ère …
Dans un monde de la mode où tout a changé depuis le renouveau de la maison Gucci initié par Tom Ford en 1993, l’ère n’est plus aux petits revendeurs, mais à des modèles économiques intégrés, faisant place à de vastes flagship, moins nombreux, mais plus puissants et iconiques. Les marques cherchent leur propre visibilité, et les grands magasins multi-marques ferment. Hackett déménage, Brunollo Cucinelli ouvre sa propre boutique, de même que les souliers Crockett & Jones ou Edward Green. Que reste t il alors pour Old England ? Alors que l’historique magasin des Quatre Temps à la Madeleine subit ce triste sort et ferme à son tour, il était crucial pour ce grand navire d’être sauvé du péril.
C’est alors qu’Albert Goldberg rachète au groupe Richemont le grand magasin du boulevard des Capucines à Paris. L’enseigne vivote et les équipées de vendeurs tournent en rond dans un espace trop encombré. Les travaux commencent. Le premier étage d’abord, entièrement dédié à la femme est dépoussiéré. Les tons sont clairs, l’humeur niçoise se fait jour. Puis la moitié c’est au tour du rez-de-chaussée, avec un immense et très contemporain corner Albert Arts. Les modèles font la part belle aux plus fines flanelles et cachemires italiens. Les tons sont doux, plutôt dans les bleus, et les finitions exceptionnelles. Les blazers sports sont par ailleurs si fins que vous n’avez par l’impression de les toucher. Beaucoup des rayons sont évacués pour garder majoritairement le vêtement. Chapeaux, cravates, foulard et écharpes complètent les habits de dessus. Les produits sont mieux positionnés et la griffe Old England prend tout son sens. Le magasin est érigé comme une véritable marque.
Mais malgré tout, le succès n’est pas au rendez-vous. Peut-être à cause d’un manque flagrant de communication (certains bloggeurs ont bien connu le responsable de la presse du magasin, grand bavard et personnage amical qui s’est fait limogé après avoir organisé une soirée en l’honneur de James Sherwood et de son livre sur Savile Row). Pourtant, à l’heure où le style anglais perd la main au profit de l’école italienne, les produits OE et AA étaient très bien positionnés. Le local était peut-être – certainement- trop grand. Pourtant la visibilité était bonne. On sait maintenant que les rendements financiers dans le textile sont faibles, en particuliers avec de tels coûts dû à l’emplacement, mais est-ce la raison d’une telle fermeture ? L’appât du gain l’a-t-il emporté ? Nous ne saurons pas. Une chose est sûre, un grand magasin d’ultra-luxe va remplacer Old England, 2000m² de montres suisses… A croire que décidément en France, nous ne produisons plus rien, nous n’achetons plus rien, et au mieux nous vendons du rêve aux chinois… avec ça !
Heureuse pensée : les services des monuments historiques ayant eut le nez creux, les façades sont classées. Les glaces aux gros logos rouges Old England resteront donc…
MàJ : on m’informe aux premières lueurs du jour qu’un incendie aurait eu lieu cette nuit chez Old England ! Je ne trouve pas de confirmation officielle encore.
Julien Scavini
Bonne année 2012
Chères lectrices, chers lecteurs,
Stiff Collar est heureux de vous présenter ses vœux pour l’année 2012 !
Je profite aussi de l’occasion pour remercier tous les lecteurs, amis et clients fidèles pour l’affection et le soutien que vous m’avez témoigné depuis le lancement du blog, il y a deux ans et demi et de mon activité plus récemment.
2012, à en croire l’opinion s’annonce comme une année difficile. Tâchons ici par et dans nos échanges ainsi que dans la rue par notre attitude, d’adoucir voire mieux, d’embellir notre quotidien et de ne pas trop nous laisser atteindre par l’ordinaire.
Si mes bonnes résolutions se résument à (réussir à) se coucher plus tôt, je vous souhaite à tous une année élégante et pleine de grâce. Que notre sillage deviennent une empreinte !
Julien Scavini
Babar, gentleman élégant !
Lorsque je décidais pour la dernière fête pascale de dessiner Babar en arrière plan d’une illustration, je ne pensais pas si bien dire… Babar a toute sa place sur ce blog, il pourrait même en devenir l’égérie, aussi chic et désuet que des souris sur une cravate Hermès !
Bref, Babar, personnage élégant, qui l’eût sérieusement cru ? Alors qu’une exposition lui est consacrée jusqu’au 2 septembre 2012 au musée des Arts Déco, la commissaire de l’exposition s’exclame dans un numéro de 20 Minutes : « C’est un homme élégant, Babar ! »
Né du génie de Jean de Brunhoff en 1931, notre éléphant national a aujourd’hui 80 ans et pas une ride. Au contraire, il est intemporel ; ceci grâce à une garde robe classique, constituée de prime abord d’une « chemise avec col et cravate, d’un costume d’un agréable vert, d’un beau chapeau melon et enfin de souliers avec des guêtres. » C’est directement sorti de la savane, où sa mère fut tuée par un chasseur, qu’il fonça chez un petit tailleur pour revêtir le complet du parfait gentleman !
Farid Chenoune – oui, le plus prestigieux chercheur en ce domaine – ajoute même : « Babar n’apparaitra plus que tiré à quatre épingles. Pochette blanche, discret liseré de la manche de chemise pointant sous la manche de veste, il a le soin du détail. » Babar possède d’ailleurs une sacré garde-robe, digne des élégants – et non des éléphants – qu’il admire dans les rues. « Elle est remplie de vestes de tweed et d’une impressionnante collection de chapeaux » note enfin la commissaire, Dorothée Charles.
Mais déjà Babar était désuet en 1931, à l’instar d’un certain Hercules Poirot, moqué par le capitaine Hastings pour ses cols durs qui font ‘vieux jeu’, ses guêtres blanches et son chapeau melon. C’est précisément pour ça qu’on les aime ici : en faire moins serait renoncer ! Durant ces fêtes, nous ne pourrions pas ! Bonne semaine et joyeux Noël !
Julien Scavini





